‹ Lettres adressées à Jean et Guy de Daillon, comtes du Lude, gouverneurs de Poitou de 1543 à 1557 et de 1557 à 1585Chapitre 35 sur 173 · novembre 1552. — Lettre de Montmorency à M. du Lude · texte numérisé non relu

novembre 1552. — Lettre de Montmorency à M. du Lude

Monsieur le conte, vous verres par ce que le roy vous escript présentement comme il veult que le sauf-conduit général par luy dernièrement octroyé ayt lieu et soit observé en toutes choses, réservé quant aux Anglois qu'il n'entend payer les deux écus pour tonneau de vin par eulx tirés du royaulme en celluy d'Angleterre, mais veult que suivant les traictés d'entre luy et le roy d'Angleterre, ils payent seuUement les droicts anciens et accoustumés. Au demourant, Monsieur le conte, les Bourguignons depuis avoir repassé la rivière de Somme ont assiégé Hédin et battu le chasteau avec si grand nombre d'artillerye et si furieusement que ceulx de dedans ont estes contraincts se rendre par composition, la vye et bagues saulves et quatre pièces d'artillerye, ainsy que le dict sieur a esté adverty, lequel voyant l'Empereur attaché à Mets, s'asseurant que

1. Guy de Saint-Gelais, s»" de Lansac (voir dans les Mémoires du duc de Guise les détails de sa négociation auprès d'Albert de Brandebourg).

monsieur le duc de Guyse et les gens de bien qui sont avecques luy feront si bon debvoir que ledit Empereur aura là assez affaire pour longtemps s'il se veult oppiniastrer * , il a délibéré de retirer partye des forces qu'il a en Lorraine et, oultre ce, en lever promptement de nouvelles pour icelles remettre avecques celles qui jà sont audict pays de Picardye, aller combattre iceulx Bourguignons et essayer de reprandre ledict Hédin avant qu'ils l'ayent resparé, laissant toutes les places de par deçà bien pourveues de ce qu'il leur fault et quelques forces ensemble pour garder que partye des ennemys n'entrent en pays pour y faire un gast. Quant au marquis Albert, veu les longueurs et difficultés qui se sont trouvées en ce qui a esté négocié avecques luy et la mauvaise oppinion que ses desportemens nous pouvoient donner de luy, le dit sieur l'a depuis quelques jours faict ordinairement costoyer par monsieur le duc d'Aumalle avecques quelques bandes de chevaulx légers, affm que en actendant sa dernière résolution, il favorisast les pays de Sa Majesté et gardast que luy ne ses gens ne surprinsent aucunes de ses places ny pillassent ses subjects ny pareillement ceulx du pays de Lorainne qu'elle a prins en sa protection. Cependant, les choses sont passées petit-à-petit en quelque aigreur sans que toutesfoys ledict marquis se soit ouvertement déclaré ennemy de Sadicte Majesté, jusques à ce que se voiant auprès de Sainct Nicolas d'ung lieu où il pouvoit aiséement faire sa retraicte, il est venu charger mon dict sieur de d'Aumalle qui es toit sur son partement pour s'en retourner à Thoul, et en ceste charge s'est trouvé tel désastre comme les événemens de la guerre sont inconstans et les hazardsgrants, que ledit duc, après avoir autant bien et vaillamment combattu qu'il seroit possible de com-

1. Voir pour les détails du siège de Metz, par Charles-Quint, les Mémoires- Journaux du duc de Guise, qui défendit victorieusement cette place.

battre, a esté prins prisonnier et cinquante ou soixante de ceulx qui estoient aveeques luy et seulement quarante ou cinquante tuez, du nombre desquels est monsieur de Rohan * ; et craignant Sadite Majesté tel malheur advenir, elle avoit auparavent mandé au sieur de Bourdillon qu'il allast trouver mon dict sieur le duc d'Aumalle aveeques quelques compaignies de gensdarmerye , lequel suivant cella, s'estoit acheminé; mais estant trouvé audit Thoul, icelluy sieur d'Aumalle luy manda qu'il Tattendist là et qu'il y seroit le lendemain, voyant qu'il n'y avoit plus d'ordre de suisvre le dit marquis qui le mesme jour debvoit passer la Mezelle pour prendre le chemyn de Strasbourg, ainsy qu'il faisoit courir le bruict. Faisant sur ce fm, je pryerai Dieu, Monsieur le conte, qu'il vous donne ce que désirés.

Escript à Reyms, ce 9^ jour de novembre 1552. Votre bien bon amy. Signé : Montmorency.

Au dos est escrit : A Monsieur le conte du Ludde, chevallier de l'ordre du roy et son lieutenant général en Guyenne en l'absence du roy de Navarre.

45. — 28 décembre 1552. — Lettre de Montmorency à M. du Lude.

Monsieur le conte, le roy a accordé au duc de Brunvich le sauf-conduit qu'il vous envoyé, suivant lequel je veult qu'il puisse passer seurement et librement par ce royaume, allant d'Espaigne où il est de présent en AUemaigne, et désire ledit sieur, comme verres par ce qu'il vous en escript, que vous mectez peine de sçavoir soubs main quelle compaygnie aura ledit duc, quels propos ils tiendront, comme ils se conduiront et quels gens des subjects

1. La défaite du duc d'Aumale par le marquis Albert de Brandebourg est du 28 octobre 1552. (Commentaires de François de Rabutin.)

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de Sa Majesté les fréquenteront, pour du tout l'en advertir, en quoy je suis seur que ne fauldrez de faire ce qu'il vous sera possible. Et pour ce que je ne vous sçaurays que dire davantaige, vous aiant escript par vostre fils qui s'en est allé devers vous, je ne vous feray la présente plus longue, si n'est pour prier Dieu, Monsieur le conte , qu'il vous doint ce que plus désirés.

