‹ Lettres apostoliques des S.S. Léon XIIIChapitre 51 sur 85 · CR ES · texte numérisé non relu

CR ES

HD 1 NE ENCYCLIQUE DE S. S. LÉON zut

supra naturam, originem unam eamdemque esse ue et fers

omnes æqualiter in adoptionem unius Dei et Patris accitos, quippe quos eodem ipse pretio magno una redemerit : Re M

corporis membra omnes, omnesque ejusdem participes mensæ

divinæ : omnibus gratiæ munera, omnibus item munera vitæ. |

immortalis patere. Hisce positis, tamquaminitiis et fandamentis, contendit Éocles Sia ut servilis vitæ oneribus et ignominiæ mitigationem aliquam

bona mater afferret ; ejus rei causa jura atque officia dominos

inter servosque necessarla, prout affirmata sunt in Apostolorur epistolis, definivit valideque commendavit.

Apostolorum enim Principes ita servosquos adjunxerant Christo 5 commonebant : « Subditi estote in omni timore, dominis non

» tantum bonis ét modestis, sed etiam dyscolis (1). Obedite

» dominis carnalibus cum timore et tremore, in simplicitate » cordis vestri, sicut Christo ; non ad oculum servientes, quasi » hominibus placentes, sed ut servi Christi, facientes volunta-

» tem Dei ex animo, cum bona voluntate servienies, sicut

» Domino, et non hominibus : scientes quoniam unusquisqueé » quodcumque fecerit bonum, hoc recipiet a Domino, Sive ser-

» vus sive liber (2). » Idem Paulus Thimotheo suo : « Quicum- » que sunt sub jugo servi, dominos suos omni honore dignos

» arbitrentur ; qui autem fideles habent dominos, non contem-

» nant, quia fratres sunt, sed magis serviant, quia fideles sunt

DE dilecti, qui beneficii pui sunt. Hæc docé et exhor-

» tare He

. » Titopariter mandavit, doceret servos « dominis suis subditos » esse, in omnibus placentes, non contradicentes, non frau- » dantes, sed in omnibus fidem bonam ostendentes, ut doc-

» trinam Salvatoris nostri Dei ornent in omnibus » (4).

Illi vero fidei christianæ prisci discipuli optime intellexerunt, ex tali hominum fraterna in Christo æqualitate nihil admodum j de obsequio, de honore, de fidelitate, de ceteris officiis, quibus

ad dominos tenerentur, neque minui neque remitt, inde autemn

non unum consequi bonum, ut eadem nimirum officia et certiora À essent, et leviora fierent atque suavia ad exercendum, et fruc- |

tuosiora ad gloriam promerendam cælestem. Sic enim dominis.

reverentiam ‘et honorem habebant tamquam ïis hominibus qu.

auctoritate Dei, a quo omnis potestas derivatur, pollerent ; non apud ipsos pœnarum metus aut consiliornm astutia et incita-

menta utilitatum valebant, sed conscientia officii, vis caritatis.

Vicissim ad dominos justa ab Apostolo spectabat cohortalio, ut

(1) Petr. 1, 48. — (2) Eph. VI, 5-8. — (3) I Tim. VI, 1-2. La) cie |

ik da IN PLURIMIS », " Mar 1888 153

: demême aussi, Aa at surnaturel, ils ont tous une seule et même

origine de salut et de foi ; tous sont également appelés à l’adoption

: d’un seul Dieu, leur Père à tous, en tant qu'il les a tous rachetés

lui-même à grand prix ; tous sont admis à participer au divin ban-

quet ; tous sont membres d’un même corps ; à tous sont offerts les . … bienfaits de la grâce et ceux de la vie immortelle.

Cela posé comme base et fondement, l'Eglise s’est efforcée, en

tendre Mère, d'apporter quelque soulagement aux charges et à

l'ignominie de la vie servile : et elle a efficacement défini et inculqué

les droits et les devoirs réciproques entre les maîtres et les servi-

teurs, conformément à ce que les Apôtres avaient affirmé dans leurs épitres.

