TOME XII
lesquelles, attendu Timportanee de nostre service pour ce regard, ne sera aucunement difïërë.
Donné à Paris, le iij^ jour de janvier, Tan de grâce mil cinq cens soixante treize et de nostre règne le treizième. Par le roy, monseigneur duc d'Anjou, son frère et lieutenant général présent, de Neuf ville.
254. — 15 janvier 1573. — Lettre du duc d'Anjou à M. du Lude.
Monsieur le conte, passant par ceste ville, aucuns marchans d'Anjou me sont venus trouver pour me faire entendre que puys naguères vous avez faict une ordonnance par laquelle deffences sont faictes à toutes personnes de ne vendre et transporter de Poictou en Anjou en ce qui est de deçà la rivière de Loire aucuns bleds et vins; et d'aultant que telles deffenses pour la traicte du vin en ce qui est à quatre ou cinq lieues près la dite rivière de Loire importe grandement aus dis marchands et au trafïic public et accoustumé et ne peult apporter de commodité à l'armée du roy, monseigneur et frère, pour en estre le charroy trop long et difficile et que les marchans fournissans l'armée en peulvent suffisamment trouver plus près à beaucoup meilleur compte, je vous prie, Monsieur le conte, de reffi^rmer vostre dite ordonnance et que par la publication d'icelle il soit permis à tous marchans et autres qui sont à quatre oii cinq lieues près de la dite rivière de Loire du costé de Poictou , de vendre et enlever leurs vins , ainsi que bon leur semblera et qu'ils ont cy devant accoustumé ; et je prie Dieu, Monsieur le conte, vous donner en santé longue vie.
A Tours , le xv® janvier 1 573. Votre bon amy. Signé : Henry.
Et la suscription est : A Monsieur le conte du Lude, etc. . . * .
1. Le 26 janvier 1573, le cte du Lude écrit de Niort au duc d'Anjou pour le prévenir que les compagnies du s"" de Cossin, au lieu de
255. — 26 novembre 1573. — Lettre de Charles IX à M. le comte
du Lude *.
Monsieur le conte , je vous eusse plustost renvoyé La Cornière avec mon intention sur Toccasion de sa despesche, mais ayant mis en considération ce que m'en aviez escript, j'ay voulu bien poiser et digérer le tout avant que passer oultre ; d*aultant que je suis très asseuré , comme vous m'estes et au bien de mon service très fidelle et affectionné , que vous m'avez faict remonstrer ce que m'a dit sur ce le dit La Cornière sans grand fondement, chose que j'ay receue de bonne part, cdinme je le vous ay escript par ung de mes vallets de chambre; mais enfin, Monsieur le conte, mon vouUoir est que ce lieutenant La Haye soit arresté prisonnier et ce au plustost que faire ce pourra, pour plusieurs raisons lesquelles je désirerois plustost vous pouvoir dire qu'escripre, tant y a que le faict est si important à mon service que je ne le puis ni veulx aulcunement différer ^. Au moyen de quoy, je vous prie, si quant le por-
venir au camp de la Rochelle, s'en retournent vers Coulonges dont elles ruinent le pays; il lui demande ses ordres à cet égard. Le 30 janvier, il lui écrit de nouveau de Niort, pour lui annoncer que toutes les troupes sont au camp et qu'il y enverra demain sa compagnie. {Arch.de la Saintonge et de l'Aunis, t. IV, p. 301 . ) Le duc d'Anjou arriva au camp le 12 février 1573 pour diriger le siège delà Rochelle. Voir, pour l'histoire du siège de la Rochelle, VHist. de la Rochelle, par le P. Arcère, et les curieuses lettres de Biron et de Louis, duc de Montpensier, au roi et au duc d'Anjou, récemment publiées. (Bull. hist. de la Société de l'hist. du protestantisme français, 1873.) Il y a huit lettres de Biron, du 10 janvier 1573 au 3 février suivant, et trois lettres du duc de Montpensier, des 18 et 21 avril et 15 mai 1573.)
1. Il y a une lacune dans la correspondance du 15 janvier 1573 au 26 novembre de la même année. Dans cet intervalle, M. du Lude prit part au siège de la Rochelle avec son régiment. Son quartier était à Naintré au mois d'avril, et il fut chargé de battre en brèche la porte Saint-Nicolas qu'il attaqua plusieurs fois.
