SUR LA LIBERTÉ HUMAINE
A tous Nos Vénérables Frères, les Patriarches, Primats, Archevéques et Evéques du monde catholique, en grâce et communion avec le Siège Apostolique.
LÉON XII, PAPE Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique.
La liberté, bien excellent de la nature et apanage exclusif des êtres doués d'intelligence ou de raison, confère à l'homme une dignité en vertu de laquelle il est mis entre les mains de son conseil et devient le maître de ses actes. — Ce qui, néanmoins, est surtout important dans cette prérogative, c’est la manière dont on l'exerce, car de l'usage de la liberté naissent les plus grands maux comme les plus grands biens. Sans doute, il est au pouvoir de l'homme d’obéir à la raison, de pratiquer le bien moral, de marcher droit à sa fin suprême; mais il peut aussi suivre toute autre direction, et, en poursuivant des fantômes de biens trompeurs, renverser l’ordre légitime et courir à une perte volontaire.
Le libérateur du genre humain, Jésus-Christ, est venu restaurer et accroître l’ancienne dignité de notre nature; mais c'est à la volonté même de l’homme qu’il fait sentir surtout son influence, et, par sa grâce, dont il lui a ménagé les secours, par la félicité éternelle dont il lui a ouvert la perspective dans le ciel, il l’a élevée à un état meilleur. Et, pour un motif semblable, FEglise a toujours bien mérité de ce don excellent de notre nature, et elle ne cessera pas d’en bien mériter, puisque c’est à elle qu’il appartient d'assurer aux bienfaits que nous devons à Jésus-Christ leur propagation dans toute la suite des siècles. Et pourtant, on compte un grand nombre d'hommes qui croient que l'Eglise est l'adversaire de la liberté humaine. La cause en est dans l’idée défectueuse et comme à rebours que l’on se fäit de la liberté. Car, par cette altération même de sa notion, ou par l'extension exagérée qu’on lui donne, on en vient à l'appliquer à bien des choses dans lesquelles l'homme, à en juger d’après la saine raison, ne saurait être libre.
Alias Nos, nominatimque in Litteris encyclicis Zmmortale Jen de modernis, uti loquuntur, libertatibus verba fecimus, id quod honestum est secernentes ab eo quod contra : simul demonstravimus, quidquid iis libertatibus continetur boni, id tam esse velus, quam est veritas : illudque semper Ecclesiam libentissime probare et re usuque recipere solitam. Id quod accessit novi, si verum quæritur, in parte quadam inquinatiore consistit, quam turbulenta tempora ac rerum novarum libido nimia peperere.
Sed quoniam sunt plures in hac opinione pertinaces, ut eas libertates, in eo etiam quod continent vitii, summum ætatis nostræ décus et constituendarum civitatum fondamentum necessarium putent, ita ut, sublatis iis, perfectam gubernationem reipublicæ cogitari posse negent,idcirco videtur, publica Nobismetipsis utilitate proposita, ejusmodi argumentum pertractari separatim oportere.
Libertatemi moralem recta persequimur, sive in personis ea singulis, sive in civitate spectetur. — Principio tamen juvat aliquid de libertate naturali breviter dicere, quia quamquam a morali omnino distinguitur, fons tamen atque principium est unde genus omne libertatis sua vi suaque sponte nascitur. Hanc quidem omnium judicium sensusque communis, quæ certissima naturæ Vox est, in 1is solum agnoscit, qui sint intelligentiæ vel rationis compotes, in eaque ipsa Causam inesse apparet, Cur auctor eorum, quæ ab eo aguntur, verissime habeatur homo. Et recte quidem : nam quando ceteri animantes solis ducuntur sensibus, soloque naturæ impulsu inquirunt quæ sibi prosint, fugiuntque contraria, homo quidem in singulis vitæ factis rationem habet ducem. Ratio autem, quæcumque habentur in terris bona, omnia et singula posse judicat esse, et æque posse non esse; et hoc ipso nullum eorum decernens esse necessario sumendum, potestatem optionemque voluntati facit ut eligat, quod lubeat.
Sed de contingentia, ut appellant, eorum bonorum, quæ diximus, ob hanc causam judicare homo potest, quod animum habet natura simplicem, spiritualem cogitationisque participem : qui idcirco quod est ejusmodi, non a rebus corporeis ducit originem, neque pendet ex eis in conservatione sui: sed, nulla re intercedente, ingeneratus a Deo, communemque corporum condi- . tionem longo intervallo transgrediens, suum et proprium habet . vivendi genus, suum agendi : quo fit ut, immutabilibus ac necessariis veri bonique rationibus judicio comprehensis, bona illa singularia nequaquam esse necessaria videat. Itaque cum animos : hominum segregatos esse statuitur ab omni concretione mortali * easdemque facultate cogitandi pollere, simul naturalis libertas in fundamento suo firmissime constituitur.
Jamvero sicut animi humani naturam simplicem, spiritualem
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Nous avons parlé ailleurs, etnotamment dans l'Encyclique Immortale Dei, de ce qu'on nomme les libertés modernes; et, distinguant en elles le bien de ce qui lui est contraire, Nous avons en même temps établi que tout ce que ces libertés contiennent de bon, tout cela est aussi ancien que la vérité, tout cela l'Eglise l’a toujours approuvé avec empressement et l’a admis effectivement dans la pratique. Ce qui s’y est ajouté de nouveau apparaît à qui cherche le vrai comme un élément corrompu, produit par le trouble des temps et par l'amour désordonné du changement. Mais, puisque beaucoup s’obstinent à voir dans ces libertés, même en ce qu'elles ont de vicieux, la plus belle gloire de notre époque et le fondement nécessaire des constitutions politiques, comme si sans elles on ne saurait imaginer de parfait gouvernement, il Nous a paru nécessaire pour l'intérêt public, en face duquel Nous Nous mettons, de traiter à part cette question.
Ce que Nous avons directement en vue, c'est la liberté morale considérée soit dans les individus, soit dans la société. Il est bon cependant de dire tout d’abord quelques mots de la liberté naturelle, laquelle, bien que tout à fait distincte de la liberté morale, est pourtant la source et le principe d’où toute espèce de liberté découle d'elle-même et comme naturellement. Cette liberté, le jugement et le sens commun de tous les hommes, qui certainement est pour nous la voix de la nature, ne la reconnaissent qu'aux êtres qui ont l'usage de l'intelligence ou de la raison, et c’est en elle que consiste manifestement la cause qui nous fait considérer l’homme comme responsable de ses actes. Et il n’en saurait être autrement; car, tandis que les animaux n’obéissent qu'aux sens et ne sont poussés que par l'instinct naturel à rechercher ce qui leur est utile ou à éviter ce qui leur serait nuisible, l'homme, dans chacune des actions de sa vie, a la raison pour guide. Or, la raison, à l'égard des biens de ce monde, nous dit de tous et de chacun qu'ils peuvent indifféremment être ou ne pas être, d'où il suit qu'aucun d’eux ne lui apparaissant comme absolument nécessaire, elle donne à la volonté le pouvoir d'option pour choisir ce qui lui plaît.
Mais si l’homme peut juger de la contingence, comme on dit, des biens dont nous avons parlé, c’est qu’il à une âme simple de sa nature, spirituelle et capable de penser; une âme qui, étant telle, ne tire point son origine des choses corporelles, pas plus qu'elle n’en dépend pour sa conservation, mais qui, créée immédiatement de Dieu et dépassant d’une distance immense la commune condition des corps, a son mode propre et particulier de vie et d'action; d’où il résulte que, comprenant par sa pensée les raisons immuables et nécessaires du vrai et du bien, elle voit que ces biens particuliers ne sont nullement des biens nécessaires. Ainsi prouver pour l’âme humaine qu'elle est dégagée de tout élément mortel et douée de la faculté de penser, c’est établir en même temps la liberté naturelle sur son plus solide fondement.
Or, cette doctrine de la liberté, comme celle de la simplicité,
atque immortalem, sic et libertatem nemo nec altius prædicat, nec constantius asserit Ecclesià catholicà, quæ scilicet utrumque omni tempore docuit, sicque tuetur ut dogma. Neque id solum :
sed contra dicentibus hæreticis novarumque opinionum fautoribus, patrocinium libertatis Ecclesia suscepit, hominisque tam grande bonum ab interitu vindicavit. In quo genere, litterarum monumenta testantur, insanos Manichæorum aliorumque conatus quanta contentione repulerit : recentiori autem ætate nemo est nescius quanto studio quantaque vi tum in Concilio Tridentino, tum postea adversus Jansenii sectatores, pro libero hominis arbitrio dimicaverit, nullo tempore PQ loco fatalismum passa consistere.
Liberlas itaque, ut diximus, eorum est, qui rationis aut intelligentiæ sunt participes, propria: eademque, si natura ejus consideretur, nihil est aliud nisi facultas eligendi res ad id, quod propositum est, idoneas, quatenus qui facultatem habet unum aliquod eligendi e pluribus, is est factorum suorum dominus. — Jamvero quia omne, quod rei cujuspiam adipiscendæ causa assumitur, rationem habet boni, quod utile dicitur : bonum autem hoc habet naturâ, ut proprie appetitionem moveat, idcirco liberum arbitrium est voluntatis proprium, seu potius ipsa voluntas est, quatenus in agendo habet delectus facultatem. Sed
nequaquam voluntas movetur, nisi mentis cognitio velut fax
quædam præluxerit ; videlicet bonum, voluntati concupitum, est necessario bonum quatenus rationi cognitum. Eo vel magis quod in omnibus voluntatibus delectum semper judicatio præit de veritate bonorum,.et quodnam sit anteponendum ceteris. Atqui judicare, rationis esse, non voluntatis nemo sapiens dubitat. Libertas igitur si in voluntate inest, quæ natura sua appetitus est rationi obediens, consequitur ut et ipsa, sicut voluntas, in . bono versetur rationi consentaneo.