Voici, en effet, les avertissements que les be des Apôtres ‘ donnaient aux esclaves qu'ils avaient gagnés au Christ: « Soyez __» soumis en tout respect, non seulement aux bons ét aux hum- » bles, mais aussi aux méchants (1). Obéissez à vos maîtres selon

» la chair avec crainte et respect, comme au Christ lui-même, ne

» servant pas pour l'apparence, comme pour plaire aux hommes,

» mais comme des serviteurs du Christ, accomplissant de tout cœur

» la volonté de Dieu, servant avec bon vouloir, comme si vous

» serviez le Seigneur et non les hommes ; sachant d’ailleurs que

» chacun, qu'il soit libre ouesclave, recevra de Dieuce qu'il aura fait

: » de bon (2). » C’est encore saint Paul qui dit à Timothée : «Que __ » tous ceux qui sont sous le joug de laservitude tiennent leurs maï- » tres pour dignes de tout honneur ; ceux qui ont pour maitres des » fidèles, loin de les mépriser, qu ‘ils les servent mieux encore, » parce que ce sont des frères et des fidèles bien-aimés qui parti- » cipent des mêmes bienfaits. Voilà ce qu’il vous faut enseigner et » recommander (3 ). »1Il écrit de même à Tite d'enseigner aux serviteurs « à être soumis à leurs maîtres, à leur plaire en toutes choses, » à ne pas les contredire, à ne pas leur nuire, mais à montrer en |» toute chose la bonté de leur foi, afin que la doctrine de Dieu notre

» Sauveur resplendisse en tous (4). »

Aussi ces premiers disciples de la foi chrétienne comprirent-ils fort bien que cette fraternelle égalité des hommes dans le Christ ne devait absolument pas amoindrir ou effacer le respect, l’honneur, la fidélité et les autres devoirs auxquels ils étaient tenus envers leur maîtres; et illen résulta de nombreux bienfaits de nature arendre plus cûr l’ accomplissement de ces derniers en même temps qu’à en alléser la pratique devenue plus douce, et à produire enfin des fruits abondants pour mériter la gloire céleste.

Ils professaient, en effet, le respect envers leurs maîtres etils les honoraient comme des hommes revêtus de FPautorité de Dieu, de qui dérive tout pouvoir ; ils n'étaient pas mus en cela par la crainte des châtiments, ou par l'astuce ou par le stimulant du gain, mais k es la conscience de leur devoir, par l’ardeur de leur charité.

) Réciproquement, les justes exhortations de l'Apôtre s’adressaient aux maîtres, afin qu'ils traitassent avec bonne grâce les serviteurs

154 À |ENGYCLIQUE DE S. s. ou XL

bene tele seryorum gratiam ipsi bona es « Et. ALES

» domini, eadam facite illis, remittentes minas; scientes quia et

» illorum et vesterDominus est in cælis, et personarum acceptio » non est apud eum (1) »: : considerarent, sicut servo haud æquum sortem dolere suam, quum « libertus sit Domini », neque item homini libero, quum « Christi sit servus » (2), licere usquam Spiritus tollere superbeque imperare. In quo erat dominis præ-

* ceptum, ut suis ipsi in servis hominem agnoscerent convenien- terque colerent, neque alios ase natura, et secum pares Foi conservosque ad communis Domini majestatem.

Istis tam rectis legibus, maximeque factis ad partes coop

mandas societatis domesticæ, re ipsa paruerunt Apostoli. Insigne Pauli exemplum, ut fecit ille scripsitque benevole pro Onesimo, servo Philemonis fugitivo : quem ad eum remitiit hac peramanti

commendatione: «Tu autem illum ut mea viscerà suspice..….,

» jam non ut servum, sed pro servo carissimum fratrem..…. et in

» carne et in Domino : si autem aliquid nocuit tibi aut debet, » hoc mihi imputa (3). »

Utramque agendi rationeMm in sServos, ethnicam et christian qui conferre velit, facile dabit, fuisse alteram inclementem et

flagitiosam, alteram mitissimam plenamque honestatis, neque

erit commissurus, üt Ecclesiam, tantæ indulgentiæ ministram, merita laude fraudare videatur.

