‹ Lettres apostoliques des S.S. Léon XIIIChapitre 75 sur 85 · SAPIENTIÆ CHRISTIAN », 10 JANVIER · texte numérisé non relu

SAPIENTIÆ CHRISTIAN », 10 JANVIER

chrétiens du monde nier qu ‘une seule doctrine, un seul Seigneur, une seule foi (1). Ayant entre eux le méme espril de foi (2), ils possè- | dent le principe tutélaire d’où découlent, comme d'elles-mêmes, l'union des volontés et l’uniformité dans la conduite. Mais, ainsi que l’ordonne l'apôtre saint Paul, cette unanimité "à doit être parfaite.

La foi chrétienne ne repose pas sur l'autorité de la raison humaine, mais sur celle de la raison divine; car ce que Dieu nous a révélé, « nous ne croyons pas à cause de l'évidence intrinsèque de 4 la vérité, perçue par la lumière naturelle de notre raison, mais . » à cause ‘de l'autorité de Dieu, qui révèle et qui ne peut ni se . » tromper, ni nous tromper (3) ». Il résulte de là que, quelles que soient les choses manifestement contenues dans la révélation de - Dieu, nous devons donner à chacune d'elles un égal et entier assene timent. Refuser de croire à une seule d’entre elles équivaut, en soi, à les rejeter toutes. Car ceux-là détruisent également le fondement de la foi qui nient que Dieu ait parlé aux hommes, ou qui mettent - en doute sa vérité et sa sagesse infinie.

. Quant à déterminer quelles doctrines sont renfermées dans cette révélation divine, c’est la mission de l'Eglise enseignante, à laquelle . Dieu a confié la garde et l'interprétation de sa parole : dans l'E Eglise, le docteur suprême est le Pontife Romain. L'union des esprits réclame donc, avec un parfait accord dans la même foi, une par- faite soumission et obéissance des volontés à l'Eglise et au Pontife Romain, comme à Dieu lui-même. | . L'obéisance doit être parfaite, parce qu'elle appartient à l’essence de la foi, et elle à cela de commun avec la foi qu’elle ne peut pas être partagée. Bien plus, si elle n’est pas absolue et parfaite de 4 tout point, elle peut porter encore le nom d’obéissance, mais elle | n'a plus rien de commun avec elle. La tradition chrétienne attache . un tel prix à cette perfection de l’obéissance, qu'elle en a toujours fait et en fait toujours le signe caractéristique auquel on peut reconnaître les catholiques. C'est ce que saint Thomas d'Aquin explique d'une manière admirable dans le passage suivant : « L'objet formel de la foi est la vérité première, en tant qu'elle - » est manifestée dans les Saintes Ecritures et dans la doctrine de » l'Eglise, qui procède de la vérité première. IL suit de là que . » quiconque n'adhère pas, comme-à une règle infaillible et divine, »à la doctrine de l'E Eglise, qui procède de la vérité première mani- » festée dans les saintes Ecritures, n’a pas la foi habituelle, mais - » possède autrement que par la foi les choses qui sont de son . » domaine... Or, il est manifeste que celui qui adhère à la doctrine n .» de l'Eglisé, comme à une règle infaillible, donne son assentiment * » à tout ce que l'Eglise enseigne ; autrement, si, parmi les choses . » que l'Eglise enseigne, il retient ce qu'il lui plaît et exclut ce qui - » ne lui plait pas, il adhère à sa propre volonté et non à la doctrine » de l'Eglise, en tant qu’elle est une règle infaillible (4). La foi de » toute l'Eglise doit être une, selon cette parole de saint Paul aux » Corinthiens (E Gor., D) : on en un même langage et qu il n'y ai

rœæest, ut sic ejus sententia a tota Ecclesia firmiter teneatur.…

Et ideo ad Ssolam auctoritatem Summi Pontificis pertinet

nova editio Symboli, sicut et omnia alia, quæ pertinent ad totam

Ecclesiam (1).

In constituendis obedentiæ finibus, nemo arbitretur, sacrorum

Pastorum maximeque romani Pontificis auctoritati parendum in

eo dumtaxat esse, quod ad dogmata pertinet, quorum repudiatio pertinax dijungi ab hæreseo flagitio non potest. Quin etiam

neque satis est sincere et firmiter assentiri doctrinis, quæ ab

Ecclesia, etsi solemni non definitæ judicio, ordinario tamen et universali magisterio tamquam divinitus revelatæ credendæ

proponuntur : quas fide catholica et divina credendas Concilium

Vaticanum decrevit. Sed hoc est præterea in officiis christiano-

rum ponendum, ut potestate ductuque Episcoporum imprimisque .

