Saint-Jean-de-Luz
cela faict, je regarderay à ce qu'il sera plus à propos d'entreprendre, tant pour ma repputation, que pour le bien de mes affaires, qui, Dieu mercy, vont très-bien de tous costés, mesmes en Piedmont où dom Ferrand et mon cousin le maréchal de Brissac ont accordé une tresve d'ung moys sous mon bon plaisir, durant lequel temps j'auray loisir et commodité de faire réparer et fortiffier les places que j'y ay nouvellement conquises, et après, selon les occurrences, ordonner par delà ce que je verray estre à faire pour le mieulx. Quant au marquis Albert, tant s'en fault qu'il ayt moien de croistre ses forces que de jour en jour elles vont diminuans et s'en va presque habandonné de tous ceulx qui cy-devant le favorisoient davantaige, se renouvellent en Allemaigne des ligues et practiques contre l'Empereur, telles qu'il doibt plus tost espérer troubles et accroissemens d'affaires et empeschemens de ce costé-là que aucun ayde et secours. Faisant sur ce fin, je prieray Dieu, mon cousin, qu'il vous ayt en sa saincte garde. Escript du camp de Crévecueur le 11^ jour de septembre 1553. Signé : Henry. Et plus bas : Clausse, avec paraphe. Au dos est escrit : A mon cousin le conte du Ludde, etc.
55. — 21 septembre 1553. — Lettre de la reine Catherine de Médicis à M. du Lude.
Mon cousin, sçachant le plaisir que vous recevez d'entendre souvent nouvelles du roy et de son armée, je vous envoyé celles que j'ay dernièrement eues, par où vous verrez la honte que ledit seigneur a faicte à ses ennemys ausquels il a esté jusques à leur nez présenter la bataille, mais, quelque chose qu'il y ait, ils n'ont jamais ousé sortir de leur fort * ; il est vray qu'il a pris sa revenche sur le dommaige
1. Il s'agit ici de la marche de l'armée de Henri II poursuivant celle de Charles-Quint en Flandre, près de Cambrai et du Quesnoy.
qu'ils ont cy devant faict en son ro}»ume, tel que de long temps ils en auront souvenance ; priant Dieu, mon cousin, qu'il vous a} t en sa saincte garde.
Escript à Saint-Germain-en-Laye le 21 ® jour de septembre 1553. Signé : Caterine. Et plus bas: Boghetel.
A mon cousin le conte du Lude, etc.
56. — 23 septembre 1553. — Lettre du roi Henri II à M. du Ludç .
Mon cousin, suivant ce que je vous ay escript par mes dernières lettres de Tunzième de ce moys, je m'en vins le M landemain avecques mon armée à Château à Cambrésis, où je séjournay deux jours pour faire faire les monstrées des bandes des françoys et lansquenets quej'avoye en icelle; et cella faict, je m'en allay loger à troys lieues de Vallentiennes, et ayant entendu que mes ennemys s'estoient retirez et fortifiez à demye lieue de ladicte ville, je me résolu de les y aller trouver pour essayer de les attirer à la bataille de laquelle l'empereur m'avoit tant menasse par tout le monde ; et pour ce faire je me mis aux champs, il y a aujourd'huy huit jours, avecques ma dicte armée, autant délibérée de bien combattre qu'il en fut oncques, marchant mon cousin le connestable devant avecques mon avant garde qui approcha à la portée du canon le camp desdits ennemys, lesquels avoyent mis hors d'icelluy un grant nombre de gens de cheval et de pied que mes chevaulx légers avoyent jà assez longuement escarmouchez. Mais y estant arrivé, mon dict cousin le connestable avecques la gendarmerye de ma dicte avant garde et une bonne trouppe de harquebuziers que y mena mon cousin l'admirai, ils furrent si vivement chargés qu'ils fusrent repoulsés jusques dedans les fossez et tranchées de leur dict camp qu'ils avoient faict faire fort grandes et où ils se retirent en très -grand désordre, n'espérant autre seureté pour eulx que ladicte fortifi-