Id eo vel magis, quum quis diligenter, advertat qua Ecclesia lenitate et prudentia fœdissimam servitutis pestem ce depulitque. |

Ha enim ad manumissionem libertatemque curandam servorum

noluit properare, quod, nisi tamultuose et cum suo ipsorum damno reique publicæ detrimento fieri profecto non poterat; sed præcipuo consilio prospéxit ut animi servorum in disciplina

sua erudirentur ad veritatem christianam, et consentaneos mores :

cum baptismo induerent. Quamobrem, in servorum multitudine quos sibi fillos adnumerabal, si qui, spe aliqua illecti libertatis, vim et seditionem essent moliti, ea vitiosa studia improbavyit semper Ecclesia et compressit, adhibuitque per Suos ministros remedia patientiæ. Haberent scilicet persuasum, se quidem, propter sanctæ fidei lumen atque insigne aChristo acceptum,

“ethnicis dominis multum digñitate antecellere, ab ipso tamen

fidei Auctore et Parente religiosus adstringi, ne quid adversus eos in se admitterent, seu minimum a reverentia eis debita- et obedientia discederent ; se autem quum nossent regno Dei adlectos, libertate filiorum ejus potitos, ad bona non peritura vocatos, laborare ne vellent de abjectione incommodisque vitæ,

(4) Ephes. VI, 9.— (2) 1. Cor. VII, 22. — (3) Ad Phil, 12-18.

+ GIN PLURIMIS », 5 Mai 1888 155

en retour de leur service. « Et Vous, maîtres, agissez-en de même » envers eux ; ne les menacez pas, sachant bien que le Seigneur » qui estau ciel est aussi bien le leur que le vôtre, et qu'il n’y a » pas devant lui d’acception de personnes (1). » Ils étaient exhortés areillement à considérer que, de même qu'il n’est pas juste pour e serviteur de se plaindre de son sort, puisqu'il est « l’affranchi du Seigneur », de même aussi il ne saurait être permis à l’homme libre, car il est « le serviteur du Christ (2) », de faire preuve d'un esprit hautain et de commander avec orgueil. Par là, il était ordonné aux maîtres de reconnaître la dignité humaine dans leurs servi- * teurs et de les traiter convenablement, les considérant comme n’étant pas d’une nature différente, mais égaux à eux par la reli- gion et par la communauté de servitude envers la majesté du commun Seigneur.

Ces lois si Justes et si propres à harmoniser les divers parties de la société domestique furent pratiquées par les Apôtres eux-mêmes. . Bien remarquable à ce propos est l'exemple de saint Paul, lorsqu'il écrivait, plein de bienveillance, en faveur d'Onésime, l’esclave fugitif de Philémon, qu’il renvoya à celui-ci avec cette tendre recommandation : « Accueille-le comme mon bien-aimé,..... non pas comme » un esclave, mais comme un frère chéri et selon le Seigneur; que » s’il t'a nui en quelque chose ou s’il est ton débiteur, impute cela » à moi-même (3) ». Fe Pour peu que l'on compare l'une et l’autre manière d'agir, celle des païens et celle des chrétiens, envers les serviteurs, on voit aisément que l’une était cruelle et pernicieuse, l’autre pleine de douceur et d'humanité, et certes, nul n’osera frustrer l'Eglise du mérite qui . lui revient pour s'être faite l'instrument d’une aussi grande bonté. . On en sera d’autant plus convaincu si l'on considère attentivement | avec quelle douceur et quelle prudence l'Eglise a extirpé et détruit - l'abominable fléau de l'esclavage.