De Bloys, ce xxviij^ jour de décembre 1 552. Vostre entièrement bon amy. Signé : Montmorency.

Et la suscription : A Monsieur le conte du Ludde, chevalier de l'ordre du roy et son lieutenant général en Guyenne en l'absence du roy de Navarre.

46. — 20 janvier 15S3. — Lettre du roi Henri II à M. du Lude.

Mon cousin, mon oncle le roy de Navarre m'a escript des unziesmes et douzièmes de ce moys qu'il avoit en advertissement que le prince d'Espaigne avoit dix mil hommes prêts, lesquels il avoit faictpaier pour deux mois, et que les États luy avoient accordé le paiement de vingt mil aultres et deux mil chevaulx que l'on estimoit être pour faire descente vers ma ville de Bayonne ou aultre endroict de par delà qu'ils verroyent plus à propos ; au moyen de quoy il désireroit que vous allassiez un tour en ladicte ville de Bayonne pour veoyr en quel estât elle est, chose qu'il me semble n'estre besoing que faciès, s'il ne se veoit qu'il en soyt aultre besoing. Toutesfois il n'est que bon de se tenir sur ses gardes pour évitter à surprinse, et pour ceste cause j'escrips à mon dict oncle qu'il face defFendre bien expressément de par moy aulx hommes d'armes, archers, tant de sa compaignie que de la vôtre et aultres estans en son gouvernementqu'ilsn'ayent àhabandonner leurs enseignes sansmes congé et permission, et qu'il les face approcher de la frontière, s'il veoit qu'il soyt requis ; davantaige qu'il face lever

les arrière-bans plus prochains pour mectre dedans ladicte ville de Bayonne et en celle de Dacqs, où en cas de nécessité les cappitaines d'icelles pourront soudainement gecter quelques gens de pied, en attendant qu'il y ait esté aultrement pourveu, combien que je n'ayepas opinion que ledict prince d'Espaigne innove riens par delà, veu le mauvais estât, perte et desfaveur du deslogement de Tempereurde devant Metz, et aussy que j'ay ad vis qu'icelluy prince doibt bientosl aller par mer en Italie avecques les dits gens de pied qu'on dict qu'il a prests ; car quant auxaultres, je m'attends bien que ce pays ne consentira leur levée sinon qu'il en soit besoing pour leur defFence et mesmement pour la garde de leur coste maritime, d'aultant que sans estre accompaignés d'estrangers, ils n'ont pas accoustumés de se gecter en campaigne hors de leur dict pays. Si est ce que si mon dit oncle vous mande aller audict Bayonne, je veulx et entends que vous y allés pour vous y employer selon et ainsy qu'il sera requis pour mon service; et pour ce que j'ay mandé le sieur de Nouailles venir devers moy, vous regarderés de laisser en vostre absence quelque personnaige seur et expérimenté en ma ville de Bordeaulx pour y prendre garde à toutes choses, de façon qu'il n'y puisse durant votre dicte absence advenir désordre ou inconvéniant, m'advertissant de ce qu'en aurés faict, et vous me ferés service très-agréable, priant Dieu, mon cousin, qu'il vous ayct en sa garde.

Escriptà Paris, le 20' jour de janvier 1552 (1553, n. s.). Signé : Henry, et plus bas : Glausse, avec paraphe.

Au dos est écrit : « A mon cousin le conte du Ludde, chevallier de mon ordre et mon lieutenant en Guyenne, en l'absence de mon oncle le roy de Navarre. »

A : floiiv|naaiJc:

47. — 18 février 1553. — Lettre du roi Henri II à M. du Lude.

Mon cousin, j'ay receu les lettres que m'avez escriptes depuis vostre arrivée à Baionne, et, tant par icelles que par ce qu'avez aussi escript à mon cousin le connestable, j'ay veu Testât auquel avez trouvé la dicte ville et les nouvelles qu'avez entendues des forces que assemblent vos voisins, et, combien que j'aye advertissement de plusieurs endroicts qu'elles sont pour aller, partye en Itallye avecques le prince d'Espaigne et partye en Flandres où maintenant l'empereur a bien peu des Espaignols qu'il avoit avecques luy davant Metz, toutesfoys pour évicter à tout inconvénient, j'escripts à mon oncle le roy de Navarre qu'il face mettre dedans ladite ville de Baionne vostre compaignye que vous y ferez incontinant venir et partye des arrière-bans de par delà, et dedans d'Acqs celle du sieur de Termes et aultre partye desdis arrière-bans et qu'il face approcher la sienne de la frontière pour secourir les lieulx et endroicts qui en auront besoing ; et si tant est que lesdits Espaignols marchent en campagne, en ce cas et non aultrement les gouverneurs desdites villes lèveront promptement troys cens hommes de pied et les mecteront dedans icelles en attendant que aultrement y soit pourveu selon la nécessité qui en sera, dont je feray envoyer le payement sitost que je sçauray que ladite levée aura esté faicte; vous priant, Mon cousin, ne bouger de par delà tant que verrez qu'il sera requis pour mon service et mectre peyne d'apprendre des nouvelles desdits Espaignols et de leurs desseings, pour y remeddier le mieulx que pourrez et m'advertir de ce qu'en aurez faict et vous me ferez très-agréable service, vous disant à Dieu, Mon cousin, qu'il vous ayt en sa garde.

Escript à Paris le 1 Séjour de febvrier 1 552 (1 553, n. s.). Signé : Hekry. — Et plus bas : Clausse.

La suscription : A mon cousin le conte du Ludde, cheva-

lier de mon ordre et mon lieutenant en Guyenne, en Tabsenee de mon oncle le roy de Navarre.

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