‹ Lettres apostoliques des S.S. Léon XIII (volume 2)Chapitre 13 sur 94 · ATEN · texte numérisé non relu

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#6 RERUM NOVARUM >. 16 mar 1891 25

de lui en fournir perpétuellement les moyens. Or, cet élément ne pouvait être que la terre avec ses ressources toujours fécondes. Et qu'on n’en appelle pas à la providence de l'Etat, car l'Etat est

postérieur à l’homme, et avant qu'il pût se former, l'homme déjà.

avait recu de la nature le droit de vivre et de protéger son existence.

Qu'on n’oppose pas non plus à la légitimité de la propriété le fait

que Dieu a donné la terre en jouissance au genre humain tout entier, car Dieu ne l’a pas livrée aux hommes pour qu'ils la dominassent

confusément tous ensemble. Tel n’est pas le sens de cette vérité.

Elle signifie uniquement que Dieu n'a assigné de part à aucun

homme en particulier, mais a voulu abandonner la délimitation

des propriétés à l'industrie humaine et aux institutions des peuples. — Au reste, quoique divisée en propriétés privées, la terre ne laisse pas de servir à la commune utilité de tous, attendu qu'il n’est per-

sonne parmi les mortels qui ne se nourrisse du produit des champs.

Qui en manque y supplée par le travail, de telle sorte que l’on peut affirmer, en toute vérité, que le travail est le moyen universel de pourvoir aux besoins de la vie, soit qu’on l’exerce dans un fonds propre, ou dans quelque art lucratif dont la rémunération ne se tire que des produits multiples de la terre avec lesquels elle est convertissable.

De tout cela, il ressort, une fois de plus, que la propriété privée

est pleinement conforme à la nature. La terre, sans doute, fournit à l'homme avec abondance les choses nécessaires à la conservation

de sa vie et plus encore à son perfectionnement, mais elle ne le

pourrait d'elle-même sans la culture et les soins de l'homme. Or, celui-ci, que fait-il en consumant les ressources de son esprit et les forces de son corps pour se procurer ces biens de la nature ?

Il s'applique pour ainsi dire à lui-même la portion de la nature

corporelle qu'il cultive, et y laisse comme une certaine empreinte de sa personne, au point qu’en toute justice, ce bien sera possédé dorénavant comme sien et qu'il ne sera licite à personne de violer

son droit en n'importe quelle manière.

La force de ces raisonnements est d'une évidence telle, qu'il est permis de s'étonner comment certains tenants d'opinions surannées

peuvent encore y contredire, en accordant sans doute à l’homme

privé l’usage du sol et les fruits des champs, mais en lui refusant le droit de posséder en qualité de propriétaire ce sol où il a bâti, cette portion de terre qu'il a cultivée. Ils ne voient donc pas qu'ils dépouillent par là cet homme du fruit de son labeur ; car enfin, ce champ remué avec art par la main du cultivateur a changé complètement de nature : il était sauvage, le voilà défriché ; d’infécond, il est devenu fertile ; ce qui l’a rendu meilleur est inhérent au sol et se confond tellement avec lui, qu'il serait en grande partie impossible de l’en séparer. Or, la justice tolérerait-elle qu'un étranger vint alors s’attribuer cette terre arrosée des sueurs de celui qui l’a

cultivée ? De même que l'effet suit la cause, ainsi est-il juste que le

operæ fructum ad eos ipsos qui operam dederit, rectum est pertinere. Merito igitur universitas generis humani, dissentientibus pauCorum opinionibus nihil admodum mota, studioseque naituram intuens, 1n ipsius lege naturæ fondamentum reperit partitionis bonorum, possessionesque privatas, ut quæ cum hominum natura pacatoque et tranquillo convictu maxime congruañt, omnium sæculorum usu consecravit. — Leges autem

civiles, quæ cum justæ sunt, virtutem suam ab ipsa naturali de

lege ducunt, id jus, de quo loquimur, confirmant ac vi etiam adhibenda tuentur. — Idem divinarum legum sanxit auctoritas, quæ vel appetere e alienum gravissime vetant. Von concupisces uxorem proximi lui: non domum, non agrum, non ancillam, non . bovem, non asinum, et universa quæ illius sunt (PRES :

