septembre 1S70. — Lettre de Jeanne d*Albret
Monsieur du Lude, j'ay esté advertie d'un grand désordre advenu près de Parthenay, puis quatre ou cinq jours, par les gents de guerre et soldats qui sont dedans alencontre de plusieurs pauvres hommes de la religion qui se rethiraient en leurs maisons soubz la protection de Tédiet de pacification, desquels il en a esté tué jusques au nombre de neuf ou dix, contre la foy publicque, et pour ce que je me suis tousjours asseurée que vous ne vouldriez endurer un tel désordre en votre gouvernement, à quoy j'ay esté encore de nouveau confirmée parles lettres que m'en a escript monsieur de Roches ^ après avoir parlé à vous passant par Nyort, je vous ay bien voulu advertir, tant de tel désordre, que de la plaincte de ceulx de la religion dudit Parthenay qu'on ne permet entrer dedans leurs maisons, vous priant devons informer diligemment delà vérité des deux plainctes et en faire telle punition que je puisse congnoistre que vous voulez faire garder sans aulcune dissimulation la pacification tant désirée par les bons subjects du roy, dont aussi vous me ferez plaisir de m'advertir, non seulement pour ma satisfaction, mais aussi pour faire entendre à un chascun le bon zèle et debvoir que vous aurez faict en cest endroict, priant Dieu, Monsieur du Lude, qu'il vous tienne en sa saincte grâce.
De la Rochelle, ce iiij® jour de septembre 1 570. Votre bonne amie : Jehanne.
1. L'original de cette lettre, acquis en vente à Paris en 1881, fait partie de la collection de M. Alfred Morrison, en Angleterre. Nous en avons obtenu une copie par l'intermédiaire de M. Thibaudeau, de Londres.
2. Des Roches, premier écuyer du roi, vint publier la paix récente de Saint-Germain dans la ville de la Rochelle. Cette cérémonie se fit avec pompe. {Hist. de la Rochelle, par Arcère, 1. 1, p. 387.)