Un? Passion dans le -grand 'monde
CCXGIV
Paris, jeudi 4 avril 1867.
Chère amie, me voici enfin à Paris, mais plus mort que vif. Je ne vous ai pas écrit, parce que j'étais trop triste et que 'je n'avais- qne des choses douloureuses à vous dire de moi et! de ce monde sublunaire. Vous me trouverez bien souffrant, mais bien heureux de vous voir. Vendredi matin, s'il faisait beau, nous pourrions faire ensemble une promenade aui musée du Louvre. Je n'ose guère sortir, tant j'ai peur du froid, et on me recommaTide démarcher. Je vous envoie le hui-^ tième volume 'dé M'. Guizot, qui vous divertira. Le temps noir et triste me fait grand' mal. J'espère que vous êtes toujours- en grande prospérité. On raccommode ma maison et je suis réduit àvivre dans mon salon, qpi est' triste. comme une prison. Venez me consoler.. Voasf emporterez' tous les li\Tes que vous voudrez, et:je'nevous demanderai pas de me laisser un gag'e.
Adieu. A bientôt, j'espère..
Paris, vendredi 30 avril 1807.
Chère amie, je suis bien fâché de vous savoir entourée de malades. Cela me fait craindre que vous ne pensiez pas à moi, qui le suis plus que jamais par le temps qu'il fait. Ne viendrez-vous pas me soigner un de ces jours? Je suis allé cependant à l'Exposition ; je n'ai pas été ébloui. Il est vrai qu'il pleuvait à verse et qu'il m'a été impossible d'aller voir les bêtises amusantes qui sont, dit-on, dans le jardin. J'ai vu quelques beaux objets chinois, trop chers pour ma bourse; des tapis russes, tous déjà vendus. Il faudra qu'un de ces matins vous me meniez là et me guidiez dans mes acquisitions. Vous me paraissez très-enchantée de ce bazar : peut-être que votre enthousiasme éveillera le mien. Le temps pluvieux et sombre me fait beaucoup de mal. Je n'ose plus sortir et je vis comme un ours. Je meurs d'envie d'aller vous voir un soir, mais j'ai la con-
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victîon que je serais obligé de passer la nuit sur la première marche de votre escalier. Savez-voiis quelque livre amusant à lire pour mes soirées? En attendant mieux, j'écris, pour le Journal des Savants, un article sur la princesse Sophie, sœur de Pierre le Grand. Je ne sais si cela vous amusera. Je vous le lirai prochaineme:.!;.
CCXCM
Mercredi, 26 juin 1807.
Chère amie, n'eût-il pas mieux valu m'apporter vous-même votre bouquet? vous m'avez fait grande peine en me l'envoyant. Je suis toujours très- grippé ; mais comment se guérir avec le temps que nous avons !
Lisez le discours de Sainte-Beuve * ; il vous amu sera. 11 est impossible d'avoir plus d'esprit. Mais, s'il voulait ce qu'il demandait, il a pris le meilleur moyen de se faire refuser. Je ne sais ce qu'il
1. A pr ipos des l-ibliothèques populaires, séauci du Sénat d« '25 juin 1867.
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advient: de son comiTûerce d'épigrnmmes avec M. Lacaze, mais-je crains qae cela; ne finisse parr deia poudre. 11 est impossible de se représenter l'expression de haine et de mépris profond de sa figure lorsqu'il lisait, car il, a lu, ce qui, a nui un peu à l'effet..
Je vous ai fait mes compliments de condoléance pour la perte de votre porte-monnaie à l'Exposition. Rendez-moi la pareille, car j'ai laissé le mien dans une voiture. Je demande partout des billets pour la cérémonie du 1*"^ juillet. Je ne veux accepter pour vous que les meilleures places, et n'en puis trouver.
CGXCVII
Paris, dimanche 30 juin 1807.
Ghère: amie, voicii deux, billets pour la cérémonie de demain*. Ils méritent un fameux pourboire, car j'ai, eu bien, de la peine, à, me les procurer. Je vous les envoie en hâte. Tâchez de ne pas être malade. Il fera terriblement chaud!
!. Distribution des récompenses aux exposants.
CCXGVIir
Vendredi, 5 juillet 1807.
Chère amie, je suis charmé que vous vous soyez aanisée. J'ai eu peur de la chaleur et du poids de mon harnais. Vous m'avez cherché vainement, je n'y suis point allé. Venez vite me conter les belles choses que vous avez vues et me donner votre opinion sur le sultan et les princes, qui ont eu l'avantage de vous contempler pendant trois heuies. Je trouve que cette fusillade '■ gâte un peu nos affaires, qui allaient bien. C'es;t "raiid dommage.
