‹ Lettres adressées à Jean et Guy de Daillon, comtes du Lude, gouverneurs de Poitou de 1543 à 1557 et de 1557 à 1585Chapitre 143 sur 173 · TOME XII · texte numérisé non relu

TOME XII

Et, parce que Sa Majesté a souvent congneu que les entreprinses et délibérations faictes par les diets de la religion contre son service ont esté résolues entre eulx aus assemblées des presches que les gentilshommes avoient liberté de faire faire en leurs maisons et fiefs, le dit sieur conte du Ludde fera entendre particulièrement à iceulx gentilshommes qui ont acoustumés faire faire les dis presches, que Sa dite Majesté, considérant qu'il n'y a riens qui tant esmouve et anime les dis catholicques contre les dis de la religion que les dis presches et assemblées et que les continuant il est certain que cella seroyt cause d'empirer et augmenter les dites séditions, que pour ceste occasion Sa dite Majesté désire qu'ils les facent cesser jusques à ce que en soyt autrement par elle ordonné, et qu'ils s'accommodent à cela comme chose très nécessaire à l'effet de son intention qui est de ramener doulcement ses dits subjects à une vraye et parfaicte amitié, unyon et concorde les ungs avecques les autres, mectant toutes haynes, divisions, partiallités en obly, ce que, d'aultant qu'il leur pourra sembler dur du commencement, le dit sieur conte du Lude aura à leur dire doulcement en aulcune mauvaise conjecture, car aussy Sa dite Majesté veult procedder en toute vraye sincérité à l'endroict de ceulx qui se conformeront à sa volunté et obéissance , usant au demeurant, envers les dis de la religion et selon qu'il les verra disposés, de toutes les bonnes persuasions qu'il luy sera possible pour les amener à se résouldre de vivre soubs l'obéissance et selon la volunté de Sa dite Majesté.

Et, afïin que ses dis subjects catholicques sçachent aussy comme ils auront à se conduyre en cecy, ledit sieur conte du Ludde dira que ce n'a jamais esté et n'est encores l'intention de Sa dite Majesté qu'il soyt faict aucun tort, injure ou oppression à ceulx de la dite religion qui comme bons et loyaulx subjects se vouldront contenir doulcement en son obéissance.

Déclairant aux dits catholicques que s'ils s'oublient tant que d'offenser ceulx de la dite religion qui se porteront tels envers Sa dite Majesté et auront à eeste fin prins d'elle ou de luy sieur conte du Ludde lettres de sauvegarde, elle les fera punir et ehastier sur le champ comme transgresseurs de ses commandemens , sans aulcune espérance de grâce, pardon ou rémission, ce que ledit sieur conte du Ludde exprimera et leur déclarera amplement avecques les plus expresses paroUes qu'il luy sera possible.

Et, après que le dit sieur conte du Ludde, suivant l'intention de Sa dite Majesté, aura, par ceste voye doulce qui est celle qu'elle ayme le mieulx, cherché les moyens d'asseurer le repos entre ses dis subjects, ceulx qui se conformeront en cella à la volunté de Sa dite Majesté il les y confortera, il leur fera faire tout le meuilleur et plus doulx traictement qu'il luy sera possible, et, s'il y avoit aulcuns qui se rendissent opiniastres et rebelles à Sa dite Majesté, sans avoir esgard aus dites remonstrances et feissent assemblées en armes, menées et praticques contre le bien de son service, le dit sieur conte du Ludde leur courra et fera courir sus, les taillera en pièces avant qu'ils ayent le moyen de se fortiffier et joindre ensemble; et, à cest effect, assemblera le plus de forces qu'il luy sera possible, tant des ordonnances estans sa compagnie et des sieurs de Lansac^, la Fayette, Malicorne, la Yauguyon ^ et conte Ventadour, nommées et ordonnées pour le dit pays de Poictou, dont les dits sieurs ont esté advertis, du ban et ar-

1. Guy de Saint-Gelais, s'' de Lansac, chev. de Tordre du Roi, capitaine de 50 hommes d'armes, fils de Louis de Saint-Gelais et de Jeanne de la Rocheaudry. {Dict, des familles de l'ancien Poitou, t. II, p. 332.)

