‹ Lettres apostoliques des S.S. Léon XIII (volume 2)Chapitre 39 sur 94 · AU CLERGÉ DE FRANCE, 16 FÉVRIER · texte numérisé non relu

AU CLERGÉ DE FRANCE, 16 FÉVRIER

Les plus violents voudraient son abolition, pour laisser à l'Etat toute liberté de molester l'Eglise de Jésus-Christ.

D'autres, au contraire, avec plus d’astuce, veulent, ou du moins se assurent vouloir la conservation du Concordat: non pas qu'ils he

. reconnaissent à l'Etat le devoir de remplir envers l'Eglise les engagements souscrits, mais uniquement pour le faire bénéficier 1

des concessions faites par l'Eglise; comme si l’on pouvait à son gré 10

séparer les engagements pris des concessions obtenues, alors que 3

ces deux choses font partie substantielle d’un seul tout. Pour eux, . le Concordat ne resterait donc que comme une chaine propre à . entraver la liberté de l'Eglise, cette liberté sainte à laquelle elle a un droit divin et inaliénable.

De ces deux opinions, laquelle prévaudra? Nous l’ignorons. Nous 1020 avons voulu seulement le rappeler, pour recommander aux catholiques de ne pas provoquer de scission sur un sujet dont il appar- ë tient au Saint-Siège de s'occuper.

Nous ne tiendrons pas le même langage sur l’autre point, con- bn cernant le principe de la séparation de l'Etat et de l'Eglise, ce qui équivaut à séparer la législation humaine de la législation chrétienne ét divine. Nous ne voulons pas nous arrêter à démontrer ici tout ce qu'a d'absurde la théorie de cette séparation; chacun le comprendra ‘ - de lui-même. Dès que l'Etat refuse de donner à Dieu ce qui est à Ÿ

Dieu, il refuse, par une conséquence nécessaire, de donner aux

citoyens ce à quoi ils ont droit comme hommes; car, qu’on le

veuille ou non, les vrais droits de l'homme naissent précisément de ses devoirs envers Dieu. D'où il suit que l'Etat, en manquant, sous ce rapport, le but principal de son institution, aboutit en réalité à se renier lui-même et à démentir ce qui est la raison de ILES la propre existence. Ces vérités supérieures sont si clairement Le proclamées par la voix même de la raison naturelle, qu’elles | “s'imposent à tout homme que n’aveugle pas la violence de la passion,

. Les catholiques, en conséquence, ne sauraient trop se garder de

soutenir une telle séparation. En effet, vouloir que l'Etat se sépare

de l'Eglise, ce serait vouloir, par une conséquence logique, que - l'Eglise fût réduite à la liberté de vivre selon le droit commun à tous les citoyens.

Cette situation, il est vrai, se produit dans certains pays. C'est une manière d’être qui, si elle a ses nombreux et graves inconvénients, offre aussi quelques avantages, surtout quand le législateur, par une heureuse inconséquence, ne laisse pas que de s'inspirer des principes chrétiens; et ces avantages, bien qu'ils ne puissent justifier le faux principe de la séparation, ni autoriser à le défendre, rendent cependant digne de tolérance un état de choses qui, pratiquement, n’est pas le pire de tous. - s

Mais en France, nation catholique par ses traditions et par la foi présente de la grande majorité de ses fils, l'Eglise ne doit pas être mise dans la situation précaire qu’elle subit chez d’autres peuples. Les catholiques peuvent d'autant moins préconiser la séparation, qu’ils connaissent mieux les intentions des ennemis qui la désirent.

. Pour ces derniers, et ils le disent assez clairement, cette sépa-

ration, c’est l'indépendance entière de la lémslation politique envers la législation religieuse; il y a plus, c’est l'indifférence absolue du pouvoir à l'égard des intérêts de la société chrétienne, c'est-à-dire de l'Eglise, et la négation même de son existence. — Ils font cependant une réserve qui se formule ainsi : Dès que l'Eglise, utilisant les ressources que le droit commun laisse aux moindres des Francais, saura, par un redoublement de son activité native, faire prospérer son œuvre, aussitôt l'Etat intervenant pourra et

devra mettre les catholiques français hors du droit commun lui-

même.

Pour tout dire en un mot, l'idéal de ces hommes serait le retour au paganisme : l'Etat ne reconnaît l'Eglise qu’au jour où il lui plaît de la persécuter.

Nous avons expliqué, Vénérables Frères, d'une manière abrégée mais nette, sinon tous, au moins les principaux points sur lesquels les catholiques français et tous les hommes sensés doivent pratiquer

l'union et la concorde, pour guérir, autant qu'il est possible encore, … les maux dont la France est affligée, et pour relever même sa grandeur morale. Ces points sont : la religion et la patrie, les pou-

voirs politiques et la législation, la conduite à tenir à l'égard de ces pouvoirs et à l'égard de cette législation, le concordat, la séparation de l'Etat et de l'Eglise. noie |

Nous nourrissons l'espoir et la confiance, que l’éclaïrcissement dé ces points dissipera les préjugés de plusieurs hôémmes de bonne foi, facilitera la pacification des esprits, et par elle l'union parfaite de tous les catholiques, pour soutenir la grande cause du Christ qui aime les Francs. |

Quelle consolation pour Notre cœur, de vous encourager dans cette voie, et de vous contempler tous, répondant docilement à Notre appel! — Vous, Vénérables Frères,.par Votre autorité et avec le zèle si

éclairé pour l'Eglise et la Patrie qui Vous distingue, Vous apporterez

un puissant secours à cette œuvre pacificatrice. — Nous aimons . même à espérer que ceux qui sont au pouvoir voudront bien appré- cier Nos paroles, qui visent à la prospérité et au bonheur de la France. | Are A

En attendant, comme gage de Notre affection paternelle, Nous donnons à Vous, Vénérables Frères, à Votre Clergé, ainsi qu’à tous les catholiques de France, la Bénédiction Apostolique.

Donné à Rome. le 16 février de l’année 1892, de Notre Pontificat

la quatorzième. '

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