cation, qui est bien loing de ce que ledict empereur avoit tant bravoye, ayant promis à tous les princes et potentats de toute la chrestienté que, en quelque lieu que je comparoisterois avecques mon armée, il se feroit plus tost porter en lictière en son camp qu'il ne me combatist; et au lieu de cella, je les puis asseurer à ceste heure qu*il n'eut jamais armée qui tournast mieulx ses insolentes menasses et braveryes en une honteuse fuitte et qui ayt receu un si grand deshonneur que fit lors la sienne. S'estant ainsy retirés dedans leur fort, ils nous tirèrent quelques canonades, mais de sortir ne faire sortir de leurs gens, il n'en fut oncques nouvelles, tant ils estoient inthimidés et esperdus. Voyant cela, je m'en retournay d'où j'estois party, demeurant mon dict cousin le connestable derrière sur la queue avec une partye de ma cavallerye ; et encores que la coustume des gens de guerre soit de geiter à ceste heure là quelques gens dehors pour aller recongnoistre les ennemys ou leur donner quelque allarme, néantmoins il n'en sortit un seul homme des leurs. Le landemain je séjournay où j'estoys, et voyant qu'il n'estoit aucune nouvelle d'iceulx ennemys, non plus que si ils eussent tous estes mors et que j'estois hors d'espérance pour ceste année de parvenir à ce que j'avoys tant recherché et désiré, qui estoit de luy donner la bataille, je me suis contenté de ce que j'en ay faict et me suis retiré en ceste ville, après avoir donné congé aux Suisses et Grisons, lesquels s'en sont retournés en leurs pays avecques fort grand contentement, ayant départy le reste de mon armée. Reste les arrière-bans ausquels j'ay aussi donné congé pour se retirer en leurs maisons ; c'est asçavoir mil hommes d'armes pour toute la frontière du pays de Piccardye et tous les lansquenets et françois, réservé vingt bandes des nouvelles levées que j'ay faict casser. Oultre cella, je y laisse tous les chevaulx légers, excepté cinq cens que j'ay envoyé en Champaigne avecques six cens hommes d'armes, oultre les compaignies qui y estoient, TOMB zii. 6
encores quej'aye nouvelles que lesdits ennemys se soient tous retirez par faulte de payement et de vivres, de quoy j'espère qu'ils ne seront de ceste année guères bien fournys, veu le dommage que je leur ay faiot qui est quasi inestimable, et davantaige donneray ordre qu'ils ne sèmeront guères le long de ceste ditte frontière, affin de leur oster le moyen de pouvoir assembler et nourrir armée Tannée prochaine.
Je ne veult au reste oublyer de vous advertir, mon cousin, comme mon cousin le sieur de Gyé et l'évesque d'Orléans sont de retour d'Angleterre , lesquels m'ont asseurés d'avoir laissé la royne et tous ceulx de son conseil en autant bonne vollunté qu'il est possible d'entretenir la bonne paix et amytié qui est entre nous, nos royaumes, pais et subjects. Au regard du marquis Albert, son cas va si mal que pys ne pourroit, et au contraire mes affaires si bien en Allemaigne, que je sçauroye myeulx désirer pour le présent, ainsy que vous verres plus au long par l'extraict que je vous envoyé deçà qui m'en est venu. Quant à l'armée de mer du grand seigneur, elle s'en est retournée après avoir aydé à la myenne à recouvrer sous mon obéissance la pluspart des principaulx ports et places fortes de l'isle de Corse où est mon cousin le sieur de Termes avecques quelques gens de guerre que j'avoye sur ma dicte armée de mer et quelques autres bandes tant de Françoysque Italliens quej'avoys en Savoye; et affm de se renforcer pour la conservation desdicts ports et places conquises et davantage pour le recouvrement d'icelles qui restent à conquérir, je y renvoyé avecques toutes mes gai- 1ères et sur icelles encore quelques bandes de gens de pied, le sieur de la Garde * qui estoit venu devers moy pour me rendre compte du voyage qu'il a faict et de l'importance
1. Antoine Escalin des Aimars, baron de la Garde, dit le capitaine Paulin, général des galères depuis le 23 avril 1544.
dont m'est ladiclc conqueste, avec lequel j'espère que les vaisseaulx du roy d'Arger iront, que sera force sufffisante pour garder André Dorye d'entreprendre d'empescher Texëcution de mon entreprinse.
