AUX GARDINAUX FRANÇAIS, 3 MAI
pleine connaissance de cause, à élever la voix : et Nous ne cesserons de l’élever, chaque fois que Nous le jugerons opportun, avec l'espoir que la vérité finira par se frayer un chemin jusque dans les cœurs qui lui résistent, peut-être avec un reste de bonne foi. Et comme le mal que nous signalons, loin de se limiter aux catholiques, atteint tous les hommes de sens et de droiture, c’est à eux aussi que Nous avons adressé Notre Encyclique, pour que tous se
hâtent d'arrêter la France sur la pente qui la mène aux abîmes.
Or, ces efforts deviendraient radicalement stériles, s’il manquait aux forces conservatrices l'unité et la concorde dans la poursuite du but final, c’est-à-dire la conservation de la religion, puisque là doit tendre tout homme honnête, tout ami sincère de la société. Notre Encyclique l’a amplement démontré.
Mais le but, une fois précisé, le besoin d'union pour l’atteindre une fois admis, quels seront les moyens d’assurer cette union? : Nous l’avons également expliqué et Nous tenons à le redire, pour que personne ne se méprenne sur Notre enseignement : un de ces moyens est d'accepter sans arrière-pensée, avec cette loyauté parfaite qui convient au chrétien, le pouvoir civil dans la forme où, de fait, il existé. Aïnsi fut accepté, en France, le premier Empire, au lendemain d'une effroyable et sanglante anarchie; ainsi furent acceptés les autres pouvoirs, soit monarchiques, soit républicains, qui se succédèrent jusqu'à nos jours.
Et la raison de cette acceptation, c’est que le bien commun de la société l'emporte sur tout autre intérêt; car 1l est le principe créateur, il est l'élément conservateur de la société humaine; d’où il suit que tout vrai citoyen doit le vouloir et le procurer à tout prix. Or, de cette nécessité d'assurer Le bien commun dérive, comme de sa source propre et immédiate, la nécessité d’un pouvoir civil qui, s’orientant vers le but suprême, y dirige sagement et constamment les volontés multiples des sujets, groupés en faisceau dans sa main. Lors donc que, dans une société, il existe un pouvoir constitué et mis à l’œuvre, l'intérêt commun se trouve lié à ce pouvoir, et l’on doit, pour cette raison, l’accepter tel qu'il est. C’est pour ces motifs et dans ce sens que Nous avons dit aux catholiques français : Acceptez la République, c’est-à-dire le pouvoir constitué et existant parmi vous; respectez-la; soyez-lui soumis comme représentant le pouvoir venu de Dieu.
Mais il s’est trouvé des hommes appartenant à divers partis politiques, et même sincèrement catholiques, qui ne se sont pas exactement rendu compte de Nos paroles. Elles étaient pourtant si simples et si claires qu'elles ne pouvaient donner lieu, semblait-il, à de fausses interprétations.
Qu'on veuille bien y réfléchir, si le pouvoir politique est toujours de Dieu, il ne s'ensuit pas que la désignation divine affecte toujours et immédiatement les modes de transmission de ce pouvoir, ni les formes contingentes qu'il revêt, ni les personnes qui en sont le sujet. La variété même de ces modes dans les diverses nations montre à l'évidence le caractère humain de leur origine.
Il y a plus, les institutions humaines les mieux fondées en droit
LETTRES APOSTOLIQUES... DE S. S. LÉON XIII. — T, LI b)
de
et établies dans des vues aussi salutaires qu'on le voudra, pour donner à la vie sociale une assiette plus stable et lui imprimer un plus puissant essor, ne conservent pas toujours leur vigueur conformément aux courtes prévisions de la sagesse de l’homme. En politique plus qu'ailleurs, surviennent des changements inattendus. Des monarchies colossales s’écroulent ou se démembrent, comme les antiques royautés d'Orient et l'Empire romain; les dynasties supplantent les dynasties, comme celles des Carlovingiens et des Capétiens en France; aux formes politiques adoptées, d’autres formes se substituent, comme notre siècle en montre de nombreux exemples. Ces changements sont loin d’être toujours légitimes à l’origine; il est même difficile qu'ils le soient. Pourtant, le criterium suprême du bien commun et de la tranquillité publique impose l'acceptation de ces nouveaux gouvernements établis en fait, à la place des gouvernements antérieurs qui, en fait, ne sont plus. Ainsi se trouvent suspendues les règles ordinaires de la transmission des #ouvoirs. et il peut se faire même qu'avec le temps elles se trouvent abolies. | . Quoi qu’il en soit de ces transformations extraordinaires dans la vie des peuples, dont il appartient à Dieu de calculer les lois et à l’homme d'utiliser les conséquences, l'honneur et la conscience réclament, en tout état de choses, une subordination sincère aux gouvernements constitués; il la faut au nom de ce droit souverain, indiscutable, inaliénable, qui s'appelle la raison du bien social. Qu'en serait-il, en effet, de l'honneur et de Lx conscience, s’il était permis au citoyen de sacrifier à ses visées personnelles et à ses attachements de partis les bienfaits de la tranquillité publique?