2. Jean de Pérusse d'Escars, s^'de laVauguyon, prince de Carency, fils de François de Pérusse d'Escars et d'Isabeau de Bourbon. Il fut capitaine de 100 hommes d'armes d'ordonnance, maréchal et sénéchal de Bourbonnais en 1576, chevalier des ordres du roi en 1578, puis lieutenant général des armées du roi en Bretao^ne, sous Henri de Bourbon, prince de Dombes. Il mourut le 21 décembre 1595. (Dict. des familles de V ancien Poitou, t. II, p. 515.)

rière-ban, que aultres gens de guerre et soldats à pied, suyvant les commissions qui luy ont esté envoyées, et habitans des villes de son dit gouvernement, avecques lesquelles forces le dit sieur conte courra aus dis séditieux et rebelles et assiégera ceulx qui se rendront et tiendront forts es villes et chasteaux du dit pays, de manière que la force et l'autorité en demeure à Sa dite Majesté, selon et ainsy que le dit sieur conte du Ludde a ample et particullier pouvoir de ce faire par les lettres patentes que Sa dite Majesté luy a fait expédier.

Aura le dit sieur conte du Ludde toute bonne correspondance et intelligence avecques monsieur Tamyral* lequel sera de brief en Guyenne, les lieutenans généraux des provinces et aultres qui y sont et seroient envoyés avecques charge pour le service de Sa Majesté, se secourront et assisteront l'un l'autre de forces et moiens, comme bons serviteurs et ministres sont tenus de faire.

Et advertira continuellement le dit sieur conte Sa Majesté, tant de ce qu'il aura faict en cest endroict, comme de toutes aultres occurrances et de ce qu'il luy fera besoing, afïin qu'il luy soit pourveu.

Fait à Paris, le iiij* jour de septembre 1 572. Signé : Charles. Et plus bas : de Neuf ville.

232. — 8 septembre 1572. — Lettre de Charles IX à M. du Lude.

Monsieur du Ludde, j'envoye le sieur de Biron * grand maître de mon artillerie en son gouvernement de la Rochelle et païs d'Aunys, affîn de donner ordre à ce qui se présentera par delà pour mon service. Et d'autant que

1. Honoré de Savoie, marquis de Villars, comte de Tende, maréchal de France, était alors amiral de France.

2. Armand de Gontaut, baron de Biron, nommé gouverneur de la Rochelle en 1571. (Voir plus haut.)

mon intention est qu'il commande aussi en mon pays de Xaintonge, en l'absence de mon cousin le marquis de Villars, admirai de France, je vous en ay bien vouUu advertir et vous prier, Monsieur du Ludde, suivant la dévotion que je sçay que vous avez au bien de mes affaires et service, ayder le dit sieur de Biron des forces que vous pourés avoir ensemble par delà, lorsqu'il vous en requërera et qu'il en pourra avoir de besoing en mon dit pays de Xaintonge, ainsi que je vous asseure qu'il vous fera de sa part toutesfois et quantes que l'occasion se présentera pour mon service, ayant au surplus une si bonne et entière intelligence par ensemble que je puisse par ce moyen recevoir de l'un et de l'autre les effetz de l'affection que portez au bien de ceste couronne ; priant Dieu, Monsieur du Ludde, vous avoir en sa garde.

Escript à Paris, le viij^jour de septembre 1572. Signé : Charles. Et plus bas : de Neufville, avec paraphe.

Au dos est écrit : A Monsieur le conte du Ludde, etc..

233. — 14 septembre 1572. — Lettre de Charles IX à M. du Lude.

Monsieur du Ludde, suivant ce que je vous ay escript et faict entendre par mes dernières despesches, mesmement par l'instruction que je vous ay puis peu de jours envoyée, de ma bonne et droicte intention envers tous mes subjects, je ne désire riens tant que de veoir les choses à repos en mon royaume, et qu'aucuns de mes dits subjects qui pourroient estre en doute et deffiance, à cause de l'émotion advenue sur la mort du feu admirai, soient a«seurés de ma bonne et sincère volonté en leur endroict, n'ayant jamais esté mon intention ny n'est que ceulx qui ne sont coulpables de la malheureuse conspiration faicte contre moy par le dit admirai et ses adhérans, souffrent aucun desplaisir, mais soient conservés, ainsy que mes autres,

