‹ Lettres apostoliques des S.S. Léon XIIIChapitre 14 sur 85 · IMMORTALE PEL · texte numérisé non relu

IMMORTALE PEL

se AY ONOVEMRRE 1885 27 » Dieu plutôt qu'aux hommes » (1). C’est elle que les Pères de l'Eglise se sont appliqués à défendre par de solides raisons quand ils en ont eu Poccasion, et que les Pontifes romains n'ont jamais manqué de. revendiquer avec une constance invincible contre ses agresseurs. :

- Bien plus, elle a eu pour elle en principe et en fait l’assentiment

des princes et des chefs d'Etats, qui, dans leurs négociations et dans

leurs transactions, en envoyant et en recevant des ambassades et

par l'échange d’autres bons offices, ont constamment agi avec l'Eglise

comme avec une puissance souveraine et légitime. — Aussi n'est-ce

. pas sans une disposition particulière de la Providence de Dieu que

cette autorité a été munie d’un principat civil, comme de la meil-

on indépendance.

leure sauvegarde de s

Dieu a donc divisé le gouvernement du genre humain entre deux puissances : la puissance ecclésiastique et la puissance civile; celle- … là préposée aux choses divines, celle-ci aux choses humaines. Chacune d'elles en son genre est souveraine; chacune est renfermée dans des limites parfaitement déterminées et tracées en conformité de sa nature et de son but spécial. Il y a donc comme une sphère circonscrite, dans laquelle chacune exerce son action jure proprio. Toutefois, leur autorité s’exercant sur les mêmes sujets, il peut arriver qu'une seule et même chose, bien qu’à un titre différent, mais pourtant une seule et même chose ressortisse à la juridiction et au jugement de l’une et de l’autre puissance. Il était donc digne … dela sage Providence de Dieu, qui les a établies toutes les deux, . de leur tracer leur voie et leur rapport entre elles. Les puissances qui sont ont été disposées par. Dieu (2). S'il en était autrement, il naïîtrait souvent des causes de funestes contentions et de conflits, et souvent . l’homme devrait hésiter, perplexe, comme en face d’une double voie, : . ne sachant que faire, par suite des ordres contraires de deux puissances dont ilne peut en conscience secouer le joug. Il répugnerait souverainement de rendre responsable de ce désordre la sagesse et la bonté de Dieu, qui dans le gouvernement du monde physique, … pourtant d'un ordre bien inférieur, a si bien tempéré les unes par les autres, les forces et les causes naturelles, et les a fait s’accorder d’une facon si admirable qu'aucune d'elles ne gêne les autres, et que toutes, dans un parfait ensemble, conspirent au but auquel tend

l'univers. :

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Il est donc nécessaire qu'il y ait entre les deux puissances un système de rapports bien ordonné, non sans analogie avec celui qui, dans l’homme, constitue l'union de l’âme et du corps. On ne peut * se faire une juste idée de la nature et de la force de ces rapports qu’en considérant, comme Nous l'avons dit, la nature de chacune des deux-puissances, et en tenant compte de l'excellence et de la ioblesse de leurs buts, puisque l'une a pour fin prochaine et spéciale de s'occuper des intérêts terrestres, et l’autre de procurer les biens célestes et éternels. — Aïnsi, tout ce qui dans les choses maines est sacré à un titre quelconque, tout ce qui touche au. ; LT PRE VA RE RUE % 1eé

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cultumve na pertinet, sive tale illud sit natura sua, sive rursus

tale intelligatur propter causam ad quam refertur, id est omne

in potestate arbitrioque Ecclesiæ: cætera vero, quæ civile. et

politicum genus complectitur, rectum est civili auctoritati esse

subjecta, cum Jesus Christus jusserit, quæ Cæsaris sint, reddi Cæsari, quæ Dei, Deo. — Incidunt autem quandoque tempora,

cum alius quoque concordiæ modus ad tranquillam libertatem

romanus de re aliqua separata in idem placitum consenserint.

valet nimirum si qui principes rerum publicarum et Pontifex |

Quibus Ecclesia temporibus maternæ pietatis eximia documenta

præbet, cum facilitatis indulgentiæque tantum adhibere soleat, quantum maxime potest.

