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I. M. Galiot. iV. la note de la page

200 Adrienne Le Couvreur.

juger; mais je compte sur votre indulgence et sur votre reconnoissance, car j'ay pour vous des sentimens qui en méritent quoiqu'ils vous soyent dûs. Je crains cependant que cette reconnoissance ne s'altère par toutes les épreuves où je vous mets; soit pour moy ou pour mes amis. Par exemple, on me mit hier au soir dans un assés grand embaras. On sçait que je vous connois, j'en fais gloire; on croit que vous m'honores d'amitié, Dieu le veuille; mais enfin, pour venir au fait, un de mes voisins me vint supplier, après que vous fûtes parti, de vous engager à servir M. de Sandrais auprès de M. le Chancellier. Vous sçavés son affaire, et vous sentes bien que l'humanité et la complaisance sont les seuls motifs qui peuvent parler pour luy ; car, à quel propos va-t-il révolter tout le monde.? On doit me l'amener ce matin, et en vérité je ne sçauray que luy dire. Mon voisin ' vouloit que j'en parlasse à M. le M*' de Besons ; mais je le refusay tout net; j'aurois bonne grâce de solliciter quelqu'un qui doit tant au Parlement , pour un homme qui l'outrage. On m'a pressée sur vous plus vivement, et je n'ay pas trop sçu que dire, surtout lorsqu'on m'a assurée que M' le Chancellier ne le veut point perdre, que le s' de Sandrais luy a offert la démission de sa charge, et qu'il a répondu qu'il n'etoit question que de trouver un tem-

I . L'abbé d'AnifrevilIe; il demeuroit dans la rue de Seine, près la rue des Marais, faubourg Saint-Germain, qu'habitait alors Adrienne. [Note de 17J5.

pérament. On dit que lorsqu'on entend M. de Sandrais, il ne paroit pas si coupable; mais je ne sçaurois m'empescher de trouver déraisonnable, et blâmable, pour ne pas dire pis, d'aller attaquer tout le Parlement et le reste. Je n'ay point via le mémoire; mais l'effet qu'il produit me révolte. Cependant c'est un homme qui se vante d'être votre confrère et qui demande votre protection. Que luy repondray-je.^ On va me l'amener. Tachés de m'instruire au plus vite; ne vous tenés point pour importuné, car c'est malgré moy que je me mesle de tout cecy et je ne diray que ce qu'il vous plaira. On me demandera sans doute de vous le mener, ou de vous prier de venir chés moy. Si je n'ay pas votre réponse, je seray bien embarassée. Adieu, car je crains de vous embarasser aussi, par une si longue et si sotte lettre. Mandés moy quel jour vous voulés souper chés moy, et souffres que je vous fasse une petite galanterie que l'on vous rendra de m.a part. Adieu, on frappe, et je meurs de crainte que ce ne soit ce mons"" de Sandrais... Dieu mercy, ce n'est pas luy; mais il va venir sans doute, et je voudrois bien sçavoir ce que vous pensés. Adieu, faites le moy dire , ou venés si vous pouvés ce matin.

202 Adrienne Le Couvreur.

Billet à Monsieur...

Il y a mille ans que je ne vous ai vu, Monsieur. Etes vous malade, ou enchanté avec les Princesses de Clèves' et autres? Donnés moy de vos nouvelles et des assurances de votre amitié, car je n'aime pas que l'on m'oublie. Je vous renvoyé cent écus, c'est toujours autant d'acquitté. Bonjour, venés donc me voir.

Ce samedi matin.

Lettre à Monsieur.

{ !'■'■ janvier...)

Bonjour, bon an. Monsieur. Aimés moy beaucoup cette année, je vous le rendray de tout mon cœur. Tachés que nous nous voyions davantage que par le passé. Nous n'avons point encore pris de jour pour souper chés

I. Celuy à qui ces lettres sont écrites, aimoit beaucoup les romans. (Note de 1735.) C'est probablement à lui que sont adressés les vers de la page 290.

vous. Ce sera pour la première fois que nous nous verrons. Adieu, on est bien flatté d'avoir un a.mi tel que vous; mais je vous l'ay écrit il y a longtems. Il faut redoubler de zèle, d'estime, de confiance et a'assiduité en vieillissant, et que nous ramentevions tout le passé en crachant sur nos tisons. Bonjour, tous mes amis vous saluent et vous embrassent.

