‹ Lettres adressées à Jean et Guy de Daillon, comtes du Lude, gouverneurs de Poitou de 1543 à 1557 et de 1557 à 1585Chapitre 142 sur 173 · août 1572. — Déclaration du roi Charles IX · texte numérisé non relu

août 1572. — Déclaration du roi Charles IX

De par le Roy,

Sa Majesté désirant faire sçavoir et congnoistre à tous ses gentilshommes et autres ses subjects la cause et occasion de la mort de l'admirai et autres ses adhérans et complices advenue en ceste ville de Paris, le xxiiij* de ce présent moys d'aoust, d'autant que le dit faict leur pourroit avoir esté desguisé ;

Sa dite Majesté déclare que ce qui en est advenu a esté faict et exécuté par son exprès commandement et non pour cause aulcune de religion, ne contrevenir à ses édicts de pacification qu'il a tousjours entendu, comme encores entend observer, garder et entretenir; ains pour obvier et prévenir l'exécution d'une malheureuse et détestable conspiration faicte par le dit admirai, chef et autheur d'icelle et ses dis adhérans et complices en la personne du dit sei-

gneurroy, la royne sa mère, messeigneurs ses frères, le roy de Navarre , et autres princes et seigneurs estans près d'eulx.

Par quoy, Sa dite Majesté fait sçavoir par eeste présente déclaration et ordonnance à tous gentilshommes et autres quelsconques de la religion prétendue refFormée qu'elle veut et entend qu'en toute seureté et liberté ils puissent vivre et demeurer avec leurs femmes, enfans et familles en leurs maisons, soubs la protection du dit seigneur roy, tout ainsy qu'ils ont par cy devant faict et pourroient faire, suyvantle bénéfice des dits édits de pacification.

Commandant et ordonnant très expressément à tous gouverneurs et lieutenans généraulx en chacun de ses pays et provinces et tous autres ses justiciers et officiers qu'il appartiendra de n'atempter, permettre ne souffrir estre attempté ne entreprins, en quelque sorte ou manière que ce soyt, es personnes et biens des dis de la religion, leurs dites femmes, enffans et familles, sur peyne de la vye contre les délinquans et coulpables.

Et néantmoings, pour obvier aus troubles, scandalles et deffiances qui seroient pour intervenir à cause des presches et assemblées qui se feroient, tant es maisons des dis gentilshommes, que ailleurs, selon et ainsi qu'il est permys par les susdits édits de paciflication. Sa dite Majesté fait très expresses inhibitions et deffenses à tous les dis gentilshommes et autres estans de la dite religion de ne faire assemblées, pour quelque occasion que ce soit, jusques à ce que le dit seigneur, après avoir pourveu à la tranquilité de son royaume, en ayt autrement ordonné, et ce sur peyne de désobéissance.

Fait à Paris, lexxviij^ jour d'aoust 1 572. Signé : Charles. El plus bas : de Neuf ville.

230. — 3 septembre 1572. — Lettre de Charles IX à M. du Lude.

Monsieur du Lude, je vous ay faiet deux dépesches par lesquelles je vous ay adverty de mon intention sur ces oceurranees. J'estime qu'elles auront esté ouvertes à Poictiers en vostre absence et vous auront esté après envoyées et par vous receues auparavant la présente. Avecques la dernière, je vous ay envoie six commissions en blanc pour lever six compaignies de gens de pied, si vous cognoissez qu'il soit nécessaire, selon et ainsy qu'il vous est prescript par le contenu de ma dite lettre. J'ay esté bien aise d'entendre par ce gentilhomme que^ sur la nouvelle que vous aviez eue de ce qui est advenu en ceste ville, vous prépariez avecques mes bons serviteurs de par delà pour estre prests à servir à mon intention, laquelle est telle que vous verrez par le mémoire et instruction que je vous envoie, et pour la vous déclarer en peu de paroUes je veulx estre obéy et chastier quiconque s'eslèvera et oposera à mes commandemens; à ces fins, ne me sçauriez faire ung plus grand service que de vous rendre le plus promptement qu'il vous sera possible en vostre gouvernement : car il n'y a province en mon royaume en laquelle j'aye plus grand besoing d'estre bien servi, d'autant que ceulx de ceste relligion y sont en grand nombre et forts; la dilligence aussy y est très requise pour les empescher de s'assembler, comme il est à craindre qu'ils auront jà faict. J'escripts aux sieurs de Malicorne * et de Vassé joindre leurs forces avecques vous, affîn qu'estans en ce commencement ensemble vous me puissiez mieulx faire obéir. Si en allant en votre gouvernement ou avant que de partir de vostre maison vous estes adverty qu'il y en ait qui s'assemblent en armes contre

1. Jean de Chourses, s' de Malicorne, beau-frère de M. du Lude, dont il avait épousé la sœur Françoise. Il lui succéda en 1585 dans le gouvernement du Poitou.

mon intention, je vous prie leur courir sus et les tailler en pièces, pourveu toutesfois que cela ne vous arreste trop ; car vous faictes très grand besoing en vostre dit gouvernement; passant aussy à Monstreuil-Beslay vous adviserez d'y establir ma volonté et me rendre obëy. Je vous envoie ung mémoire que j*ay faict faire par le sieur de Biron des lieux où il y a quelques pièces d'artillerie et munitions, affîn que les envoyez quérir et vous en puissiés servir et ayder, si en avez besoing. Priant Dieu, Monsieur du Ludde, vous avoir en sa garde.