2. Jean de la Haye, lieutenant général de la sénéchaussée de Poitou, homme ambitieux et intrigant, s'était jeté dans le parti des politiques ou malcontents, et avait sollicité les Rochelais de se réunir a la confédération des protestants du Midi. {Hist. de la Rochelle, par le P. Arcère, t. I, p. 535.) L'ordre d'arrestation donné ici par le roi ne fut pas mis à exécution pour un motif inconnu.
leur arrivera ne aviez exëeutté ma volonté , le faire si promptement et dextrement que j*en demeure satisfaict. J'ay bien recogneu par la créance du dit La Cornière que, non seullement vous avés congnoissance des praticques et menées qui se font en votre gouvernement pour altérer les volontés d'un chacun et les exciter à rébellion, mais aussi que vous mectiez peine d'y remedyer avecques le soing et la dilligence qu'il vous est possible , de quoy je vous sçay tout bon gré, vous advisant que, encore que je n'aye. Dieu mercy, faulte de bons serviteurs et affectionnés subjects par toutes les provinces de mon royaume par lesquels je puis estre et suis adverty de semblables occurrences, toutes fois je désire les veoir et entendre par ceulx qui en ont la principalle charge plustost que par le moyen des aultres, et singulièrement de ce qui est de vostre gouvernement, pour la confiance que j'ay de tout temps en vous. Par quoy, je vous prie approfïbndir et pénétrer jusques au fonds les dictes practiques, affîn comme nous cognoistrons l'origine du mal, je y puisse plus hardiment applicquer les meilleurs et plus convenables remèdes, désirant que de vostre costé vous faciès tout ce qui sera en vous pour remectre et redresser les voluntés qui pourroient estre desjà esbranlées ou esgarrées par les artiffices de ces malins. Pour ce faire, il sera nécessaire que vous vous rendiés au plus tost en vostre charge, si la présente vous en trouve absent ; autrement il vous seroit impossible satisfaire comme il fault à ce que je désire de vous, voulant postposer le désir que j'ay de vous veoir au bien de mon service et notamment en chose de tel prix et conséquence. J'escripts présentement par le dict La Cornière aux sieurs de la Rocheboisseau * et les Josselinières, suivant vostre advis, leur faisant très exprès com-
1. Il s'agit peut-être ici de Boisseau de Saint-Jean, que Biron employa comme député dans les conférences de Surgères avec les Rochelais, au mois de septembre 1572. {Hist. de la Rochelle, t. I, p. 410.)
mandement de ne prendre les armes et ne s'offenser Tung Tautre, et leur mande que je veulx prendre cognoissance de leur différent pour les appoincter et y mettre fin avecques rhonneur et réputation de Tung et de l'aultre, comme il appartient : vous leur envoierés mes lettres lesquelles vous aecompaignerés de remonstrances et aultres choses nécessaires pour cest effect, affin que, soubs couUeur de ses querelles particullieres, il n'en arrive ung plus grand inconvénient, comme il est arrivé que le désireroyent ceulx qui ne demandent que remuer mesnaige; à quoy la présence et prudance d'ung gouverneur peult de beaucoup servir, comme il me souvient que vous avés sagement faict en semblables occasions. Vous me avez mandé que les chasteaulx de Poictiers * et Nyort ' sont es mains de personnes assez fiables ; je me repose en cela sur vous , comme je faicts de toute aultre chose qui deppend de vostre charge. Pour le regard du peu de moyen qui m'a esté remonstré de vostre part qu'ont les gentilshommes et soldats des ordonnances de tenir garnison sans règlement de vivres , attendu la charte d'iceulx et le peu de solde qu'ils ont , d'autant que c'est chose de très grande importance et à laquelle il est de besoing pourveoir générallement par tout mon royaume, je me deslibére y donner ordre aussitost que je seray arrivé à Compiégne, par l'advis des princes et seigneurs de mon conseil, tant pour la commodité des dicts gensdarmes que pour le soullagement de mes subjects ; en attendant vous regarderés à pourveoir à la plaincte qui vous est faicte pour la charte d'iceulx vivres le plus modestement et égallement que vous pourrés, à ce que d'ung costé le soldat puisse vivre, si peu qu'il luy reste, à tenir garnison et quartier et que de l'aultre mes subjects n'ayent
1 . M. de la Mesnardière était alors gouverneur du château de Poitiers.