m'asseurant qu'ils se conformeront à ma volonté après ravoir entendue, tant par ma déclaration qui en a esté publiée par les bailliages, que par vous qui les en asseurerés encores de ma part, suivant la charge et pouvoir exprès qu'en avés de moy; et pour ce que j'ay journellement advis que, soubs couUeur de la ditte émotion, il se commet en mon royaume infinis maulx et exactions sur plusieurs de mes subjets par aucuns qui, soubs prétexte de mon service, ce sont d'eulx mesmes licentiés à prendre les armes et s'assembler, allant par les champs piller les maisons d'aucuns gentilshommes et autres mes subjects , lesquels se sont contenus en leurs maisons avecques leurs familles, suivant mes commandemens et l'asseurance qu'ils ont prise de la déclaration qui a esté publiée de mon intention, je vous prie que, sur tous les services que désirés me faire, vous donniez ordre d'entendre de tous les costés et endroicts de vostre dit gouvernement où il y aura gens en armes, affin de les mander venir à vous, ou, s'ils estoient loing , envoier vers eux gentilshommes cappables à ce qu'ils vous facent entendre soubs quel prétexte et aucthorité ils les auront prises ; et, s'ils ne sont gens de mes ordonnances ou qui ayent charge par escript de moy ou de mon frère le duc d'Anjou mon lieutenant général, et qui ne soient pour me faire service, faictes leur incontinant mettre les armes bas ; et, s'ils estoient si téméraires que de ne voulloir à l'instant obéyr au commandement que leur en ferez de ma part, donnés ordre de les rompre et mettre en pièces, si bien que la force m'en demieure, comme il est porté par vostre ditte instruction; vouUans aussy que vous faciez promptement faire la plus grande et exemplaire justice qu'il vous sera possible d'une infinité de voUeurs et brigands qui font plusieurs pilleries et rançonnemens parles villaiges et maisons des champs, faisant mettre en liberté ceulx qui seroient détenus prisonniers sans paier rançon et^ réparer les maulx et factions

qui leur auroient estes faits, si pouvez apréhender les coulpables ; car je désire que tels maulx soient pugnis et ehastiës exemplairement, de peur qu'ils ne meetent en désespoir mes bons subjects, qu'ils soient contraincts pour se garantir de faire le contraire; j'en escripts particulièrement une bonne lettre au sieur de Montsoreau lequel je suis bien adverty va pillant en vostre dit gouvernement et es environs, chose queje trouve merveilleusement estrange de luy et à laquelle, en quelque sorte que ce soit, je vous prie remédier au plutost, si me voulez contenter, et m'en mander des nouvelles, comme aussy de votre arrivée en vostre dit gouvernement *. Priant Dieu, Monsieur du Lude, vous avoir en sa saincte garde.

Escriptà Paris, le 14° jour de septembre 1572.

Je suis adverty qu'il y a plusieurs gentilshommes de cette prétendue relligion, lesquels font semblant de se vouloir contenir, qui envoient tous les jours vers le comte de Laval pour luy offrir de le suivre, s'il se veult eslever ; à quoy je vous prie prendre garde et que, soubs couUeur d'obéissance, il ne se pratique et monopole rien au préjudice de mon service; faisant surtout ehastier les voleries et saccagements de maisons. Signé : Charles. Et plus bas : DE Neufville, avec paraphe.

Au dos est écrit : A Monsieur du Ludde, etc..

234. — 14 septembre 1572. — Lettre de Charles IX à M. de Montsoreau.

Monsieur de Mont Saureau ^, je trouve merveilleusement

1. On verra, par une des lettres suivantes, que M. du Lude revint en Poitou le 16 septembre. 11 était le 20 septembre à Saint-Maixent, où il s'occupa de la répartition des garnisons. (Journal de Michel le Riche, ^.li\, 112.)

2. Jean, cte de Montsoreau, servit en Poitou, sous les ordres de M. le cte du Lude, dans les guerres contre les protestants en 1569. Il

estrange les piller y es et exactions qui se font, comme je suis adverty, soubs vostre nom et par vostre commandement en mon pays de Poictou et es environs sur plusieurs gentilshommes et autres mes subjects, sans qu'ils en donnent occasion, car je vous ay tousjours tenu et repputé pour si saige et obéissant serviteur que difficilement j'eusse creu et estimé que, non seuUement vous eussiez voulu commectre tels actes, mais souffrir que vostre nom y fust meslé. Vous ne pouvez ignorer, d'autant que j'ay faict publier par toutes les provinces de mon royaume mon intention, que j'ay pris en protection et mis soubs ma sauvegarde tous gentils hommes et autres mes subjects de la prétendue religion, lesquels se voudront contenir en leurs maisons et avecques leurs familles , obéyr à mes édicts et ordonnances sans prendre les armes et s'eslever; néantmoings, je suis bien informé que c'est à ceulxlà que vous vous addressez et que leurs maisons sont forcées et pillées, de manière que se trouvans trompés en l'asseurance qu'ils avoient prise de la déclaration que j'ay faicte de mon intention, ils sont contraincts de sortir de leurs dites maisons pour sauver leurs vyes et fuyr la fureur de vos soldats, estans en tel désespoir qu'ils sont prests d'oublier tout respect et pour se garentir prendre les armes pour troubler le reppos de mon royaume. C'est pourquoy je vous fais ceste lettre par laquelle je vous commande très expressément que vous ayez incontinant, non seullement à ne continuer et faire cesser telles exactions et violences, sur tant que craignez encourir mon indignation, mais aussy réparer les torts et injures qui ont esté par vous ou vos

