‹ Lettres adressées à Jean et Guy de Daillon, comtes du Lude, gouverneurs de Poitou de 1543 à 1557 et de 1557 à 1585Chapitre 72 sur 173 · août 1563. — Lettre de Charles IX à M. du Lude · texte numérisé non relu

août 1563. — Lettre de Charles IX à M. du Lude

Monsieur du Lude, ayant pieu à Dieu me faire la grâce de parvenir en l'aage auquel tous mes preddécesseurs ont esté majeurs , et considérant les troubles et calamités advenus en mon royaume durant ma minorité, j'ay voullu joir du bénéfice de mon aage^ affin de pouvoir par là rendre la paix que Dieu m'a envoyée plus ferme, plus stable et plus asseurée à mon peuple et coupper la racine à tous les troubles et divisions qui pourroient ci-après se renouveler ; pour lequel efFect, la journée d'hier, je me transportay en ma court de Parlement de Rouen, où tenant mon lict de justice, je me déclairay majeur, et comme tel me fut faict hommaige parla Royne, madame ma mère, qui en cela voulut monstrer la première l'exemple, par mon frère, monsieur d'Orléans, et générallement tous les princes de mon sang et principaulx officiers de ma couronne, auquel lieu, pour donner commencement à ma majorité par quelque acte qui fût pour l'entier establissement de la paix, je feys lire, publier et enregistrer l'ordonnance que je vous envoyé, laquelle a esté si bien et meurement considérée et trouvée si nécessaire pour le bien et conservation

de tout ce royaume, seuretë et repos de tous mes subgeets, que je la veulx inviolablement observer; et pour ce que je sçay combien vous m'estiez fidelle et utille serviteur et observateur de mes ordonnances, voulloir et commandement que vous estes, et le moyen et pouvoir que vous avez de me faire obéyr par delà, je m'asseure que vous tiendrez si bonne main et donnerez tel ordre à faire garder et entretenir la dicte ordonnance, estant comme elle est confirmative du dernier ëdict de la paix, que je congnoistray maintenant que Dieu m'a rendu capable de gouverner, que ce que je commande pour le bien de mon royaume et le repos de tous mes subgeets par le sage et prudent advys de tout mon conseil est observé, je la vous ay bien voulu envoyer, affin que vous la faictes incontinant publyer, exécuter, entretenir et observer inviolablement par tous les lieux et endroicts où vous avez immédiatement povoir soubs mon autorité ; car je vous puys asseurer. Monsieur du Lude , que je ne veulx plus qu'on n'use de toutes ces difficultés, longueurs et dissimulations dont jusques icy en beaucoup de lieux l'on a usé, lesquelles je ne suis plus dellibéré de toUérer, souffrir ne endurer en façon quelconque, et pour ce, vous ne me sçauriez faire service plus agréable que de procéder à l'entière observation dudict édict de paix par tout vostre gouvernement, faisant pugnir indifféremment tous ceulx qui y contreviendront. Et d'autant que ayant pieu à Dieu nous donner une paix si nécessaire à tout mon royaume et me faire la grâce d'en chasser les Anglois qui pourroient donner quelque couUeur de retenir les armes dans mon dit royaume, elles n'y sont plus nécessaires, vous les ferez à ceste cause oster indifféremment à tous, suivant la présente ordonnance, tenant la main à ce que chacun retourne en son premier estât et que les choses soient comme elles estoient auparavant ces troubles et du vivant du feu roy mon seigneur et père, auquel temps la noblesse vivoyt en

repos et le marchant faisoyt le traffieq de sa marchandise, lartisant besoignoyt et le laboureur travailloyt sans se mesler plus avant de ce qui estoit de sa profession ; et lors il se peult dire que Ton vivoit heureusement , et ce royaume estoit si opulent et si florissant qu'il estoit à tous ses voisins formidable. Je sçay bien que les troubles ont engendré une grande désobéissance, et toutes choses se sont par icelle tellement desbordées qu'il est malaisé de les réduire en leur premier estât; mais je n'ignore pas aussi combien peult la prudence, dextérité et bonne conduicte d'ung saige, prudent et advisé gouverneur tel que vous estes pour remédier à ung grand mal. La reigle que vous avez en cela est d'avoir tousjours devant les yeulx de suivre mes ordonnances, porter esgallement mes subgects en l'observation d'iceulx, pugnir indifféramment tous les perturbateurs du repos publicq, sans acception de religion ni de condition de personne, exhortant la noblesse, le peuple et tous mes subgects à la réconciliation les ungs avec les autres, tenant aussy la main à la seureté de mes dits subgects et à la liberté de leur traffieq et commerce et faisant pugnir tous cculx qui les vouldront contraindre, fouller, travailler, en maintenant pareillement les gens d'église en leurs biens, dixmes et possessions et les faisant, suivant mon édict et mon intention, joyr non-seulement d'iceulx en toute liberté et seureté, mais leur restituant tout ce qui leur a esté prins depuis l'édict de la paix ; en quoy faisant, vous devez croire que mes subgects seront heureux vousavoirpour gouverneur et moy encores d'avoir ung tel ministre de ma bonne et saincte intention qui n'est que pour le bien, repos et conservation universelle. . . . laquelle saichant, je vous prye^ pour la fiance que j'ay en vous, faire si bien et si exactement observer, que des choses qui deppendent de cela mes subgects n'ayent plus d'occasion de recourir à moy^ si n'est pour me remercier de la bonne justice que par mon commandement et vostre

