Jean de la Haye
% François de Lauzon, conservateur des privilèges royaux de l'université, était maire de Poitiers en 1573.
garde au dit chasteau, de iiij heures en iiij heures, et changeront et rafraischiront par les autres échevins et bourgeois chacun en son tour ; et oultre, aurions fait deffenses, de par le roy, de ne plus faire ne souffrir estre faict par cy après aucun guet ne garde aux dites portes, sinon de deux notables bourgeois à chacune d'icelles pour veoir recongnoislre ceulx qui entrent et viennent en la dite ville et quelles armes ils portent, pour en tenir tous les soirs les dits lieutenant général, maire et eschevins advertiz, et aussy de faire aucune patrouilles, si ce n'est de Tauctorité et commandement du roy ou de vous dont il y ayt lettres et mandement enregistrés au greffe , ou qu'il soit ainsy advisé et délibéré par assemblée de ville pour causes nécessaires et urgentes, avec injonction aux hostelliers, taverniers et autres logeans et recevans les estrangers d'aller aussy par chacun soir révéler et déclarer aus dits lieutenant et maire les noms de leurs hostes et, s'ils sont saisis d'armes à feu, les prendre en garde jusqu'à leur partement. Lesquelles ordonnances j'aurois faites par provision seuUement jusqu'à ce que, par Sa Majesté, ou vous autrement en ayt été ordonné *, ayant bien voulu, affm que vous soyez plus particulièrement informé de tout, vous envoyer un double de chacune d'icelles et néantmoins vous dire que, d'aultant que je congnois cela n'estre suffisant pour assoupir du tout la cause des dites praticques et assemblées, il est très requis et nécessaire de tenir la main à les empescher et rompre entièrement, ainsy que je l'ay escript et mandé à Sa dite Majesté^ vous priant de votre part regarder et pourvoir le plustost que faire ce pourra à ce qu'elles ne tirent à plus grande conséquence^ comme chose très requise et
1. Le récit de l'intervention du duc de Montpensier à Poitiers, intervention qui sauva le château et la ville dune surprise tramée par la Haye, se trouve dans la Chronique de Pierre Brisson. (Arch. hist. du Bas-Poitou, par de la Fontenelle, p. 233.) Il concorde parfaitement avec celui de la lettre du duc.
nécessaire pour le service d'icelle Majesté ; et, me recommandant sur ce bien fort à votre bonne grâce, je suppliray Notre Seigneur vous donner, mon cousin, l'accomplissement de vos bons désirs.
Escript à Champigny, ce premier jour de décembre 1 573. Signé : Vostre plus affectionné cousin et meilleur amy, LoYS DE Bourbon.
Au dos est escrit : A mon cousin, Monsieur le conte du Lude, etc..
257. — 8 décembre 1573.— Lettre du roi Charles IX à M. du Lude.
Monsieur le conte, je vous ay escript par un de mes vallets de chambre et par La Cornière, mon vouUoir sur le faict du lieutenant de la Haye, lequel j'estime que vous aurés mis peine d'effectuer , selon la fiance que j'ay en vous. Depuis, le cappitaine Beaulieu m'est venu trouver, conduict d'un bon zelle qu'il démonstre porter à mon service, pour me faire entendre en quel estât se retrouvent les affaires de par delà et les inconvéniens qui peuvent advenir des remuements qui se y font, s'il n'y est promptement pourveu par les remèdes plus convenables. Après avoir prisé et considéré tout ce qu'il m'a dict, comme il appartient, il m'a semblé que je le vous debvois incontinent renvoyer et luy commander, ainsy que j'ay fait, vous exposer les mesmes choses qu'il m'a déclarées, affm que vous qui avez plus de lumière des humeurs et voluntés de ceulx du pays, choisisez des deux partyz qu'il propose, celluy que vous estimerez estre le plus à propos pour le bien de mon service , dont je suis content me remettre entièrement à vous, pour la fidellité et affection que j'ay congneue estre en vous. Toutesfois je veux que vous sçachiez que, si d'un costé je désire par tous moyens empescher que les dits remuements ne passent oultre, j'entends aussy d'aultre part que
il soit usé de toute diligence et recherche pour congnoistre \e fonds d'iceulx et qui en est la source ; et tout ainsi que je vous prie ne rien obmettre pour les assoupir et faire tourner en fumée, vous croirez et ferez entendre à qui il appartiendra, non seullement qu'il n'y a faulte si grande que je n'oublye et mette voluntiers soubs le pied, pourveu que je congnoisse que l'on se recongnoisse et me dye Ion la vérité, comme un bon et fidelle serviteur et subjet doit faire, mais qui plus est suis aussy prest à honnorer de ma bonne grasse et récompensser honnestement ceulx qui prendront ce party, comme je suis résolu de faire chastier très rigoureusement les autres qui se gouvernent autrement. Voilà, Monsieur le conte, mon intention dont vous userez très sagement; mais, si vous avez effectué ce que je vous ay par cy-devant escript à l'endroit du dit lieutenant de la Haye, vous n'y changerez pour la présente aucune chose et attendrés autres nouvelles de moy ; priant Dieu qu'il vous ayt, Monsieur le comte, en sa saincte et digne garde.