était colonel des chevau-légers en Poitou en 1574. Il fut tué au mois de septembre 1575, près Etrecy, en revenant de Paris, par des prévôts des maréchaux, sans qu'on en sache la cause. Les huguenots, dont il était, paraît-il, l'ennemi mortel, se réjouirent de sa mort. {Journal de Généroux, p. 64, 124, 127, 131.) La lettre du 14 septembre 1572, que Charles IX lui adressa pour le réprimander, confirme et justifie l'appréciation du chroniqueur contemporain.

soldats faictes aus dis gentilshommes desquels avez forcé les maisons, métant au plustosl à plaine et entière liberté ceulx qui auroient par vous ou les vostres esté faicts prisonniers, sans leur faire payer aucune rançon, d'autant que je ne veulx et entends qu'aucun de mes subjects y soient mis, ainsi que je l'ay escript aux gouverneurs de mes provinces et à ceulx qui y commandent; et où vous auriez advis qu'il y en auroit qui se vouldroient eslever pour s'opposer à mes intentions, parce que bien souvent Ton se sert de ce prétexte pour commeclre semblables exactions, vous en advertirez incontinant le gouverneur de la province ou celuy qui y commandera, pour v remédier, vous deffendant de vous accompaigner en armes et vous licentier de tenir les champs et faire aucun faict d'armes en quelque sorte que ce soit, synon par congé du gouverneur ou lieutenant général de la province; et, si voulez réparer le malcontentement que j'ay des plalnctes qui m'ont esté faictes devons, faictes en sorte que les offensés ayent occasion de me mander le contraire. Je prye Dieu, Monsieur de Montsoreau, qu'il vous tienne en sa saincte garde.

Escript à Paris, le xiiij^ jour de septembre 1 572. Signé : Charles. Et plus bas : de Neuf ville.

235. — 17 septembre 1572. — Lettre de Charles IX à M. du Lude.

Monsieur le conte, je vous ay assez de foys escript que je veulx que ceulx qui ont faict profession de ceste nouvelle opinion lesquels se contiendront en leurs maisons et obéyront à mes intentions soyent gardez et deffendus de toute oppression; et d'autant qu'il y en a plusieurs en vostre gouvernement lesquels font démonstration, non seuUement de se vouloir contenir, mais abjurer leur dite oppinion et revenir à l'Église catliolicque, je vous prie donner ordre qu'il ne leur soit faict aucun déplaisir et que,

par le bon traitement qui leur sera faict, ils soyent confortés en eeste volonté, mesmement aucuns, lesquels, comme il m'a esté mandé, avoyent deslibéré auparavant la mort de l'admirai et ses adhérans, cognoissant leur pernitieuse intention et les méchancetés que produisoit ceste dite oppinion soubs prétexte de religion, de se recongnoistre et réunir à l'Eglise, comme je le vous ay par ma dernière escript, priant Dieu, Monsieur le conte, vous avoir en sa saincte garde.

De Paris, le xvij^ jour de septembre 1572. Signé : Charles. Et plus bas : de Neufville, avec paraphe.

Au dos est écrit : A Monsieur le conte du Lude, etc..

236. — 28 septembre 1572. — Lettre de Charles IX à M. du Lude.

Monsieur du Ludde, les lettres que m'avez escrites du 16 de ce moys m'ont estes très agréables, premièrement en ce que m'y faittes mention qu'este en vostre gouvernement et charge, cognoissant que votre présence y est très nécessaire y tenant le lieu que vous avés et m'y représentant si dignement que vous faictes, aussy que m'asseurés avoir trouvé la plus grande partye de la noblesse du pays de la nouvelle opinion bien disposée à vivre en paix soubs l'observance de mes édicts et commandemens, sans se voulloir esmouvoir : je vous prie, Monsieur du Ludde, les confForter en cela de tout vostre pouvoir et n'oublier rien de ce qui leur peult donner confïiance de ma volonté^ laquelle véritablement j'ay très bonne et affectionnée à leur bien et conservation, pourveu qu'ils ne s'eslèvent ny troublent le commun repos, mais se contiennent paisiblement et me soient bons et obéyssants subjects, dont je leur donneray de jour en jour plus d'occasion et tesmoignage, comme semblablement je ne lairray impunis les désobéissances qui me seroient faictes et à ceulx quigme