Ejusmodi est, quam summatim attigimus, civilis hominum

societatis christiana temperatio, et hæc non temere. neque ad libidinem ficta, sed ex maximis ducta verissimisque PURCIQIS, quæ 1psa naturali ratione confirmantur.

Talis autem conformatio reipublicæ nihil habet, duod: possit <

aut minus videri dignum amplitudine principum, aut parum

decorum : tantumque abest, ut jura majestatis imminuat, ut potius :

Stabiliora atque augustiora faciat. Immo, si altius consideretur,

habet illa conformatio perfectionem quamdam magnam, qua.

carent cæteri rerum publicarum modi, ex eaque fructus essent

sane excellentes et varii consecuturi, $i modo suum partes Sin-

gulæ gradum tenérent, atque illud integre efficerent, cui unaquæque præposita est, officium et munus. — Revera in ed,

quam ante diximus, constitutione reipublicæ, sunt quidem divina |

atque humana convenienti ordine partita : incolumia civium jura: eademque divinarum, naturalium, humanarumque legumi patro-

cinio defensa: officiorum singulorum cum sapienter constituta

descriptio, tum opportune sancita custodia. Singuli homines i HS

hoc ad sempiternam illam civitatem dubio laboriosoque curri-

culo sibi sciunt præsto esse, quos tuto sequantur ad ingredien-

- dum duces, ad perveniendum adjutores : pariterque intelligunt,

sibi alos esse ad securitatem, ad fortunas, ad commoda

cætera, quibus communis hæc vita constat, vel parienda vel conservanda datos.

Societas domestica eam, quam par est, firmitudinem adipis- a citur ex unius atque individui sanctitate conjugii : Jura officiaque inter conjuges sapienti justitia et æquitate reguntur: debitum conservatur mulieri decus: auctoritas viri ad, exe mplum est auctoritatis Dei conformata: temperata patria polestas conve-

nienter dignitati uxoris prolisque : denique liberorum tuitioni, commodis, institutioni optime consulitur. — In genere rerum

politico et civili, leges spectant commune bonum, neque volun-

taie judicioque fallaci DRE sed veritate justitiaque diri-

0 «© mmorrare pi », L° NOVEMBRE 1885 2000

salut des âmes et au culte de Dieu, soit par sa nature, soit par rapport à son but, tout cela est du ressort de l'autorité de l'Eglise. Quant aux autres choses qu'embrasse l’ordre civil et politique, il. est juste qu’elles soient soumises à l'autorité civile, puisque Jésus … Christ a commandé de rendre à César ce qui est à César, et à Dieu … ce qui est à Dieu. — Des temps arrivent parfois où prévaut un autre mode d'assurer la concorde et de garantir la paix et la liberté; c'est quand les chefs d'Etat et les Souverains Pontifes se sont mis d'accord par un traité sur quelque point particulier. Dans de telles - circonstances, l'Eglise donne des preuves éclatantes de sa charité maternelle en poussant aussi loin que possible l'indulgence et la

condescendance.

Telle est, d'après l’esquisse sommaire que nous en avons tracée,

l’organisation chrétienne de la société civile, et cette théorie n'est > ni téméraire niarbitraire; mais elle se déduit des principes les plus élevés et les plus certains, confirmés par la raison naturelle elle- même. Cette constitution de la société politique n’a rien qui puisse paraître peu digne ou malséant à la dignité des princes. Loin de rien ôter aux droits de la majesté, elle les rend au contraire plus stables et plus augustes. Bien plus, si l’on y regarde de plus près, on … reconnaîtra à cette constitution une grande perfection qui fait défaut aux autres systèmes politiques; et elle produirait certaine- ment des fruits excellents et variés si seulement chaque pouvoir demeurait dans ses attributions et mettait tous ses soins à remplir l'office et la tâche qui lui ont été déterminés. — En effet, dans la.

