L'approbation et le privilège sont de
2. T. II, p. 210. Le tome I seul est de 1781. j. In-i2, 1787, p. 161.
86 Adrienne Le Couvreur.
Mais cette appréciation n'est accompagnée d'aucune indication bibliographicjue.
M. Ravenel, de la Bibliothèque nationale, avait bien eu, vers 1849, le projet de donner un Recueil de Lettres d'Adrienne Le Couvreur, qui devait être précédé d'une Notice de M. Régnier, de la Comédie- Française. Mais le livre annoncé n'a jamais vu le jour, et la notice n'a paru qu'après la mort de l'érudit comédien, dans ses Etudes et Souvenirs de théâtre (.887).
Il est donc grand temps — avons-Jious pensé — de mettre un terme à ce malentendu , de tenir les promesses de ces travailleurs, et de justifier, au moins en partie, l'intérêt que d'excellents esprits attachaient à cette publication.
Nous avons pris pour point de départ la copie de 1735, composée de soixante-dix lettres, auxquelles nous n'en avons pu ajouter que quatorze, mais des plus importantes, provenant de collections publiques ou particulières : car les autographes d'Adrienne Le Couvreur sont de toute rareté.
Nous donnons donc quatre-vingt-quatre lettres, que nous avons soigneusement classées, puis divisées en deux parties : lettres datées, ou pouvant l'être par leur contexte; lettres et billets sans date, dans leur ordre probable.
Quand, par exception , nous avons eu sous les yeux l'original autographe, nous l'avons publié avec son orthographe exacte, à titre de spécimen. Pour les autres, nous donnons le texte conforme à la source la plus ancienne, nous souvenant prudemment de ce que dit l'abbé Trublet des lettres dont on laisse prendre copie, qu'a elles sont fort sujettes à être altérées, et quelquefois au point que le style de celui qui les a écrites n'y est plus reconnaissable " .
Ces lettres sont parfois énigmatiques , surtout quand les jioms propres n'y sont désignés que par une initiale, et le cas est fréquent dans la copie de 1735.
ÉTUDE BIOGRAPHIQ^UE. 87
Elles sont généralement sérieuses , rarement enjouées ; spirituelles souvent, jamais gaies. Adrienne était un peu triste, maladive et mélancolique ; c'était une nature tendre, avec un grand fonds de raison.
N'oublions pas, d'ailleurs, que ces lettres n'étaient pas destinées à la publicité. En octobre 1727 (voir la lettre XXVIII), n'écrit-elle pas elle-même : « Est-il question de faire des épîtres à imprimer.? Quand il est question d'écrire à mes amis, je ne songe jamais qu'il faille de l'esprit pour leur répondre. Mon cœur suffit à tout, je l'écoute, et puis j'agis; et je m'en suis toujours bien trouvée. »
Par une bizarre et très regrettable lacune, sur les quatre-vingt-quatre lettres retrouvées de cette femme passionnée que le dix-huitième siècle a classée parmi ses grandes amoureuses, il n'y a pas une vraie lettre d'amour. Les deux premières sont, il est vrai, adressées à Clavel, son premier amant; mais elles sont si sages, si raisonnables, qu'elles semblent plutôt d'une épouse que d'une maîtresse.
Oi!i sont-elles, les pages briîlantes que dut adresser Monime au baron D..., à M. de Klinglin, et plus tard à Maurice ■ absent? Ne seraient-elles pas dignes de
I. Les lettres et papiers du maréchal de Saxe sont ou étaient conservés a la Bibliothèque de Strasbourg : mais il est peu probable qu'à sa mort, vingt ans après celle d'Adrienne, Maurice eût conservé quelque souvenir d'une amante tant de fois remplacée.
Mlle La Chaise, qui joua de 17 12 à 1724 les rôles de soubrette avec peu de succès, quoiqu'elle fût fille de beaucoup d'esprit, avait dû conssrver des lettres de Mlle Le Couvreur, sa camarade et son amie. Elle s'appelait Louise- Christine du Sautoy, femme de Pierre Perron, avocat au Parlement, et en secondes noces de M. de la Pilotière, lieutenant criminel de Montmorillon ; elle mourut à Poitiers, le S novembre 1756, âgée de soixante-dix ans.
On pourrait espérer aussi quelque trouvaille du côté d'une autre camarade et amie intime, Mlle La Motte (Marianne- Hélène des Mottes), de Colmar, qui dut à Adrienne la con-
88 Adrienne Le Couvreur.
figurer à côté des épîtres passionnées des Lespinasse et des Aïssé?
naissance, puis l'amitié de Maurice de Saxe. Le maréchal n'oublia pas la comédienne, même pendant ses campagnes : des lettres conservées par les héritiers de Mlle La Motte (morte en 1769, retraitée depuis dix ans), attestaient qu'il aimait à l'instruire du succès de ses opérations.
Mlle La Motte était la tante et la marraine de Mlle La Chassaigne (Marie-Hélène Broquin), de la Comédie française, qui se retira à Saint-Mandé en 1804 et y mourut le 23 juin 1820. Il faudrait retrouver aujourd'hui les héritiers de Mlle La Chassaigne et ceux de Mme de la Pilotière. Je signale cette double piste au chercheur persévérant qui voudra donner une correspondance plus complète de la grande tragédienne dont nous ne pouvions mieux célébrer aujourd'hui le deuxième centenaire de naissance.
j avril 1892.