‹ Lettres apostoliques des S.S. Léon XIIIChapitre 52 sur 85 · IN PLORLNIS DD MA · texte numérisé non relu

IN PLORLNIS DD MA

élevés au ciel, ils devaient se consoler et se confirmer dans leurs saintes résolutions. Ce fut tout d'abord aux hommes réduits en servitude que l'apôtre saint Pierre s'adressa lorsqu'il écrivit : « La » grâce consiste à supporter par devoir de concience envers Dieu » les afflictions et à souffrir même injustement. C'est en cela, en » effet, que consiste votre vocation, parce que le Christ a souffert » pour nous, vous laissant l'exemple pour que vous en suiviez les » traces (1). »

Cette gloire si haute de la sollicitude unie à la modération, qui fait resplendir admirablement la divine vertu de l'Eglise, s'accroît encore par la force d'âme on ne peut plus éminente et invincible

qu’elle put elle-même inspirer et soutenir parmi tant d'humbles esclaves. C'était un admirable spectacle que l'exemple des bonnes . mœurs qu'ils donnaient à leurs maîtres, non moins que de leur extrême patience dans tous les labeurs sans qu'il fût jamais possible de les induire à préférer les ordres iniques de leurs maîtres aux - saints commandements de Dieu; si bien que, d’un esprit imperturbable et d'un visage serein, ils livraient leur vie au milieu des plus atroces tourments. Eusèbe célèbre la mémoire de l’invincible constance d’une vierge d’Arabie qui, plutôt que de céder à la débauche d'un maître impudique, affronta courageusement la mort, et au prix de son sang, demeura fidèle à Jésus-Christ. On peut admirer d'autres exemples semblables donnés par des esclaves qui résistèrent ferme- . ment, jusqu'à subir la mort, à des maîtres qui s’en prenaient à la liberté de leur âme et à la foi qu'ils avaïent jurée à Dieu. Quant à des esclaves chrétiens qui, pour d’autres motifs, auraient résisté à leurs maîtres ou trempé dans des conspirations pernicieuses aux Etats, l’histoire n’en cite pas un seul.

__ Lorsque vint pour l'Eglise l’ère de la paix et de la tranquillité, les . saints Pères entreprirent d'exposer avec une admirable sagesse les . enseignements apostoliques sur l'union fraternelle des cœurs parmi les chrétiens, et avec une égale charité, ils appliquèrent ces ensei-

te

Le:

- gnements au profit des esclaves, en s’efforcant de persuader que les

- maîtres avaient sans doute des droits légitimes sur le travail de leurs

serviteurs, mais qu'il ne leur était aucunement permis d’avoir sur la vie un pouvoir absolu et de se livrer à de cruels sévices.

- Saint Chrysostome s’est fait remarquer chez les Grecs en traitant souvent ce point, en affirmant, d’un cœur et d’un langage franc, que » l'esclavage, d'après l'antique signification du mot, était déjà sup- - primé dès ce temps-là, par un insigne bienfait de la foi chrétienne, ' au point que, parmi les disciples du Seigneur, cela semblait et était à de fait un nom sans réalité. Le Christ, en effet (c'est ainsi en résumé . que raisonne le saint Docteur), du moment que, par sa souveraine … miséricorde envers nous, il effaçca la faute contractée à l’origine, J guérit aussi la corruption qui en avait résulté dans les diverses | classes de la société humaine; par conséquent, de même que, grâce à lui, la mort a perdu ses terreurs et n’est qu’un tranquille passage . àla vie bienheureuse, de même aussi l’esclavage a été supprimé. à Le chrétien, s’il ne se fait plus l'esclave du péché, ne saurait être appelé esclave. Tous ceux qui ont été régénérés et adoptés par

LETTRES APOSTOLIQUES... DE S. 8. LÉON XII — T. Il. 6

omnino, quotquot sunt in Christo Jesu renati et suscepti :

à NOVa. ista procreatione atque in Dei familiam cooptatione, non

a claritate generis, ornamenta proficisci ; a veritatis non a san-.

guinis laude dignitatem parari; quo vero species ipsa evangelicæ fraternitatis ampliorem habeat fructum, opus admodum esse, vel in externa vitæ consuetudine, vicissitudinem quamdam elucere studiorum et officiorum libentissimam, ita ut servi eodem ferme loco ducantur quo domestici et familiares, ïisque a patrefamilias non solum ea suppetant quæ Sunt vitæ victusque, sed omnia etiam religiosæ institutionis præsidia. E Singulari denique salutalione Pauli ad Philemonem, gratiam adprecantis et pacem « Ecclesiæ quæ in domo tua est (1) » documentum æque dominis servisque christianis optime haberi statutum, quos inter com- - munio sit fidei, inter eos communionem esse debere caritatis (2):

De latinis merito et juré commemoramus Ambrosium; qui tam studiose in eadem causa omnes necessiludinum rationes est persecutus, tamque definite ad christianas leges utrique hominum generi propria attribuit, nemo ut aptius fecerit: cujus sententiæ nihil attinet disere quam plene cum sententiis Chrysostomi perfecteque conveniant (3).

ÆErant hæc rectissime, ut patet, utiliterque præscripta ; sed et

jam, quod caput est, integre sancteque a priscis temporibus sunt custodita ubicumque floruit christiana professio.

