XXIV BIOGRAPHIE DE PIE VII
vaincu la Révolution, il avait résolu de rétablir L'Eglise catholique en France. Il se montra, par conséquent, bienveillant envers le Saint-Siège, et chercha à conclure un Concordat avec le Saint-Père. En effet, Gonsahi, qui avait été nommé cardinal et secrétaire d'Etat, se rendit à Paris, où fut arrêté le Concordat de 1801, qui stipula le rétablissement de l'Eglise catholique en France et une nouvelle circonscription des diocèses. Le pape promit qu'il demanderait à tous les anciens évêques assermentés et non assermentés de résigner leur siège. Le premier consul devait dès lors pouvoir nommer aux évèchés vacants des candidats qui demanderaient l'institution canonique du pape. Les curés devaient être nommés par les évêques, les Séminaires et autres établissements religieux être sous leur absolue dépendance. Le gouvernement assurait aux évêques et aux curés un traitement convenable; les évêques prêtaient serment de fidélité entre les mains du premier consul. Après la signature de ce Concordat, Consalvi gagna de plus en plus la confiance du pape; il fut plus \ard remplacé dans cette faveur et dans ses fonctions par le cardinal Pacca. Cependant, ni tous les évêques émigrés et non assermentés, ni un grand nombre d'évêques assermentés et se trouvant en France, n'étaient disposés à donner leur démission sans réserve. Le pape en eut un profond chagrin, qu'augmenta la résolution qu'avait le premier consul de renommer un certain nombre d'évêques constitutionnels, sans qu'ils eussent donné satisfaction de leur conduite schismatique.
Enfin, le pape eut la douleur plus grande encore de voir Napoléon ajouter au Concordat une série d'articles dits organique* qui annulaient une partie des promesses contenues dans le Concordat. Du reste, le premier consul rencontrait de son côté, dans la réalisation du Concordat et dans la restauration de l'Eglise catholique, de nombreux obstacles et de graves difficultés de la part de son propre entourage, surtout de la part des républicains nourris et élevés dans l'incrédulité. « On croirait difficilement, disait-il, la résistance que j'eus à vaincre pour ramener le catholicisme. C'est au point qu'au Conseil d'Etat, où j'eus grand'peine à faire adopter le Concordat, plusieurs ne se rendirent qu'en complotant d'y échapper : «Eh bien! se disaient-ils les uns aux autres, faisons-nous protestants, et cela ne nous regardera pas. » Il est sûr que, dans ce désordre auquel je succédais, sur les ruines où je me trouvais placé, je pouvais choisir entre le catholicisme et le protestantisme. Il est tout aussi vrai de dire que les dispositions du moment poussaient toutes à celui-ci. Mais, outre que je tenais réellement à ma religion natale, j'avais les plus hauts motifs pour me décider. En proclamant le protestantisme en France, qu'eussé-je obtenu? Deux grands partis à peu près égaux, lorsque je voulais qu'ils n'y en eût plus du tout; j'aurais ranimé la fureur des guerres de religion. Ces deux partis (les catholiques et les protestants), en se déchirant, eussent annihilé la France et l'eussent rendue l'esclave de l'Europe, tandis que j'avais l'ambition de l'en rendre maîtresse. Avec le catholicisme, j'arrivais bien plus sûrement à tous mes grands résultats :