‹ Lettres adressées à Jean et Guy de Daillon, comtes du Lude, gouverneurs de Poitou de 1543 à 1557 et de 1557 à 1585Chapitre 158 sur 173 · SS · texte numérisé non relu

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mats au contraire recherché tous lès moyens possibles pour les rasseurer et leur faire toucher au doigt ma bonne et paternelle affection envers eulx, je n'eusse jamais cru qu'ils se fussent tant oubliés que de s'eslever et reprendre les armes pour de nouveau troubler mon royaume ; car je n'avois aultre soing que à establir ung repos universellement par tout mon dict royaume, remettre ma justice en sa première auctorité et splendeur et redresser toutes choses que le temps et malice des troubles passés avoit corrompues, ayant faict retirer les gens de guerre et mesmes les compaignyes de gens d'armes en leurs maisons, à celle fin de lever toute occasion de suspicion à mes dicts subjects et par mesme moyen descharger mon pauvre peuple de toute fouUeet oppression, de manière que je ne pouvois faire fondement ny prendre pied aux advertissements que vous me donniez de leurs sinistres deslibérations, pour autant que la raison vouloit qu'ils fissent tout aultrement, et me voullois persuader que, tenant et suivant tousjours ce chemyn de leur oster toutte occasion de meffiance, enfin ils congnoisteroient la sincérité de mon intention et en prendroient entière confiance ; c'est cela qui m'a gardé de donner aultre provision et prendre autre délibération sur les advertiîssemens que vous m^avés envoyés et sur ce que vous m'escriviez ; car je vous tiens et estime si fidelle et affectionné serviteur de vostre roy, que vous n'avés aultre passion que celle de son service, à laquelle vostre honneur et réputation est si fort contenu que l'un deppend de l'aultre. Mais quant je n'aurois jamais eu ceste confiance de vous, comme il fault que vous croiez que je l'ay tousjours eue, maintenant par le service très grand que vous m'avés faict en la conservation de ma ville de Nyort, et le bon ordre que vous avez donné pour faire le semblable des aultres places et villes qui sont de vostre charge, j'ay juste cause de me contenter et prendre entière asseurance de vostre très grande fidellité et affection ; ce que je vous ay

bien voullu lesmoigner par la présente , attendant que le temps ait faict naistre un subject pour le vous confirmer par bons efFects. Or, Monsieur le conte, il me desplait grandement et plus que je ne puis exprimer d'estre forcé de reprendre les armes et en user avecques les moyens que Dieu a mis en mes mains pour me faire rendre Tobéissance par mes subjects ; mais, puisque leur dureté et obstination m'y contrainct nécessairement, je suis bien desliberé ne rien obmettre de ce qui est de besoing, pour, avecques Tayde de Dieu protecteur et defFenseur de la vérité et raison, réprimer ceste insolence et témérité trop grande. Pour ce faire, je vous ay mandé comme j'envoye mon cousin le duc de Montpensier par delà, avecques ample pouvoir, forces, tant de gensdarmerye , que de gens de pied et autres moyens. En attendant son arrivée, je vous envoyé six commissions pour lever, si en avez besoing et qu'il soit nécessaire, six compaignyes de gens de pied de deux cens hommes chacune ; j'euse bien désiré vous pouvoir ensemblement envoyer de quoy faire les frais de la levée, et aussi l'argent pour les payer ; mais c'est chose que je n'ay peu faire si promptement, et m'a semblé que je ne debvois différer à faire partir ce porteur avecques les dictes commissions, espérant le faire suivre au plustost du moyen nécessaire pour faire les dicts frais et payement, de quoy je vous prye estre asseuré. Je ne puis accorder aux habitans de ma ville de Nyort, les deniers qu'ils me demandent sur ma recepte généralle de Poictiers pour faire raccoustrer les murailles, portes et ponts levis de leur ville, d'aultant qu'ils sont jà assignés et l'assignation levée par le trésorier de l'extraordinaire des guerres pour le payement de gens de pied que j'entretiens et n'y a ordre de les employer ailleurs, comme je vous prye leur faire entendre, oultre ce que je leur en escripts, et les admonester de s'ayder et esvertuer le plus qu'ils pourront en ceste urgente occasion, estant question de la conservation de leurs vyes et biens, comme

