juin 1563.— Lettre de Charles IX à M. du Lude
Monsieur du Lude,
Considérant combien importe au bien et observation de l'ëdiet de la pacification des troubles que l'on face poser et mectre bas les armes à toutes personnes , tant de l'une que de Taultre relligion dans les villes et dehors, sans qu'elles demeurent plus ez mains de mes subjects, affin de plus aysëment leur lever et oster toute craincte, soubçon et deffiance qu'ils y ont conceu les ungs des aultres par la malice desdicts troubles et viennent plus librement à se réunir et réconcillier les ungs avec les aultres, oublyans toutes injures , querelles et inimitiés passées et jouissant réciprocquement du bénéfice de caste paix, ainsy que est mon intention, j'ay faict sur ce expédier mes lettres d'ordonnances et deffenses très-expresses que je vous envoyé présentement, affm que vous les faictes cryer et publyer par tout vostre gouvernement, et tenés la main à l'estroite observation et exécution d'icelle , faisant pugnir exemplairement ceulx qui contreviendront par les peines et selon qu'il est porté par mes dictes lettres, ce que je vous prie et ordonne faire, de sorte que je sois obéy et satisfaict en cest endroict sans aulcune difficulté , et vous me ferez service très-agréable, priant Dieu qu'il vous ayt, Monsieur du Lude, en sa saincte et digne garde.
Escript au boys de Vincennes, le 24* jour de juin 1 563. Signé : Charles. Et plus bas : Robertet, avec paraphe.
Au dos est écrit : A Monsieur du Ludde, etc.
108.— 30 juillet 1563.— Lettre de Catherine de Médicis à M. du Lude.
Monsieur du Lude, vous verres par la lettre que le roy monsieur mon fils vous escript, la grâce qu'il a pieu à Dieu
luy faire de luy remettre entre les mains en sy peu de tems et avec perte de sy peu de gens, une place jugée imprenable de tout le monde *. Ils ont esté sy vivement pressez et sy continuellement sollicitez , qu'à la fin ils ont pensé qu'il vailloit mieulx se rendre que endurer l'extrémité d'ung assault qui leur estoit préparé où ils eussent peu recevoir beaucoup de dommaige. Ils sont encore forts de quatre à cinq mille hommes du reste de la mortalité, en estant mort aultant ou peu s'en fault, et s'embarque pour s'en retourner en Angleterre , estimant que entre cy et deux jours ils en seront tous dehors. Ils ont esté sy maltraictez pour ung coup que je ne pense pas qu'il leur preigne jamais envye d'y revenir. C'est les nouvelles que je m'asseure vous aurés sy agréables que je vous l'ay bien voullu faire sçavoir incontinent , priant Dieu, Monsieur du Ludde, vous avoir en sa saincte et digne garde.
Du camp du Havre, le xxx® jour de juillet 1 563. Signé : Caterine. Et plus bas : Robertet, avec paraphe.
Au dos est escript : A Monsieur du Ludde, etc.
109. — 30 juillet 1563. — Lettre du roi Charles IX à M. du Lude.
Monsieur du Ludde, vous avés entendu comme après avoir tenté tous les moyens possibles pour avoir raison de la royne d'Angleterre et luy avoir fait proposer toutes les plus raisonnables conditions que j'ai peu pour ravoir ma place du Havre qu'elle me détenoit , elle n'en a voullu accepter aucune, mais a persisté en sa violente détention tant qu'elle a peu. Quoy voyant et qu'il ne me falloit rien espérer de sa bonne volunté que ce que
1. Le Havre-de-Grâce, enlevé aux Anglais alliés des calvinistes français.
la force me donneroit, je y envoyay mon armée sous la conduite de mon cousin le maréchal de Brissac, il y a quelque tems, lequel, après avoir fait conduire les tranchées jusques auprès de la ville, finallement je m'en suis approché moy-mesmes, et y estant venu mon cousin le connestable avec une infinité de princes , seigneurs , chevalliers de mon ordre et autre noblesse, il les a tellement pressés du coté du Havre, qu'après avoir gaigné pied à pied tantost la palliss.... qu'ils tenoient et la tour qui deffend l'embouchement du Havre, et depuis s'estant approché de la grosse tour et commencé à se loger si près d'eulx qu'ils estoient prestz, après une batterie de trente canons qu'on leur préparoit, de leur faire donner un brave assault , ils se sont tellement estonnez qu'ils ont mieulx aymé se rendre que d'endurer l'extrémité où ils voyoient bien qu'il n'alloit rien moings que de leur vye; et aussy a-t-on mieulx aymé les recevoir sans perte d'hommes que bazarder la vye de tant de gens de bien qui me pourront en quelque autre bonne occasion faire ung grand service. Ils s'en vont tous en Angleterre; la ville m'est rendue en Testât qu'elle est avec toute l'artillerye, munitions et autres choses y estans, ensemble tous les navires étans dans le port, qui sont en grand nombre. Mes forces sont jà dans la ville en trois lieux, c'est asçavoir dans la tour du Havre, dans le fort qu'ils ont fait et dans le bastion Sainte- Adresse que mes gens avoient bastu ; et eulx commencent à s'embarquer , ce qu'ils ne peuvent avoir fait de troys jours, d'aultant qu'ils sont plus de quatre mille hommes de guerre du reste de la mortallité, vous pouvant asseurer qu'ils ne repasseront jamais la mer qu'ils n'en ayent quasi perdu autant; de quoy je vous ay bien voulu advertir affîn que vous le faciez entendre à tous mes subiects, estans par delà, pour estre la nouvelle si heureuse pour moy et pour le bien de mes affaires qu'elle ne confirme point seullement la TOME xn. 10
paix dernièrement faiete et asseure le repos de mon royaume, mais me délivre de toutes les querelles que la royne d'Angleterre me sçauroit jamais faire, et ce, pour la justice de Dieu qui luy faict porter la peyne du mal qu'elle me fait et de ce que trop lëgiërement elle a voullu rompre la paix qui avoit esté si solennellement jurée entre nous; priant Dieu, Monsieur du Ludde, nous avoir en sa saincte et digne garde.
Du camp du Havre, ce xxx^ juillet 1 563. Signé : Charles. Et plus bas : Robertet, avec paraphe.
Au dos est escript : A Monsieur du Ludde, etc.