bonne conduicte leur est administrée, vous advisant que puisque vous avez si claire et notoire congnoissance de mes dites voluntës et intention, je me suis plus délibéré, des choses qui surviendront contraires à celles par faute dV pourveoir, de n'en addresser qu'à vous, comme je feray en semblable à tous mes autres gouverneurs auxquels il ayt aultant mandé; et s'il y en a de si téméraires qui refFusent de vous obéyr et suyvre mes édicts et ordonnances, faites-les si bien chastier qu'il en soyt mémoire, car si vous n'en avez le moyen et que vous m'en advertissez, je vous pourvoirray de si bonnes forces qu'il n'y en a point de si fols que vous ne faciez devenir saiges, ny de si désobéyssans que vous ne faciez obéyr, priant Dieu, Monsieur du Lude, vous avoir en sa saincte et digne garde.

Escript à Rouen, le xviij® jour d'aoust 1563. Signé: Charles. Et plus bas ; Robertet.

Et la suscription est : A Monsieur le conte du Lude, etc.

111. ■— 13 octobre 1563. — Lettres patentes de Charles IX au sénéchal de Poitou.

Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, au séneschal de Poictiers ou son lieutenant, salut. Nous avons estes advertis que en nostre dit pays de Poictou se tienne grand nombre de séditieux et mutins qui font infinis excès et violences à nos subjects et aultres actes tendans aux troubles et sédition , contrevenans en ce faisant à nos édicts et ordonnances faictes sur la pacification des troubles passés, en sorte que, si bientost n'y estoit remédié, il y auroit danger que le mal ne vînt plus avant; au moyen de quoy, pour nous faire rendre l'obéissance qui nous est deue et à ce que cy après nos subjects puissent vivre en paix, union et concorde, selon et en ensuyvant nos édicts et ordonnances, nous avons advisé pour les

réformer et leur osier tout moyen de plus faire les maulvois, faire lever en nostre dit pays de Poictou le nombre de cent harquebuziers à cheval qui seront payés et soldoyés par les habitans de nostre dit pays et séneschaussée, en sorte qu'il ne reste maintenant que à en faire expédier nos lettres nécessaires pour Tassiette, cotisation et département de ce à quoy montera la solde et entretenement. Nous, à ces causes, vous mandons, commectons et expressément enjoignons par ces présentes que, appelé nostre procureur et aultres qui pour ce seront à appeller, vous ayez à assoir, cottiser et imposer sur tous et chacuns les manans et habitans de nostre dit pays et séneschaussée de Poictou, le fort portant le foible, le plus justement et esgallement que faire ce pourra, et sans retardation de nos deniers, toutes et chacunes les sommes de deniers qu'il conviendra fournir, tant pour la solde et entretenement desdits cent harquebuziers à cheval, que pour les frais de la levée, et ce tant et si longuement qu'il sera besoing les retenir audit pays, et les dites impositions et cottisations faites contraignez et faictes contraindre tous ceulx qui y auroient estes assis, cottisés et imposés à en payer leurs costes, pars et portions par toutes voyes et manières deues et raisonnables, ainsi qu'il est accoustumé de faire pour nos propres deniers et affaires, nonobstant appellations, oppositions quelsconques et sans préjudice d'icelles, pour lesquelles ne voulions estre defFerré. Voulions que lesdicts deniers soient mys es mains de nos amés et féaulx conseillers les trésoriers de l'extraordinaire ou leurs commis, pour après estre par eulx baillés et délivrés au payement des dicts cent harquebuziers à chevaP, selon les monstres qui s'en feront et ce que en ordonnera nostre amé et féal le conte du Lude,

1. C'est probablement cette compagnie de cent harquebusiers que le cte du Lude envoya sous les ordres du capitaine La Vergne en bas Poitou, au mois de janvier suivant, 15G4. [Chronique du Langon, p. 82.)

capitaine de cinquante hommes d'armes de nos ordonnances et nostre lieutenant général en nostre dit pays de Poictou en l'absence de nostre très-cher et très-amé frère le prince de Navarre, à la charge d'en rendre compte et reliqua quand et à qui il appartiendra, car tel est nostre plaisir. De ce faire, vous avons donné et donnons plain pouvoir, auctorité, commission et mandement spécial, mandons et commandons à lous nos justiciers, officiers et subjects que à vous en ce faisant soit obéy.

Donné à Paris, le xiij* jour d'octobre Tan 1 563 et de nostre règne le troisième. Par le roy en son conseil. Signé :

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