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constitution de l'Etat, telle que nous vénons de l’exposer, le divin

et l'humain sont délimités dans un ordre convenable, les droits des

citoyens sont assurés et placés sous la protection des mêmes lois divines, naturelles et humaines; les devoirs de chacun sont aussi - sagement tracés que leur observance est prudemment sauvegardée. . Tous les hommes, dans cet acheminement incertain et pénible vers . Ja cité éternelle, savent qu'ils ont à leur service des guides sûrs pour les conduire au but et des auxiliaires pour l’attéindre. Ils . savent de même que d’autres chefs leur ont été donnés pour obte- … nir et conserver la sécurité, les biens et les autres avantages de

cettevie.

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, des époux sont réglés en toute justice et équité ; l'honneur dû à la - femme est sauvegardé; l'autorité du mari se modèle. sur l'autorité de Dieu; le pouvoir paternel est tempéré par les égards dus à … l'épouse et aux enfants; enfin, il est parfaitement pourvu à la protection, au bien-être et à l'éducation de ces derniers. Dans l’ordre … politique et civil, les lois ont pour but le bien commun, dictées non par la volonté et le jugement trompeur de la foule, mais par la

/ - LETTRES APOSTOLIQUES... DE S. 8. LÉON XII — T. It, PA Le

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tu auctoritas principum inc inon quamdam dut n. humana majorem, contineturque ne declinet a justitia, neu modum in imperando transiliat : obedientia civium habet honestatem dignitatemque comitem, quia non esthominis ad hominem . servitus, sed obtemperatio voluntati Dei, regnum per bomines . exercentis. Quo cognito ac persuaso, omnino ad justitiam per-

tinere illa intelliguntur, vereri majestatem principum, subesse

constanter et fideliter potestati publicæ, nihil seditiose facere, sanctam servare disciplinam civitatis. — Similiter ponitur in

officiis caritas mutua, benignitas, liberalitas: non distrahitur in

contrarias partes, pugnantibus inter se præceptis, civis idemet

christianus: denique amplissima bona, quibus mortalem quoque !

hominum vitam christiana religio sua sponte explet, communitati societatique civili omnia quæruntur: ita ut illud appareat verissime dictum, « pendet a religione, qua Deus colitur, rei » publicæ status: re ee hunc et illam cogne bts » familiaritas intercedit (1). » rh here) Eorum vim bonorum bee uti solet, persecutus est Augustinus pluribus locis maxime vero ubi Écclesiam catho licam appellat ïis verbis : « Tu pueriliter pueros, fortiter juvenes,

ou » quiète <enes, prout cujusque non corporis tantum, sed et

- » animi æ&‘as est, exerces ac doces. Tu feminas viris suis non

» ad explendam libidinem, sed ad propagandam prolem, et ad . » rei familiaris societatem, Casta et fideli obedientia subjicis. » Tu viros conjugibus, non ad illudendum imbecilliorem sexum, . » sed sinceri amoris legibus præfcis. Tu parentibus filios Hbera » quadam servitute subjungis, parentes, filiis pia dominatione » præponis.... Tu cives civibus, tu gentes gentibus, et prorsus :

.. » homines primorum parentum ‘recordatione, non societate .

… » tantum, 5ed quadam etiam fraternitate conjungis. Doces reges os |» prospicese populis, mones populos se subdere regibus. Quibus |

/ » honor debeatur, quibus affectus, quibus reverentia, quibus

»timor, quibus consolatio, quibus admonitio, quibus | cohor- . » tatio, quibus disciplina, quibus objurgatio, quibus supplicium, : » sedulo doces ; ostendens quemadmodum et non omnibus omnia, » et omnibus carilas, et nulli debeatur injuria (2). » — Idemque » alio loco male sapientes reprehendens politicos philosophos oi « Qui doctrinam Christi adversam dicunt esse reipublicæ, dent. *à » exercitum talem, quales doctrina Christi esse milites. jussit, » dent tales provinciales, tales maritos, tales conjuges, tales : : » parentes, tales filios, tales dominos, tales ser vos, tales reges; "à » lales June tales denique à debitorum DANS in redditores 1

pue mn \ Sacr. 1 à Cyrillum Alétand, et nn non, MS Cr. "2 Labbeum, Collect. Gonc. T. HE. rie ) De moribus ae Fab XX, n. 6 3. 4

