octobre 1572.— Lettre de Charles IX à M. de la
Fayette.
Monsieur de la Fayette*, encores que j'aye essayé tous les moyens doulx et gratieulx pour ramener ceulx de ma ville de la Rochelle à l'obéissance qu'ils me doibvent, je y ay toutesfois si peu proufficté que je me trouve à présent contrainct y employer, à mon grand regret , la force que Dieu m'a donnée. Ayant fait lever ung bon nombre de gens de pied, oultre ceulx qui sont jà es environs de la dite ville qui sont soubs le sieur de Strossy ^ pour cesl efFoot et y mettre le siège au plustost , délibéré de poursuivre ceste enlreprinse jusques à ce que j'en aye la raison et plaine satisfaction ; et d'aultant qu'elle ne se peult exécuter sans estre assistée d'ung bon nombre de cavallerye, j'ay faict choix et élection de quelques compaignies de ma gendarmerye pour les y employer, entre lesquelles est la vostre, vous pryant à ceste cause, incontinant la présente receue, vous disposer avec elle pour vous acheminer et rendre en personne le plustost que vous pourrés à Nyort,
4. M. de la Fayette, beau-père de M. du Lude, était capitaine d'une compagnie d'ordonnance que le gouverneur du Poitou avait promis de mettre en garnison à Saint-Maixent, le 20 septembre précédent. {Journal de Michel le Riche, p. 111, 112.)
2. Philippe Strozzy, colonel général de l'infanterie, était alors à Brouage. {Histoire de la Rochelle, par Arcère, 1. 1, p. 413.)
lieu que j'ay destiné pour faire l'amas de toutes les forces que je veulx y employer * ; ayant bien vouUu vous advertir que, pour estre le sieur de Biron gouverneur du pays de Rocheloys, je Tay choisy pour commander en ceste exécution, comme je veulx que tous les autres gouverneurs facent en leurs charges, sy occasion s'y présente, affin que vous ne faciez difficulté de luy remettre et defférer ce lieu et avoir l'intelligence avec luy que vous congnoistrez estre nécessaire au bien de mon service, pour le respect duquel je m'asseure que vous vous accommoderez à toutes choses et que en cest endroict vous me ferés ung si bon et signalé service que j'auray occasion d'en avoir mémoire et tout ce qui pourra toucher vostre contantement ; pryant Dieu, Monsieur de la Fayette, vous avoir en sa saincte et digne garde.
Escript à Paris, le xvij^ jour d'octobre 1 572. Signé : Charles. Et plus bas : Fizes, avec paraphe.
Au dos est écrit : A Monsieur de la Fayette, chevallier de mon ordre et cappitaine de cinquante lances de mes ordonnances, ou à celluy qui commande de présent à sa compagnie.
240. — 17 octobre 1572. - Lettre de Charles IX à M. du Lude V
Monsieur le conte, encores que j'aye essayé tous les moyens doulx et gracieulx pour ramener ceulx de ma ville de la Rochelle à l'obéissance qu'ils me doyvent, je y ay toutesfoys si peu prouffîté que je me trouve à présent contrainct y employer, à mon grand regret, la force que Dieu m'a donnée, ayant faict lever ung bon nombre de gens de
1. La compagnie de M. de la Fayette, conduite par son lieutenant, M. de Pierrebrune, passa à Saint-Maixent le 19 octobre 1572. (Journal de Michel le Riche, p. 114.)
2. Cette lettre est imprimée mais incomplète dans VHistoire de ta Rochelle, par le P. Arcère, t. II, p. 678.
pied, outre eeulx qui sont jà es environs de la dite ville sous le sieur de Strossy pour eest efFect et y mettre le siège aussytost, délibéré de poursuivre ceste entreprise jusques à ce que j'en aye la raison et plaine satisfaction. Et d'aultant qu'elle ne se peult exécuter sans estre assistée d'un bon nombre de cavalliers , j'ay fait choix et ellection de quelques compaignyes de ma gendarmerye pour les y employer, entre lesquelles est la vostre, vous priant à ceste cause, incontinant la présente receue, vous disposer avec icelle pour vous acheminer et rendre en personne le plustost que vous pourez à Niort que j'ay choisy pour faire l'amas de toutes les dites forces, tant de pied que de cheval, à quoy vous pourveoyerez et donnerés tel ordre que verrez estre nécessaire , étant le lieu au dedans de votre gouvernement; et parce que le dit lieu de la Rochelle où les dites forces se doyvent exploicter est de celuy du sieur de Biron, et que j'ay résolu que tous gouverneurs commanderont doresnavant en tous les lieux de leur gouvernement , s'il y a exploict à faire, je vous prye, Monsieur le conte, estre content et vous disposer pour le bien de mon service, ce que je sçay vous estre sur toutes choses recommandé, et de remettre et defFérer le dit lieu au dit sieur de Biron, et prendre avec luy telle intelligence que j'en puisse tirer le service que je me promects de vostre vertu , et vous me ferez en cela service aultant agréable que en aucune autre occasion où vous puissiez vous employer; priant Dieu, Monsieur le conte, vous avoir en sa garde.
Escript à Paris , le xvij^ jour d'octobre 1 572. Signé : Charles. Et plus bas : Fizes, avec paraphe. A côté est écrit : Monsieur le conte, vous ferez tenir aux deux autres compaignies de gens d'armes que je veulx se rendre au dit Niort avecques vous, les lettres que je leur escripts. Ce sont celles qui étoient ordonnées tenir garnison en vostre gouvernement.
Au dos est écrit : A Monsieur le conte duLudde, etc.
241. — 4 novembre iS72. — Lettre du duc d'Anjou à M. du Lude.
Monsieur du Ludde, le roy, monseigneur et frère, a trop bonne opinion de vous et telle asseurance de vostre sincërilë, que vous ne devez croire qu'il ait pensé que vous ayez eonsenty aux rançonnemens et pilleryes qu'il avoit entendu se faire sur eeulx de la nouvelle opinion en vostre gouvernement et vous en écrivit la lettre à laquelle vous respondës pour les causes qu'il vous fait sçavoir. Il sçait que vous aymez tant son service que vous le ferés tousjours obéyr et ne permettrez qu'en lieu où vous aurës pouvoir il se face chose qui vous soit désagréable. Je luy ay fait veoir et bien considérer le mémoire que m'avés envoyé. En somme, puisque les Rochellois veullent estre oppiniastres et n'obéyr à son intention, estimant que de la réduction de la dite ville et châtiment de tels rebelles, deppend l'entier repos de ce royaume que je désire singulièrement , j'ay pryé le roy, mon dit seigneur et frère me donner la charge de l'entreprise, et suis après pour dresser tout l'équipage nécessaire, affin de m'acheminer incontinant; et encores que la saison soit rude pour une telle entreprise, toutesfois estant faicte chauldement, bien poursuyvye et exécutée comme il fault, nous surmonterons toutes difficultez, et en sera, avecque l'ayde de Dieu et des gens de bien, la fin très heureuse et au contentement du roy, mon dit seigneur et frère. J'espère, Monsieur du Ludde, vous y veoir et que vous m'ayderez à faire le service au roy, mon dit seigneur et frère, comme j'ay donné charge à ce porteur vous dire ; à tant je prieray Dieu, Monsieur du Ludde, qu'il vous tienne en sa saincte garde.
Escript à Paris, le iiij^ jour de novembre 1 572. Signé : Votre bon amy, Henry.
Au dos est écrit : A Monsieur le conte du Lude, etc..