Nihilominus quoniam utraque facultas a perfecto abest, fieri potes! ac sæpe fit, ut mens voluntati proponat quod nequaquam sit reapse bonum, sed habeat adumbratam speciem, boni atque in id sese voluntas applicet. Verum sicut errare posse reque ipsa errare vitium est quod mentem non omni parte perfectam arguit, eodem modo arripere fallax fictumque bonum, esto indicium liberi arbitril, sicut ægritudo vitæ, est tamen vitium quoddam libertatis. Ita pariter voluntas, hoc ipso quod a ratione pendet, quando quidquam -appetat quod a recta ratione dissideat, vitio quodam funditus inquinai libertatem, eèädemque perverse utitur. Ob eamque causam Deus infinite perfectus, qui cum sit summe intelligens et per essentiam bonitas, est etiam summe liber,
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dé la spiritualité et de l’immortalité de l’âme humaine, nul ne
. la prêche plus haut, ni ne l’affirme avec plus de constance que
l'Eglise catholique ;elle l’a de tout temps enseignée, et elle la défend comme un dogme. Bien plus, devant les attaques des hérétiques et des fauteurs d'opinions nouvelles, c’est l'Eglise qui a pris laliberté sous son patronage et qui a sauvé de la ruine ce grand bien de l'homme. A cet égard, les monuments de l’histoire témoignent de l'énergie avec laquelle elle a repoussé les efforts des Manichéens et autres ; et, dans des temps plus récents, personne n’ignore avec quel zèle et quelle force, soit au concile de Trente, soit plus tard contre les sectateurs de Jansénius, elle a combattu pour la liberté de l’homme, ne laissant en aucun temps et en aucun lieu le Fafalisme prendre pied. :
Ainsi, la liberté est, comme Nous l'avons dit, le propre de ceux qui ont reçu la raison ou l'intelligence en partage ; et cette liberté, à en examiner la nature, n’est pas autre chose que la faculté de choisir entre les moyens qui conduisent à un but déterminé ; en ce sens que celui qui a la faculté de choisir une chose entre plusieurs autres, celui-là est maître de ses actes.
Or, toute chose acceptée en vue d’en obtenir une autre appartient au genre de bien qu’on nomme l’utile ; et le bien ayant pour caractère d'agir proprement sur l'appétit, il faut en conclure que le libre arbitre est le propre de la volonté même en tant que, dans ses actes, elle a la faculté de choisir. Mais il est impossible à la volonté de se mouvoir, si la connaissance de l'esprit, comme un flambeau, ne l’éclaire d’abord : c'est-à-dire que le bien désiré par la volonté
est nécessairement le bien en tant que connu par la raison. Et cela
d'autant plus que dans toute volition, le choix est toujours précédé d’un jugement sur la vérité des biens et sur la préférence que nous devons accorder à l’un d'eux sur les autres. Or, juger est de la raison, non de la volonté; on n’en saurait raisonnablement douter. Etant donc admis que la liberté réside dans la volonté laquelle est de sa nature un appétit obéissant à la raison, il s'ensuit qu'ellemême, comme la volonté, a pour objet un bien conforme à la raison. | MAR Néanmoins, chacune de ces deux facultés ne possédant point la perfection absolue, il peut arriver et il arrive souvent que l’intelligence propose à la volonté un objet qui, au lieu d’une bonté réelle, n’en à que l'apparence, une ombre de bien, et que la volonté pourtant s’y applique. Mais, de même que pouvoir se tromper et se tromper réellement est un défaut qui accuse l'absence de la perfection intégrale dans l’intelhgence, ainsi s'attacher à un bien faux et trompeur, tout en étant l'indice du libre arbitre, comme la maladie l’est de la vie, constitue néanmoins un défaut de la liberté. Pareillement la volonté, par le seul fait qu’elle dépend de la raison, dès qu'elle désire un objet qui s’écarte de la droite raison, tombe dans un vice radical qui n’est que la corruption et l'abus de la liberté.
Voilà pourquoi Dieu, la perfection infinie, qui, étant souverainement intelligent et la bonté par essence, est aussi souverainement libre, ne peut pourtant en aucune facon vouloir le mal moral; et
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malum culpæ velle nulla ratione potest ; nec possunt, propter contemplationem summi boni, beati cælites. Scite Augustinus aliique adversus Pelagianos hocanimadvertebant,si posse deficere a bono secundum naturam esset perfectionemque libertatis, jam Deus Jesus Christus, Angeli, beati, in quibus omnibus ea potestas non est, aut non essent liberi, aut certe minus perfecte essent, quam homo viator atque imperfectus. De qua re Doctor Angelicus multa sæpe disputat, ex quibus effici cogique potest, facultatem peccandi non libertatem esse, sed servitutem. Subtilissime illud in verba Christi Domini (1). « Qui facit peccatum servus est peccati »: Unumquodque est illud, quod convenit ei secundum naturam. Quando ergo movetur ab aliquo extraneo, non operatur secundum se, sed ab impressione alterius, quod est servile. Homo autem secundum suam naturam est rationalis. Quando ergo . movetur secundum rationem, proprio motu movetur et secundum se operatur: quod et libertatis; quando vero peccat, operatur præter rationem et tunc movetur quasi ab alio, retentus terminis alienis : et ideo « qui facit peccatum servus est peccati ».
Quod satis perspicue ipsa viderat philosophia veterum, atque li præcipue quorum est doctrina, nisi sapientem, liberum esse neminem: sapientem vero, uti exploratum est, nominabant, qui constanter secundum naturam, hoc est honeste et cum virtute vivere didicisset.
Quoniam igitur talis est in homine conditio libertatis, aptis erat adjumentis præsidiisque munienda, quæ cunctos ejus motus ad bonum dirigerent, a malo retraherent: secus multum homini libertas nocuisset arbitrii. — Ac primo quidem lex, hoc est agendorum atque omittendorum norma, fuit necessaria: quæ quidem proprie nulla esse in animantibus potest, qui necessitate
agunt, propterea quod quidquid agant, naturæ agunt impulsu,
nec alium ullum sequi ex se possunt in agendo modum. Verum eorum, qui libertate fruuntur, ideo in potestate est agere, non agere, ita vel secus agere, quia tum, quod volunt, eligunt, cum antecessit illud quod diximus ratiopis judicium. Quo quidem judicio non modo statuitur quid honestum naturâ sit, quid turpe, sed etiam quid bonum sit reque ipsa faciendum, quid malum reque 1psa vitandum: ratio nimirum voluntati præscribit quid pétere, et a quo debeat declinare, ut homo tenere summum finem suum aliquando possit, cujus causa sunt omna facienda. Jamvero hæc ordinatio rationis lex nominatur.
Quamobrem cur homini lex necessaria sit, in ipso ejus libero arbitrio, scilicet in hoc, nostræ ut voluntates a recta ratione ne discrepent, prima est causa, tanquam in radice, quærenda.
(4) Joan. VIII, 34.
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il en est de même pour les bienheureux du ciel, grâce à l'intuition
qu'ils ont du souverain bien. C’est la remarque pleine de justesse que saint Augustin et d’autres faisaient contre les Pélagiens. Si la possibilité de faillir au bien était de l'essence et de la perfection de la liberté, dès lors Dieu, Jésus-Christ, les anges, les bienheureux, chez qui ce pouvoir n'existe pas, ou ne seraient pas libres, ou du moins ne le seraient pas aussi parfaitement que l'homme dans son état d’épreuve et d'imperfection. Le Docteur Angélique s’est occupé souvent et longuement de cette question ; et de sa doctrine il résulte que la faculté de pécher n’est pas une liberté, mais une servitude. Très subtile est son argumentation sur ces mots du Sauveur Jésus : Celui qui commet le péché est l’esclave du péché (1). « Tout être est ce » qui lui convient d’être selon sa nature. Donc, quand il se meut par » un agent extérieur, il n’agit point par lui-même, mais par l'im- ». pulsion d’autrui, ce qui est d’un esclave. Or, selon sa nature, » l’homme est raisonnable. Donc, quand il se meut selon la raison » c'est par un mouvement qui lui est propre qu'il se meut, et il » agit par lui-même, ce qui est Le fait de la liberté ; mais, quand il » pèche, il agit contre la raison, et alors c’est Comme s’il était mis » en mouvement par un autre et qu'il fût retenu sous une domi- » nation étrangère; c’est pour cela que celui qui commet le péché est » esclave du péché.» — C'est ce qu'avait vu assez nettement la philosophie antique, celle notamment dont la doctrine était que nul n’est libre que le sage, et qui réservait, comme on sait, le nom de sage à celui qui s'était formé à vivre constamment selon la nature, c'est-à-dire dans l'honnéteté et la vertu.
La condition de la liberté humaine étant telle, il lui fallait une protection, il lui fallait des aides et des secours capables de diriger tous ses mouvements vers le bien et de les détourner du mal : sans cela, la liberté eût été pour l’homme une chose très nuisible. — Et d'abord une Loi, c’est-à-dire une règle de ce qu'il faut faire ou ne pas faire, lui était nécessaire. À proprement parler, il ne peut pas y en avoir chez les animaux, qui agissent par nécessité, puisque tous leurs actes ils les accomplissent sous l'impulsion de la nature et qu'il leur serait impossible d'adopter par eux-mêmes un autre mode d'action. Mais les êtres qui jouissent de la liberté ont par euxmêmes le pouvoir d'agir, d'agir de telle facon ou de telle autre, attendu que l'objet de leur volonté, ils ne le choisissent que lorsqu'est intervenu ce jugement de la raison dont Nous avons parlé. Ce jugement nous dit, non seulement ce qui est bien en soi ou ce qui est mal, mais aussi ce qui est bon et, par conséquent, à réaliser, ou ce qui est mal et,.par conséquent, à éviter. C’est, en effet, la raison qui prescrit à la volonté ce qu'elle doit chercher ou ce qu'elle doit fuir, pour que l’homme puisse un jour atteindre cette fin suprême en vue de laquelle il doit accomplir tous ses actes. Or, cette ordination de la raison, voilà ce qu'on appelle la Loi.