Quod nisi esset, non ita Lactantius, defensor ille religionis

eXIMIUS, confidenter quasi testis instaret : « Dicet aliquis : Nonne » Sunt apud vos alii pauperes, alii divites, alii servi, alii domimi? » nonne aliquid inter singulos interest? Nihil : nec alia causa » est cur nobis invicem fratum nomen impertiamur, nisi quia » pares esse nos credimus; nam quum omnia humana, non » Corpore sed spiritu metiamur, tametsi corporum sit diversa

» conditio, nobis tamen servi non sunt, sed eos et habemus et

» dicimus spiritu fraires, religione conservos (4). » Procedebant Ecclesiæ curæ in patrocinio servorum, et nulla missa opportunitate, eo usque caute pertinebant, si (andem ii possent in libertatem dari quod profuturum valde erat ad salutem etiam sempiternam.

Bene respondisse eventus, annales sacræ antiquitatis afferunt

testimonia. Nobiles ipsæ matronæ, Hieronymi laudibus specta-.

üssimæ, huic rei juvandæ singularem operam contulerunt : referente autem Salviano, in christianis familiis, iisque non ia locupletibus, fiebat sæpenumero, ut servi manumissione munifica

(4) Ad Phil. V. 2. — (2) Hom. XXIX, in Gen., or. in Lazar., Hom. XIX, in ep. I ad Cor., Hom. Ï in ep. ad Phil, — (3) De Abr. de Jacob, et vita a c: He de Patr. Joseph. c. IV. Exhort. virgin. c. I. — (4) Divin. Insti‘.

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Jésus-Christ sont complètement frères ; c'est de cette nouvelle procréation et de cette adoption dans la famille .de Dieu même, et non de l'illustration de la lignée, que dérive notre gloire ; et pour que la forme de cette fraternité évangélique produise un fruit plus abondant, il est de toute nécessité que, jusque dans les rapports extérieurs de la vie, on voit se manifester un échange cordial d’égards et de bons offices, de telle sorte que les esclaves soient traités sur le même pied que les domestiques et les gens de la maison et que les chefs de famille leur fournissent, non seulement ce qui est nécessaire à l'entretien de la vie, mais aussi tous les secours de la religion. Enfin, de la remarquable salutation que saint Paul envoie à Philémon, en souhaitant la grâce et la paix à l’Eglise qui est dans sa maison (1), il résulte comme un enseignement bien établi que les maîtres et les serviteurs parmi lesquels existe la communauté de la foi doivent également avoir entre eux la communauté de la charité (2).

Chez les Latins, nous pouvons mentionner à bon droit saint Ambroise qui a si diligemment recherché à ce même sujet toutes les raisons des rapports sociaux et qui, mieux que personne, à précisé, d’après les lois chrétiennes, ce qui revient en propre à l’une et à l’autre catégorie d'hommes ; et pas n’est besoin de dire que ses doctrines s’accordaient pleinement avec celles de saint Chrysostome (3).

Ces enseignements, on le voit, étaient donnés en toute justice et utilité ; et, ce qui est capital, ils ont été entièrement, fidèlement prat‘qués partout où s'est implanté le christianisme.

S'il n’en avait pas été ainsi, Lactance, cet éminent défenseur de : la relision, n'aurait certes pas osé dire, en parlant en quelque sorte comme témoin: « D’aucuns nous font ce reproche : N'y a-t-il » pas quelque différence entre chacuñh de vous? Aucunement et il » n'est d'autre motif pour lequel nous nous donnons l’un à l’autre le nom de frère, sinon parce que nous nous croyons égaux; car, » du moment que nous envisageons toutes les choses humaines, non » au point de vue du corps, mais de l'esprit, et bien que la condition » des corps soit diverse, néanmoins, il n'y a pas d’esclave pour » nous, mais nous les tenons tous pour frères et nous les appelons » tels pendant que nous sommes co-serviteurs quant à la reli- » gion (4). »

Les soins de l'Eglise pour la tutelle des esclaves se manifestaient de plus en plus et n’omettant aucune occasion, ces soins tendaient à obtenir, avec la prudence voulue, que la liberté leur fût enfin donnée, ce qui eût grandement profité aussi à leur salut éternel.

Les annales de l'histoire ecclésiastique fournissent le témoignage

. que les faits ont répondu à cette sollicitude. De nobles dames elles-

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mêmes, dignes des louanges de saint Jérôme, y contribuèrent puis-

samment. Salvien rapporte à ce sujet que, dans les familles chré-

tiennes, même dans celles qui n'étaient pas très riches, il arrivait souvent que les esclaves, par un généreux affranchissement,

étaient rendus à la liberté. Bien plus, saint Clément avait grande-

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liberi abirent. Quin eliam eo præclarius specimen caritatis S. Clemens multo ante laudavit; quemadmodum Christiani nonnulli sese servituti, conversis persünis, subjecerint, quod servos quosdam alio pacto liberare nequissent (1).

Quare, præter quam quod servorum manumissio in on haberi, item ut actio pietatis, cæœpta est, eam Ecclesia instituit Christifidelibus testamenta facientibus commendare, tamquam opus pergratum Deo magnique apud ipsum meriti et præmii : ex quo illa manumissionis heredi mandandæ concepta verba « pro amore Dei, pro remedio vel mercede animæ meæ ». Neque rei ulli, in pretium captivorum, temperatum est : donata Deo bona, divendita ; aurum et argentum sacrum, conflata ; basihicarum ornamenta et donaria, alienata : id quod Ambrosius, Augustinus, Hilarius, Eligius, Patritius, alii multi et sanctissimi - viri fecerunt non semel.

