‹ Lettres apostoliques des S.S. Léon XIII (volume 2)Chapitre 84 sur 94 · ROUTE ALTER · texte numérisé non relu

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DB | ENCYCLIQUE DE 8. S. LÉON YNIE Se CM As

Rationalistarum capti fallaciis apparataeque specieeruditionis.— Erunt autem optime comparati, si, qua Nosmetipsi monstravimus et praescripsimus via, philosophiae et theologiae institutionem, eodem sancte Thoma duce, religiose coluerint penitusque perceperint. Ita recte incedent, quum in re biblica, tuum in ea thco- logiae parte quam positivam nominant, in utraque laelissime progressuri.

Doctrinam catholicam legitima et sollerti sacrorum Bibliorum interpretatione probasse, exposuisse, illustrasse, multum id quidem est : altera tamen, eaque tam gravis momenti quam operis laboriosi, pars remanet, ut ipsorum auctoritas integra quam validissime asseratur.— Quod quidem nullo alio pacto plene licebit universaque assequi, nisi EX VIVO et proprio magisterio Ecclesiae; quae per se ipsa, ob suam nempe admirabilem propagationem, eximiam sanclitatem et inexhaustam in omnibus bonis fecunditatem, ob catholicam unitatem, invictamque stabilitatem, magnum quoddam et perpetuum est motivum credibilitatis et divinae suae legationis testimonium irrefragabile (1). — Quoniam vero divinum et infallibile magisterium Ecclesiae, in auctoritate etiam sacrae Scripturae consislil, huius propterea fides saltem humana asserenda in primis vindicandaque est : quibus ex libris, tamquam ex antiquitatis probatissimis testibus, Christi Domini divinitas et legatio, Ecclesiae hierarchicae institutio, primatus Petro et successoribus eius collatus, in tuto apertoque collocentur. — Ad hoc plurimum sane conducet, si plures sinte sacro ordine paratiores, qui hac etiam in parte pro fide dimicent et impetus hostiles propulsent, induli praecipue armatura Dei, quam suadet Apostolus (2), neque vero ad nova hostium arma et praelia insueti. Quod pulchre in sacerdotum officiis sic recenset Chrysostomus : « Ingens adhibendum est studium ut Christ verbum habitet in nobis abundanter (3) ; neque enim ad unum pugnae genus parati esse debemus, sed multiplex est bellum et varii sunt hostes; neque 1iisdem omnes utuntur armis, neque uno tantum modo nobiscum congredi moliuntur. — Quareopusest, ut is qui cum omnibus congressurus est, omnium machinas artesque cognitas habeat, ut ‘idem sit sagittarius et funditor, tribunus et manipuli ductor, dux et miles, pedes et eques, navalis ac muralis pugnae peritus : nisi enim omnes dimicandi artes noverit, novit diabolus per unam partem, si sola negligatur, praedonibus suis immissis, oves diripere (4) ». — Fallacias hoslium artesque in hac re ad impugnandum multiplices supra

1) Conc. Vat. sess. I, c. ut. de fide.

2) Eph., vi, 13, segg.

{3) Cf. Col., 11, 16.

4) De sacerd., 1V, 4.

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Or, ils seront parfaitement prêts à la lutte, si, d’après la méthode que Nous-même leur avons indiquée et prescrite, ils cultivent religieusement et approfondissent l'étude de la philosophie et de la

théologie, sous la conduite du même saint Thomas. Aïnsi ils feront .

de grands et sûrs progrès, tant dans les sciences bibliques que dans la partie de la théologie ApDese positive.

Avoir prouvé la vérité de la doctrine catholique, avoir expliqué et éclairci cette doctrine grâce à une interprétation légitime et savante de la Bible, c’est beaucoup, certes : il reste cependant un ‘ autre point à établir, aussi important ue le travail nécessaire pour y parvenir est considérable, afin de l'autorité complète des

Ecritures soit démontrée aussi solids/aent que possible.

Ce but ne pourra être atteint d’une facon pleine et entière que par le magistère propre et touj=ars subsistant de l'Eglise, qui «par elle-même, à cause de son a‘mirable diffusion, de son éminente sainteté, de sa fécondité inér aisable en toutes sortes de biens, deson unité catholique, de sa stabilité invincible, est un grand et perpétuel motif de crédibilité, et une preuve irréfrangible de sa divine mission ».

LE. Mais puisque ce divin et infaillible magistère de l'Eglise repose

À sur l'autorité de la Sainte Ecriture, il faut donc tout d’ abord affirmer

et revendiquer la croyance au moins humaine à celle-ci. De ces

livres, en effet, comme des témoins les plus éprouvés de l’antiquité,

la divinité et la mission du Christ-Dieu, l'institution de la hiérarchie de l'Eglise, la primauté conférée à Pierre et à ses successeurs, seront mises en évidence et sûrement établies.

