Matignon assiégeait Montgomery dans la ville de Carentan
que vous ne feussiez assiste et secouru, comme il est requis, pour la defFence delà ville de Nyort *, avecques vostre honneur et réputation. Je prie Dieu, Monsieur du Lude, vous avoir en sa saincte garde.
Escript à Paris, le 19^ jour de juing 1574. Signé : Caterine. Et plus bas : de INeufville, avec paraphe.
Au dos est écrit : A Monsieur du Ludde, etc.
283. — 27 juin 1574. — Lettre de Catherine de Médicis à M. du
Lude.
Monsieur du Ludde, je désire grandement que mon cousin le duc de Montpensier ayt bien tost moyen de se mettre en campaigne avec telles et si gaillardes forces qu'il donne la loy à nos ennemys, mesmement sur ceste récolte. Pour ce faire je le renforceré d'hommes, de munitions et d'argent le plus que je pourray, et si nous pouvons avoir réduict Carantan, ainsi que nous espérons faire dans peu de jours, estans ceulx dedans entrés en parlement, je luy enverré la meilleure partye des forces qui sont de ce cousté là, cognoissant que c'est l'endroict auquel nous debvons plus pourveoir; et vous prie continuer à assister et favoriser mon dit cousin. Je seroys très ayse que tous ceulx qui portent les armes contre le roy, mon dit sieur et fils, ouïes autres qui les favorisent eussent aussy ferme intention de s'en depporter, et recognoissant leur debvoir, vivre avecques repos et jouissance de leurs biens en leurs maisons, comme j'ay d'embrasser leur protection et les traicter favorablement, estant bien asseuréeque le roy, mon dit sieur et fils, a ceste mesme volunté. Au moyen de quoy, je vous prye donner toute seureté à ceulx qui vous en rechercheront avecques une
1. M. du Lude éprouvait alors quelques inquiétudes pour la ville de Niort, qu'on disait menacée de siège par les huguenots. {Journal de le Riche, p. 177.)
pure dévotion de s'i continuer, et lesquels vous jureront par acte autenticque qu'ils signeront de leurs mains d'y de-* meurer inviolables et obéyr au dernier ëdict de pacification faict devant la Rochelle et estre doresnavant bons etloyaulx subjects du roy, mon dit sieur et fils, à la charge que, sy après ils font autrement, ils seront d éclairés indignes de toutes grâces et seront pugnys par mort en leurs personnes et leurs biens confisqués pour jamais. Les ungs ne peuvent estre, à mon gré, trop soigneusement conservez en la jouissance de la promesse qui leur aura esté faicte, et les autres au contraire trop rigoureusement traictés après avoir ainsy souvent abusé des grâces qui leur ont esté par diverses fois faictes. Je prie Dieu, Monsieur du Ludde, vous avoir en sa garde.
Escript à Paris, lexxvij® jour de juin 1 574. Signé : Gate- REVE. Et plus bas : de Neuf ville, avec paraphe.
A costé est écrit : Monsieur du Ludde, je veulx bien vous advertir comme j'ay tout présentement receu lettres duroy, monsieur mon fils^ par lesquelles il mande qu'il est en bien bonne santé, Dieu mercy ; si bien que j'ay espérance avec son aide et faveur, qu'il sera en ce royaume dedans le vingt cinquième du mois de juillet; de quoy je suis assurée que vous serés bien ayse.
Et au dos est aussy écrit : A Monsieur le conte du Ludde, etc..
284. — 7 juillet 1574. — Lettre de Catherine de Médicis à M. du
Lude.