Vel maxime fecerunt pro servis Pontifices romani, illi vere in omni memoria et infirmorum tutores et vindices oppressorum. S. Gregorius M. quam plurimos potuit ipse in libertatem asseruit, et in consilio romano an. DXCVIT ïis libertatem concessam voluit qui monasticam vitam agere constituissent : posse servos, invitis dominis, matrimonia libere inire Hadrianus I defendit : ab Alexandro IIT, an. MCLX VIT, apertissime edictum est mauro . Valentiæ regi, ne quem christianum hominem servitio addiceret, quod nemo natura servus, a Deo liberi omnes facti. Innocentius autem III, an. MCCII, Ordinem « Sanctissimæ Trinitatis Chrislianis redimendis » qui Turcarum in potestatem incidissent rogatu auctorum, Joannis à Matha, Felicis Valesit, probatum ratumque habuit. Similem huic Ordinem Mariæsanctæ a Mercede Honorius IIT posteaque Gregorius IX rite probavere; quem Peirus Nolascus ea ardua lege condiderat, utreligiosi illihomines se ipsi pro Christianisin lyrannide captivis captivos devoverent, opus si esset ad redimendos. Idem Gregorius magis amplum libertatis subsidium decrevit, ut Ecclesiæ servos nefas esset permutari ; idem exhortationem ad Christifideles addidit, ut pro admissorum pœnis servos suos Deo Sanctisque piaculi causa donarent.

Accedunt multa in bac re benefacta Ecclesiæ. Ipsa etenim ser vos ab asperis dominorum iris damnosisque injuriis, adhibita severitate pænarum, defendere consuevit ; quos violenta manus vexaret, iis perfugia pandere ædes sacras ; manumissos accipere in fidem, atque €0s animadversione conlinere, qui ausi malis artibus liberum hominem in servitutem redigere. Eo ipsa propensius libertati favit servorum, quos quoquo modo, pro tempo-

(1) 1 Ep. ad Cor, c. 55,

mit Cu. À. RS NPA de

IN pLURIMIS », D MAI 1888 161

ment loué longtemps auparavant la preuve de charité qu'avaient donnée quelques chrétiens, lesquels, offrant leurs personnes à la place d’autres, s'étaient assujettis à la servitude pour affranchir des esclaves qu’ils ne pouvaient délivrer autrement (1).

C'est pourquoi, autre que l'affranchissement des esclaves, commence d’avoir lieu dans les temples comme un acte de piété, l'Eglise l’institua comme tel, en recommandant aux fidèles de l'accomplir dans leurs testaments à titre d’acte agréable à Dieu et digne à ses yeux de grand mérite et de récompense ; de là ces mots par lesquels l’ordre d’affranchissement était donné aux héritiers : « Pour l’amour de Dieu, pour le salut » ou « pour le mérite de mon âme. » Rien n’aété épargné de ce qui pouvait servir pour la rancon des captifs ; les biens donnés à Dieu étaient vendus ; on faisait fondre les vases sacrés d’or et d’argent ; on aliénait les orne-

ments et les richesses des basiliques, comme l'ont fait plus d’une

fois les Ambroise, les Augustin, les Hilaire, les Eloi, les Patrice, beaucoup d’autres saints personnages.

De grandes choses. ont été faites en faveur des esclaves par les Pontifes romains, qui ont vraiment été toujours les tuteurs des

faibles et les vengeurs des opprimés. Saint Grégoire le Grand en

rendit à la liberté le plus grand nombre qu'il lui fut possible, et au Concile romain de l’an 597, il voulut que la liberté fût accordée à ceux qui se résoudraient à embrasser la vie monastique. Adrien 1° enseigna que les esclaves pouvaient librement contracter mariage, même contre la volonté de leurs maîtres. En 1167, il fut ouvertement intimé par Alexandre IIL au roi maure de Valence de ne livrer aucun chrétien à la servitude, attendu que nul n’est esclave de par la nature et que Dieu a fait tous les hommes libres. En 1198, Innocent III approuva et confirma, à la demande des fondateurs, Jean de Matha et Philippe de Valois, l'Ordré de la Très Sainte-Trinité pour le rachat des chrétiens qui étaient tombés au pouvoir des

Turcs. Un Ordre semblable, celui de Notre-Dame de la Merci, fut

approuvé par Honorius IIL et ensuite par Grégoire IX, Ordre que saint Pierre Nolasque avait fondé avec cette loi sévère que les religieux qui en feraient partie se livreraient eux-mêmes à l'esclavage à la place des chrétiens captifs, si cela était nécessaire pour les racheter. Grégoire IX aussi assura à la liberté un plus ample

rempart, en décrétant qu'il était défendu de vendre à l'Eglise des

esclaves, et il ajouta des exhortations aux fidèles pour que, en expiation de leurs fautes, ils offrissent leurs esclaves à Dieu et à ses saints.

D’autres nombreux bienfaits de l'Eglise sont également à signaler à ce propos. C'est elle, en effet, qui a constamment défendu en employant à ce sujet la sévérité de ses peines, les esclaves contre les procédés violents et les pernicieux outrages de leurs maîtres ; à ceux qui étaient opprimés par la violence, elle offrait le refuge de ses temples ; elle ordonna d'admettre les affranchis à rendre témoignage en justice, et elle ne ménagea pas la correction à ceux quise

ribus locisque, haberet suos ; vel quum statuit ut omn1 servitutis vinculo ab episcopis solverentur, qui selaudabili vitæ honestate aliquamdiu probassent, vel quum episcopis facile permisit, ut sibi addictos suprema voluntate liberos dicerent. Dandum item miserationi et virtuti Ecclesiæ, quod servis remissum aliquid sit de gravitate legis civilis, quoad est impetratum, ut proposita Gregorii Magni temperamenta, in scriptum jus civitatum recepta valerent : id autem factum, Carolo Magno præsertim agente, qui ea Capitularia sua, quemadmodum postea Gratianus in Decretum, induxit. Monumenta denique leges, instituta, continuo ætatum ‘ordine, docent et declarant magnifice summam . Ecclesiæ caritatem in servos, quorum conditionemafflictam nullo tempore vacuam tutela reliquit, omni semper ope allevavit.

ltaque Ecclesiæ catholicæ, amplissimo Christi Redemptoris beneficio, expultrici servitutis, veræque inter homines libertatis, fraternitatis, æqualitatis effectrici, satis nunquam, proinde ac de prosperitate gentium merita est, haberi potest vel laudis vel gratiæ.

