‹ Lettres apostoliques des S.S. Léon XIII (volume 2)Chapitre 40 sur 94 · AUX CARDINAUX FRANÇAIS · texte numérisé non relu

AUX CARDINAUX FRANÇAIS

LÉON XIII PAPE ‘A Nos très chers Fils les Cardinaux

FcortAN, Cardinal Desprez, Archevéque de Toulouse. CHarLes, Cardinal LAVIGERIE, Archevéque d'Alger et de Carthage. CaarLes-Puictpre, Cardinal PLace, Archevéque de Rennes. Josepx, Cardinal FouLon, Archevéque de Lyon.

Benoir-MaRIE, Cardinal LaAnGÉNIEUx, Archevéque de Reims. François, Cardinal RicHarp, Archevéque de Paris.

Nos très chers Fils.

* Notre consolation a été grande en recevant la Lettre par laquelle Vous adhériez, d'un concert unanime, avec tout l'épiscopat français, à Notre Encyclique au milieu des sollicitudes, et Nous rendiez grâces de l'avoir publiée, protestant avec les plus nobles accents de l’union intime qui relie les évêques de France et en particulier les cardinaux de la Sainte Eglise au siège de Pierre.

Cette Encyclique a fait déjà beaucoup de bien, et elle en fera, . Nous l’espérons, davantage encore, malgré les attaques auxquelles elle s’est vue en butte de la part d'hommes passionnés : attaques contre lesquelles, du reste, Nous aimons. à le dire, elle a trouvé

. aussi de vaillants défenseurs.

Les attaques, Nous les avions prévues. Partout où l'agitation des partis politiques remue profondément les esprits, comme il arrive maintenant en France, il est difficile que tous rendent de suite à la vérité cette pleine justice qui est pourtant son droit. Mais fallait- : 1l pour cela Nous taire? Quoi! la France souffre et Nous n’aurions pas ressenti jusqu’au fond de l’âme les douleurs de cette fille aînée de l'Eglise! La France qui s'est acquis le titre de nation très chrétienne et n'entend pour rien l’abdiquer, se débat au milieu des angoisses, contre la violence de ceux qui voudraient la déchristianiser et la

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rabaisser en face de tous les peuples, et Nous aurions omis de faire.

appel aux catholiques, à tous les Francais honnêtes, pour conserver à leur patrie cette foi sainte qui en fit la grandeur dans l’histoire! À Dieu ne plaise !

Or, Nous le constations mieux de jour en jour; dans la poursuite de ce résultat, l’action des hommes de bien était nécessairement paralysée par la division de leurs forces. De là ce que Nous avons dit et redisons à tous: « Plus de partis entre vous; au contraire, union complète pour soutenir de concert ce qui prime tout avantage terrestre : la religion, la cause de Jésus-Christ. En ce point comme en tout, cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. » |

Cette idée-mère qui, domine toute Notre Encyclique n’a pas échappé aux ennemis de la religion catholique. Nous pourrions dire qu'ils ont été les plus clairvoyants à en saisir le sens, à en mesurer la portée pratique. Aussi, depuis la dite Encyclique, vraie messagère de paix pour tout homme de bonne volonté, qu'on en considère le fond ou la forme, ces hommes de parti ont redoublé.d’achar-nement impie. Divers faits déplorables récemment arrivés qui ont attristé les catholiques et même, Nous le savons, nombre d'hommes peu suspects de partialité envers l'Eglise, sont là pour le prouver. On a vu clairement où veulent aboutir les organisateurs de ce vaste complot, comme Nous l’appelions dans Notre Encyclique, formé pour anéantir en France le christianisme.

Ces hommes donc, saisissant, pour en venir à leurs fins, les moindres prétextes et sachant au besoin les faire surgir, ont profité de certains incidents qu’en d’autres tempsils auraient jugés inoffensifs, pour donner champ libre à leurs récriminations, montrant par là leur parti pris de sacrifier à leurs passions antireligieuses l'intérêt général de la nation, dans ce qu'il a de plus digne de respect.

En face de ces tendances, en face des maux qui en découlent, au grand préjudice de l'Eglise de France, et qui vont s’aggravant de jour en jour, Notre silence Nous eût rendu coupable devant Dieu

et devant les hommes. Il eût semblé que Nous contemplions d’un

œil impassible les souffrances de Nos fils, les catholiques francais.

On eût insinué que Nous jugions digne d'approbation ou pour le

moins de tolérance, les ruines religieuses, morales, civiles, amoncelées par la tyrannie des sectes antichrétiennes. On Nous eût reproché de laisser dépourvus de direction et d'appui tous ces Francais courageux qui, dans les présentes tribulations, ont plus que jamais besoin d'être fortifiés. Nous devions surtout des encouragements au clergé, auquel on voudrait, contre la nature de sa vocation, imposer silence dans l'exercice même de son ministère, alors

qu'il prêche, selon l'Evangile, la fidélité aux devoirs chrétiens et

sociaux.Du reste,n’est-ce pas toujours pour Nous une obligation pressante de parler, quoi qu'il en advienne, dès qu'il s'agit d'affirmer Notre droit divin d'enseigner, d’exhorter, d’avertir, en face de ceux qui, sous prétexte de distinction entre la religion et la politique, prétendraient en circonscrire l’universalité ? |

Voilà ce qui Nous a déterminé, de Notre entière initiative et en

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