Fa INMORTALE DEL ». je NOVEMBRE 1885: , si #: 5

vérité dt la justice. L'autorité ds princes revêt une $orte de caractère sacré plus qu'humain, et elle est contenue de manière à ne pas: s'écarter de la justice, ni excéder son pouvoir. L'obéissance des. sujets’ va de pair avec l'honneur et la dignité, parce qu’elle n’est pas un assujettissement d'homme à homme, mais une soumission à - la volonté de Dieu régnant par des: hommes. Une fois cela reconnu et accepté, il en résulte clairement que c'est un devoir de justice de | respecter la majesté des princes, d’être soumis avec une constante fidélité à la puissance politique, d'éviter les séditions et d'observer … religieusement la constitution de l'Etat. — Pareillement, dans cette série des devoirs se placent la charité “mutuelle, la bonté, la libéralité. L'homme, qui est à la fois citoyen et chrétien, n'est plus déchiré en deux par des obligations contradictoires. Enfin, les biens considérables dont la religion chrétienne enrichit spontanément même la vie terrestre des individus sont acquis à la communauté et à la société civile : d'où ressort l'évidence de. ces paroles : « Le » sort de l'Etat dépend du culte que l'on rend à Dieu; et il y a » entre l’an et l’autre de nombreux liens de parenté et d'étroite : De) amitié. » (1): |

En plusieurs passages, saint Augustin a admirablement relevé, selon sa coutume, la valeur de ces biens, surtout quand il interpelle

- l'Eglise catholique en ces termes : « Tu conduis et instruis les

- » enfants avec tendresse, les jeunes gens avec force, les vieillards » avec calme, comme le comporte l’âge non seulement du Corps, » mais encore de l'âme. Tu soumets les femmes à leurs maris par - » une chaste et fidèle obéissance, non pour assouvir la passion, » mais pour propager l'espèce et constituer la société de la famille.

__ » Tu donnes autorité aux maris sur leurs femmes, non pour se jouer is

-» de la faiblesse du sexe, mais pour suivre les lois d'un sincère . » amour. Tu subordonnes ‘les enfants aux parents par une sorte de » libre servitude, et tu préposes les parents aux enfants par une . » sorte de tendre ‘autorité. Tu unis non seulement en société, mais » dans une sorte de fraternité, les citoyens, les nations aux nations .»et les hommes entre eux par le souvenir des premiers parents. Fu » apprends aux rois à veiller sur les peuples, et tu prescris aux

» peuples de se soumettre aux rois. Tu enseignes avec soin à qui est

» dû l'honneur, à qui l'affection, à qui le respect, à qui la crainte, » à qui la consolation, à qui l'avertissement, à qui l'encouragement, » à qui la correction, à qui la réprimande, à à qui le châtiment; et » tu fais savoir comment, si toutes choses ne sont pas dues à tous,

» à tous est due la charité, et à personne l'injustice (2). » — Ailleurs; le même Docteur reprend en ces termes la fausse sagesse des politiques philosophes : « Ceux qui disent que la doctrine du Christ est » contraire au bien de l'Etat, qu'ils nous donnent une armée de soldats » tels que les fait la doctrine du Christ, qu'ils nous donnent de tels .» gouverneurs de provinces, de tels maris, de telles épouses, de tels » parents, de tels enfants, de tels maîtres, de tels serviteurs, de tels

» Trois, a tels juges, de tels tributaires enfin, et des percepteurs du

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Po » ct exactoreé, quales esse præcipit doctrina chrisliana, Ne » audeant eéam dicere adversam esse reipublicæ, immo vero non

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» dubitént eam confiteri magnam, si obtempéretur, salutem esse

» rei publicæ (1). ». A JE Ft EE Fuitaliquando tempys, cum evangelica philosophia gubernaret

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