juin 1552. — Lettre de Montmorency à M. du Lude
Monsieur le conte, j*ay reeeu vos lettres du vingtcinquième du moys passé, par lesquelles m'escripvës que n'avës encores esté assigné de ce qu'avés advancé pour Tarmement, équipaige et adjutaillement du gallyon de Bordeaulx, qui est chose à quoy il fault que la royne et messieurs du conseil du roy estans auprès d'elle vous pourveoient, car icy nous ne nous meslons poinct de dépence ne assignation de deniers, sinon pour ce qui est requis pour le faict de cette armée ^ et quant à l'argent provenu et qui proviendra de la permission accordée par ledict sieur pour le remontaige des cloches de par dellà, il a esté réservé pour employer es affaires de la frontière de Guyenne, si d'advanture il s'en offre quelqu'un pressés, en attendant que aultrement il y puisse estre pourveu ; vous advisant, Monsieur le conte, qu'il ne fault craindre que les Espaignols ne soient pour riens entreprandre de ce costé-là, car, tant s'en fault que l'empereur soit pour leur envoyer des Allemans, que pour luy-mesme il n'en peult avoir, et depuis peu de jours le duc Maurice * a forcé et prins le pas de l'Escluse et deffaict quatorze enseignes des gens de pied qu'ils gardoient, dont il en print neuf et en a envoyé cinq au roy, marchant oultre vers Isprouch. Quoy voyant, l'empereur et le roy des Rommains son frère ^ en seroient deslogés à mynuict sans trompette avec fort grand effroy ^, s'étans retirés dedans une place forte qui est par dellà sur le chemyn du pays d'Autriche. S'ils vont de ce costé là, ils y trouverront en teste l'armée du Grand Seigneur, qui est de deux cens mil chevaulx, sans deux cens mil