Escript à Cormissy, le viij^ jour de décembre 1 573.
Depuis la présente escriple, il m'a esté envoyé de Poictou le mémoire que vous retrouverez avecques la présente, vous priant , d'autant que vous désirez me complaire, donner sur icelluy l'ordre nécessaire , autant qu'il vous sera possible, et de ce qui restera me donner advis au plus tost de ce qu'il y conviendra faire, affin que je y face pourveoir ainsy qu'il appartient; me déplaisant grandement d'entendre que toutes choses soyent ainsy despravées au mépris de l'honneur de Dieu et de l'auctorité de ma justice, sans lesquelles deux choses il est du tout impossible que je sois obéy et recongneu par mes subjects , comme il est requis. Signé : Charles. Et plus bas : de Neufville, avec paraphe.
Au dos est escrit : A Monsieur le conte de Lude, etc..
258. — 16 décembre 1573. — Lettre du roi Charles IX à M. du Lude.
Monsieur le conte, comme ce n'est mon naturel et ne fust jamais mon intention corriger mes subjects de leurs premières fautes par rigueur, mais essayer tousiours par tous moyens les redresser par la douleeur, voire user de grâce et miséricorde envers les plus oubliez, je ne puis, sinon avec très grand regret, veoir que le lieutenant général de Poictiers , la Haye , lequel s'estoit rendu recommandable par ses services, s'oublye maintenant tant comme il fait. Et, d'autant que les hommes sont ordinairement en tels cas poussez de certains respects privez lesquels leur ostent tout jugement et les desvoyent du droit chemin qu'ils ont tousiours suivy, j'ay voulu esplucher soigneusement les causes qui peuvent mouveoir le dit lieutenant de se précipiter comme il faict, à celle fin d'y remédier, et en faisant offre de ma bonté, non seullement luy desbander les yeulx pour luy en donner congnoissance, mais en le gratiffiant, le sortir de l'intérest privé qui le remue. De ceste façon , il n'a que deux causes de se plaindre : ou de se sentir deffavorisé en la décision du différent qu'il a avecques le président de la dite ville * ; ou de n'estre recogneu et gratiffié comme il estime mériter. A l'une et à l'autre il y aura tousjours bien bon remède quand il le cherchera par les voyes ordinaires, car je désire que le droit soit conservé à qui il appartient pour le regard du dit différent; et doibt le dit lieutenant s'asseurer, en cas que j'eusse quelque volunté de favoriser l'un ou l'autre, ce sera tousjours plustost celluy duquel j'auray receu le plus de services. Par-
1. Pierre Rat, srde Salvert, président du présidial de Poitiers. Le lieutenant la Haye voulait rembourser l'office de président au présidial, afin de n'avoir pas un ég^al et un rival dans la magistrature de Poitiers. (Hi«^ duPoitou, paj- î'iij^aujdemi, t. U, 2«édiii., j). i-îî.)
tant, il ne doit légèrement entrer en autre oppinion ; et affin que le dit différent soit vuidé sans faveur et avantaige contre la raison, j'ay deslibéré en retenir la congnoissanee et prendre la peine de le juger moy mesmes par l'advis de ceulx de mon conseil, comme vous le desclarerez et signifierez de ma part aux dits président et lieutenant, et leur ferez commandement à ces fins de s'en venir au plustost avecques vous me trouver, vous priant. Monsieur le conte, de les me ammener incontinent, assurant l'un et l'autre et particulièrement iceluy lieutenant, d'aultant que il en pourroit avoir plus de craincte à cause de ce qui est passé, que je leur feray si bonne justice qu'ils auront occasion de remertier Dieu et en estre très contents. Je désire singulièrement que me veniez trouver, comme je vous ay mandé au commencement , affin d'entendre par vous mesmes Testât de mon pays de Poictou et, par vostre advis, donner ordre à ce qui est nécessaire, vous priant à ceste cause, ne faire faulte de vous acheminer vers moy aussy tost que vous aurez reçu la présente et ammener avec vous les dits lieutenant et président, au lieu desquels j'ay mandé à deux notables conseillers de ma cour de Parlement de Paris aller au dit Poictiers, pour, en leur absence et jusques à ce que le dit différent soyt vuidé, administrer et rendre la justice à mes subjects, lesquels, à l'occasion de leurs disputes, en sont, comme il m'a esté mandé, très mal assistez et secourus. J'ay entendu par mon cousin le duc de Montpensier ce qui s'est passé en la dite ville de Poictiers pendant vostre absence et entre autres choses le mauvais ordre qu'il a retrouvé au chasteau *. Partant, je veulx qu'il soyt mis un autre à la garde d'icelluy au lieu de la Ménardière à qui en aviez baillé la charge ; et pour ce que le dit chasteau est de telle importance que de la conservation d'iceluy deppend celle de la dite ville et par conséquent de