Sæculo inclinante quinto decimo, quo tempore, funesta servitutis labe apud gentes christianas prope deleta, sese civitates in libertate evangelica stabilire atque etiam latius proferre imperium studebant, hæc Apostolica Sedes diligentissime cavit, necubi mala ejusdem pravitatis germina reviviscerent. Ad regiones igitur nove repertas Africæ, Asiæ, Americæ, vigilem providentiam intendit : fama enim manaverat, earum duces expeditionum, homines christianos, armis ingenioque minus recte uti, ad struendam imponendamque innoxiis nalionibus servitutem. Cruda scilicet natura soli, quod erat subigendum, nequeminus metallorum opes explorandæ, effodiendæ, quum operas bene validas postularent, injusta plane suscepta sunt atque inhumana consilia. Fieri enim cœpta est quædam mercatura, servis ad id opus ex Æthiopia deportandis, quæ nominata deinceps la tratta dei Vegri, nimium quantum eas occupavit colonias. Secula quoque est, non absimili injuria, indigenarum hominum (qui universe /ndi appellati) ad modum servitutis oppressio.

His de rebus ubi Pius IT certior est ie mora nulla interposita, die VII oct. an. MCCCCLXIT epistolam dedit ad episcopum Rubiscensem, qua tantam improbitatem redarguit et damnavit. Aliquo post tempore, Leo X quantum potuit officiorum et auctoritatis apud reges et Lusitaniæ et Hispaniarum adhibuit, qui eam licentiam, religioni pariter atque humanitati justitiæque pro-

permettaient, par des artifices condamnables, de réduire en servitude les hommes libres. Elle favorisa d'autant plus volontiers la liberté des esclaves qui, de quelque facon que ce fût, se trouvaient lui appartenir selon les temps.et les lieux, soit en établissant que tout lien d’esclavage pouvait être brisé par l’évêque en faveur de ceux qui, pendant un certain temps, auraient fourni des preuves louables, soit en permettant facilement à l’évêque de déclarer libres, de son autorité souveraine, ceux qui dépendaient de lui.

Il faut attribuer à l'esprit de miséricorde et au pouvoir de l'Eglise que la sévérité des lois civiles ait été mitigée en faveur des esclaves et que les adoucissements introduits à cet effet par saint Grégoire le Grand aient été adoptés dans les Codes des nations, comme cela fut fait grâce surtout à Charlemagne, qui les introduisit dans ses Capitulaires, de même qu’ensuite Gratien dans son Décret. Enfin.

dans la suite des âges, les monuments, les lois, Les institutions ont

constamment proclamé par de magnifiques témoignages la souveraine charité de l'Eglise envers les esclaves, dont elle n’a jamais laissé sans tutelle l’humiliante condition et qu'elle a toujours cherché à soulager.

Aussi ne saurait-on jamais assez honorer et remercier l'Eglise catholique et proclamer qu'elle à bien mérité de la prospérité des peuples, en détruisant l'esclavage par un bienfait inappréciable du Christ rédempteur, et en assurant aux hommes la liberté, la fraternité et l'égalité véritables. É

Au déclin du xv° siècle, alors que le funeste fléau de l’esclavage ayant presque cessé chez les nations chrétiennes, les Etats s’efforcaient de se consolider sur la base de la liberté évangélique et d'étendre au loin leur empire, le Siège Apostolique veilla avec le plus grand soin à empêcher que les mauvais germes ne vinssent quelque part à pousser de nouveau. Il dirigea dans ce but sa diligente prévoyance vers les régions nouvellement découvertes de l'Afrique, de l'Asie et de l'Amérique ; le bruit avait couru, en effet, que les chefs des expéditions, quoique chrétiens, avaient fait servir peu justement leurs armes et leur talent pour établir et imposer l'esclavage parmi ces populations inoffensives. C’est que l’âpre nature du sol qu'il s'agissait de subjuguer, non moins que les richesses métalliques à exploiter et qui exigeaient des travaux considérables, induisirent à adopter des desseins tout à fait injustes et inhumains. On commenca de faire dans ce but une sorte de trafic d'esclaves amenés de l'Ethiopie, ce que l’on appela ensuite la traite des noirs et qui se propagea excessivement dans ces colonies. Par un semblable excès, on en vint à pratiquer à l'égard des peuples, généralement désignés sous le noms d’Indiens, une oppression pareille à l'esclavage.