Après avoir solidement établi dans notre Encyclique cette vérité, Nous avons formulé la distinction entre Le pouvoir politique et la législation ; et Nous avons montré que l'acceptation de l’un n’impliquait nullement l'acceptation de l’autre ; dans les points où le législateur, oublieux de sa mission, se mettrait en opposition avec la loi de Dieu et de l'Eglise. Et, que tous le remarquent bien, déployer son activité et user de son influence pour amener les gouvernements à changer en bien des lois iniques ou dépourvues de sagesse, c'est faire preuve d'un dévouement à la patrie aussi intelligent que courageux, sans accuser l'ombre d’une hostilité aux pouvoirs chargés de régir la chose publique. Qui s'aviserait de dénoncer les chrétiens des premiers siècles comme adversaires de l'Empire romain, parce qu'ils ne se courbaient point devant ses prescriptions idolâtriques, mais s’efforçaient d'en obtenir l'abolition.
Sur le terrain religieux ainsi compris, les divers partis politiques conservateurs peuvent et doivent se trouver d'accord. Mais, les hommes qui subordonneraient tout au triomphe préalable de leur parti respectif, füt-ce sous le prétexte qu'il leur paraîtle plus apte à la défense religieuse, seraient dès lors convaincus de faire passer, en fait, par un funeste renversement des idées, la politique qui divise avant la religion qui unit. Et ce serait leur faute, si nos ennemis, exploitant leurs divisions, comme ils ne l’ont que trop fait, parvenaient finalement à les écraser tous.
LÉLÉRE AUX.
CARDINAUX FRANÇAIS, 3 Mar 1892 DR y
On a prétendu qu’en enseignant ces doctrines, Nous tenions envers la France une conduite autre que celle que Nous suivons à l'égard de l'Italie ; de sorte que Nous Nous trouverions en contradiction avec
Nous-même. Et cependant, il n’en est rien. Notre but, en disant aux
catholiques français d'accepter le gouvernement constitué, n’a été
et n'est autre encore que la sauvegärde des intérêts religieux qui Nous sont confiés. Or, ce sont précisément ces intérêts religieux qui Nous imposent, en Italie, le devoir de réclamer sans relâche a pleine liberté requise pour Notre sublime fonction de Chef visible de
l'Eglise catholique, préposé au gouvernement des âmes; liberté qui n'existe pas là où le Vicaire de Jésus-Christ n’est pas chez lui, vrai
Souverain, indépendant de touté souveraineté humaine. Que conclure de là, sinon que la question qui Nous concerne en Italie, elle aussi, est éminemment religieuse en tant que rattachée au principe fondamental de la liberté de l'Eglise ? Et c'est ainsi que, dans Notre conduite à l'égard des diversès nations, Nous ne cessons de faire converger tout au même but : là religion, et par la religion le salut de la société, le bonheur des péuples. |
Nous avons voulu, Nos très chers fils, Vous confier toutes ces choses, pour soulager Notre Cœur et conforter en même temps le Vôtre. Les tribulations de l'Eglise ne peuvent manquer d’être très amères pour l'âme des évêques et plus encore pour la Nôtre, puisque nous sommes le Vicaire de Celui qui donna, pour la formation de cette Sainte Eglisé, tout son sang. Ces amertumes, cependant, loin de Nous abattre, Nous stimulent à Nous armer d'un plus grand courage, pour faire face aux difficultés de l’heure présente. Il en résulte aussi, pour Nôuüs, un redoublement de zèle en faveur de cette France catholiqüé, d'autant plus digne de Notre affection paternelle qu’elle sollicite de Nous, avec une confiance plus filiale, encouragement, protection ét secours.
Ces sentiments sont aus$i les Vôtres, Nos chers fils : Vous venez de Nous en donner la préuve, et Nous avions déjà pu Nous en convaincre quand Vous veniëz près de Nous, les uns après les autres, Nous rendre compte de Votre ministère et conférer des intérêts sacrés dont Nous avons là garde. Parmi les motifs de confiance qui
. Nous réjouissent, cette uñanimité est, certes, l’un des plus puissants,
et Nous en remercions Dieu du fond de l'âme. Nous comptons sur la continuation de Votre émpressement à seconder Nos paternelles sollicitudes pour ce chéêr pays de France. Et dans cette assurance, comme gage de Notre affection, Nous Vous donnons, Nos très chers fils, à Vous, à Votre cléfgé et aux fidèles de Vos diocèses, avec toute
. l’effusion de Notre cœür, la Bénédiction Apostolique.
. Donné à Rome, le 3 mai de l’année 1892, de Notre Pontificat la quinzième.
, -Hhssidiostéiéhihien bi ge “its : s x