XXVI BIOGRAPHIE DE PIE VII
velles peines vinrent l'accabler. Napoléon voulut que le pape prononçât le divorce de son frère Jérôme, qui avait épousé la fille d'un négociant protestant des Etats-Unis (Mlle Patterson). Le pape, ayant reconnu que le mariage était parfaitement valide, ne put admettre la demande. Napoléon décida la question de son chef et maria pour la seconde fois son frère avec la princesse Catherine de Wurtemberg, sans pouvoir obtenir de Pie VII l'approbation de cette union. Les rapports du pape avec la France devenaient de jour en jour plus tendus, et le cardinal Fesch augmentait les difficultés par la haine qu'il portait au cardinal Consalvi, qu'il accusait, auprès de Napoléon, de conspirer avec l'Angleterre, l'Autriche et la Russie. Lorsque la guerre éclata entre ces puissances et Napoléon, celuici fit occuper la place d'Ancône, et répondit à la protestation de Pie VII que c'était lui, Napoléon, qui était empereur de Rome, révélant nettement ainsi le plan qu'il avait formé de rendre le pape son vassal. Consalvi^que Napoléon désignait comme la cause des dissentiments entre la France et le Saint-Siège, remit à cette époque son portefeuille, et fut remplacé par le cardinal Casoni, sans que la situation s'améliorât. Napoléon, au contraire, ordonna au général Miollis d'occuper Rome, en déclarant que l'occupation ne serait que temporaire et qu'elle avait lieu pour faciliter le passage de l'armée française se rendant dans le royaume de Naples. Mais le pape ayant résisté à de nouvelles exigences de l'empereur, celui-ci revendiqua les Etats de l'Eglise comme un don fait autrefois par Charlemagne, et le secrétaire d'Etat de Pie VII fut retenu prisonnier dans le palais du pape. Pie VII nomma alors pour remplacer Casoni le courageux cardinal Pacca, en qualité de prosecrétaire d'Etat ; mais Pacca fut à son tour enlevé au Souverain Pontife. Enfin parut un décret de Napoléon qui proclamait Rome ville libre et abolissait l'autorité du pape sur sa capitale. Le pape avait prévu sa prochaine captivité. Il avait, dans cette hypothèse, fait préparer une bulle d'excommunication contre Napoléon, et dans la nuit du 10 au 11 juin 1809, elle fut secrètement affichée. Dès qu'on s'en aperçut, le général Miollis donna au général Radet l'ordre de s'emparer du pape et de l'emmener. Dans la nuit du 4 au 5 juillet, le Quirinal fut, en effet, envahi à trois heures du matin, le pape fut arrêté avec le cardinal Pacca, arraché de son palais, et, sans avoir le temps de déposer les habits de chœur dont il était revêtu, il fut placé dans une voiture soigneusement fermée. La voiture partit avec les prisonniers. Plus le voyage était brusque, violent, i'humiliation profonde, plus le pape, d'ailleurs si doux et presque si faible, se montra calme et énergique. Ce ne fut qu'au bout de deux jours que les domestiques du pape le rejoignirent avec le strict nécessaire. La voiture du pape fut même renversée, et le général Radet, qui était assis sur le siège, fut jeté dans un tas de boue. On s'arrêta à Florence. Le pape y fut déposé dans l'appartement où, dix ans auparavant, on avait retenu captif son illustre prédécesseur. Au bout de trois heures de repos, on l'entraîna plus loin, en lui enlevant, à son grand chagrin, la société du cardinal