Dans ce but, il sera très avantageux que plusieurs hommes appartenant aux Ordres sacrés combattent sur ce point pour la foi et repoussent les attaques des ennemis, que surtout ces hommes soient revêtus de l’armure de Dieu, suivant le conseil de l’Apôtre, et accoutumés aux combats et aux nouvelles armes employées par leurs adversaires. C’est là un des devoirs des prêtres, et saint Chrysostome l'établit en termes magnifiques : « Il'faut employer un grand zèle, afin que la parole de Dieu habite abondamment en nous; nous ne devons pas, en effet, être prêts pour un seul genre de combat,

: variée est la guerre, multiples sont les ennemis; “ils ne se servent 4 pas tous des mêmes armes, et ce n’est pas d'une facon uniforme, qu'ils se proposent de lutter avec nous. »

« Il est donc besoin que celui qui doit se mesurer avec tous connaisse les manœuvres et les procédés de tous, que le même manie les flèches et la fronde, qu'il soit tribun et chef de cohorte, général et soldat, fantassin et cavalier, apte à lutter sur mer et à renverser les remparts. Si le défenseur ne connaît pas, en effet, toutes les manières de combattre, le diable sait faire entrer ses -ravisseurs par un seul côté, au cas où un seul est laissé sans garde, et. enlever les brebis. »

Nous avons décrit plus haut les ruses des ennemis et les multiples

adumbravimus : jam, quibus praesidiiasd detensionem nitendum, commoneamus.— Est primum in studio linguarum veterum orientahum simulque in arte quam vocant eriticam. Utriusque rei scientia quum hodie in magno sit pretio et laude, ea clerus, plus minusve pro locis et hominibus exquisita, ornatus, melius poterit decus et munus sustinere suum; nam ipse omnia omnibus (1) fieri debet, paratus semper ad satisfactionem omni poscenti ralionem de ea quae in ips0 est spe (2). — Ergo sacrae Scripturae magistris necesse est atque theologos addecet, eas linguas cognitas habere quibus libri canonici sunt primitus ab hagiogra- “phis exarati, easdemque optimum factu erit si colant alumni Ecclesiae, qui praesertim ad academicos theologiae gradus aspirant. — Atque etiam curandum ut omnibus in Academiis, quod iam in multis receptum laudabiliter est, de ceteris item antiquis Jinguis, maxime semiticis, deque congruente cum illis eruditione, sint magisteria, eOrum in primis usui qui ad sacras Litteras profitendas desiznantur. ee

Hos autem ipsos, eiusdem rei gratià, doctiores esse oportet atque exercitatiores in vera artis criticae disciplina : perperam enim et cum religionis damno inductum est artificium, nomine honestatum criticae sublimioris, quo, ex solis internis, uti loquuntur, rationibus, cuiuspiam libri origo, integritas, aucto-

- ritas diiudicata emergant. Contra perspicuum est, in quaestioni-. bus rei historicae, cuiusmodi origo et conservatio hbrorum, historiae testimonia valere prae ceteris, eaque esse quam studiosissime etconquirenda et excutienda : —1llas vero rationes internas plerumque non esse tanti, ut in Causam, nisi ad quamdam confirmationem, possint advocari. Secus si fiat, magna profecto consequentur incommoda. — Nam hostibus religionis plus confidentiae futurum est ut sacrorum authenticitatem Librorum impetant et discerpant : illud ipsum quod extollunt genus criticae sublimioris, eo demum recidet, ut suum quisque studium praeiudicatamque opinionem interpretando sectentur :inde neque Scripturis quaesitum lumen accedet, neque ulla doctrinae oritura utilitas est, sed certa 1lla patebit erroris nota, quae est varietas et dissimilitudo sentiendi, ut jam ipsi sunt documento huiusce novae principes disciplinae : — inde etiam, quia plerique infecti

‘ sunt vanae philosophiae et rationalismi placitis, ideo prophetias, miracula, cetera quaecumque naturae ordinem superent, ex sacris Libris dimovere non verebuntur. — Congrediendum

AY Cor, 7x, 122:

2} LPetrs ur, 45,

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moyens qu'ils emploient dans l'attaque : indiquons maintenant les procédés qu'on doit utiliser pour la défense.