Si donc, la loi est nécessaire à l'homme, c'est dans son arbitre lui-même, c’est-à-dire dans le besoin qu'il a de ne pas se mettre en désaccord avec la droite raison, qu’il faut en chercher, comme dans
Nilhilque tam perversum præposterumque dici cogitarive posset quam illud, hominem, quia natura liber est, idcirco esse oportere legis expertem: quod si ia esset, hoc profecto consequeretur, necesse ad libertatem esse non cohærere cum ratione: cum contra longe verissimum sit, idcirco legi oportere subesse, quia est naturà liber. Isto modo dux homini in agendo lex est, eumdemque præmiis pœnisque propositis ad recte faciendum allicit, a peccando deterret. :
Talis est princeps omnium, lexnaturalis quæ scripta est et insculpta in hominum animis singulorum, quia ipsa est humana ratio recte facere jubens et peccare vetans. Ista vero humanæ rationis prescriptio vim habere legis non potest, nisi quia allioris est vox atque interpres rationis, cui mentem libertatemque nostram subjectam esse oporteat. Vis enim legis cum ea sit, officia imponere et jura tribuere, tota in auctoritate nititur, hoc est in vera potestate statuendi officia describendique jura, item pœnis præmiisque imperala sanciendi; quæ quidem omnia in homine liquet esse non posse, si normam actionibus ipse suis summus sibi legislator daret. Ergo consequitur, ut naturæ lex sit ipsa lex æterna,insita in iis qui ratione utuntur, eosque inclinans ad debitum actum et finem, eaque est ipsa æterna ratio creatoris universumque mundum gubernantis Dei.
Ad hanc agendi regulam peccandique frenos singularia quædam præsidia, Dei beneficio, adjuncta sunt, ad confirmandam
hominisregendamque voluntatem aptissima. [n quibus princeps
est atque excellit divinæ virtus grañiæ ; quæ cum mentem illustret, voluntatemque salutari constantia roboratam ad moral-
bonum semper impellat, expeditiorem efficit simulque tutiorem
nativæ libertatis usum. Ac longe est a veritate alienum, interveniente Deo, minus esse liberos motus voluntarios: nam intima in homine et cum naturali propensione congruens est divinæ vis
gratiæ, quia ab ipso et animi et voluniatis nostræ auctore manat,
à. quo res omnes convenienter naturæ suæ moventur. Immo gratia divina, ut monet Angelicus Doctor, ob hanc causam quod a naturæ opifice proficiscilur, mire nata atque apta est ad tuenda quasque naturas, conservandosque mores, vim, efficientiam Singularum. :
Quæ vero de libertate singulorum dicta sunt, ea ad homines civili inter se societate conjunctos facile transferuntur. Nam quod ratio lexque naturalis in hominibus singulis, idem efficit in consociatis lex humana ad hbonum commune civium promulgata.
— Ex hominum legibus aliæ in eo versantur quod est bonum
malumve naturà atque allerum sequi præcipiunt, alterum fugere
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sa racine, la cause première. Et rien ne saurait être dit ou imaginé de plus absurde et de plus contraire au bon sens que cette assertion : L'homme, étant libre par nature, doit être exempté de toute loi ; car, s’il en était ainsi, il s’en suivrait qu’il est nécessaire pour
la liberté de ne pas s’accorder avec la raison, quand c’est tout le
contraire qui est vrai, à savoir, que l’homme doit être soumis à la loi précisément parce qu'il est libre par nature. Ainsi donc, c’est la loi qui guide l’homme dans ses actions et c’est elle aussi qui, par la sanction des récompenses et des peines, l’attire à bien faire et le détourne du péché.
Telle est, à la tête de toutes, la loi naturelle qui est écrite et gravée dans le cœur de chaque homme, car elle est la raison même de l’homme, lui ordonnant de bien faire et lui interdisant de pécher. Mais cette prescription de la raison humaine ne saurait avoir force de loi, si elle n’était l'organe et l’interprète d’une raison plus haute à laquelle notre esprit et notre liberté doivent obéissance. Le rôle de la loi étant, en effet, d'imposer des devoirs et d'attribuer des droits, elle repose tout entière sur l'autorité, c’est-à-dire sur un pouvoir véritablement capable d'établir ces devoirs et de définir ces droits, capable aussi de sanctionner ses ordres par des peines et des récompenses; toutes choses qui ne pourraient évidemment exister dans l’homme, s’il se donnait à lui-même, en législateur suprême, la règle de ses propres actes. Il suit donc de là que la loi naturelle n’est autre chose que la loi éternelle, gravée chez les êtres doués de raison et les inclinant vers l’acte et la fin qui leur conviennent, et celle-ci n’est elle-même que la raison éternelle du Dieu créateur et modérateur du monde.
A cette règle de nos actes, à ces freins du péché, la bonté de Dieu a voulu joindre certains secours singulièrement propres à affermir, à guider la volonté de l’homme. Au premier rang de ces secours, «excelle la puissance de.la grâce divine, laquelle, en éclairant l'intelligence et en inclinant sans cesse vers le bien moral la volonté salutairement raffermie et fortifiée, rend plus facile à la fois et plus sûr l'exercice de notre liberté naturelle. Et ce serait s’écarter tout à fait de la vérité que de s’imaginer que, par cette intervention de Dieu, les mouvements de la volonté perdent de leur liberté, car l'influence de la grâce divine atteint l’intime de l’homme et s’harmonise avec sa propension naturelle, puisqu'elle a sa source en celui qui est l’auteur et de notre âme et de notre volonté et qui meut tous les êtres d’une manière conforme à leur nature. On peut même dire que la grâce divine, comme le remarque le Docteur Angélique, par là même qu’elle émane de l’auteur de la nature, est
merveilleusement et naturellement apte à conserver toutes les
natures individuelles et à garder à chacune son caractère, son action et son énergie.
Ce qui vient d’être dit de la liberté des individus, il est facile de l'appliquer aux hommes qu'unit entre eux la société civile, car ce que la raison et la loi naturelle font pour les individus, la loi-humaine promulguée pour le bien commun des citoyens, l’accomplit pour les
hommes vivant en société. — Mais, parmi les lois humaines, il en
adjuncta sanctione debita. Sed istiusmodi decreta nequaquam ducunt ab hominum societate principium, quia societas sicut humanam naturam non ipsa genuit, ita pariter nec bonum procreat naturæ conveniens, nec "malum naturæ dissentaneum : sed
potius ipsi hominumsocietati antecedunt, omninoque suntalege
paturali ac propterea a lege æterna repetenda. Juris igitur naturalis præcepta, hominum comprehensa legibus, non vim solum habent legis humanæ, sed præcipue illud multo altius multoque augustius complectuntur imperium, quod ab ipsa legec naturæ et a lege æterna proficiscitur. Et in isto genere legum hoc fere civilis legumlatoris munus est, obedientes facere cives, communi disciplina adhibita, pravos et in vitia promptos coercendo, ut a malo deterriti, id quod rectum est consectentur, aut saltem offensioni noxæque ne sint Civitati,
Alia vero civilis potestatis præscripta non ex naturali juri statim et proxime, sed longius et oblique consequuntur, resque varias definiunt, de quibus non est nisi generalim atque universe naturà cautum. Sic suam conferre operam cives ad tranquillitatem prosperitatemque publicam natura jubet: quantum operæ, quo pacto, quibus in rebus non naturâ sed hominum sapientià constituitur. Jamvero peculiaribus hisce vivendi regulis prudenti ratione inventis, legitimaque potestate propositis, lex humana proprii nominis continetur. Quæ quidem lex ad finem communitati propositum cives universos conspirare jubet, deflectere prohibet : eademque quatenus pedisequa et consentiens est præscriptionibus naturæ, ducit ad ea quæ honesta sunt, a contrariis deterret. Ex quo intelligitur, omnino in æterna Dei lege normam et regulam positam esse libertatis, nec singulorum duntaxat hominum, sed etiam communitatis et conjunctionis humanæ.
Igitur in hominum societate libertas veri nominis non est in eo posita ut agas quod lubet, ex quo vel maxima existeret turba et confusio in oppressionem civitatis evasura, sed in hoc, ut per leges civiles expeditius possis secundum legis æternæ præscripta vivere. Eorum vero qui præsunt non in eo sita libertas est, ut imperare temere ad libidinem queant, quod pariter flagitiosum esset et cum summa etiam reipublicæ pernicie conjunctum, sed humanarum vis legum hæc debet esse, ut ab æterna lege manare intelligantur, nec quidquam sancire quod non in ea, veluti in principio universi juris, contineatur. Sapientissime Augustinus (1): « Simul etiam te videre arbitror, in illa temporali (lege nihil esse justum atque legitimum quod non ex hac æterna (lege sibi homines derivarint ». Si quid igitur ab aliqua potestate san-
(1) De Lib. Arb: L I, c. 4, n, 15.
LE ES DE Minh SES mdr 5h de à LL: -
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est qui ont pour objet ce qui est bon ou mauvais naturellement, ajoutant à la prescription de pratiquer l’un et d'éviter l’autre une sanction convenable. De tels commandements ne tirent aucunement leur origine de la société des hommes; car, de même que ce n'est pas la société qui a créé la nature humaine, ce n’est pas elle qui fait que le bien soit en harmonie et le mal en désaccord avec cette nature; mais tout cela est antérieur à la société humaine ellemême et doit absolument être rattaché à la loi naturelle, et partant à la loi éternelle. Comme on le voit, les préceptes de droit naturel compris dans les lois des hommes n'ont pas seulement la valeur de la loi humaine; mais ils supposent avant tout cette autorité bieu plus élevée et bien plus auguste qui découle de la loi naturelle ellemême et de la loi éternelle. Dans ce genre de lois, l'office du législateur civil se borne à obtenir, au moyen d’une discipline commune, l’'obéissance des citoyens, en punissant les méchants et les vicieux, dans le but de les détourner du mal et de les ramener au bien, ou du moins de les empêcher de blesser la société et de lui être nuisibles.