CGXGIX
Paris, 27 juillet 1867:
Chère amie, merci, de. votre lettre. Je suis toujours si souffrant, que je ne vous ai pas répondu
l. La mort de Maximilién.
m L li T T R C s
tout de suite, espérant vous donner de meilleures nouvelles de moi; mais, quoi que je fasse et que j'avale, je suis toujours horriblement grippé. Je ne vous décrin.i pas tous mes maux, mais croyez que j'en suis accablé. J'espère que vous me plaindrez. Je ne dors ni ne mange. Je vous envie ces deux facultés, que vous possédez avec bien d'autres.
Je vous félicite d'avoir revu longuement le sultan. S'est-il montré plus aimable pour votre sexe qu'il n'a fait à Paris? On me dit qu'on est très-mécontent de lui à l'Opéra. Le pacha d'Egypte a été plus bienveillant. Il a fait deux visites à mademoiselle ***, que je n'ose vous raconter, bien qu'elles fussent curieuses. On l'a réconcilié (c'est le pacha que je dis) avec son cousin Mustapha, mais on n'a jamais pu obtenir qu'ils prissent du café ensemble, chacun d'eux étant persuadé que ce serait trop dangereux, vu les grands progrès de la chimie. Si vous étiez à Paris, vous auriez vu quelque chose de très-beau qu'on m'a apporté. C'est une broche en forme d'écusson fleurdelisé, avec un portrait de Marie-Antoinette en miniature, fait probablement à Vienne avant
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son mariage et donné par elle à la princesse de Lîimballe. Derrière, il y avait des cheveux, mais on les a enlevés. Après avoir fait une assez belle résistance, je me suis laissé vaincre, et j'ai aussitôt envoyé cela à Sa Majesté, qui fait collection de tout ce qui a appartenu à Marie-Antoinette. Ce sera certainement un des plus jolis souvenirs; ajoutez qu'il est, dit-on, des plus authentiques, et qu'il a été longtemps porté par madame de Lamballe. Pour moi, j'ai horreur de ces tristes antiquités- là, mais il ne faut pas discuter des goûts.
Madame *** est toujours ici faisant grand scandale très- ouvertement. Je regrette de ne pouvoir vous écrire tout ce qu'elle dit et fait. On prétend qu'il y a, dans le continent italien, deux autres femmes de ministres plus échevelées qu'elle.
Je trouve que vous auriez pu être un peu plus polie et m' emprunter mes épreuves. 11 n'y a rien qui soit plus pénible pour un auteur que les oublis de cette espèce. Le 1" août, il y avait un second article, et vous aurez à vous mettre en garde contre trois ou quatre autres. Si vous pouviez rne
trouver un euphémisme pour expliquer au kcteur en quoi Mentciiikof se rendait agréable à Pierre le Grand, vous nie rendriez service. Lisez encore, danc la Bévue des Deux Mondes, il!article de M. Gollin, sur; les .associations ouvrières (il est de M. Libri), et une lettre de II. d'HaussonvilIe au prince Napoléon, trèSTpropre k lui fairje perdre le goût de la polémique ^dans les journaux. Sainte-Beuve est toujours assez malade. 11 a autour de lui une grande quantité de femmes, comme le sultan Saladin. Vous ne me ferez .pas croire que vous ayez à *** un autre temps que celui que nous avons ici, c'est-à-dire des rafales de pluie et de vent continuelles. Quand revenezvous? J'aurais grand besoin de vous pour me raconter des histoires et me faire prendre mes maux en patience, chose bien difficile. J'ai lu, l'autre nuit, quand je ne respirais plus gr.ère, les Propos de table de Luther. Ce gros homme me plaît avec tous ses préjugés et sa haine pour le diable.
Adieu, chère amie.
CGC
'Paris, 6 septembre 1867.
Chère amie, j'ai reçu votre lettre, qui m'a fait grand plaisir; Je. pense que le climat humide que vous habitez a dû s'améliorer beaucoup par cette grande chaleur. Pourmoi, je m'en trouve assez bien et J8 respire, non pas tout à fait à pleins poumons, mais mieux que je n'avais fait depuis. assez. long temps. Cependant', j'ai eu le courage de refuser l'oifre très-aimable que l'impératrice m'a renouvelée au moment de partira Je ne me sens, pas assez sûr de moi pour m'exposer à être malade, et, quoi que je fusse assuré d'être bien soigné, je crois prudent et discret de ne pas me risquer. Peut-être, si le beau, temps continue, essayerai-je mes forces en allant .passer quelques jours à la campagne chez mon cousin. Il se peut que le changement d'air me soit bon, et il y a grande