Dès qu’il connut avec certitude cet état de choses, Pie IT s'adressa sans retard à l'autorité épiscopale compétente par une lettre dans laquelle il blâma et condamna une aussi grave iniquité. Peu après, Léon X mit en œuvre, autant qu'il put, ses bons oftices et son autorité auprès du Portugal et de l'Espagne pour qu'ils prissent à cœur d’extirper complètement pareil excès, non moins contraire à la reli-

brosam, radicitus excidendam curarent. Nihilominus ea calamitas confirmata hærebat, manenteimpura causa, inexplebili habendïi cupiditate. Tum Paulus IIT, de conditione Indorum servorumque maurorum paterna caritate anxius, ad hoc venit extremum consilli, ut solemni decreto, in luce quasi conspectuque omnium gentium, pronunciaret, triplicis modi potestatem illis deberi universis justam et propriam ; posse nimirum sui quemque esse Juris, posse consociatos suis legibus vivere, posse rem sibi facere ethabere. Hoc amplius litteris missis ad card. Archiepiscopum Toletanum, qui fecissent contra idem decretum, in eos statuit interdiclionem sacrorum, integra romano Pontifici reconciliandi facultate (1).

Eadem providentia eademque constantia, Indis atque Mauris, iisque vel nondum christiana fide instructis, alii subinde Pontifices sese assertores libertatis acerrimos præstitere,Urbanus VII, Benedictus XIV, Pius VII; qui præterea in principum Europæ fœderatorum Vendobonensi conventu, communa consilia huc etiam advertit, ut ea Nigritarum distractio, quam diximus, multis jam desueta locis, funditus convelleretur. Etiam Gregorius XVI negligentes humanitatis et legum gravissime admonuit, idemque Apostolicæ Sedis decreta statutasque pœnas revocavit, et rationem nullam prætermisit ut externæ quoque nationes, europearum secutæ mansuetudinem, a dedecore et feritate servitutis abstinerent, abhorrerent (2). Opportunissime vero Nobis accidit, ut sua summos principes rerumque publicarum moderatores gratulatione prosequamur, quibus perseveranterinstantibus, querimoniis diuturnis æquissimisque naturæ et religionis jam satis est actum. ‘

In re tamen persimili residet Nobis in animo alia quædam cura quæ non mediocriter angit, et Nostram urget sollicitudinem. Quippe tam turpis hominum mercatura ea quidem mari fieri desinit terra vero nimis multum nimisque barbare exercetur; idque maxime in nonnulis Africæ partibus. Hoc enim perverse à Mahumetanis posito, hominem Æthiopem adsimilisve nationis vix aliquo numero supra esse belluam, videre licet et horrere perfidiam hominum atque immanitatem. Ex improviso in Æthiopum tribus tale nihil metuentes more irruunt impetuque prædonum; in pagos, in villas, in mapalia incursant ; omnia vastant, populantur, diripiunt; viros perinde et feminas et pueros, facile

captos, vinctosque abducunt, ut per vim ad nundinas trahant flagitiosissimas.

(1) Verilas ipsa, 2 Jun. 1559. — (2) In supremo Apostolatus fastigio, 3 Dec. 1837.

gion qu à l'humanité et à la justice. Néanmoins, cette calamité jetait de profondes racines, par suite de la persistance de sa cause ignoble, qui était l’inextinguible soif du gain. Alors Paul I, préoccupé dans sa charité paternelle de la condition des esclaves indiens, en vint à la détermination extrême de se prononcer sur cette question publiquement et pour ainsi dire à la face de toutes les nations, par un décret solennel portant que l’on devait reconnaître une triple faculté juste et propre à tous ces naturels, à savoir que chacun d’eux pouvait être maître de sa personne, qu'ils pouvaient vivre en société d’après leurs lois et qu'ils pouvaient acquérir et posséder des biens. il le confirma plus amplement encore par des lettres au cardinal-archevêque de Tolède, en édictant que ceux qui agiraient contre ce décret seraient frappés d'interdit et que le pouvoir de les absoudre était pleinement réservé au Pontife Romain (1). À

Avec une sollicitude égale et une même constance, d’autres Pontifes, tels qu'Urbain VIII, Benoît XIV, se montrèrent successivement les vaillants défenseurs de la liberté en faveur des Indiens et des noirs et de ceux qui n’avaient pas encore recu la foi chrétienne. Ce fut aussi Pie VII qui, à l’occasion du Congrès tenu à Vienne par les princes confédérés de l’Europe, appela la commune attention, entre autres, sur cette traite des noirs dont il a été parlé, afin qu’elle fût complètement abolie, de même qu'elle était déjà tombée en désuétude dans beaucoup de pays. Grégoire XVI, également, admonesta gravement ceux qui violaient sur ce point les lois et les devoirs de l'humanité; il renouvela à l'appui les décrets et les peines édictés par le Siège Apostolique, et il n’omit rien de ce qui pouvait amener les nations lointaines à imiter en cela la mansuétude dés nations européennes pour abhorrer et éviter l’ignominie et la cruauté de l'esclavage (2). Il Nous est arrivé très opportunément à Nous-même de recevoir les félicitations des dépositaires suprêmes du pouvoir public pour avoir obtenu, grâce à de persévérantes instances, que l'on fit droit aux réclamations prolougées et si justes de la nature et de la religion.

Un autre souci Nous reste cependant, qui Nous préoccupe vivement, au sujet d’une affaire semblable et qui réclame Notre sollicitude. C’est que si l’ignoble traite d'êtres humains a réellement cessé sur mer, elle n’est que trop largement pratiquée sur terre, et avec trop de barbarie, notamment dans certaines contrées de Afrique.

Du moment, en effet, qu'aux yeux des mahométans, les Ethiopiens et les habitants de nations semblables sont considérés comme étant à peine en quelque chose supérieurs aux brutes, il est aisé de concevoir en frémissant avec quelle perfidie et quelle cruauté ils les traitent. Ils font subitement irruption, à la manière et avec la violence des voleurs, dans les tribus de l'Ethiopie, qu'ils surprennent à l'improviste; ils envahissent les villes, les campagnes et les villages, dévastant et pillant toutes choses; ils emmènent comme une proie facile à prendre les hommes, les femmes et les enfants, pour les conduire de vive force aux marchés les plus infâmes.