Escript à Paris, le iij° jour de septembre 1572. Signé : Charles. Et plus bas : de Neuf ville.

Au dos est écrit : A Monsieur du Ludde, etc.

231. — 4 septembre 1S72. — Instructions du roi Charles IX à M. du

Lude.

Le roy, considérant qu'après Tesmotion naguières advenue en ceste ville de Paris en laquelle a esté tué le feu sieur de Chastillon, amyral de France et aulcuns seigneurs et gentilshommes qui estoient avecques luy, pour avoir malheureusement conspiré d'atempter à la personne de Sa Majesté, de la royne sa mère, de messeigneurs ses frères, du roy de Navarre et aultres princes et seigneurs estans près d'eulx et à son Estât, ceulx de la religion prétendue re (Formée ne sçachant au vray les causes et occasions d'icelle esmotion, feroient, pour s'eslever, s'assembler et mectre en armes, comme ils ont faict les troubles passés, faire nouvelles praticques et menées et desseings contre le bien du service de Sa Majesté et repos de ce royaume, s'il n'y estoyt par elle pourveu et faict à la vérité congnoistre aux seigneurs et gentilshommes et aultres ses subjects de la dite religion comme ce faict est passé et quelle est l'intention et voUontéde Sa Majesté en leur endcoict;,EU« estant

bien advertye du grand nombre de noblesse et aultres personnes qui sont de la religion en son pays de Poietou et es environs et considérant pour y remédier et tenir tous ses dits subjeets en bonne paix, il est besoin que le sieur du Lude, gouverneur du dit pays s*y achemine et rende le plustost qu'il luy sera possible, Sa dicte Majesté, outre ce qu'elle luy a escript par ses dernières, luy faict encores présentement une recharge bien vifve pour s'y en aller en toute diligence.

Estant ledit sieur conte du Lude arrivé en son dit gouvernement, advisera incontinent par tous moyens de faire vivre en paix, union et repos tous les subjeets de Sa dite Majesté, tant de Tune que d'autre religion, et, pour y parvenir fera doulcement appeller devant luy en publicq ou en particulier, ainsi que verra estre plus à propos pour le bien de son service, les sieurs gentilshommes dudit pays et aussy les bourgeois et habitans des villes de Poictiers et autres qui seront de la dite religion, ausquels il déclarera et fera entendre la vérité de la dite esmotion advenue en ceste dite ville, pour ce que l'on leur pourroit avoir desguysé le faict autrement qu'il n'est.

Et leur dira le dit sieur conte du Lude que Sa dite Majesté ayant descouvert que, soubs umbre de la blesseure du dit amyral dont elle vouloit et avoit jà donné tout l'ordre qui se peult pour promptement luy en faire faire justice, ieelluy amyral et les sieurs gentilshommes de sa ditte religion qui estoient en ceste ville avec luy, sans attendre l'efFect de la dite justice, avoient faict une meschante, malheureuse et dangereuse conspiration en la personne de Sa dite Majesté, de la royne sa mère, messeigneurs ses frères, du roi de Navarre et aultres princes et seigneurs estans près d'eulx et à son dit Estât, ainsy que aulcuns participans et adliérans à la dite conspiration^ recongnoissant leur faulte, ont confessé ; que Sa dite Majesté, pour prévenir et obvier à l'exécution d'ung si méchant^ pernicieulx

et abominable desseing et non pour aucune cause de religion, nypour contrevenir à son ëdict de paciffication, a esté, à son très grand regret, contraincte permettre ce qui est ainsy advenu le dimanche xxiiij® du présent mois d'aoust, en la personne du dit amyral et de ses adhërans et complices.

Entendant Sa dite Majesté que les dis de la religion puissent vivre et demeurer en toute liberté et seureté avecques leurs femmes, enfFants et famille en leurs maisons soubs sa protection, comme elle les y maintiendra et fera maintenir, s'ils se veuUent contenir doulcement, ainsy qu'elle désyre, soubs son obéissance, voullant à ceste fm Sa dite Majesté que le dit sieur conte duLudde leur octroie et baille ses lettres de sauvegarde en bonne et autenticque forme qui seront de telle force et vertu que si elles estoient esmanées et prinses d'icelle Sa dicte Majesté et qu'en vertu d'icelles ils soient conservés et gardés de toutes injures , viollences et oppressions, avecques defFenses très expresses et estroittes à ceulx desessubjects catholicques quels qu'ils soient de n'attempter, sur peyne de la vie, aux personnes, biens ne familles des dits de la religion qui se contiendront doulcement en leurs maisons.

Et si aulcuns estoient si téméraires et mal advisés de faire chose contre les dites defFenses et sauvegardes. Sa dite Majesté veult que pugnition et justice prompte, rigoureuse et exemplaire soit faicte de ceulx qui les auront viollées, affin que cella serve de contenir les aultres de ne faire le semblable.

Estant le vray et seul moien de Tasseurance que Sa dite Majesté peult bailler aus dits de la religion avecques sa parolle et promesse expresse de leur estre prince bon et bening protecteur et conservateur d'eulx et de tout ce qui leur touche, aultant qu'ils demeureront et vivront soubs son obéissance et sans entreprendre ou faire chose contre son service et volunté.

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