Quant aux autres prescriptions de la puissance civile, elles ne procèdent pas immédiatement et de plain-pied du droit naturel ; elles en sont des conséquences plus éloignées et indirectes et ont pour but de préciser les points divers sur lesquels la nature ne s'était prononcée que d’une manière vague et générale. Ainsi, la nature ordonne aux citoyens de contribuer par leur travail à la tranquillité et à la prospérité publiques: dans quelle mesure, dans quelles conditions, sur quels objets, c'est ce qu'établit la sagesse des hommes, et non la nature. Or, ces règles particulières de conduite, créées par une raison prudente et intimées par un pouvoir légitime, constituent ce que l’on appelle proprement une loi humaine. Visant la fin propre de la communauté, cette loi ordonne à tous les
citoyens d'y concourir, leur interdit de s’en écarter et, en tant
qu’elle suit la nature et s'accorde avec ses prescriptions, elle nous conduit à ce qui est bien et nous détourne du contraire. Par où l’on voit que c’est absolument dans la loi éternelle de Dieu qu'il faut chercher la règle et la loi de la liberté, non seulement pour les individus, mais aussi pour les sociétés humaines. — Donc, dans une société d'hommes, la liberté digne de ce nom ne consiste pas à faire tout ce qui nous plaît : ce serait dans l'Etat une confusion extrême, un trouble qui aboutirait à l'oppression ; la liberté consiste en ce que, par le secours des lois civiles, nous puissions plus aisément vivre selon les prescriptions de la loi éternelle. Et pour ceux qui gouvernent, la liberté n’est pas le pouvoir de commander au hasard
et suivant leur bon plaisir : ce serait un désordre non moins grave
et souverainement pernicieux pour l'Etat; mais la force des lois humaines consiste en ce qu’on les regarde comme une dérivation de la loi éternelle et qu’il n’est aucune de leurs prescriptions qui n'y soit contenue, comme dans le principe de tout droit. Saint Augustin dit avec une grande sagesse (1): « Je pense que vous voyez » bien aussi que, dans cette loi temporelle, il n’y a rien de juste et » de légitime que les hommes ne soient allés puiser dans la loi
ciatur, quoda principiis rectæ rationis dissideat, sitque reipublicæ perniciosum, vim legis nullam haberet, quia nec regula justitiæ esset, et homines a bono cui nata societas est, abduceret.
Natura igitur libertatis humanæ, quocumque in genere consideretur, tam in personis singulis quam in consociatis, nec minus in 1is qui imperant quam in 1is qui parent, necessitatem complectitur obtemperandi summæ cuidam æternæque rationi, quæ nihil est aliud nisi auctoritas jubentis, vetantis Dei. Atque hoc justissimum in homines imperium Dei tantum abest ut libertatem tollat aut ullo modo diminuat, ut potius tueatur ac perficiat. Suum quippe finem consectari et assequi, omnium naturarum est vera perfeclio : Supremus autem finis, quo libertas aspirare debet humana Deus est.
Hæc verissimæ altissimæque præcepta doctrinæ, vel solo nobis lumine rationis cognita, Ecclesia quidem exemplis doctrinaque divini Aucloris sui erudila passim propagavit, asseruit, quibus ipsis et munus suum metiri, et christianas informare gentes nunquam destitit. In genere morum leges evangelicæ non solum omni ethnicorum sapientiæ longissime præstant, sed plane vocant hominem atque instituunt ad inauditam veteribus sanctitatem, effectumque propiorem Deo simul efficiunt perfectioris compotem libertatis. -
Ita semper permagna vis Ecclesiæ apparuit in custodienda
tuendaque civili et politica hbertate populorum. Ejus in hoc genere enumerare merita nihil attinet. Satis est commemorare,
Servitutem, vetus illud ethnicarum gentium dedecus, operà maxime beneficioque Ecclesiæ deletam. Æquabilitatem juris, veramque inter homines germanitatem primus omnium Jesus Christus asseruit : cui Apostolorum suorum resonuit vox, non esse Judæum, neque Græcum, neque barbarum, neque Scytham, sed omnes in Christo fratres. Tanta est in hac parte tamque cognita Ecclesiæ virtus, ut quibuscumque in oris vestigium ponat exploratum sit, agrestes mores permanere diu non posse, sed immanitati mansuetudinem, barbariæ ienebris lumen veritatis
brevi successurum. [tem populos civiliurbanitate excultos magnis afficere beneficiis nullo tempore Ecclesia desiit, vel resistendo. iniquorum arbitrio, vel propulsandis a capite innocentium et
tenuiorum injuriis, vel demum operà dandâ utrerum publicarum
ea constitutio valeret, quam cives propter æquitatem adamarent, externi propter potentiam metuerent.
Præterea verissimum officium est vereri auctoritatem, at legibus obedienter subesse : quo fit ut virtute vigilantiaque legum ab injuria improborum cives vindicentur. Potestas legitima a Deo est, et qui potestati resistit, Dei ordinationi resishit: quo
Lt
« LIBERTAS PRÆSTANTISSIMUM », 20 JuIN 1888 185
» éternelle. » Supposons donc une prescription d'un pouvoir quel-
conque qui serait en désaccord avec les principes de la droite raison et avec les intérêts du bien public, elle n'aurait aucune force de loi, parce que ce ne serait pas une règle de justice et qu’elle écarterait les hommes du bien pour lequel la société a été formée.
Par sa nature donc et sous quelque aspect qu'on la considère, soit dans les individus, soit dans les sociétés, et chez les supérieurs non moins que chez les subordonnés, la liberté humaine suppose la nécessité d’obéir à une règle suprême et éternelle ; et cette règle n’est autre que l’autorité de Dieu nous imposant ses commandements ou ses défenses; autorité souverainement juste, qui, loin de détruire ou de diminuer en aucune sorte la liberté des hommes, ne fait que la protéger et l'amener à sa perfection, car la vraie perfection de
tout être, c'est de poursuivre et d'atteindre sa fin : or, la fin suprême
vers laquelle doit aspirer la liberté humaine, c'est Dieu.
Ce sont les préceptes de cette doctrine très vraie et très élevée, connus même par les seules lumières de la raison, que l'Eglise, instruite par les exemples et la doctrine de son divin Auteur, a propagés et affirmés partout, et d'après lesquels elle n’a jamais cessé et de mesurer sa mission, et d'informer les nations chrétiennes. En ce qui touche les mœurs, les lois évangéliques, non seulement l’emportent de beaucoup sur toute la sagesse païenne, mais elles appellent l’homme et le forment vraiment à une sainteté inconnue des anciens, et, en le rapprochant de Dieu, elles le mettent en possession d’une liberté plus parfaite, j
C'est ainsi qu'a toujours éclaté la merveilleuse puissance de l'Eglise pour la protection et le maintien de la liberté civile et politique des peuples. Ses bienfaits en ce genre n'ont pas besoin d'être énumérés. Il suffit de rappeler l'esclavage, cette vieille honte des nations païennes, que ses efforts surtout et son heureuse intervention ont fait disparaître. L'équilibre des droits, comme la vraie fraternité entre les hommes, c’est Jésus-Christ qui l'a proclamé le premier ; mais à sa voix a répondu celle de ses Apôtres déclarant qu'il n’y a plus ni Juif, ni Grec, ni barbare, ni Scythe, mais que tous sont frères dans le Christ. Sur ce point, l’ascendant de l'Eglise est si grand et si reconnu que, partout où elle pose le pied, on en a fait l'expérience, la grossièreté des mœurs ne peut subsister longtemps. À la brutalité succède bientôt la douceur, aux ténèbres de la barbarie, la lumière de la vérité. Et les peuples mêmes cultivés et adoucis par la civilisation, l'Eglise n’a jamais cessé de leur faire sentir l'influence de ses bienfaits, résistant aux caprices de l’iniquité, détournant l'injustice de la tête des innocents ou des faibles, et s’employant enfin à établir dans les choses publiques des institutions qui pussent, par leur équité, se faire aimer des citoyens, ou se faire redouter des étrangers par leur puissance.
C'est, en outre, un devoir très réel de respecter le pouvoir et de
se soumettre aux lois justes : d’où vient que l’autorité vigilante des
lois préserve les citoyens des entreprises criminelles des méchants. Le pouvoir légitime vient de Dieu, ef celui qui résiste au pouvoir
résiste à l’ordre établi de Dieu; c'est ainsi que l’obéissance acquiert
modo multum obedientia adipiscitur nobilitatis, cum justissimæ altissimæque auctoritati adhibeatur. — Verum ubi imperandi jus abest, vel si quidquam præcipiatur rationi, legi æternæ, imperio Dei contrarium, rectum est non parere, scilicet hominibus, ut Deo pareatur. Sic præcluso ad tyrannidem aditu, non omnia pertrahet ad se principatus : sua sunt salva jura singulis Civibus sua societati domesticæ, cunctisque reipublicæ membris, data omnibus veræ copia libertatis, quæ in eo est, quemadmo- . dum demonstravimus, ut quisque possit secundum leges rectamque rationem vivere. |
Quod si cum de libertate vulgo disputant, legitimam honestamque intelligerent, qualem modo ratio oratioque descripsit, exagitare Ecclesiam nemo auderet propter illud quod per summam injuriam ferunt, vel singulorum libertati, vel liberæ reipublicæ esse inimicam. — Sed jam permulti Luciferum imitati, cujus est illa nefaria voX non serviam, libertatis nomine, absurdam quamdam consectantur et meracam licentiam. Cujusmodi sunt ex 1lla tam late fusa tamque pollenti disciplina homines, qui se, ducto a libertate nomine, Liberales appellari volunt.
Revera quo spectant in philosophia Vaturalistæ, seu Rationalistæ, eodem in re morali ac civil spectant Liberalismi fautores, qui posita a Vaturalistis principia in môres actionemque vitæ deducunt.
. Jamvero totius rationalismi humanæ principatus rationis caput est : quæ obedientiam divinæ æternæque rationi debitam recusans, suique se juris esse decernens, ipsa sibi sola efficitur summum principium et fons et judex veritatis. [ta 1lli, quos diximus, Fiberalismi sectatores in actione vitæ nullam contendunt esse cui parendum sit, divinam potestatem, sed sibi quemque esse legem : unde ea philosophia morum gignitur, quam independentem vocant, quæ sub specie libertatis ob observantia divinorum præceptorum voluntatem removens, infinitam licentiam solet homini dare.