-Sedis Apostolicæ regi se gubernarique patiantur. Quod quidem

quam sit consentaneum, perfacile apparet. Nam quæ divinis

oraculis continentur, ea Deum partim attingunt, partim ipsum hominem 1temque res ad sempiternam hominis salutem neces-

sarias. Jamvero de utroque genere, nimirum et quid credere …

oporteat et quid agere, ab Ecclesia jure divino præcipitur, uti

diximus, atque in Ecclesia a Pontüfice maximo. Quamobrem

judicare posse Pontifex pro auctoritate debet quid eloquia divina contineant, quæ cum eis doctrinæ concordent, quæ discrepent: eademque ratione ostendere quæ honesta sint, quæ turpia: quid agere, quid fugere, salutis adipiscendæ causa, necesse sit:

aliter enim nec eloquiorum Dei certus Des nec dux ad

vivendum tutus ille esse homini posset. | Altius præterea intrandum in Écclesiæ Dee quippe quæ non est christianorum, ut fors tulit, nexa communio, sed excel-

lenti témperatione divinitus constituta societas, quæ illuc recta

proximeque spectat, ut pacem animis ac sanctitat m afferat :

cumque res ad id necessarias divino munere sola possideat, cer- |

tas habet leges, certa officia, atque in populis christianis moderandis rationem viamque sequitur naturæ suæ consentaneam.—

Sed istiusmodi regiminis difficilis est et cum frequenti offen- | sione Cursus. Gentes enim Ecclesia regit per cunclos terrarum

tractus disseminatas, genere differentes moribusque| quas, cum

in sua quæque republica suis Jegibus vivant, civili simul ac

sacræ potestali officium est subesse. Quæ officia in bi sonis conjuncta reperiuntur, non vero pugnantia, ti neque confusa, quia alternum genus ad prosperitatém pertinet civitalis, alterum ad commune Ecclesiæ bonum, utrumque pariendæ hominum perfectioni natum.

(1) 1b. Quæst. I, art X.

Lau Col PACE

ASE F ' s5 UND TE 6, 3

« SAPIENTLE GRISTANE >, 10. JANVIER 1890 281

» » gardée qu’ à la condition que les questions qui surgissent sur la » foi soient résolues par celui qui préside à l'Eglise tout entière, et ÿ que sa sentence soit acceptée par elle avec fermeté. C'est pour- - » quoi à l'autorité du Souverain Pontife seul il appartient de » publier un nouveau symbole, comme de décerner toutes les » autres choses qui regardent l'Église universelle (1). » Lorsqu'on trace les haites de l’obéissance due aux pasteurs des âmes et surtout au Pontife Romain, il ne faut pas penser qu'elles #e renferment seulement les dogmes auxquels l'intelligence doit . adhérer et dont le rejet opiniâtre constitue le crime d’hérésie. Il ne suffirait même pas de donner un sincère et ferme assentiment aux doctrines qui, sans avoir été jamais définies par aucun jugement solennel de l'Eglise, sont cependant proposées à notre foi, par son magistère ordinaire et universel, comme étant divinement révélées, et qui, d'après le Concile du Vatican, doivent être crues de foi 3 catholique et divine. Il faut, en outre, que les chrétiens considèrent comme un devoir de se laisser régir, gouverner et guider par l’autorité des évêques, et surtout par” celle du Siège Apostolique. Combien cela est raisonnable, il est facile de le "démontrer. En … effet, parmi les choses contenues dans les divins oracles, les unes L''s0 rapportent à Dieu, principe de la béatitude que nous espérons, et les autres à l’ homme lui-même et aux moyens d'arriver à cette béatitude. Il appartient de droit divin à l'Eglise et, dans l'Eglise, au Pontife Romain, de déterminer dans ces deux ordres ce qu'il faut croire et ce qu 1 faut faire. Voilà pourquoi le Pontife doit pouvoir juger avec autorité de ce que renferme la parole de Dieu, décider cuelles doctrines concordent avec elle et quelles doctrines y contredisent. De même, dans la sphère de la morale, c'est à lui de déterminer ce qui est bien, ce qui est mal, ce qu'il est nécessaire d'accomplir et d'éviter si l'on veut parvenir au salut éternel ; autrement, il ne pourrait être ni l'interprète HSM de la parole de $ . Dieu, ni le guide sûr de la vie humaine. : |

Il faut encore pénétrer plus avant dans la constitution intime de l'Eglise. En effet, elle n’est pas une association fortuitement établie entre chrétiens, mais une Société divinemens constituée et orga- … nisée d’une manière admirable, ayant pour but direct et prochain 2% de mettre les âmes en possession de la paix et de la sainteté. Et ‘comme seule elle a recu de la grâce de Dieu les moyens nécessaires pour réaliser une telle fin, elle a ses lois fixes, ses attributions - propres et une méthode déterminée et conforme à sa nature de gouverner les peuples chrétiens.