de mon service, auquel ils sont toutes fois naturellement obligés : au surplus, je vous veulx bien advertir comme j'ay eseript au sieur de Mortemar *, qui s'est rendu dedans Poictiers sur les esmotions, de prendre garde à la seureté de la dicte ville pendant vostre absence et en attendant que mon dict cousin le duc de Montpensier soit arrivé par delà, comme j'espère qu'il fera bientost, s'y estant acheminé aujourdhuy. Pour fni^ je vous diray comme je m'en suis venu en ceste ville pour donner ordre avecques plus de commodité et moyens aux choses nécessaires pour réprimer rinsollence de ceulx qui se sont soubslevez, ayans eu advis que aucuns s'estoient assemblés du costé de Normandie, mesmes qu'ils s'estoient efforcés de surprendre la ville de Mante sur la rivière de Seine, où j'avois coUocqué en garnison la compagnye de mon cousin le duc de Montmorency, laquelle a faict tel et si bon debvoir de repousser ceulx qui estoient jà entrés dedans la dicte ville, qu'elle m'a esté conservée, à leur honte et confusion, ainsi que j'espère, avecques l'ayde de Dieu, il adviendra de plusieurs aultres sur lesquelles ils avoient entreprise ; je le prye que ainsy soit et qu'il vous conserve, Monsieur le conte, en sa saincte garde.

Eseript à Paris, le 3^ jour de mars 1 574. Signé : Charles. Et plus bas : de Neufville, avec paraphe.

Au dos est écrit : A Monsieur le conte du Ludde, etc..

267. — 14 mars 1574.— Lettre du roi Charles IX à M. du Lude. Monsieur du Ludde, j'ay été bien ayse d'entendre par

1. René de Rochechouart, baron de Mortenjart et s"" de Château- Larcher, s'était, en effet, rendu à Poitiers au mois de février avec sa compagnie de gendarmes, à laquelle la ville s'engagea à fournir des logements, par délibération du 21 février 1574 (reg. 41). Il avait contribué à arrêter la tentative de La Haye. (Chronique de Brisson, p. 248.)

tostre lettre du S® de ce moys comme toutes choses passent par delà. Je vous ay renvoyé l'esleu que vous m'avës dépesché, par lequel je vous ay mandé tout ce que je pouvois faire pour vous secourir. Je continue à dire qu'il fault nécessairement que mes bons serviteurs et subjects s'esvertuent et s'aydent en ces occasions, estant sy chargé de dépenses de tous costez, il m'est impossible pourveoir par tout, comme il est requis. Je vous prie, selon la confiance que j'ay en vous, donner le meilleur ordre que vous pourrez. J'ay envoyé mon cousin le duc de Montpensier par delà, auquel j'ay donné charge de vous secourir et assister de tout ce qu'il pourra et aurez de besoing ; c'est ce que j'ay peu faire. Je suis bien ayse de ce que ce pauvre cordellier est eschappé et vous sçay bon gré de l'avoir sy bien recueilly * ; je vous prye luy ayder en ce que vous pourrés ; priant Dieu, Monsieur du Ludde, vous avoir en sa garde.

Escript au Bois de Yincennes, le xiiij® jour de mars 1 574.

Monsieur du Ludde, outre ce que je vousay fait entendre de mon intention et escris encores présentement, j'ay advisé, pour bonnes et grandes considérations, qu'il seroit très à propos de faire faire une généralle description de tous mes subjects de vostre charge, comme pareillement je l'escris à mes autres gouverneurs et lieutenants généraulx de mes provinces, qui seront propres à porter les armes, tant de la noblesse, que aultres, et que chascun ayt à se pourveoir d'un cheval pour le moins et d'un bon corps de cuirasse^ semblablement que chascune des villes et villaiges ayt à bailler à chascan des dits gouverneurs et lieutenans généraulx par escript le nombre d'hommes qu'on pourra mettre ensemble, garniz de picques et arqueliuses, pour me faire service aux occasions et maintenir mes subjects en-

1. Le cordelier Porthaise ou Prothaise , célèbre prédicateur de cette époque, avait été pris récemment à Fontenay par les protestants, qui l'emprisonnèrent à la Rochelle, d'où il parvint à s'évader. {Chronique de Pierre Brisson, p. 238.)

repos et tranquilitë *. Par quoy je désire et vous prie bien fort tenir la main à ce que dessus et faire faire la dicte description si exactement que sur icelle on puisse asseoir un bon et solide fondement. Signé : Charles. Et plus bas :• DE Neufville, avec paraphe.

Au dos est écrit : A Monsieur le conte du Ludde, etc..

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