Quæ omnia in hominum præsertim societate quo tandem evadant, facile est pervidere. Hoc enim fixo et persuaso, homini antistare neminem, conséquitur causam efficientem conciliationis civilis et societatis non in principio aliquo extra aut supra hominem posito, sed in libera voluntate singulorum esse quærendam : potestatem publicam a multitudine velut a primo fonte repetendam, prætereaque, sicut ratio singulorum sola dux et norma agendi privatim est singulis, ita universorum esse oportere universis in rerum geñere publicarum. Hinc plurimum posse plurimos : partemque populi majorem universi juris esse officiique effectricem. |
Sed hæc cum ratione pugnare, ex eis quæ dicta sunt apparet,
& LIBERTAS PRÆSTANTISSIMUM », 20 AuIN 1888 187
une merveilleuse noblesse, puisqu'elle ne s'incline que devant la plus juste et la plus haute des autorités.
Mais, dès que le droit de commander fait défaut, ou que le commandement est contraire à la raison, à la loi éternelle, à l’autorité de Dieu, alors il est légitime de désobéir, nous voulons dire aux hommes, afin d’obéir à Dieu. Ainsi, les voies à la tyrannie se trouvant fermées, le pouvoir ne rapportera pas tout à soi; ainsi sont sauvegardés les droits de chaque citoyen, ceux de la société domestique, ceux de tous les membres de la nation ; et tous enfin participent à la vraie liberté, celle qui consiste, comme nous l'avons démontré, en ce que chacun puisse vivre selon les lois et selon la droite raison.
Que si, dans les discussions qui ont cours sur la liberté, on entendait cette liberté, légitime et honnête, telle que Ja raison et Notre parole viennent de la décrire, nul n'oserait plus poursuivre l'Eglise de ce reproche qu’on lui jette avec une souveraine injustice, à savoir, qu'elle est l’ennemie de la liberté des individus et de la liberté des Etats. Mais il en est un grand nombre qui, à l’exemple de Lucifer, de qui est ce mot criminel : Je ne servirai pas, entendent par le nom de liberté ce qui n’est qu’une pure et absurde licence. Tels sont ceux qui appartiennent à cette école si répandue et si puissante et qui, empruntant leur nom au mot de liberté, veulent être appelés Libéraux. |
Et, en effet, ce que sont les partisans du Nafuralisme et du Rationalisme en philosophie, les fauteurs du Libéralisme le sont dans l'ordre moral et civil, puisqu'ils introduisent dans les mœurs et la pratique de la vie les principes posés par les partisans du Naturalisme. — Or, le principe de tout rationalisme, c’est la domination souveraine de la raison humaine, qui, refusant l’obéissance due à la raison divine et éternelle, et prétendant ne relever que d’ellemême, ne se reconnaît qu'elle seule pour principe suprême, source et juge de la vérité. Telle .est la prétention des sectateurs du Libéralisme dont nous avons parlé ; selon eux, il n’y a dans la pratique de la vie aucune puissance divine à laquelle on soit tenu d’obéir mais chacun est à soi-même sa propre loi. De là procède cette . morale que l'on appelle indépendante et qui, sous l’apparence de la liberté, détournant la volonté de l'observation des divins préceptes, conduit l’homme à une licence illimitée.
Ce qui en résulte finalement, surtout dans les sociétés humaines, il est facile de le voir. Car, une fois cette conviction fixée dans l'esprit, que personne n’a d'autorité sur l’homme, la conséquence est que la cause efficiente de la communauté civile et de la société doit être cherchée, non pas dans un principe extérieur ou supérieur à l’homme, mais dans la libre volonté de chacun, et que la puissance publique émane de la multitude comme de sa source première ; en outre, ce que la raison individuelle est pour l'individu, à
savoir la seule loi qui règle la vie privée, la raison collective doit l'être pour la collectivité dans l’ordre des affaires publiques : de là, la puissance appartenant au nombre, et les majorités créant seules le droit et le devoir. — Mais l'opposition de tout cela avec la
Nullum siquidem vel homini aut societati civili cum Deo creatore ac proinde supremo omnium legislatore intercedere vinculum, omnino naturæ repugnat, nec naturæ hominis tantum, sed rerum omnium procreatarun : quia res omnes effectas cum causa, a qua effectæ sunt, aliquo esse aptas nexu necesse est : omnibusque naturis hoc convenit, hoc ad perfectionem singularum
pertinet, eo se continere loco et gradu, quem naturalis ordo
postulat, scilicet ut ei quod superius est, id quod est inferius subjiciatur et pareat.
Sed præterea est hujusmodi doctrina tum privatis hominibus tum civitatibus maxime perniciosa. Sane rejecto ad humanam rationem et solam et unam veri bonique arbitrio, proprium tollitur boni et mali discrimen; turpia ab honestis non re, sed opinione judicioque singulorum differunt : quod libeat, idem licebit; constitutâque morum disciplinâ, cujus ad coercendos sedandosque motus animi turbidos nulla fere vis, est, Sponte fiet ad omnem vitæ corruptelam aditus. In rebus autem publicis, potestas imperandi separatur a vero naturalique principio, unde omnem haurit virtutem efficientem boni communis : lex de lis quæ facienda fugiendave sunt statuens, majoris multitudinis permittitur arbitrio, quod quidem est iter ad tyrannicam dominationem proclive. Imperio Dei in hominem hominumque-societatem repudiato, consentaneum est nullam esse publice religionem, rerumque omnium quæ ad religionem referantur, incuria maxima consequetur. Similiter opinione principatus armata, facile ad
seditionem turbasque labitur multitudo, frenisque officii et COns-
cientiæ sublatis, nihil præter vim relinquitur : quæ tamen vis tanti non est, ut populares cupiditates continere sola possit.
Quod satis tesiatur dimicatio propemodum quotidiana contra
socialistas, aliosque seditiosorum greges, qui funditus permovere civitates diu moliuntur.
Statuant igitur ac definiant rerum æqui æstimatores, tales doctrinæ proficiantne ad veram dignamque homine libertatem, an potius ipsam pervertant totamque corrumpant.
Certe quidem opinionibus iïs vel ipsa immanitate sua formidolosis, quas a veritate aperte abhorrere, easdemque malorum
maximorum causas esse vidimus, non omnes Ziberalismi fau-
(ores assentiuntur. Quin compulsi veritatis viribus, plures eorum haud verentur fateri, immo etiam ultro affirmant, in vitio esse et plane in licentiam cadere libertatem, si gerere se intemperantius ausit veritate justitiaque posthkabita : quocirca regendam gubernandamque recta ratione esse, et quod consequens
est, juri naturali sempiternæque legi divinæ subjectam esse:
oportere. Sed hic consistendum rati, liberum hominem subesse
& LIBERTAS PRÆSTANTISSIMUM », 20 Juin 1888 189
raison ressort assez de ce qui à été dit. En effet, vouloir qu'il n'y ait aucun lien entre l’homme ou la société civile et Dieu créateur et, par conséquent, suprême législateur de toutes choses, répugne absolument à la nature, et non seulement à la nature de l'homme, mais à celle de tout être créé; car tout effet est nécessairement uni par quelque lien à la cause d’où il procède ; et il convient à toute . | nature et il appartient à la perfection de chacune qu’elle reste au lieu et au rang que lui assigne l’ordre naturel, c'est-à-dire que
l’être inférieur se soumette et obéisse à celui qui lui est supérieur,
. Mais, de plus, une pareille doctrine apporte le plus grand dom- . mage tant à l'individu qu’à la société. Et en réalité, si l’on fait
dépendre du jugement de la seule et unique raison humaine le bien ; -etle mal, on supprime la différence propre entre le bien et le mal; le honteux et l’honnête ne différent plus en réalité, mais . seulement dans l'opinion et le jugement de chacun; ce qui plaît - sera permis. Dès que l’on admet une semblable doctrine morale, qui ne suffit pas à réprimer ou apaiser les mouvements désor- . donnés de l’âme, on ouvre l'accès à toutes les corruptions de la vie. Dans les affaires publiques, le pouvoir de commander se sépare du principe vrai et naturel auquel il emprunte toute sa puis- | sance pour procurer le bien commun; la loi qui détermine ce qu'il . faut faire et éviter est abandonnée aux caprices de la multitude plus d nombreuse, ce qui est préparer la voie à la domination tyrannique. Dès que l’on répudie le pouvoir de Dieu sur l’homme et sur la ! société humaine, il est naturel que la société n’ait plus de religion, et tout ce qui touche à la religion devient dès lors l’objet de la . plus complète indifférence. Armée pareïllement de l’idée de sa .__ souveraineté, la multitude se laissera facilement aller à la sédition | et aux troubles, et le frein du devoir et de la conscience n’existant
plus, il ne reste plus rien que la force, la force qui est bien faible
à elle seule pour contenir les passions populaires. Nous en avons la preuve dans ces luttes presque quotidiennes engagées contre les Socialistes et autres sectes séditieuses qui travaillent depuis si longtemps à bouleverser l'Etat jusque dans ses fondements. Qu'on - juge donc et qu'on prononce, pour peu qu'on ait le juste sens des choses, si de telles doctrines profitent à la liberté vraie et digne de . l’homme, ou si elles n’en sont pas plutôt le renversement et la destruction complète. &
. Sans doute, de telles opinions effrayent par leur énormité même, et leur opposition manifeste avec la vérité, comme aussi l’immensité des maux dont Nous avons vu qu’elles sont la cause, empêchent les
partisans du libéralisme d’y donner tous leur adhésion. Contraints
__ même par la force de la vérité, nombre d’entre eux n'hésitent pas à reconnaître, ils professent même spontanément, qu'en s’aban-
donnant à de tels excès, au mépris de la vérité et de la justice, la
liberté se vicie et dégénère ouvertement en licence; il faut donc qu'elle soit dirigée, gouvernée par la droite raison, et, ce qui est la
conséquence, qu'elle soit soumise au droit naturel et à la loi divine
et éternelle. Mais là ils croient devoir s'arrêter, et ils n’admettent
LETTRES APOSTOLIQUES... DE S. S. LÉON XIII — T. II. à
NU
negant debere legibus, quas imponere Deus velit, alia præter
naturalem via.