Monsieur du Lude, j'ay voullu attendre et oyr Tabbé Gadaigne * avant que de vous mander mon intention et
i. L'abbé Jean-Baptiste de Gadagne, d'origine florentine, avait été envoyé par Catherine de Médicis à la Rochelle, pour négocier avec la Noue.
respondre à vostre lettre du 28^ dupasse qui m'a esté rendue parce porteur. Toutes fois aussytost que j'eust considéré tout ce que m'avez escript, je ne faillys d'en donner ung petit motd'advisàmon cousin, monsieur le duc deMontpensier, à celle fm que il continuast d'assembler ses forces et se préparer à la guerre, nonobstant la dicte suspension proposée *, dont je croy qu'il vous aura adverty, comme je luy mandois. Tant y a, Monsieur du Ludde, que pour les raisons et conséquences saigement déduictes par le mémoire que m'avez envoyé, j'ay dict au sieur de Perdaillan et escript au sieur de la N^oue et plus particulièrement au sieur de Biron pour leur faire entendre que je ne puis approuver ne consentir les articles par eux proposés pour la dicte surcéance; mais que s'ils veullent poser les armes, se retirer en leurs maisons, remettre les villes qu'ils ont prises et occuppent entre les mains des officiers et ministres du roy et obéyr au contenu du dernier édict de paciffication, je leur envoyeray une abollition des faultes qu'ils ont commises, prendray en ma protection et sauvegarde leurs personnes et biens et donneray ordre qu'ils jouiront du béneffice d'icelluy édict et de leurs biens en toute seureté et liberté jusques à l'arrivée du Roy, mondict sieur et fils, par lequel je feray ratiffier et entretenir tout ce que je leur promects. Et en cas qu'ils refusent le dict offre, j'entends. Monsieur du Ludde, comme je l'escripts à mon dict cousin le duc de Montpensier, qu'il leur soit faict la guerre et couru sus le plus vifvement que faire ce pourra, ayant secourru mon dict cousin de quatre à cinq mil bons soldats, d'artillerye, pouldres, bouUets, clievaulx d'artillerie^ et
1. Une suspension d'armes de 12 jours avait été, en effet, publiée le 2 juillet en plusieurs lieux, notamment à Parthenay et Saint- Maixent. [Journal de Généroux, p. 122. — Journal de le Riche, p. 183.) Elle avait sans doute été conclue aux conférences qui se tenaient alors à Thairé,près la Rochelle, pour la pacification, entre Gadai^ne, Biron, Strozzy, la Frézelicre, d'une part, et la Noue et le baron de Mirambeau, d'autre part. (Hist. de la Rochelle, t. I, p. 554.)
autres munitions et de cavallerie et d'argent le plus que j'av peu, comme je croy qu*il vous aura écript; ayant pareillement adverty les sieurs de la Chastre ', d'Antragues *, de Prye, de la Guisehe et de Giry se tenir tous prests, chacun en leur gouvernement et charge avecques leurs compaignies de gens d'armes et la noblesse du païs pour se joindre ensemble ou avecques mon dict cousin, quant il leur sera mandé, soy t pour aller assaillir les ennemys où ils seront ou pour les garder de passer les rivières. Pour fin delà présente, je vous diray que le sieur de Chémerault est revenu devers le Roy, mon dit sieur et fils, lequel Ta laissé le 25^ du passé à Vienne en Autriche où l'empereur l'a reeeu très honorablement ; il en devoyt partir deux jours après pour s'en venir, sy bien que j'espère que nous l'aurons bientost en ce royaume en bonne santé, comme nous le désirons et que j'en prye Dieu de bon cœur, en le priant vous avoir. Monsieur du Ludde, en sa saincte garde.
Escript à Paris, le 7® jour de juillet 1 574. Signé : Cate- RiwE. Et plus bas : de Neuf ville, avec paraphe.
Au dos est escrit : A Monsieur le conte du Ludde, etc.
285. — 10 juillet 1574. — Lettre du duc de Montpensier à M. du
Lude.
Mon cousin, s'en retournant ce gentilhomme de la court présent porteur et avecques luy le laquais que vous m'avés envoyé, je n'ay vouUu faillir de vous dire que j'ay quelque oppinion que l'advertissement qui vous a esté donné touchant Lusignan ^ est en tout ou partye véritable ; toutes fois n'ayant encores aulcunes forces ne moyens pour entreprendre de ce costé là , ne faire de l'aultre le dégast que