- Elle n’a pas voulu, en effet, procéder hâtivement à l’affranchissement des esclaves et à la sollicitude de leur liberté, ce qu’elle n'aurait pu faire évidemment que d’une facon tumultueuse, qui eût tourné à leur propre détriment et à celui de la chose publique. C'est pourquoi, s’il arrivait parmi la multitude d'esclaves qu'elle avait agrécés au nombre de ses fils‘que quelqu'un, alléché par l'espoir de la liberté, eût recours à la violence et à la sédition, l'Eglise réprouvait et réprimait toujours ces efforts condamnables, et elle employait, par le moyen de ses ministres, le remède de la patience. Elle enseignait aux esclaves à se persuader qu’en vertu de lalumière - de la sainte foi et du caractère recu du Christ, ils étaient sans doute + de beaucoup supérieurs en dignité aux maîtres païens, mais qu'ils en étaient tenus plus strictement envers l’Auteur et le Fondateur même de la foi à ne point concevoir contre eux des desseins adverses et à ne manquer en quoi que ce soit au respect et à l'obéis- - sance qui leur est due; du moment d'ailleurs qu'ils se savaient appelés au royaume de Dieu, doués de la liberté de ses fils etappelés - à des biens non périssables, ils ne devaient pas s’affliger de l’abjection et des maux de la vie éphémère, mais, les yeux et le cœur

caducæ, sed oculis animisque, ad cælum sublatis, se ipsi consoiarentur sanctoque in proposito confirmarent. Servos in primis allocutus est Petrus Apostolus quum scripsit : « Hæc est gratia, » si propter Dei conscientiam sustinet'quis tristitias, patiens » injuste. In hoc enim vocati estis: quia et Christus passus est » pro nobis, vobis relinquens exemplum, ut sequamini vestigia » ejus (1). » | | Laus tanta sollicitudinis cum moderatione conjunctæ, quæ divinam Ecclesiæ virtutem præclarius exornat, augetur etiam fortitudine animi supra quam credibile sit invicta et, excelsa, quam bene multis de servis infimis potuit ipsa indere et sustinere. Permira res, qui dominis suis erantin exemplum morigert eorumque gratia omnium erant laborum patientissimi, nullo ipsos pacto potuisse adduci, ut dominorum iniqua mandata mandatis Domini sanctis anteferrent, atque adeo vitam acerbissimis. “cruciatibus, securis animis, securo vultu, objecisse. Nomen Potamianæ virginis ad memoriam invitæ constantiæ ab Eusebio celebratur: quæ scilicet potius quam impudici heri indulgeret libidini, mortem non timida oppetiit, et profuso sanguine fidem Jesu Christo servavit. Similia admirari licet servorum exempla, qui, dominis libertatem sibi animorum, fidemque Deo obligatam oppugnantibus, firmissime ad necem repugnaverunt: qui vero, christiani servi, aliis de causis restiterint dominis, vel conjurationes turbasve civitatibus exitiosas concitarint, historia prodidit nullos. | se Pacatis exinde rebus quietisque Ecclesiæ temporibus, apostolica documenta de fraterna inter Christianos conjunctione animorum sancti Patres admirabili exposuere sapientia, et caritate pari ad servorum utilitatem transtulerunt, hoc enisi convincere, ut jura quidem dominis in operis servorum ex honesto consta- rent, nequaquam vero liceret imperiosa illa potestas in capita el immanis sævitia. | In Græcis præstat Chrysostomus, qui habet hunc locum sæpe tractarum, quique perlæto animo et lingua affirmavit, servitutem, ad veterem verbi notionem, jam per id tempus, magno chrisuanæ fidei beneficio esse sublatam, ut sine re nomen inter Domini discipulos et videretur et esset. Etenim Christus (sic ille summatim disputat), quum culpam origine contractam summa in nos miseratione detersit, sanavit idem consecutam multiplicem ad ordines societatis humanæ corruptionem ; proptereaque, quemadmodum mors per ipsum, terroribus positis, placida est ad beatam vitam migratio, ita sublatam esse servitutem. Christianum hominem, nisi rursus peccatis serviat, servum ne dixeris: fratres

(1) L Petr. U. 49-21.

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