Id cum dicunt sibi minime cohærent. Etenim si est, quod paie consentunt nec dissentire potest jure quisquam, si est Dei legis-
latoris obediendum voluntali, quia totus homo in potestate est Dei et ad Deum tendit, consequitur posse neminem auctoritati
ejus legiferæ fines modumve præscribere, quin hoc ipso faciat Contra obedientiam debitam. Immo vero si tantum sibi mens arrogarit humana, ut, quæ et quanta sint tum Deo jura, tum sibi officia, velit ipsa decernere, verecundiam legum divinarum plus retinebit specie quam re, et arbitrium ejus valebit præ auctoritate ac providentia Dei. | OURS ; Necesse esse igitur, vivendi normam constanter religioseque, ut a lege æterna, ita ab omnibus singulisque petere legibus, quas :
Infinite sapiens, infinite potens Deus, qua sibi ratione visum est,
tradidit, quaque nosse tuto possumus perspicuis nec ullo modo
addubitandis notis. Eo vel magis quod istius generis leges, quo-
niam idem habent, quod lex æterna, principium, eumdemque
auctorem, omnino et cum ratione concordant et perfectionem
adjungunt ad naturale jus : eædemque magisterium Dei ipsius
complectuntur, qui scilicet, nostra ne mens neu voluntas in erro-
rem labatur, nutu ductuque suo utramque benigne regit. Sit
igitur sancte inviolateque conjunctum, quod nec dijungi potest
nec debet, omnibusque in rebus, quod ipsa naturalis ratio præci- …
pit, obnoxie Deo obedienterque serviatur. | Mitiores aliquanto sunt, sed nihilo sibi magis constant, qui
aiunt nutu legum divinarum dirigendam utique vitam ac mores esse privatorum, non tamen civitatis : in rebus publicis fas esse :
a jussis Dei discedere, nec ad ea ullo modo in condendis legibus
intueri. Ex quo perniciosum illud gignitur consectarium, civitatis Ecclesiæque rationes dissociari oportere, — Sed hæc quam absurde dicantur, haud difficulter intelligitur. Cum enim clamet ipsa natura, oportere civibus in societate suppetere copias op portunitatesque ad vitam honeste, scilicet secundum Dei leges,
degendam, quia Deus estomnis honestatis justitiæque principium,
profecto illud vehementer repugnat, posse iisdem de legibus
nihil curare, vel etiam quidquam infense statuere civitatem.
Deinde qui populo præsunt, hoc omnino rei publicæ debent, os
ut non solum commodis et rebus externis, sed maxime animi
bonis, legum sapientiä, consulant. Adqui ad istorum incrementa bonorum ne cogitari quidem potest quidquam iis legibus aptius,
quæ Deum habeant auctorem : ob eamque rem qui in regendis … civitatibus nolunt divinarum legum haberi rationem, aberrantem faciunt ab instituto sua et a præscriptione naturæ politicam po- | testatem. Sed quod magis interest, quodque alias Nosmetipsinec
& LIBERTAS PRÆSTANTISSIMUM », 20 JUIN 1888 191
AG à pas que l’homme libre doive se soumettre aux lois qu'il plairait à - Dieu de nous imposer par une autre voie que la raison naturelle. Mais en cela ils sont absolument en désaccord avec eux-mêmes. Car s’il faut, comme ils en conviennent eux-mêmes (et qui pourrait raisonnablement n’en pas convenir?), s'il faut obéir à la volonté de Dieu législateur, puisque l’homme tout entier dépend de Dieu et doit tendre vers Dieu, il en résulte que nul ne peut mettre des bornes ou des conditions à son autorité législative sans se mettre en oppo- sition avec l’obéissance due à Dieu. Bien plus : si la raison humaine s'arroge assez de prétention pour vouloir déterminer quels sont les droits de Dieu et ses devoirs à elle, le respect des lois divines aura chez elle plus d'apparence que de réalité, et son jugement vaudra plus que l'autorité et la Providence divine.
Il est donc nécessaire que la règle de notre vie soit par nous . constamment et religieusement empruntée, non seulement à la loi éternelle, mais à l'ensemble et au détail de toutes les lois que Dieu, dans son infinie sagesse, dans son infinie puissance, et par les . moyens qui lui ont plu, a voulu nous transmettre, et que nous pou- vons connaître avec assurance par des marques évidentes et qui ne laissent aucune place au doute. Et cela d'autant mieux que ces sortes de lois, ayant le même principe, le même auteur que la loi éternelle, ne peuvent nécessairement que s’harmoniser avecla raison etperfectionner le droit naturel; d’ailleurs, nous y trouvons renfermé . le magistère de Dieu lui-même, qui, pour empêcher notre intelli- gence et notre volonté de tomber dans l'erreur, les conduit l’une et l’autre et les guide par la plus bienveillante des directions. Laissons donc saintement et inviolablement réuni ce qui ne peut, ne doit être séparé, et qu’en toutes choses, selon que l’ordonne la raison natu- relle elle-même, Dieu nous trouve soumis et obéissants à ses lois. . D’autres vont un peu moins loin, mais sans être plus conséquents avec eux-mêmes; selon eux, les lois divines doivent régler la vie et la conduite des particuliers, mais non celle des Etats; 1l est permis … dans les choses publiques de s’écarter des ordres de Dieu et de légi- férer sans en tenir aucun compte; d’où naît cette conséquence per- nicieuse de la séparation de l’Église et de l'Etat. — Mais l’absurdité -de ces opinions se comprend sans peine. Il faut, la nature même le crie, il faut que la société donne aux citoyens les moyens et les facilités de passer leur vie selon l'honnêteté, c'est-à-dire selon les lois de Dieu, puisque Dieu est le principe de toute honnêteté et de toute justice; il répugnerait donc absolument que l'Etat püût se . désintéresser de ces mêmes lois ou même aller contre elles en quoi
FUe CESOTR Er AT MA EN De plus, ceux qui gouvernent les peuples doivent certainement à Ja chose publique de lui procurer, par la sagesse de leurs lois, non seulement les avantages et les biens du dehors, mais aussi et surtout les biens de l’âme. Or, pour accroître ces biens, on ne saurait rien imaginer de plus efficace que ces lois dont Dieu est l’auteur : et c'est pour cela que ceux qui veulent, dans le gouvernement des Etats, ne tenir aucun compte des lois divines, détournent vraiment la puissance politique de son institution et de l’ordre prescrit par la
” 192 RENE | ENGYaLIQUE DE S. S. LÉON. NT
semel monuimus,. quamvis principatus NE non Lou, quo 2 sacer, proxime spectet, nec iisdem eat itineribus, in potestate
tamen gerenda obviam esse interdum alteri alternecessario debet. Est enim utriusque in eosdem imperium, nec raro fit, ut iisdem de rebus uterque, etsi non eadem ratione, decernat. TL quotiescumque usuveniat, cum confligere absurdum sit, Sapientissimæque voluntati Dei aperte repugnet, quemdam esse modum atque …
- ordinem necesse est, ex quo, causis contentionum certationum-
Fe
que sublatis, ratio concors in agendis rebus existat. Et hujusmodi
concordiam non inepte similem conjunctioni dixere, quæ anis mum inter et corpus intercedit, idque commodo utriusque
- partis : quarum distractio nominatim est perniciosa NOpORE
L quippe cujus vitam extinguit.
Quæ quo melius appareant, varia libertatis incrementa, quæ nostræ quæsita ætati feruntur, separatim considedari oportet. < — Ac primo illud in singulis personis videamus, quod est tantopere virtuti religionis contrarium, scilicetde libertate, utiloquun-
tur cultus. Quæ hoc est veluti fundamento constituta, integrum
cuique esse, aut quam libuerit, aut omnino nullam profiteri reli-
gionem. — Contra vero ex omnibus hominum officiis illud est
sine dubilatione maximum ac sanctissimum, quo pie religioseque Deum colere homines jubemur. Idque necessario ex eo consequitur, quod in Dei potestate perpeluo sumus, Dei numine providentiaque gubernamur, ab eoque profecti ad eum reverti debemus.
Huc accedit, virtutem veri nominis nullam esse sine A posse : virtus enim moralis est, cujus officia versantur in ls quæ ducunt ad Deum, quatenus homini est sammum atque ultimum bonorum ; ideoque religio quæ operatur ea, quæ directe et immediate ordinantur in honorem divinum 1h cunctarum
princeps est moderatrixque virtutum. Ac si quæratur, cum plures
et inter se dissidentes usurpentur religiones, quam sequi unam
ex omnibus necesse sit, eam certe ralio et natura respondent,
quam Deus jusserit, quam ipsam facile homines queant noûs
quibusdam exterioribus agnoscere, quibus eam distinxisse divina providentia voluit, quia in re tanti momenti summæ errorem.
ruinæ essent consecuteræ. Quapropter oblatailla, dequaloquimur, |
libertate, hæc homini potestas tribuitur, ut officium sanctissiMmum impune pervertat vel deserat, ideoque ut aversus ab incommutabili bono sese ad malum convertat: quod, sicut diximus, non libertas sed depravatio libertalis est, et abjecti in pousse animi servitus. ,
Eadem libertas si consideretur in civitatibus, hoc sane vull,
(4). Th, 1 210 qu LAXXL à. 6,
OUEN NN A f LA
| & LIBERTAS PRÆSTANTISSIMUM », 20 1uIN 1888 198
nature. Mais une remarque plus importante et que Nous avons Nousmême rappelée plus d'une fois ailleurs, c’est que le pouvoir civil et le pouvoir sacré, bien que n’ayant pas le même but et ne marchant pas par les mêmes chemins, doivent pourtant, dans l’accomplissement de leurs fonctions, se rencontrer quelquefois l’un et l’autre. Tous deux, en effet, exercent plus d’une fois leur autorité sur les mêmes objets, quoique à des points de vüe différents. Le conflit, - dans cette occurrence, serait absurde et répugnerait ouvertement à l'infinie sagesse des conseils divins : il faut donc nécessairement! qu'il y ait un moyen, un procédé pour faire disparaître les causes de contestations et de luttes et établir l’accord dans la pratique. Et » cet accord, ce n’est pas sans raison qu'on l'a comparé à l’union qui existe entre l'âme et le corps, et cela au plus grand avantage des deux conjoints, car la séparation est particulièrement funeste au
Ne.
