octobre i568. — Lettre de Charles IX à M. du Lude
Monsieur le conte, pour avoir par trop faict preuve, à mon grant regret, des misères et calamités que la division de relligion semée en mon royaume par la malice de ceulx qui s'en sont vouUus prévalloir en leurs passions et ambitions particullières , y a engendrés, ayans par ung mespris trop grand de mon auctorité esté cause de tant de foulles et oppressions que mes pauvres subjects ont souffertes par cy devant et souffrent journellement *, j'ay par le bon et meur conseil advisé que, pour délivrer mon dit royaume de tant d'afflictions, qu'il falloit le délivrer de l'occasion de tant de maulx, et pour tant j'ay faict l'édict que je vous envoyé par lequel vous sçaurez que je veulx qu'il n'y ayt doresnavant que une relligion telle que tenoient mes prédécesseurs et que je tiens, comme plus particulièrement vous verrez par le contenu au dit édict ; et d'aultant, Monsieur le conte, que j'espère par le moyen d'icelluy estant bien observé, comme je veux croire qu'il soict, remettre toutes choses, avec l'ayde de Dieu, en leur premier
1. Il faut lire dans la Chronique du Langoriy le Journal de Michel le Riche, le Journal de Généroux, les ravages, destructions, cruautés et excès de toutes sortes, commis par les protestants en Poitou, durant le mois de septembre 1568, à Fontenay, aux Moutiers, à Niort, Saint- Maixent, Parthenay, Argenton, Oiron, etc.
estât, je n*ay rien tant en recomendation que de le veoir bien gardé et suivy de poinct en poinct par tout mon royaume. A ceste cause, je vous prye qu'après que le dit édict aura esté publié en mon pays de Poictou, ainsi qu'il a esté en ma court de parlement de Paris, vous ayez à tenir main qu'il soict exécuté et mainctenu par tous mes subjects du dit pays, de façon qu'ung chacun puisse joyr librement de ce qui est porté par iceluy; et pour ce faire, je veulx que vous en envoyez ung double particulièrement à tous les gouverneurs des villes et places de mon dict pays de Poictou, affîn que chacun d'eux ayent en leurs charges à donner ordre qu'il y soit suivy et entretenu, admonestant aussi les baillifs, séneschaux et autres de mes officiers, chacun en son regard, de faire leur debvoir à l'observation d'icelluy et que ceulx qui y contreviendront soient pugnys et chastiés comme désobéissans à ma vollonté et intention et infracteurs de mes édicts et ordonnances; et, encores que je sois très asseuré que par le bon ordre que vous y donnerez je seray obéy et ma dicte intention suivie et exécutée, néantmoings pour autant que je ne désire rien tant que de veoir le dit édict bien gardé depoinct en poinct, pour le bien que j'espère qui en proviendra, je vous prie ne faire faulte à m'advertyr tous les quinze jours du debvoir que feront les dis baillifs, séneschaux et autres officiers avecques les gouverneurs des villes de mon dit pays à l'entretenement de mon dict édict, ad ce que , s'il y a aucun qui n'y face son debvoir, j'en face faire la pugnition bien exemplaire. Priant Dieu, Monsieur le conte, vous avoir en sa saincte garde.
Escript à Paris, le vj* jour d'octobre 1568. Signé: Charles. Et plus bas : de Neufville.
(Cette lettre est commune à tous les gouverneurs et lieutenans généra ulx. On remplissoit simplement leurs noms et celui de leurs gouvernements, comme il paroit par l'original de celle-cy.)
ii!) ffoi . yrift^ m^i r:')ii j^u
158. — 9 novembre 1568. — Lettre de Charles IX à' M. du Lude.
Monsieur le conte, j'ay receu vostre lettre que le sieur de RufFec m'a baillée et entendeu de luy particulièrement tout ce qu'il m'a dict et remonstré de vostre part. Sur quoy, je vous ay bien voulu advertir que, encores qu'il soyt très nécessaire de nettoyer tout ce pays de delà de ceulx qui y tiennent leurs malheureux desseings, pillent, saccagent et bruslent tout ce qu'ils peuvent, à la grande ruyne de mes bons et loiaulx subjects, il fault que je renforce mon armée le plutost que je pourray, tant des forces que j'attends du costé de la Guyenne, que de tous les aultres endroicts d'où il m'en doibt venir, affin que je puisse plus aisément et seurement rompre les forces de mes ennemys et en avoir la victoire^ que j'espère, avec l'aide de Dieu, l'obtenir, à leur ruyne et confusion. Et pour pourveoir à ce qui touche vostre gouvernement, il fault que vous assembliez tout ce que vous pourrés ramasser d'un cousté et d'aultre pour leur résister et courre sus, y faisant du mieulx que vous pourrés que je m'asseure que vous sçaurez très bien faire. Et pour cest effect, vostre présence est bien requise et nécessaire par dellà, qui me faict vous prier de n'en bouger point, sçachant bien que le service que vous m'y ferés sera bien à propos et lequel j'auroys aussy agréable, comme si vous me veniez trouver, ainsy que le dit sieur de Ruffec m'a dict que vous le désiriez. Touchant le chasteau de Luzignan, j'ay faict despescher ung pouvoir au sieur de Guron * pour y commander, estimant qu'il y fera très bien son debvoir et s'en acquittera fidellement : qu'est tout ce que je vous escripray pour le présent^ me reposant sur vous de tout ce qu'il y aura à faire et qu'il sera besoing de pourvoir pour la seureté, garde et conservation du dict