__ Mais l'exercice de ce gouvernement est difficile et donne lieu à de nombreux conflits. Car l'Eglise régit des nations disséminées dans toutes les parties du monde, différentes de races et de mœurs, qui, vivant chacune sous l'empire des lois de son pays, doivent à à. la fois obéissance au pouvoir civil et religieux. Ces devoirs s'imposent ux mêmes personnes. Nous avons déjà dit qu'il n’y a entre eux nt contradiction, ni confusion; car les uns ont rapport à la prospérité la LE terrestre, les autres se réfèrent au bien no de

282 | ENCYGLIQUE DE 8. 8. LÉON XL sx Qua posita jurium et officiorum terminatione, ‘omnino Hqietes esse liberos ad res suas gerendas rectores civitatum : idque non

modo non invitâ, sed plane adjuvante Ecclesia : quæ quoniam maxime præcipit ut colatur pietas, quæ est justilia adversus Deum, hoc ipso ad justitiam vocat erga principes. Verum longe nobiliore instituto potestas sacra eo spectat, ut regat hominum animos tuëndo regnum Dei et Rue ejus (1), atque in hoc … tota versatur. | 0

Dubitari vero salva fide non potest, istiusmodi regimen animorum Ecclesiæ esse assignatum uni, nihil ut in eo sit politicæ potestati loci: non enim Cæsari, sed Petro claves regni cælorum. Jesus Christus commendavit. — Cum hac de rebus politicis deque religiosis doctrinà quadam alia conjunguntur non exigui -momenti, de quibus silere hoc loco nolumus. Ç Ab omni politico genere imperii distat christiana respublica . plurimum. Quod si similitudinem habet conformationemque ; . regni, profecto originem, causam, naturam .mortalibus régnis

habet longe disparem. — Jus est igitur, vivere Ecclesiam tuerique

se consentaneis naturæ suæ institutis ac legibus. Eademque cum non modo societas perfecta sit, sed etian humana quavis socie- . late superior, seclari partium studia et mutabilibus rerum civi- à

lium flexibus servire jure officioque suo valde recusat. Similique ratione custos juris sui, observantissima alieni, non ad se putat Ecclesia pertinere, quæ maxime forma civitatis placeat, quibus. institutis res christianarum gentium civilis geratur: ex variisque reipublicæ generibus nullum non probat, dum religio morumque -disciplina salva sit. — Ad hoc exemplum Cogitationes actionesque +2 dirigi singulorum christianorum oportet. Non dubium est, quin quædam sit in genere politico honesta contentio, cum scilicel incolumi veritate justitiaque certatur ut opiniones e usuque valeant, quæ ad commune bonum præ ceteris conducibiles videantur. Sed Ecclesiam trahere ad partes, aut omnino adjutri= cem velle ad eos, quibuscum contenditur, superandos, hominum est religione intemperanter abutentium. — Ex adveïso sancta atque inviolata apud omnes debet esse religio; imo in ipsa dis- . Ciplina civitatum, quæ a legibus morum officiisque) religionis. Separari non potest, hoc est potissimum perpetuoqu? spectandum, quid maxime expediat christiano nomini: quod ipsum sicubi in periculo esse adversariorum operà videatur, Cessandum ab omni dissidio, et concordibus animis et consiliis propugnatio ac defensio suscipienda religionis, quod est commune bonum

(4) Matth. VI, 33.

de

& SAPIENTLÆ CHRISTIANÆ 9,

{ 10 sanvren 1800 283

no. Cette délimitation des droits et des devoirs étant nettement tracée, : ilest de toute évidence que les chefs d'Etat sont libres dans l'exercice de leur pouvoir de gouvernement et, non seulement l'Eglise ne répugne pas à cette liberté, mais elle la seconde de toutes ses forces, puisqu'elle recommande de pratiquer la piété, qui est la justice à l'égard de Dieu, et qu'ainsi elle prêche la justice à l'égard du prince. Cependant, la puissance spirituelle a une fin bien plus noble, puisqu'elle gouverne les hommes en défendant le royaume de Dieu et sa justice (1), et qu'elle dirige vers ce but toutes les ressources de son ministère. — On porterait atteinte à l'intégrité de la foi si l’on mettait en doute que l'Eglise seule a été investie d'un semblable pouvoir de gouverner les âmes, à l’exclusion absolue de l'autorité civile. En effet, ce n’est pas à César, c’est à Pierre que Jésus-Christ a remis les clés du royaume des cieux. De cette doctrine sur les rapports de la politique et de la religion découlent d'importantes .conséquences dont Nous voulons parler ici.

Entre les gouvernements politiques, quelle que soit leur forme et le gouvernement de la société chrétienne, il y a une différence . notable. Si la république chrétienne a quelque ressemblance extérieure avec les autres sociétés politiques, elle se distingue absolument d'elles par son origine, par son principe, par son essence. — L'Eglise a donc le droit de vivre et de se conserver par des institutions et . par des lois conformes à sa nature. Etant d’ailleurs, non seulement une société parfaite en elle-même, mais une société supérieure à . toute société humaine, elle refuse résolument de droit et par devoir à s'asservir aux partis et à se plier aux exigences muables de la politique. Par une conséquence du même principe, gardienne de son droit et pleine de respect pour le droit d'autrui, elle estime un devoir de rester indifférente quant aux diverses formes de gouver- - nement et aux institutions civiles des Etats chrétiens, et, entre les divers Systèmes de gouvernement, elle approuve tous ceux qui respectent la religion et la discipline chrétienne des mœurs.

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