Jura vero istiusmodi, quæ in hominibus insunt singulis, multo validiora intelliguntur esse si cum officiis hominum in conviciu domestico -apla et connexa spectentur. — In deligendo genere vilæ non est dubium, quin in potestate sit arbitrioque singulorum alterutrum malle, aut Jesu Christi Sectari de virginilate consilium, aut maritali se vinclo obligare. Jus conjugii naturale ac primigefum homini adimere, causamve nuptiarum præctpuam, Dei auctoritate initio constitutäm, quoquo modo circumscribere lex hominum nulla potest. Crescite et multiplhcamini (2). En igitur familia, seu societas domestica, perparva illa quidem, sed vera societas, eademque omni civitate anti-

quior ; cui propterea sua quædam jura officiaque esse necesse

est, quæ minime pendeant a republica. Quod igitur demonstra-

vimus, jus dominii personis singularibus naturâ tributum, id. transferri in hominem, qua caput est familiæ, oportet: immo

tanto jus est illud validius, quanto persona humana in convictu domestico plura complectitur. Sanctissima naturæ lex est, ut victu omnique cultu paterfamilias tueatur, quos ipse procrearit: idemque illuc à natura ipsa deducitur, ut velit liberis suis, quippe ‘qui paternam referunt et quodam modo producunt personam,

anquirere et parare, unde se honeste possint in ancipiti vilæ.

cursu a misera fortuna defendere. Id vero efficere non alia ratione

potest, nisi fructuosarum possessione rerum, quas ad liberos

hæreditate transmittat. — Quemadmodum civitas, eodem modo familia, ut memoravimus, veri nominis societas est, quæ .potestate propria, hoc est paterna, regitur. Quamobrem, servatis utique finibus quos proxima ejus causa præscripserit, in deligendis. adhibendisque rebus incolumitati ac justæ libertati suæ necessariis, familia quidem paria saltem cum societate civili jura obtinet. Paria saltem diximus, quia cum convictus domesticus

(4) Deut., v.. 21. — (2) Gen., 1, 28.

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ruit du travail soit au travailleur. C'est donc avec raison que l’uni- ” versalité du genre humain, sans s’'émouvoir des opinions contraires » d'un petit groupe, reconnaît, en considérant attentivement la nature, … que dans ses lois réside le premier fondement de la répartition des « biens et des propriétés privées ; c'est avec raison que la coutume ” de tous les siècles a sanctionné une situation si conforme à la nature * de l’homme et à la vie calme et paisible des sociétés. — De leur …. côté, les lois civiles, qui tirent leur valeur, quand elles sont justes, * de la loi naturelle, confirment ce même droit et le protègent par la - force. — Enfin, l'autorité des lois divines vient y apposer son sceau, en défendant, sous une peine très grave, jusqu’au désir même du + bien d'autrui. Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni sa - maison, ni son champ, ni sa servante, ni son bœuf, ni son äne, ni rien de ce qui est à lui (1).

Cependant, ces droits, qui sont innés à chaque homme pris isolément, apparaissent plus rigoureux encore quand on les considère dans leurs relations et leur connexité avec les devoirs de la vie domestique. — Nul doute que, dans le choix d’un genre de vie, il ne soit loisible à chacun ou de suivre le conseil de Jésus-Christ sur la virginité, ou de contracter un lien conjugal. Aucune loi humaine ne saurait enlever d'aucune facon le droit naturel et primordial de tout homme au mariage, ni circonscrire la fin principale pour laquelle il a été établi par Dieu dès l’origine. Croissez et multipliezvous (2). Voilà donc la famille, c’est-à-dire Ja société domestique, société très petite sans doute, mais réelle et antérieure à toute société civile, à laquelle, dès lors, il faudra de toute nécessité attribuer certains droits et certains devoirs absolument indépendants de l'Etat.

Ainsi, ce droit de propriété que Nous avons, au nom même de la nature, revendiqué pour l'individu, il le faut maintenant transférer à l'homme, constitué chef de la famille : ce n’est pas assez : en passant dans la société domestique, ce droit y acquiert d'autant plus de force que la personne humaine y recoit plus d'extension. La nature impose au père de famille le devoir sacré de nourrir et d’en- tretenir ses enfants; elle va plus loin. Comme les enfants reflètent la physionomie de leur père et sont une sorte de prolongement de sa personne, la nature lui inspire de se préoccuper de leur avenir et de leur créer un patrimoine, qui les aide à se défendre, dans la périlleuse traversée de la vie, contre toutes les surprises de la mauvaise fortune. Mais ce patrimoine, pourra-t-il le leur créer sans l'acquisition et la possession de biens permanents et productifs qu il puisse leur transmettre par voie d’héritage ? — Aussi bien que la société civile, la famille, comme Nous l'avons dit plus haut, est une société proprement dite, avec son autorité et son gouvernement propre, l'autorité et le gouvernement paternel. C’est pourquoi, toujours sans doute dans la sphère que lui détermine sa fin immédiate, elle jouit, pour le choix et l'usage de tout ce qu'exigent sa conservation et l'exercice d’une juste indépendance, de droits au moins égaux à ceux de la société civile. Au moins égaux, disons- Nous, ti la société domestique a sur la société civile une priorité

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