. C'est d’abord l'étude des anciennes langues orientales, et en même temps de la science que l’on appelle critique. Ces deux genres . de conraissances sont aujourd’hui fort appréciés et fort estimés; le clerc qui les possédera d’une facon plus ou moins étendue, suivant

les pays où 1l se trouvera et les hommes avec lesquels il sera en

rapport, pourra mieux soutenir sa dignité et remplir sa charge. (4)

Le ministre de Dieu doit, en effet, « se faire tout à tous, être toujours -

. prêt à satisfaire celui qui lui demande la raison de l'espérance qu'il

| a eu lui-même » (2).

' Il est donc nécessaire aux professeurs d’Ecriture Sainte, et il con-

. vient aux théologiens de connaître les langues dans lesquelles les

livres canoniques ont été primitivement écrits parles auteurs sacrés ;

il serait de même excellent que les élèves ecclésiastiques cultivent

ces langues, ceux surtout qui se destinent aux grades académiques pour la théologie. * ï

On doit aussi avoir soin que dans toutes les académies soient établies, comme cela a déjà eu lieu avec raison pour beaucoup d’entre elles, des chaires où seront enseignées les langues anciennes, surtout ‘les langues sémitiques et les rapports de la science avec celles-ci. tx Ces cours seront en première ligne à l'usage des jeunes gens dési- ds gnés pour l'étude des Saintes Lettres. NT NS

Il importe que ces mêmes professeurs d’Ecriture Sainte, pour la même raison, soient instruits et exercés dans la science de la vraie «40 critique : par malheur, en effet, et pour le grand dommage de la

- religion, a pâru un système qui se pare du nom honorable de CPE

« haute critique », et dont les disciples affirment que l'origine,

Jl'intécrité, l'autorité de tout livre ressortent, comme ils disent, des

seuls caractères, intrinsèques. Au contraire, il est évident que lorsqu'il s’agit d’une question historique, de l’origine et de la conserva- 2e tion de n'importe. quel ouvrage, les témoignages historiques ont LE plus de valeur que tous les autres, que ce sont ceux-ci qu'il faut e rechercher et examiner avec le plus de soin. be

Quant aux caractères intrinsèques, ils sont la plupart du temps î bien moins importants, de telle sorte qu’on ne peut guère les invoquer que pour confirmer la thèse. Si l’on agit autrement, il en résultera de grands inconvénients.

En effet, les ennemis de la religion en conserveront plus de confiance pour attaquer et battre en brèche l’authenticité des Livres sacrés ; cétte sorte de haute critique que l’on exalte arrivera enfin à ce résultat que chacun, dans l'interprétation, s’attachera à ses goûts

. et à une opinion préjudicielle. Ainsi, la lumière cherchée au sujet » des Ecritures ne se fera pas, et aucun avantage n’en résultera pour la science, mais on verra $e manifester avec évidence ce caractère de l'erreur qui est la variété et la dissemblance des opinions. Déjà …. la conduite des chefs de cette nouvelle science le prouve.

Dre En outre, comme la plupart d’entre eux sont imbus des maximes d'une vaine philosophie et du rationalisme, ils ne craindront pas . d’écarter des Saints Livres les prophéties, les. miracles, tous les

secundo loco cum iis, qui suâ physicorum scientia abusi, sàcras

Libros omnibus vestigiis indagant, unde auctoribus inscitiam rerum talium opponant, scripta ipsa vituperent. — Quae quidem insimulationes quum res attingant sensibus obiectas, eo periculo-

siores accidunt, manantes in Vulgus, maxime in deditam litteris

iuventutem ; quae, semel reverentiam divinae revelationis in uno aliquo capite exuerit, facile in omnibus omnem eius fidem est dimissura. — Nimium sane constat, de natura doctrinam, quantum ad percipiendam summi Artificis gloriam in procreatis rebus impressam aptissima est, modo sit convenienter proposita, iantum posse ad elementa sanae philosophiae evellenda cor-

rumpendosquemores, teneris animis perverse infusam. — Qua-

propter Scripturae sacrae doctori cognitio naturalium rerum bono erit subsidio, quo huius quoque modi captiones in divinos Libros instructas facilius detegat et refellat. Nulla quidem theologum

inter et physicum vera dissensio intercesserit, dum suis uterque : finibus se contineant, 1d caventes, secundum S. Augustini moni

tum, « ne aliquid temere et incognitum pro cogmto asserant (1) » — Sin tamen dissenserint, quemadmodum $e gerat theologus, summatim est regula ab eodem oblata : « Quidquid, inquit, ipsi de paturarerum veracibus documentis demonstrare potuérint, osten- - damus nosiris Litteris, non esse contrarium; quidquid autem de

quibuslibetsuis voluminibus his nostris Lilteris, id est catholicac

fidei, contrarium protulerint, aut aliqua etiam facultate ostendamus, aut nulla dubitationecredamus esse falsissimum (2). » —De