représentent : pour le regard de ceulx de la Rochelle, j'ay bien considéré ce que m'en escrivés et m*avés faict plaisir d'en parler librement; ils m'ont bien escrit fort humblement et ne sçaureois par lettres m'exprimer davantage l'affection qu'ils me démonstrent et à mon service. Maintenant que le sieur de Biron est par delà *, j'espère eslre dans peu de temps esclaircy de l'intérieur de leurs cœurs et actions pour y voir à plain et asseoir jugement, et suivant cela me conduire; cependant, si vous en apprenés particulièrement quelque chose, je vous prie m'en advertir incontinent, mesmes en donner advis au dit sieur de Biron, aflin que ceste commune bonne intelligence d'entre vous deulx favorise mon dit service et aschemine tousjours mes affaires et intentions au but que je désire et recherche, qui est l'honneur de Dieu, le bien, repos et conservation de mes subjects soubs mon obéissance, en quoy je sçay combien me secourent mes bons serviteurs, et le lieu que vous y tenez à l'exemple de vos prédécesseurs, estant très soigneux et vigilant en vostre charge : ce sera pour de tant plusacroistrele bien que je vous veux; et en cest endroict je prie Dieu qu'il vous ayt. Monsieur du Lude, en sa garde saincte.

Escript le 28' jour de septembre 1572. Signé : Charles. Et plus bas : de Neufville, avec paraphe.

Au dos est écript : A Monsieur le conte du Ludde, etc.

237. — 30 septembre 1572. — Lettre de Charles IX à M. du Lude. Monsieur du Ludde, en délibérant des affaires qui con-

1. Armand de Gontaut, baron de Biron, maréchal de France, lieutenant çour le roi au pays de la Rochelle, Aunis et Saintonge, entama à cette époque, à Surgères, des néiiociations avec les députes des Rochelais, dans le but de les déterminer à lui accorder l'entrée de leur ville et à se soumettre ainsi au roi. Il ne parvint pas à réussir. (Hist. de la Rochelle, par Arcère, t. I, p. 410-413.)

cernent et appartiennent à la seureté et conservation de mon estât, j'ay trouvé que l'une des choses la plus nécessaire de faire en ceste occasion est de pourveoir et commettre la charge et administration de la justice et de mes finances à personnes catholicques, pour la deffîance que mes subjects après les émotions fraischement advenues pourroient avoir de ceulx de la nouvelle opinion qui tiennent les dits estats, lesquels leur attribuent beaucoup d'auctorité parmy le peuple, s'ils les exerçoient encores à présent : au moyen de quoy, j'ay faict faire un mémoire contenant la déclaration de ce que j'entends estre faict pour le regard des dits officiers de la nouvelle opinion, tant delà justice que des finances, qui ont auctorité et semblablement des aultre» menus officiers qui n'ont gaiges ny auctorité, à cause de leurs dits estats ; lequel mémoire je vous envoyé signé de ma main, vous pryant le faire suivre et observer pour les officiers de la ditte qualité qui sont en l'estendue de vostre charge, et leur faire entendre et déclairer en cest endroict mon intention portée par le dit mémoire, à ce qu'ils n'en puissent prétendre cause d'ignorance ; et quant aux biens qui ont estes saisis sur ceulx de la ditte nouvelle opinion, vous leur en baillerés ou ferés bailler plaine et entière main levée et à leurs veufves et héritiers, à la charge des soubmissions et ainssy qu'il est porté et contenu amplement par le dit mémoire; et, encores que par l'un des articles d'icelle il soit dict que tous prisonniers seront mis en liberté, toutes fois mon intention est que ceulx qui seront notoirement congneus factieulx soient retenus, et gardés leur noms et surnoms et demeurance, desquels vous m'envoyerés par ung rooUe avec les charges qui seront contre eulx, pour après vous faire entendre et mander sur ce ma volonté ; sans toutesfois déclairer que j*aye faicte cette exception laquelle j'ay réservée de faire par ceste lettre pour bonnes considérations; vouUans au demeurant le contenu au dit mémoire

eslre entièrement gardé, suyvy, observé et entretenu; à quoy vous tiendrés la main, en m'advertissant de ce que vous aurés faict du contenu en la présente; prians Dieu, Monsieur du I.udde, vous avoir en sa garde.

Escript à Paris, le dernier jour de septembre 1572. Signé : Charles. Et plus bas : de NEUFVJLLE,avec paraphe.

Au dos est écrit : A Monsieur du Ludde, etc..

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