Ex Ægvpto, ex Zanzibar, partim quoque ex Sudan, quasi e stationibus, illæ detestabiles expeditiones deduci solent; per longa itinera pergere viri constricti catenis, tenuissimo victu, sub crebra verberum cæde; ad hæc ferenda imbecilliores necari; qui satis salvi, gregatim cum reliqua turba ire venum, atque emptori prostare moroso et impudenti. Cuivero quisque venditus et permissus sit, discidio miserabili qua uxorum, qua liberorum, qua parentum, 1illius in potestate ad servitutem adigitur maxime duram et fere nefandam, neque ipse recusare potest sacra Mahometi. Hæc Nos, summa animi ægritudine, a quibusdam non ita ante accepimus, qui coram nec sine lacrimis ejusmodi infamiam et deformitatém spectaverunt: cum 1ïis autem plane cohærent quæ a nuperis Africæ æquinoctialis exploratoribus sunt narrata. Quin etiam istorum ex testimonio et fide compertum apparet, ad quater centena millia sic homines afros vendi solitos pecorum instar, quotannis ; quorum dimidiam circiter partem de viis asperrimis languidos concidere ibique interire ; ut sane ad dicendum quam triste, veluti factam ex residuis ossibus semitam ea loca peragrantes dispiciant. |

Quis non tantarum miseriarum cogitatione moveatur ? Nos equidem, qui personam gerimus Christi, amantissimi omnium gentium sospitatoris et Redemptoris, quique adeo lætamur de plurimis gloriosisque Ecclesiæ promeritis in omne genus ærumnosos, vix possumus eloqui quanta miseratione erga 1illas afficimur, infelicissimas gentes, quanta charitatis amplitudine ad eas pandimus brachia, quam vehementer cupimus omnia ipsis posse allevamenta et subsidia impertire, eo proposito ut, simul cum servitute hominum, servitute superstitionis excussa uni veroque Deo, sub Christi suavissimo jugo, possint tandem servire, divinæ hereditatis nobiscum participes. Utinam omnes, quicumque imperio et potestate antecedunt, vel jura gentium et humanitatis sancta esse volunt, vel religionis catholicæ incrementis ex animo * student, ubique omnes, hortantibus, rogantibus Nobis, ad ejusmodi mercaturam, qua nulla inhonesta magis et scelerata, comprimendam, prohibendam, extinguendam enixe conspirent.

Interea, dum acriore ingeniorum et operum Cursu nova itinera ad africas terras, nova commercia instruuntur, contendant viri apostolici, ut, quoad melius fieri possit, sit saluti servorum libertatique consultum. Huc ipsi alio præsidio nullo reapse proficient, nisi, divina gratia roborati, toti sint in disseminanda fide nostra sanctissima eaque laboriosus in dies alenda; cujus et fructus insignis ut libertatem mire conciliet ac pariat « qua

C'est de l'Egypte, du Zanzibar et en partie aussi du Soudan, comme d'autant de stations, que partent ces abominables expéditions ; les hommes chargés de chaïnes sont contraints de parcourir un long chemin, soutenus à peine par une nourriture misérable, accablés d’horribles coups; ceux qui ne peuvent l'endurer sont voués à la mort; ccux qui survivent sont condamnés à être vendus en troupe et étalés devant les acheteurs cruels et cyniques. Chacun de ceux ainsi vendus et livrés se voit exposé à la déplorable séparation de sa femme, de ses enfants, de ses parents, et ie maître au pouvoir duquel il échoïit l’assujettit à un esclavage très dur et abominable, l’obligeant même à embrasser la religion de Mahomet.

Nous avons, à Notre grande douleur, entendu naguère ces choses de la bouche de quelques-uns de ceux qui avaient été témoins, les larmes aux yeux, d’une aussi infâme ignominie, et leur récit est confirmé par les récents explorateurs de l’Afrique équatoriale. Il résulte même de leur témoignage que le nombre des Africains vendus chaque année de la sorte, à l'instar des troupeaux de bêtes, ne s'élève pas à moins de quatre cent mille, dont la moitié environ, après avoir été accablés de coups le long d'un âpre chemin, succombent misérablement, de telle sorte que les voyageurs, combien c’est triste à dire! en suivent la trace, faite des restes de tant d'ossements.

Qui ne serait touché à la vue ‘de tant de maux? Pour Nous qui tenons la place du Christ, le Libérateur et le Rédempteur très aimant de tous les hommes, et qui Nous réjouissons si vivement des mérites si nombreux et si glorieux de l'Eglise envers toutes sortes de m alheureux, c'est à peine si Nous pouvons exprimer de quelle commisération Nous sommes pénétré envers ces populations infortunées, avec quelle immense charité Nous leur tendons les bras, combien Nous désirons ardemment pouvoir leur procurer tous les secours et les soulagements possibles afin que, affranchis de l’esclavage des hommes en même temps que de celui de la superstition, il leur soit enfin donné de servir le seul vrai Dieu, sous le joug très suave du Christ, et d'être admis, avec Nous, au divin héritage. Dieu veuille que tous ceux qui sont en possession du commandement et du pouvoir, ou qui veulent sauvegarder le droit des gens et de l'humanité, ou qui se dévouent sincèrement aux progrès de la religion, s'efforcent tous ardemment, sur Nos instances et Nos exhortations, de réprimer, d'empêcher et d’abolir cette traite, la plus ignoble et la plus infâme qui se puisse imaginer!

