‹ Lettres adressées à Jean et Guy de Daillon, comtes du Lude, gouverneurs de Poitou de 1543 à 1557 et de 1557 à 1585Chapitre 102 sur 173 · TOME XII. H · texte numérisé non relu

TOME XII. H

155. — 1" septembre 1568. — Lettre de Charles IX à M. du Lude.

Monsieur le conte, les garnisons, tant de gensdarmerye que de gens de pied, qui sont entretenues en vostre gouvernement, les gardes qui sont establyes aux portz et passaiges de plusieurs villes, le désarmement que l'on a fait à ceulx de la nouvelle religion par toutes les villes, la description de mes bons subjects et serviteurs que je vous ay cy-devant ordonnée de faire, les formes de serment que je vous ay envoyées pour faire prester à mes subjects et fmablement les commandemens que je vous ay cy-devant faicls et réitérez de tailler en pièces tous ceulx qui sans mon adveu et commandement exprès se vouldroient assembler et marcher par vostre dit gouvernement en armes, estoient, se me semble, provisions si suffisantes que, par le moyen d'icelles et de vostre bonne conduite et prévoyance, je me reposois et asseurois entièrement que ceulx de la dite nouvelle religion ne pouroient à l'advenir et pour la troisiesme foys reprendre les armes. Mais ayant veu depuis peu de jours ce que aucuns des chefs et principaulx de la dite religion ont entreprins, et l'eslévement par eulx en armes, voullans obvier et remeddier à ce que par tous les autres endroits de mon royaume ce feu ne s'estende et allume plus avant, j'ay pour ceste occasion. Monsieur le conte, bien vouUu vous faire cette recharge, pour vous prier et ordonner que, suyvant le zelle et affection qu'avez à mon service, vous ayez à empescher par tous les meilleurs moyens qui vous seront possibles, que ceulx de la dite religion estans en vostre dit gouvernement ne se puissent aucunement eslever , reprendre les armes , surprendre aucunes de mes villes et places fortes, ny se joindre et assembler avecq les dits chefs, usant pour cest effect et

pour leur en oster toute commodité, de toutes sortes de forces que vous pourez assembler et de tous autres moyens cy-dessus spéciffiés et touchés, mesmes de celluy de la dite description, du son de toquesaint, des assemblées de communes et telles et semblables choses, pour courre sus à toute force, à ceulx qui se vouldroient, comme dit est^ eslever et marcher en armes, me vouUant asseurer que, si vous employés bien toutes les dessus dites provisions et aultres desquelles étant sur les lieux, vous vous pourrés ad viser, selon la fiance que j*ay en vous il vous sera fort aysé et facile de pourveoir et remédier à ce mal, veu mesmement que vous serez ordinairement assisté et fortiffié de l'intelligence et communication de forces que un chacun de mes aultres lieutenans généraux et gouverneurs de provinces voisines de vous doibvent réciproquement avoir avecq vous, suyvant ce que par cy- devant il vous a et à eulx esté mandé plusieurs fois ; et tout ainsi. Monsieur le conte, comme à ceulx de la dite religion qui s'eslèveront et reprendront les armes vous courrez sus de tout vostre pouvoir. Aussy pour le regard et allendroict de ceulx de la dite religion qui se contiendront soubs l'observation de mes édicts en leurs maisons sans s'armer et troubler et qui auront faict ou vouldront faire cy-après le serment qui vous a cy-devant esté envoyé pour leur faire prester, vous donnerez ordre qu'ils puissent estre entièrement conservez , mainctenus et gardés, tant en leurs personnes que biens, en toute seureté et repos, n'estant à présent mon intention autre que celle que j'ay tousjours eue de conserver générallement tous mes subjects qui vouldront vivre soubs mon obéissance et s'abstiendront de reprendre et porter les armes, soubs les faulx prétextes que aucuns de leurs chefs leur incitent en avant pour se cuyder prévalloir et renforcer d'eux ; et m'asseurant que vous sçaurez très bien pourveoir à tout ce que je vous mande cy-dessus, je ne vous diray

davantaige, priant Dieu qu'il vous ayt. Monsieur le eonte^j en sa saincte garde. ^^ v^n ♦

jsîEseript à Saint-Maur des Fossez, ce premier jour de septembre 1568. Signé : .Charles. Et plus bas : Robertet, avec paraphe.

Au dos est escrit : A Monsieur le conte duLudde, etc..

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