Ce.
corps, puisqu'elle le prive de la vie. ; Mais, pour mieux mettre en lumière ces vérités, il est bon que . nous considérions séparément les diverses sortes de libertés que l'on donne comme des conquêtes de notre époque. — Et d'abord, à propos des individus, examinons cette liberté si contraire à la vertu - de religion, la liberté des cultes, comme on l'appelle, liberté qui repose sur ce principe qu'il est loisible à chacun de professer telle . religion qui lui plaît, ou même de n’en professer aucune. — Mais, tout au contraire, c'est bien là, sans nul doute, parmi tous les à devoirs de l'homme, le plus grand et le plus saint, celui qui ordonne à l'homme de rendre à Dieu un culte de piété et de religion. Et ce | devoir n'est qu'une conséquence de ce fait que nous sommes per- pétuellement sous la dépendance de Dieu, gouvernés par la volonté … et la Providence de Dieu, et que, sortis de lui, nous devons retourner Lo alu. |
Il faut ajouter qu'aucune vertu digne de ce nom ne peut exister sans la religion, car la vertu morale est celle dont les actes ont pour objet tout ce qui Nous conduit à Dieu considéré comme notre - suprême et souverain bien; et c’est pour cela que la religion, qui - « accomplit les actes ayant pour fin directe et immédiate l'honneur divin » (1), est la reine à la fois et la règle de toutes les vertus. Et si l’on demande, parmi toutes ces religions opposées qui ont cours, laquelle il faut suivre à l'exclusion des autres, la raison et la nature . s'unissent pour nous répondre : celle que Dieu a prescrite et qu'il . est aisé de distinguer, grâce à certains signes extérieurs par lesquels la divine Providence a voulu la rendre reconnaissable, car, dans une chose de cette importance, l'erreur entraînerait des conséquences trop désastreuses. C’est pourquoi offrir à l'homme la liberté dont Nous parlons, c’est lui donner le pouvoir de dénaturer impu- - nément le plus saint des devoirs, de le déserter, abandonnant le bien immuable pour se tourner vers le mal : ce qui, nous l’avons dit, n'est plus la liberté, mais une dépravation de la liberté et une servitude de l’âme dans l’abjection du péché.
Envisagée au point de vue social, cette même liberté veut que
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… nihil esse quod ullum Deo culitum civitas débat aut adhiheh * publice velit : nullum anteferri alteri, sed æquo jure omnes
haberi opertere, nec habita ratione populi, si populus catholicum. .profiteatur nomen. Quæ ut recta essent, verum esse oporteret, civilis hominum communitatis officia adversus Deum aut nulla esse, aut impune solvi posse : quod est utrumque aperte falsum.
Etenim dubitari non potest quin sit Dei voluntate inter homines .
conjucta societas, sive partes, sive forma ejus spectetur quæ est
. auctoritas, sive causa, sive earum, quas homini parit, magna- . rum utilitatum copia. Deus est, qui hominem ad congregationem genuit atque in cætu sui similium collocavit, ut quod natura ejus
‘desideraret, nec ipse assequi solitarius potuisset, in consociatione reperiret. Quamobrem Deum civilis societas, quia societas est, parentem et auctorem suum agnoscat necesse est, atque
ejus potestatem dominatumque vereatur et colat. Vetat. igitur
” justilia, vetat ratio atheam esse vel, quod in atheismum recideret,
erga varias, utloquuntur, religiones pari modo affectam cvorss ; eademque singulis ; jura promiscue largiri.
Cumigitur sit unius religionis necessaria in civitate professio, profiteri eam oportet quæ unice Vera est, quæque non difficulter, præsertim in civitatibus catholicis, agnoscitur, cum in ea tan-°
quam insignitæ notæ veritatis appareant. Itaque hanc, qui rempublicam gerunt, conservent, hanc tueantur, si volunt prudenter atque utiliter, ut debent, civium communitati consulere. Publica
enim potestas propter eorum qui reguntur utilitatem constituta
est; et quamquam hoc proxime spectat, duducere cives ad hujus. :
quæ in terris degitur, vitæ prosperitatem, tamen non minuere, sed augere homini debet facultatem adipiscendi summum illud atque extremum bonorum, in quo felicitas hominum sempiterna
consistit;, quo perveniri non potest religione neglecta.
Sed hæc alias uberius exposuimus : in præsentia id animad-
verti tantum volumus, istiusmodi libertatem valde obesse veræ . cum eorum qui regunt, tum qui reguntur, libertati. Prodest
autem mirifice religio, quippe quæ primum ortum potestatis
a Deo ipso repetit, gravissimeque principes jubet, officiorum sa
suorum esse memores, nihil injuste acerbeve imperare, benigne
ac fere cum caritate paterna populo præesse. Éadem potestati … legitimæ cives vult esse subjectos, ut Dei ministris ; eosque cum rectoribus reipublicæ non obedientià solum, sed verecundià et. amore conjungit, interdictis seditionibus, cunctisque incæptis quæ ordinem tranquillitatemque publicam perturbare queant,
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€ LIBERTAS PRÆSTANTISSIMUM », 20 JUIN 1888 195
l'Etat ne rende aucun culte à Dieu, ou n'autorise aucun culte . public; que nulle religion ne soit préférée à l’autre, que toutes - soient considérées comme ayant les mêmes droits,sans même avoir égard au peuple, lors même que ce peuple fait profession de catho- 4 licisme. Mais, pour qu'il en füt ainsi, il faudrait que vraiment la communauté civile n’eût aucun devoir envers Dieu, ou qu’en
ayant, elle pût impunément s’en affranchir; ce qui est également et * mañifestement faux. On ne saurait mettre en doute, en effet, que . la réunion des hommes en société ne soit l’œuvre de la volonté de Dieu, et cela qu’on la considère dans ses membres, dans sa forme qui est l'autorité, dans sa cause ou dans le nombre et l'importance des avantages qu'elle procure à l’homme. C’est Dieu qui a fait l’homme pour la société et qui l’a uni à ses semblables, afin que les besoins de sa nature, auxquels ses efforts solitaires ne pourraient donner satisfaction, pussent la trouver dans l'association. C’est pourquoi la société civile, en tant que société, doit nécessairement - reconnaître Dieu comme son principe et son auteur, et, par consé- __ quent, rendre à sa puissance et à son autorité l'hommage de son culte. Non, de par là justice ; non, de par la raison, l'Etat ne peut __ être athée, ou, ce qui reviendrait à l’athéisme, être animé à l'égard de toutes les religions, comme on dit, des mêmes dispositions, et leur accorder indistinctement les mêmes droits. — Puisqu'il est donc nécessaire de professer une religion dans la société, il faut professer celle qui est la seule vraie et que l’on reconnaît sans peine, au moins dans les pays catholiques, aux signes de vérité dontelle porte en elle l’éclatant caractère. Gette religion, les chefs de l'Etat doivent donc la conserver et la protéger, s'ils veulent, comme ils en ont l'obligation, pourvoir prudemment et utilement aux intérêts de la communauté. Car la puissance publique a été # établie pour l'utilité de ceux qui sont gouvernés, et quoiqu'’elle . n'ait pour fin prochaine que de conduire les citoyens à la prospé- … rité de cette vie terrestre, c’est pourtant un devoir pour elle de ne point diminuer, mais d'accroître, au contraire, pour homme la faculté d'atteindre à ce bien suprême et souverain dans lequel consiste l'éternelle félicité des hommes, ce qui devient impossible - sans la religion. | tr Mais Nous avons dit ailleurs tout cela plus en détail: la seule remarque que Nous voulons faire pour le moment, c’est qu’une ‘liberté de ce genre est ce qui porte le plus de préjudice à la liberté véritable, soit des gouvernants, soit des gouvernés. La religion, au contraire, lui est merveilleusement utile, parce qu'elle fait remonter jusqu’à Dieu même l’origine première du pouvoir; qu’elle impose avec une très grave autorité aux princes l'obligation de ne point oublier leurs devoirs; de ne point commander avec injustice ou ureté, et de conduire les peuples avec bonté et presque avec un mour paternel. un RES
… D'autre part, elle recommande aux citoyens, à l'égard de la puisce légitime, la soumission comme aux représentants de Dieu; s unit aux chefs de l'Etat par les liens, non seulement de sance, mais du respect et de l'amour, leur interdisant la DAT
AE
re tutior, quo frena licentiæ majora.
195 TA | ENGYGLIQUE DES ae ur ti Ru
quæque Fa causam afferunt cur' Re frénis libertas.
civium constringatur. Prætermittimus quantum religio bonis moribus conducat, et quantum libertati mores boni. Nam ratio
ostendit, et historia confirmat, quo sint melius moratæ, e0 plus “
libertate et opibus et imperio valere civitates.
here aliquid consideretur de libertate Lui formisque Ht- * terarum quodcumque libeat exprimendi. Hujus profecto non.
. modice temperatæ sed modum et finem transeuntis libertatis jus esse non posse, vix attinet dicere. Est enim jus facultas moralis,
quam, ut diximus sæpiusque est dicendum, absurdum est exis-
iimare, veritati et mendacio, honestati et turpitudini promiscue et communiter natura data. Quæ vera, quæ honesta sunt, ea
libere prudenterque in civitate propagari jus est, ut ad quam- . plures pertineant ; opinionum mendacia, quibus nulla menticapi-
talior pestis, item vitia quæ animum moresque corrumpunt, . æquum est auctoritate publica diligenter coerceri, ne serpere ad
perniciem reipublicæ queant. Peccata licentis ingenii, quæ sane
TR oppressionem cadunt multitudinis imperatæ, rectum est auc-
toritate legum non minus coerceri, quam illatas per vim imbecillioribus injurias. Eo magis quod civium pars longe maxima
præstigias cavere captionesque dialecticas præsertim quæ blandiuntur cupiditatibus, aut non possunt omnino, aut sine summa
difficultate non possunt. Permissa cuilibet loquendi scribendique infinita licentia, nihil est sanctum inviolatumque permansurum:
ne illis quidem parcetur maximis Verissimisque naturæ judictis,
quæ habenda sunt velut commune idemque nobilissimum humani
generis patrimonium. Sic sensim obducta tenebris veritate, id
quod sæpe contingit, facile dominabitur opinionum error perni-
ciosus et multiplex. Qua ex re tantum capiet licentia commodi, quantum detrimenti libertas ; eo enim est major futura libertas a
At vero de robe opinabilibus disputationi hominum a Deo permissis utique quod placeat sentire, quodque sentiatur, libere eloqui concessum est, non repugnante natura: talis enim libertas nunquam homines ad opprimendam veritatem, ne ad inda-
Fe ac ee conan deducit.