En attendant et tandis que, grâce à un mouvement plus accentué du talent et de l’activité, de nouvelles voies sont ouvertes vers les régions africaines et de nouvelles relations commerciales y sont fondées, que les hommes voués à l’apostolat s'efforcent de leur mieux d'obtenir qu'il soit pourvu au salut et à la liberté des esclaves, ils n'obtiendront de succès en cela qu'autant que, soutenus par la grâce divine, ils se consacreront tout entiers à propager Notre très sainte foi et travailleront de plus en plus ardemment à son développement, car c’est le fruit insigne de cette foi de favoriser

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Christus nos liberavit » (1). Itaque, tanquam in speculum virtutis apostolicæ, inspiciant monumus in vitam et facta « Petri Claver», : cui recentem gloriæ lauream addidimus : in eum inspiciant qui, summa laborum constantia, annos continenter quadraginta, maurorum gregibus servorum miserrimis sese totum impendit, vere ipsorum Apostolus prædicandus quibus se perpetuum servum et profitebatur et dabat. Caritatem viri, patientiam si curæ habeant sumere sibi et referre ii profecto digni exsistent adminisiri salutis, auctores consolationis, nuntii pacis, qui solitudinem, incultum, feritatem in ubertatem possint religionis cultusque lætissimam, Deo juvante, convertere.

Jamque in vobis, Venerabiles Fratres, coptat et litteræ Nostræ gestiunt conquiescere, ut vobis iterum significemus ilerumque vobiscum sociemus singulare quod capimus gaudium, 0b ea quæ isto in Imperio publice inita sunt de servitute consilia. Siquidem per leges quum provisum cautumque sit, ut, quotquot sunt adhuc de conditione servili, in ordinem et jura liberorum debeant admitti, id Nobis ut bonum et faustum et salutare per se videtur, sic etiam spem firmat fovetque ad acutus rei civilis reique sacræ in futurum lætandos. Jia Brasilici nomen imperii apud humanissimas quasque gentes erit merito in commemoratione et in laudibus, nomenque simul florebit Imperatoris augusti; cujus ea fertur præclara vox, nihil se habere optatius, quam ut omne in finibus suis servitutis vestigium celeriter deleatur. |

At vero, dum ea ipsa legum jussa perficiuntur, incumbite alacres, omni ope rogamus, et operam providentissime date præsenti rel, quam difficultates impediunt profecte non leves. Omnino per vos efficiendum, ut domini et servi optimis inter se animis congruant optimaque fide, neu quidquam de clementia aut de justitia decedant, sed, quæcumque transigenda sunt, omnia legitime, sedate, christiano modo transigant: quod enim exoptabant omnes, tolli et deleri servitutem, hoc prospere cedat optandum maxime est, nullo divini vel humani juris incommodo, nulla civitatis perturbatione, atque adeo cum solida ipsorum quorum agitur causa, utilitate servorum.

Quibus singulatim, sive qui jam facti liberi sunt, sive qui fient propediem, monita nonnulla salutis, e sententiis delibata magni gentium Apostoli, pastorali cum studio animoque paterno commendamus. Ergo illi memoriam et voluntatem gratam pie | ad eos servare diligenterque profiteri studeant, quorum consilio

(1) Galat. IV, 31.

et d’engendrer admirablement la liberté « dans laquelle nous avons » été affranchis par le Christ (1). »

A cet effet, Nous les exhortons à considérer, comme dans un miroir de vertu apostolique, la vie et les œuvres de Pierre Claver à qui Nous avons décerné récemment la gloire des autels; qu'ils tiennent les yeux fixés sur lui. L’admirable constance avec laquelle il se dévoua tout entier pendant quarante années consécutives, au milieu de ces malheureux troupeaux d'esclaves noirs, lui valut d'être vraiment considéré comme l’apôtre de ceux dont il se disait lui-même et se faisait le serviteur assidu. Si les missionnaires ont soin de retracer et de reproduire en eux la charité et la patience de cet apôtre, ils deviendront assurément de dignes ministres de salut, dés consolateurs, des messagers de paix, et il leur sera donné, Dieu aidant, de convertir la désolation, la barbarie, la férocité en l’heureuse prospérité de la religion et de la civilisation.

Nous sentons maintenant le besoin de diriger vers Vous, Vénérables Frères, Notre pensée et Nos présentes Lettres, pour Vous manifester de nouveau et pour partager avec Vous la grande joie que Nous éprouvons au sujet des décisions qui ont été publiquement adoptées dans l'empire du Brésil relativement à l'esclavage. Du moment, en effet, qu'il à été pourvu par la loi à ce que tous ceux qui se trouvent encore dans la condition d'esclaves aient désormais à être admis au rang et aux droits des hommes libres, non seulement cela Nous semble en soi, bon, heureux et salutaire, mais Nous y voyons aussi confirmée et encouragée l'espérance d'actes dont il faut se réjouir pour l'avenir des intérêts civils et religieux. Ainsi le nom de l'empire du Brésil sera à bon droit célébré avec louange chez toutes les nations les plus civilisées, et en même temps le nom de l’auguste empereur dont on rapporte cette belle parole, qu'il ne désire rien tant que de voir promptement aboli dans ses Etats tout

vestige d’esclavage.

