‹ Lettres à une inconnueChapitre 35 sur 37 · Victor Noir · texte numérisé non relu

Victor Noir

AUNEINCONNUE. 363

nief qui paraîtra le mois prochain. J'écris pour moi et peut-être pour vous une petite histoire où il est fort question d'amour. Adieu; je vous souhaite santé et prospérité.

Cannes, 7 avril 1870.

Chère amie, je ne vous ai pas écrit parce que je n'avais que de mauvaises nouvelles à vous donner. J'ai été toujours sinon malade, du moins souffrant. Je le suis encore. Je suis d'une faiblesse désespérante, et il m'est impossible d'aller à cent pas de chez moi sans m'asseoir plusieurs fois. Très-souvent, surtout la nuit, je suis pris de crises très-douloureuses et qui durent longtemps. « Les nerfs! )) me dit-on. Or, la médecine, comme vous le savez, est à peu près impuissante lorsqu'il s'agit de nerfs. Lundi dernier, voulant fahe une expérience et savoir si je pouvais supporter le voyage de Paris, je suis allé à Nice faire «les visites. J*ai cm im instant que je comniettr«s

r indiscrétion de mourir chez quelqu'un que je ne connaissais pas assez intimement pour prendre cette Ijberté. Je suis revenu ici en mauvais état et j'ai passé vingt-quatre heures à étouffer. Hier, j'ai été un peu mieux. Je suis sorti et me suis promené au bord de la mer, suivi d'un pliant sur lequel je m'asseyais tous les dix pas. Voilà ma vie. J'espère pouvoir, à la fin du mois, me mettre en route pour Paris. La chose sera-t-elle possible ? Je me demande souvent si je pourrai monter mon escalier ? Vous qui savez tant de choses, connaissez-vous quelque appartement où je pourrais caser mes livres et ma personne sans monter beaucoup de marches? Je voudrais bien n'être pas trop loin de l'Institut.

J'ai reçu une lettre, très-bien tournée, de M. Emile Ollivier, qui me demande ma voix*. Je lui ai répondu que je n'étais plus de ce monde ; je pense qu'il sera nommé sans difficulté.

Que vous avez raison de trouver que tout le monde est fou ! La gauche soutenant que consulter le peuple sur la constitution, c'est faire du

t. fxyjT l'Académie française.

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despotisme, prouve bien de quel faux métal elle

: est fondue! Mais le plus, triste, c'est que tant

: d'absurdité ne révolte personne. Au fond, nous

Isommes dans un temps où il n'y a plus ni ridicule

ni absurdité. Tout se dit et tout s'imprime sans

scandale.

Je ne sais quand paraîtra la notice sur Cervantes ; elle sera en tête d'une grande et belle édition de Don Quichotte y que je vous ferai lire un de ces jours. Quant à l'histoire dont je vous ai parlé, je la réserve pour mes œuvres posthumes. Cependant, si vous voulez^la lire en manuscrit, vous pourrez avoir ce plaisir, qui durera un quart d'heure.

Adieu, chère amie; portez-vous bien. La santé est le premier des biens. Je ne bougerai pas avant la fin d'avril. Je pense vous retrouver à Paris. Adieu encore.

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