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Le II novembre

vous laissiés aller à cette crainte mal fondée de tout point, que faudroit-il donc que je fisse moy ? moy chetive ; mais je veux vous instruire de mes principes. Quand il est question d'écrire à mes amis, je ne songe jamais qu'il faille de l'esprit pour leur répondre. Mon cœur suffit à tout, je l'écoute et puis j'agis, et je m'en suis toujours bien trouvée. On me prend telle que je suis, ou bien on me laisse là. Tout l'art que j'y sçais, c'est de ne point me jetter à la teste pour quelques sentimens que ce puisse être. Je cherche d'abord de la probité jusques dans mes plus foibles liaisons; quand les grâces s'y joignent, je sçais les sentir, la Nature m'ayant donné un instinct admirable pour les démes- 1er. L'usage du monde, le tems et un peu de raison, m'ont convaincue qu'il faut beaucoup d'indulgence dans la vie ; mais ceux qui en ont le moins de besoin, ne perdent rien avec moy. Je leur donne à la place tout autant d'estime et d'admiration qu'il me paroît qu'ils méritent, et quand ils m'honorent de quelques bontés, vous sentes bien ce que la reconnoissance peut ajouter à de tels sentimens, e; assurément je ne fus jamais ingrate... Mais j'allois m'engager dans une belle dissertation sur moy même; pardon, je reviens à vous.

Vous êtes donc dans une des plus belles terres de l'univers ' ? avec une Dame ^ que vous aimés et respectés beaucoup et qui le mérite.

1 . A Rosny, près Mantes, appartenante à M. de Senozan, intendant général du clergé de France. (Note de 1735.)

2. Mme de Senozan, née de Viriville. François Olivier de Senozan, chevalier de l'ordre du Roy, intendant général des

144 Adrienne Le Couvreur.

Vous croyés qu'elle a quelques bontés pour moy, je crois que c'est parce que vous le souhaités, et qu'il n'y a encore en elle que de légères dispositions que vous avés seul ménagées, et que je ne dois sans doute qu'au bien que vous aurés daigné dire de moy ; mais prenés garde de n'en dire pas trop, vous deviendriés suspect, et cela feroit tort à votre cœur ou à votre jugement. L'amitié a ses enthousiasmes aussi bien que l'amour ; mais il faut les ménager, surtout aux yeux des personnes désintéressées. D'ailleurs, je suis d'un sexe et d'une profession où l'on ne soupçonne pas volontiers cet honnête sentiment, l'unique que je désire, dont je sois flattée, et dont j'ose me croire digne, par la façon dont je le sens; j'ajoute même, par celle dont je l'ay inspiré plus d'une fois. Mais songes que vous êtes au milieu de tout un monde qui ne me connoit point, et qui n'est pas obligé de deviner; ainsi parlés peu de moy; mais fortifiés vous dans les opinions où vous paroisses être, et persuadés vous bien que l'estime des honnêtes gens, est le pl«s grand bien que je connoisse. Mon abbé' vous trouve beaucoup d'esprit, le magistrat- est charmé de vous connoître, la

affaires temporelles du clergé de France, conseiller du Roy, était, depuis le lo décembre 171 8, 28" seigneur et 7'' marquis de Rosny, qu'il avait acquis de Maximilien VI, Henri de Béthune, duc de Sully. Né en 1678, il mourut en 1739. De 172 1 a 175 1, il habitait à Paris sa maison de la rue Richelieu, paroisse Saint-Roch (petit hôtel de Louvois). — Voir Rosny-sur-Seine, ou est né Sully, notice historique par l'abbé H. Thomas. Paris, Pion, 1889, in-S", figures.

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