Mais, pendant que ces prescriptions des lois s’accomplissent, Nous

Vous conjurons de Vous dévouer activement de tout Votre pouvoir

et de consacrer Vos soins les plus diligents à l'exécution de cette œuvre, qui doit surmonter des difficultés certes non légères. C’est à Vous de faire en sorte que les maîtres et les esclaves s'accordent entre eux dans une pleine entente et en bonne foi, que rien ne soit violé en fait de clémence ou de justice, mais que toutes les transactions soient légitimement et chrétiennement résolues. Il est souverainement à souhaiter que la suppression et l'abolition de l’esclavage, voulue de tous, s'accomplisse heureusement, sans le moindre détriment du droit divin ou humain. sans aucun trouble public, et de facon à assurer l'utilité stable des esclaves eux-mêmes dont les intérêts sont en cause.

A chacun de ceux-ci, aussi bien à ceux qui sont déjà libres qu’à ceux qui vont le devenir, Nous signalons avec un zèle pastoral et un cœur paternel quelques salutaires enseignements choisis dans les oracles du grand Apôtre des nations.

- Qu'ils gardent religieusement un souvenir et un sentiment de

reconnaissance et qu’ils s'efforcent de le professer avec soin envers

operaque :n libertatem vindicati sunt. Tanto se munere numquam præbeant indignos, nec umquam libertatem cum licentia cupiditatum permisceant ; ea vero utantur quo modo cives decet bene moratos, ad industriam vitæ actuosæ, et commoda et ornamenta quum familiæ tum civitatis. Vereri et colere majestatem principum, parere magistratibus, legibus obtemperare hæc officia et similia, non tam metu adducti quam religione assidue exse- quantur: etiam cohibeant arceantque alienæ copiæ et prestantiæ invidiam, quæ dolendum quam multos ex tenuioribus quotidie torqueat et quam mulla ministret nequitiæ plena instrumenta adversus ordinum securitatem et pacem. Re sua et statu contenti, nihil carius cogitent, nihil appetant cupidius quam bona regni cælestis, quorum gratia in lucem editi sunt et a Christo redempti: de Deo eodemque Domino ac Liberatore suo cum pietate sentiant, eum totis viribus diligant, ejus mandata omni cura custodiant. Sponsæ ejus Ecclesiæ sanctæ, se filios esse gaudeant, esse optimos laborent, el quam possint amoris vicem sedulo reddant.

Hæc eadem documenta vos item, Venerabiles Fratres, ipsis suadere et persuadere libertis insistite : ut, quod summum est Nobis votum idemque vobis bonisque omnibus esse debet, pariæ libertatis fructus religio in primis, quacumque istud patet Imperium, amplissimos habeat, ad perpetuitatem persentiat.

Id autem quo succedat, felicius, cumulatissimam a Deo gratiam opemque maternam Immaculatæ Virginis imploramus et exposcimus. Cælestium munerum auspicem paternæque Nosiræ benevolentiæ testem, vobis, Venerabiles Fratres, clero populoque universo Apostolicam benedictionem peramanter impertimus.

Datum Romæ,apudS. Petrum, die v Maii an. MDCCCLXXX VIII Pontificatus Nostri undecimo. \

à LEO PP. XIIL

Eh qe 0 mn C1 ee ee ane

À © @IN PLURIMIS », o MAI 1888 171

ceux à l'œuvre et aux desseins desquels ils doivent d’ayoir recouvré la liberté. Qu'ils ne se rendent jamais indignes d’un si grand bienfait et qué jamais non plus ils ne confondent la liberté avec la licence des passions; qu'ils s’en servent, au contraire, comme il convient à des citoyens honnêtes, pour le travail d’une vie active, pour l'avantage et le bien de la famille et de l'Etat. Qu'ils remplissent assidûment, non pas tant par crainte que par esprit de religion, le devoir de respecter la majesté des princes, d’obéir aux magistrats, d'observer les lois : qu'ils s'abstiennent d’envier les richesses et la supériorité

d'autrui, car on ne saurait assez regretter qu’un grand nombre

parmi les plus pauvres se laissent dominer-par cette envie, qui est la source de beaucoup d'œuvres d'iniquités, contraires à la sécurité et à la paix de l’ordre établi. Contents plutôt de leur sort et de ieurs

biens, qu'ils n'aient rien de plus à cœur, et qu'ils ne désirent rien

tant que les biens célestes, pour l'obtention desquels ils ont été mis sur la terre et rachetés par le Christ: qu'ils soient animés de piété envers Dieu, leur Maître et Libérateur; qu'ils l’aiment dé toutes leurs forces, qu'ils en observent les commandements en toute fidélité. Qu'ils se réjouissent d’être les fils de son Epouse,ela Sainte Eglise, qu'ils s'efforcent d’être dignes d’elle et de répondre autant qu'ils peuvent à son amour par le leur propre.

Insistez, Vénérables Frères, pour que les affranchis soient profondément imbus de ces enseignements, afin que, comme Nous le désirons par-dessus tout, et comme c’est aussi Votre désir et celui de tous les bons, la religion recueille la première et assure à jamais dans toute l'étendue de l’Empire, les fruits de la liberté qui est octroyée. |

Afin que tout cela soit heureusement réalisé, Nous demandons et implorons de Dieu les grâces les plus abondantes et l’aide maternelle de la Vierge immaculée. Comme gage des faveurs célestes et

en témoignage de Notre bienveillance paternelle, Nous accordons

affectueusement la Bénédiction apostolique à Vous, Vénérables

Frères, au clergé et à tout le peuple.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 5 mai 1888, en la onzième année de Notre Pontificat, LEON XIII, PAPE.

S. S. D. N. LEONIS PAPÆ XIII

LITTERÆ ENCYCLICÆ

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