Lettre à Monsieur...

J'ay une grâce à vous demander pour quelqu'un de mes amis. Elle ne me paroit pas de nature à vous embarasser. Voulés vous bien avoir la bonté de passer chés moy le plus tôt que vous le pourrés sans vous incommoder : vous me ferés grand plaisir parce que ce sera en faire à celuy qui a besoin de vous, et parce que je seray très aise de vous voir. Le caractère d'ami que vous avez bien voulu adopter, et dont je vous trouve si digne, me devient chaque jour plus recommandable et plus cher. J'ay resté toute la journée chés moy dans une langueur' triste, et pourtant point insupportable. J'ay fait des reflexions

I. En décembre 1728, Mlle Aïssé (lettre XVIi écrivait: « LaLecouvreur est très incommodée depuis quelque temps; on craint qu'elle ne tombe dans une langueur. »

204 Adrienne Le Couvreur.

plus attendrissantes que noires. Vous ne connoissés point cet état, parce que vous n'estes ni foible, ni femme, ni mélancolique. Adieu, puissiés vous conserver jusqu'à votre dernier jour, cette heureuse santé et sécurité. Venés, je vous prie, dès que vous pourrés. Il s'agit d'obliger quelqu'un et de voir votre amie. Je crois que c'est assés pour vous déterminer.

Ce jeudi au soir 4.

Billet à Monsieur...

Vous m'avés demandé des nouvelles de Mons' de R...', et je me reproche de ne vous avoir pas déjà mandé qu'il est chés moy depuis deux jours. Il a vu M. Silva-, et on

1. Le marquis de Rochemore, mousquetaire et poète distingué, ami de Gresset, fit l'épitaphe d'Adrienne (voir]' Appendice). Le 30 septembre 1720, il écrivait de Rouen à d'Argental au sujet de Bérénice, qu'il avait vu représenter quelques jours plus tôt à la Comédie par Adrienne et Quinault-Dufresne. Il parle de Baron et de Maurice de Saxe. (N" 182 d'un catalogue de vente faite par Eug. Charavay, le 17 mars 1891.)

2. Jean-Baptiste Silva, né à Bordeaux en janvier 1682, eut Chirac pour protecteur. Helvétiuslui confia une partie de sa clientèle. En septembre 17 16, pour avoir guéri M. le duc de Bourbon, il eut 6,000 livres de récompense avec une pension de 4,000 livres par an et son logement à l'hôtel de Condé. Une autre pension de 1,500 livres lui fut octroyée par brevet du 9 août 172 1, ainsi qu'à Gély, Dumoulin et Falconet fils, appelés en consultation près du Roi, dont Silva

espère le tirer d'affaire; je compte que vous le viendrés voir incessamment dans sa nouvelle habitation et que le premier matin que vous pourrés sortir, vous viendrés causer avec moy qui ay besoin de vos conseils. Les belles jambes ' vous saluent.

Ce dimanche matin.

Lettre à Monsieur... {D' Argcntal) .

Qu'êtes vous donc devenu, Monsieur ?

On m'avoit donné Tesperance de vous avoir à souper il y a quelques tems, et je n'ay seulement pas entendu parler de vous. Sont-ce vos maçons qui vous retiennent.'^ Ils ne devroient pas, ce me semble, vous occuper continuellement. On m'a annoncé un souper pour Lundi chés Mad. de Montchesne-, dont on

fut nommé médecin consultant en 1724. En juillet 1740, il envoya Mme du Deffand aux eaux de Forges pour combattre une grosseur à la jambe, et mourut le 19 août 1742. Il était ami de Le Franc de Pompignan. Son portrait a été gravé par Schmidt. (Voir Viconogr.). Faut-il croire ce que dit Voltaire, que <■ Silva fut un de ces médecins que notre Molière n'eût pu ni osé rendre ridicules » ?

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