Au demourant, mon cousin, j'ay reçeu les lettres que m'avez escriptes par la Trousse, Tun de mes vallets de chambre, que j'avois envoyé par dellà, et oultre le contenu d'icelles, entendu ce qu'il m'a dict de vostre part et mesmement de Testât où est ma ville de Bayonne, et avecques quelle diligence vous faictes besongner aux réparations d'icelle, ensemble les avis qu'avés eu de vos voysins, lesquels, comme je le pense, ne seront pour faire de cette année entreprinse d'importance, estantjà la saison advancée et n'ayant avec eulx aucuns étrangers, et croy qu'ils se contenteront de ce qu'ils ont essayés de faire à Saint-Jehan de Laez, où à cequej'ay vu par une lettre qu'avés escripte à mon cousin le connestable, du quinziesme de ce moys, ils ont estes très-bien reçeus moyennant le bon et prompt ordre que vous y avés donné et le bon et grand devoir que y fisrent les bailly de Labour et sieur Dalsatte et ses enfants, de quoy je leur sçay fort bon gré, ce que leur ferés entendre et aussy leur ferés part du discours que je vous faits cydessus de Testât de mes affaires, et pareillement au viconte d'Orthe et autres mes bons serviteurs de pardellà, pour Taise que je sçay que ce leur fera de sçavoir que mes dictes affaires aillent si bien comme ils vont. Et affin que vos dicts voisins perdent l'envie qu'ils ont de se saisir des bleds que dictes qui sont en si grande abondance audict Saint- Jehan de Laez, vous continuerés de les faire apporter en ma dicte ville de Bayonne et contraindrés à ce faire tous ceulx qu'il appartiendra par toutes les voyes et manières que verres estre affaire ; de façon que mes vouUoir et intention soient en eella ensuyvies, vous advertissant que je mandray en Bretaigne que deffenses soient faictes, de par moy, que nuls de mes subjects, ny autres, ayent plus à porter, ny faire
porter d'icelluy pays audict Saint-Jehan-de-Laez aucuns grains, sous peyne de confiscation d'iceulx; mais que, s'ils en veullent envoyer en ces quartiers-là, suivant les permissions que j'en ay donnés et pourray donner cy-après , ils le facent décharger en ma dicte ville de Bayonne, comme il a esté faict puis naguères en Xaintonge, Poictou et la Rochelle, ainsi que m'a escript le sieur d'Estissac. Faisant sur ce fm, je prieray Dieu, Mon cousin, qu'il vous ayt en sa saincte garde.
Escript à Sainct-Quentin, le 23^ jour de septembre 1 553. Signé : H^nry. Et plus bas : Clausse, avec paraphe.
57. — 27 décembre 1553. — Lettre du roi de Navarre au comte du Lude,
Mon cousin, j'ay receu vos lettres du xxiij® de ce moys, par lesquelles m'escripvez que le roy vous a mandé que, si vous voyez que la cherté du bestial fut par trop grande, vous m'en advertissiez, affin de faire resserrer la traicte dudit bestiail. Vous ferez très-bien, estant par dellà, faire reguarder quelle cherté il y en a, et si le peuple s'en plainct. Et du costé de deçà j'ay mandé au visconte d'Orthe s'en informer pareillement et m'advertir de ce qu'il en trouvera, comme je vous prye aussi faire de vostre part, pour après, ayant veu ce que m'en escriprez, y pourveoir. Et quant à ce que ledit sieur vous a escript de l'argent qui peult estre deu à cause de la forayne, vous ne sçauriez mieulx faire que d'en user suyvant l'intention dudit seigneur et qu'il vous le commande. Vous pryant, au demeurant. Mon cousin, entendre, si tost qu'il vous sera possible, à l'affaire des cloches ; et mettant fm à la présente, je prieray le Créateur vous tenir en sa saincte grâce.
A Pau , ce xxvij® jour de décembre 1 553. Vostre bon cousin : Henry.
L'adresse est : A mon cousin, Monsieur le comte du Ludde.
58. — Il juillet 1554. — Lettre de la reine Catherine de Médicis à M. du Lude.
Mon cousin, affin que soyés ordinairement adverty de ce que me viendra du roy monseigneur et de son armée en la poursuicte de Tentreprinse qu'il a commencée, je vous envoyé les nouvelles qu'il m'envoya hier au soir, fl y a eu pour quatre ou cinq jours quelque peu de retardement en son entreprise depuis la prise deMariebourg *, au moyen de quelque difficulté de vivres ; mais depuis il a esté donné si bon ordre que les vivres y sont de présent en trèsgrande abondance et y continueront encores de bien en mieulx. De ce qui en viendra cy-après, je ne fauldray de vous donner continuel advis, priant Dieu , Mon cousin , qu'il vous ayt en sa garde.
Escript à Reims, le xj^ jour de juillet 1554. Signé: Caterene. Et plus bas : Bochetel.
La suscription : A mon cousin le conte duLudde, etc.