De ea, quam ut ae nominant, oportet non dissi- 10 mili ratione judicare. — Cum dubium esse non possit quin … imbuere animos sola veritas debeat quod i in ipsa pt ; paturarum bonum est et finis et perfectio sita Die non debet. 4
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PALAIS révolte et toutes les entreprises qui peuvent troubler l'ordre et la tranquillité de l'Etat, et qui, en résumé, donnent occasion de comprimer, par des restrictions plus fortes, la liberté des citoyens. Nous ne disons rien des services rendus par la religion aux bonnes mœurs et, par les bonnes mœurs, à la liberté même. Un fait prouvé par la raison et que l’histoire confirme, c'est que la liberté, la prospérité et la puissance d'une nation grandissent en proportion de sa moralité. SV TUSe
. Et maintenant, poursuivons ces considérations au sujet de la = liberté d'exprimer par la parole ou par la presse tout ce que l'on … veut: Assurément, si cette liberté n’est pas justement tempérée, si elle dépasse le terme et la mesure, une telle liberté, il est à peine besoin de le dire, n’est pas un droit, car le droit est une faculté morale, et, comme nous l'avons dit et comme on ne peut trop le redire, il serait absurde de croire qu'elle appartient naturellement, et sans distinction ni discernement, à la vérité et au mensonge, au bien et au mal. Le vrai, le bien, on a le droit de les propager dans - l'Etat avec une liberté prudente, afin qu'un plus grand nombre en profite; mais les doctrines mensongères, peste la plus fatale de toutes pour l'esprit; mais les vices qui corrompent le cœur et les
mœurs, il est juste que l’autorité publique emploie à les réprimer sa sollicitude, afin d'empêcher le mal de s'étendre pour la ruine de Ja société. Les écarts d’un esprit licencieux, qui, pour la multitude
ignorante, deviennent facilement une véritable oppression, doivent justement être punis par l'autorité des lois, non moins que les attentats de la violence commis contre les faiblés. Et cette répression est d'autant plus nécessaire que contre ces artifices de style et ces subtilités de dialectique, surtout quand tout cela flatte les * passions, la partie sans contredit la plus nombreuse de la population . ne peut en aucune façon, ou ne peut qu'avec une très grande diffi- culté se tenir en garde. Accordez à chacun la liberté illimitée de parler et d'écrire, rien ne demeure sacré etinviolable, rien ne sera . épargné, pas même ces vérités premières, ces grands principes
@ LIBERTAS PRÆSTANTISSIMUM », 20 un 1888
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naturels que l’on doit considérer comme un noble patrimoine
commun à toute l'humanité. Ainsi, la vérité est peu à peu envahie par les ténèbres, et l'on voit, ce qui arrive souvent, s'établir avec . facilité la domination des erreurs les plus pernicieuses et les plus diverses. Tout ce que la licence y gagne, la liberté le perd; car on verra - toujours la liberté grandir et se raffermir à mesure que la licence
- sentira dayantage le frein.
Mais s'agit-il de matières libres que Dieu a laissées aux disputes des hommes, à chacun il est permis de se former une opinion et de l’exprimer librement; la nature n'y met point d’obstacle, car, par cette opinion une telle liberté, leshommes ne sont jamais conduits à opprimer la vérité, et elle est souvent une occasion de la rechercher et de la faire connaître. à :
Quant à ce qu'on appelle liberté d'enseignement, il n’en faut pas juger d’une facon différente. Il n’y a que la vérité, on n’en saurait « douter, qui doit entrer dans les âmes, puisque c’est en elle que les no s intelligentes trouvent leur bien, leur fin, leur perfection ;
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| ENCYCLIQUE DE 8. $. on xur
-doctrina nisi vera præcipere, idque tum is qui nesciant, tan
; - qui sciant, scilicet ut cognitionem veri alteris afferat, in alteris Aide:
tueatur. Ob eamque causam eorum, qui præcipiunt, plane officium est eripere ex animis errorem, et ad Opinionum fallacias | obsepire certis præsidiis viam. Igitur apparet, magnopere cum ralione pugnare, ac natam esse pervertendis funditus mentibus
. illam, de qua institutus est sermo, libertatem, quaténus sibi vult
cn pro arbitratu docendi licentiam : quam quidem licen-. / tiam civitati dare publica potestas, salvo officio, non potest. Eo.
do vel magis quod magistrorum apud auditores multum valet auc-
toritas, et Verane sint, quæ a doctore traduntur, raro RHONE ci
dijudicare per se ipse discipulus potest.
Quamobrem hanc quoque libertatem, ut honesta Ph certis finibus circumscriptam teneri necesse est: nimirum ne fier impune possit, ut ars docendi in instrumentum corruptelæ vertatur. — Veri autem, in quo unice versari præcipientium doctrina debet, unum est naturale genus, supernaturale alterum. Ex veritatibus naturalibus, cujusmodi sunt principia naturæ, et ea quæ, ex illis proxime ratione ducuntur, existit humani generis velut : 7 commune patrimonium : in quo, tanquam fundamento firmissimo, cum mores et justitia et religio, aique ipsa conjunctio societatis humanæ nitatur, nihil tam impium esset tamque stolide inhumanum, quam illud violari ac diripi impune sinere.
Nec minore conservandus religione maximus. sanctissimusque
thesaurus earum rerum quas Deo auctore cognoscimus. Argumentis muliis et illustribus, quod sæpe Apologetæ consueverunt, præcipua quædam capita constituuntur cujusmodi ïlla sunt; quædam esse a Deo divinitus tradita : Unigenitum Dei Filium
carnem factum, ut testimonium perhiberet veritali: perfectam de quamdam ab eo conditam societatem, nempe Ecclesiam, cujus
ipsemet caput est, ei quacum usque ad consummationem ‘sæculi. . se futurum esse promisit. Huic societati commendatas omnes, quas ille docuisset, veritates voluit, hac lege, ut eas ipsa custo- diret tueretur, legitima cum auctoritate explicaret: unâque simul jussit, omnes gentes Ecclesiæ suæ, perinde ac sibimetipsi, dicto ,
audientes esse: qui secus facerent interitu perditum iri sempi-
terno. Qua ratione plane constat, optimum homini esse certissi- : mumque magistrum Deum, omnis fontem ac principium veritatis, item Ünigenitum, qui est in sinu Patris, viam, lucem veram quæ illiminat omnem hominem, et ad cujus disciplinam docibiles
‘ ‘esse omnes homines oportet : Et erunt omnes docibiles Dei (1 RS Sed in fide atque in institutione morum, divini magisterii
Ecclesiam fecit Deus ipse participem, eamdemque divino ejus.
(1) Joan. VI, 45.
je uM », 20 juin 1888 :1E99 c'est pourquoi l’enseignement ne doit avoir pour objet que des choses vraies, et cela qu'il s'adresse aux ignorants ou aux savants, afin qu'il apporte aux uns la connaissance du vrai, que dans les autres, il l'affermisse. C’est pour ce motif que le devoir de qui- conque se livre à l’enseignement est, sans contredit, d’extirper l'erreur des esprits et d'opposer des protections sûres à l’envahissement des fausses opinions. Ilest donc évident que la liberté dont nous traitons, en s’arrogeant le droit de tout enseigner à sa guise, est en contradiction flagrante avec la raison et qu'elle est née pour produire un renversement complet dans les esprits; le pouvoir public ne peut accorder une pareille licence dans la société qu'au mépris de son devoir. Gela est d'autant plus vrai que l’on sait de quel poids est pour les auditeurs l’autorité du professeur, et combien il est rare qu'un disciple puisse juger par lui-même de la vérité de
| « LIBERTAS PRÆSTANTISSIM
l’enseignement du maître.
C’est pourquoi cette liberté aussi, pour demeurer honnête, a besoin d’être restreinte dans des limites déterminées; il ne faut pas que l’art de l’enseignement puisse impunément devenir un instrument de corruption. — Or, la vérité qui doit être l'unique objet de l’enseignement est de deux sortes : il y a la vérité naturelle et la vérité surnaturelle. Les vérités naturelles, auxquelles appartiennent . les principes de la nature et les conclusions prochaines que la raison en déduit, constituent comme le commun patrimoine du genre humain; elles sont comme le solide fondement sur lequel reposent les mœurs, la justice, la religion, l'existence même de la société humaine ; et ce serait dès lors la plus grande des impiétés, la plus … inhumaiïine des folies, que de les laisser impunément violer et détruire. — Mais ilne faut pas mettre moins de scrupules à conserver le grand et sacré trésor des vérités que Dieu lui-même nous a fait connaître. Par un grand nombre d'arguments lumineux, souvent … répétés par les apologistes, certains points principaux de doctrine … ontétéétablis, parexemple:il ya unerévélation divine; le Fils unique . de Dieu s’est fait chair pour rendre témoignage à la vérité; par lui, une société parfaite a été fondée, à savoir : l'Eglise, dont il est lui- . même le Chef et avec laquelle il a promis de demeurer jusqu’à la consommation des siècles. Er
/ A cette société 1l a voulu confier toutes les vérités qu'il avait enseignées, avec mission de les garder, de les défendre, de les développer avec une autorité légitime ; et, en même temps, il a ordonné à toutes les nations d’obéir aux enseignements de son Eglise comme à luimême, avec menace de la perte éternelle pour ceux qui y contreviendraient. D'où il ressort clairement que le maître le meilleur et leplus sûr à l’homme, c’est Dieu, source et principe de toute vérité; c’est le Fils unique qui est dans le sein du Père, voie, vérité, vie, __ lumière véritable qui éclaire tout homme, et dont l’enseignement doit avoir tous les hommes pour disciples ; ef ils seront tous enseiones der Dieu (1). NT ES A Mais, pour la foi et la règle des mœurs, Dieu a fait participer l'Eglise à son divin magistère et lui a accordé le divin privilège de