cuius aequitate regulae in consideratione sit primum, scriptores sacros, seu verius « Spiritum Dei, qui per ipsas loquebatur,

noluisse ista (videlicet intimam adspectabilium rerum constitulionem) docere homines, nulli saluti profutura (3) »; quare eos, potius quam explorationem nature recta persequantur, res ipsas aliquando describere et tractare aut quodam translationis modo, aut sicut communis sermo per ea ferebat tempora, hodieque de multis fert rebus in quotidiana vita, ipsos inter homines scientissimos.—Vulgari autem sermone quum ea primo proprieque efferantur quae cadant sub sensus, non dissimiliter scriptor sacer (monuitque et Doctor Angelicus) « ea secutus est, quae sensibiliter apparent (4) », seu quae Deus ipse, homines alloquens, ad eorum captum sienificavit humano more.

. Quod vero defensio Scripturae sanctae agenda strenue est, non ‘ex 60 omnes aëeque sententiae tuendae sunt, quas singul Patres

. (4) In Gen. op. imperf. IX, 30.

(2) De Gen. DCE, 21, 44.

3) S.: Aug. b.11,9, 20.

no Summa ets p. I, q. LXX, a. À ad 3.

AQU A TAN | ns RTE & PROVIDENTISSIMUS DEUS » 18 NOVEMBRE 18990-09893

autres-faits qui surpassent l’ordre naturel. L'interprète devra lutter

en second lieu contre ceux qui, abusés par leur connaissance des :

sciences physiques, suivent pas à pas les auteurs sacrés afin de

pouvoir opposer l'ignorance que ceux-ci ont de tels faits et rabaisser

- leurs écrits par ce motif.

Comme ces griefs portent sur des objets sensibles, ils sont d’au-

tant plus dangereux lorsqu'ils se répandent dans la foule, surtout

parmi la jeunesse adonnée aux lettres; dès que celle-ci aura perdu

sur quelque point le respect de la révélation divine, sa foi, relativement à tous les autres, ne tardera pas à s’évanouir.

Or, il est trop évident, qu’autant les sciences naturelles sont propres à manifester la gloire du Créateur gravée dans les objets.

terrestres, pourvu qu'elles soient convenablement enseignées, autant elles sont capables d’arracher de l'esprit les principes d’une saine philosophie et de corrompre les mœurs lorsqu'elles sont introduites avec des intentions perverses dans de jeunes esprits. Aussi la connaissance des faits naturels $Sera-t-elle un secours efficace pour celui qui enseignera l'Ecriture Sainte; grâce à elle,

en effet, il pourra plus facilement découvrir et réfuter les sophismes

de toutes sortes dirigés contre les Livres sacrés. :

Aucun désaccord réel ne peut certes exister entre la théologie et la physique, pourvu que toutes deux se maintiennent dans leurs

limites, prennent garde, suivant la parole de saint Augustin, « de ne rien affirmer au hasard et de ne pas prendre l'inconnu pour le.

connu » (1).

Si cependant elles sont en dissentiment sur un point, que doit faire le théologien ? — Suivre la règle sommairement indiquée par le même docteur. « Quant à tout ce que nos adversaires pourront nous démontrer au sujet de la nature en s'appuyant sur de véritables preuves, prouvons-leur qu'il n’y a rien de contraire à ces faits dans nos Saintes Lettres. Mais pour ce qu'ils tireront de certains de leurs livres, et qu'ils invoqueront comme étant en contra-

diction avec ces Saintes Lettres, c’est-à-dire avec la foi catholique,

montrons-leur qu'il s’agit d'hypothèses, ou que Nous ne doutons nullement de la fausseté de ces affirmations (2). »

Pour bien nous pénétrer de la justesse de cette règle, considérons d'abord que les écrivains sacrés, ou plus exactement « l'esprit de Dieu, quiparlaitpar leur bouche, n’a pas voulu enseigner aux hommes ces vérités concernant la constitution intime des objets visibles,

parce qu'elles ne devaient leur servir de rien pour leur salut » (3).

Aussi ces auteurs, sans s'attacher à bien observer la nature, décrivent quelquefois les objets et en parlent, ou par une sorte de métaphore, ou comme le comportait le langage usité à cette époque, il en est encore ainsi aujourd'hui, sur beaucoup de points, dans la vie

quotidienne,même parmiles hommes les plus savants, Danslelangags

vulgaire, on désigne d'abord et par le mot propre les objets qui tombent sous les sens; l'écrivain sacré(et le Docteurangélique nous en avertit) s’est de même attaché aux caractères sensibles (4) c'est-à-dire à ceux que Dieu lui-même, s'adressant aux hommes, a indiqués suivant la coutume des hommes, pour être compris d’eux.

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