‹ Lettres archéologiques sur MarseilleChapitre 3 sur 9 · OG · texte numérisé non relu

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OÙ Rome commandait au monde entier, et oii cette capitale du grand peuple était devenue le centre du savoir et du bon goût , on verra combien leurs éloges doivent être flatteurs pour ceux qui en étaient l’objet.

Avant que Jules César fit le siège de Marseille, om y cultivait de préférence les arts utiles à la guerre, et la nécessité justifiait suffisamment ce choix; mais déjà des navigateurs courageux , des astronomes laborieux, des géographes , des constructeurs , en un mot , des hommes exercés dans toutes les sciences , avaient instruit les Marseillais, et les avaient formés pour être, un jour, les instituteurs des nations.

Ecoutons, un instant, Strabon, qui vivait sous Auguste , et qui n’avait aucun intérêt à les flatter. Leur prospérité , dit-il , a en grande partie diminué depuis (|ue , dans la guerre de Pompée contre César, ils eurent embrassé le parti du premier. Cependant, ils conservent encore quelques traces de leur ancienne industrie , pour ce qui regarde la fabrication des machines de guerre, et de tout ce qui sert à la marine; mais ils s’en occupent avec beaucoup moins d’ardeur parce que ce genre d’occupation perd tous les jours de son intérêt à mesure que les Barbares, leurs voisins , soumis aux Romains , se civilisent , et quittent les armes, pour s’occuper d’agriculture.

Une preuve de ce qaie je viens de dire , ajoute le même auteur, est ce qui se passe aujourd’hui à Mar-

seille. Tons ceux qui y jouissent de ([uelque considération , s’appliquent à l’éloquence et à la philosophie; et cette ville , qui naguères était l’école des Barbares, et communiquait aux Gaulois le goût des lettres grecques , à tel point que ceux-ci rédigeaient , en grec , jusques à leurs contrats (1), oblige aujourd’hui les plus illustres Romains môme , de préférer , pour leur instruction , le voyage de Marseille à celui d’Athènes. Les Gaulois, excités par cet exemple, et profitant, d’ailleurs, du loisir que la paix leur procure, emploient volontiers leur temps à des occupations semblables; et cette émulation a passé des particuliers à des villes entières; car non-seulement les personnes

privées , mais les communautés des villes font venir ,

(1) Strab. ibidem. Cet auteur copie Jules César , en« cet endroit : comme en bien d’autres ; mais César dit simplement qu’on trouva dans le camp des Helvétiens des registres écrits en caractères grecs, Tabulœ repertœ sunt, litteris grœcis confectœ; et il ne dit pas qu’ils fussent écrits en langue grecque. Vid. de Belle Gallico, lib. I, cap. VII. II n’y avait d’ailleurs que les nobles et les Druides qui pussent écrire ; car le peuple , dit César, est esclave : Plebs penè servorum habetur loco. Do Bell. Gain. , lib. VI.

Sous les fondements de l’une des tours de l’ouest du cloître Saint- Victor de cette ville, on a. depuis peu, découvert une pierre sépulcrale fort curieuse et dont aucun antiquaire n’a encore parlé, puisqu’elle est tout récemment déterrée. Cette pierre, que possède le rédacteur de cette lettre , prouve qu’à Marseille, on a écrit la langue latine en caractères grecs, et qu’on a écrit non-seulement la même pensée, mais les mômes mots avec des lettres de ces deux langues, sans penser à la bizarrerie de ce singulier mélange. Cette épitaphe est consacré aux Dieux Lares : au-bas on voit une hache , emblème de la mort : on so propose de publier ailleurs cette inscription.

à leurs frais,, des professeurs de lettres et de sciences, ainsi que des médecins (1).

Les Romains , qui n’avaient pris que fort tard le goût des lettres et de la philosophie , accouraient donc à Marseille pour s’y instruire; car ces fiers conquérants avaient toujours dédaigné les sciences , et ce ne fut qu’après la mort de Caton qu’ils commencèrent de s’y livrer ouvertement. Ce censeur austère craignait que la culture des arts n’étouffât dans la jeunesse celle des talents militaires, comme si l’exemple du second Scipion l’Africain , élevé par les soins de Polybe, n’eût suffisamment dissipé cette injuste prévention : il fit néanmoins de graves reproches au sénat de ce qu’il souffrait que l’ambassade d’Athènes, à la tête de laquelle était Carnéade, séjournât si longtemps à Rome, et il hâta son départ dans la crainte que les philosophes, qui la composaient, ne répandissent, parmi les jeunes gens, Lamour des belleslettres, qu’il regardait comme l’avant-coureur de la ruine des états (2).

• Marseille, au contraire, cultivait, depuis longtemps avec succès , les sciences et les arts. Ses fondateurs, nés dans une contrée qui fut le berceau des connaissances humaines, en avaient apporté le goût avec eux; et la géographie, la médecine, les'mathémati-

(1) Strab. ibidem. Trati. noiivell.

(2) Cic. de Orat. , lib. 11. Auluyell. , lib. 7, cap. 14. IMutar. Celle ambassade neremoiile que vers l’an 15S avant J. C.

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ljues furent répandues , par leurs soins, dans les Gaules, avant que Rome eût des navigateurs, des astronomes et des médecins. L’astronomie se bornait, dans l’Occident, à la connaissance de quelques constellations, lorsque Pythéas écrivait déjà sur la variété des climats, sur la mesure de la terre, le mouvement des étoiles fixes, voisines du pôle, dont il donna une bonne description , sur l’obliquité de l’écliptique et les révolutions des corps célestes. Le commerce facilitait aux savants de Marseille les moyens de communiquer avec ceux de la Grèce, et l’on pense que, par cette voie , Pythéas et Euthymène connaissaient aussi bien que les disciples de Pythagore les causes des éclipses et le système planétaire, au centre duquel ils plaçaient le soleil. Ainsi Pythéas, qui, d’après l’aveu même d’Hipparque , connaissait mieux l’astronomie que le célèbre Eudoxe , que la Grèce plaçait au nombre des savants dont elle s’honorait le plus, traçait à Marseille le système du monde , tel qu’on l’enseigne de nos jours. Or, Pythéas était contemporain d’Aristote, s’il n’était plus ancien que lui; et quoique Polybe et Strabon l’aient indignement outragé , quoique Bayle et M. Gosselin ne lui rendent pas mieux justice, il n’en est pas moins certain que le peu qui nous reste de ses ouvrages et de ses observations astronomiques, ne lui assigne encore aujourd’hui le rang qu’il a réellement mérité , et qu’il ne doive être placé à la tête des plus habiles et des plus anciens as-

trolionies connus; et si les deux relations de ses voyages, dont le premier se termina en Islande et le second au Tanaïs , existaient de nos jours comme au temps d’Etienne de Byzance , il n’y a point de doute que ce grand homme ne fût justement admiré comme le premier savant de l’univers (1 ).

Quoiqu’il ne reste que des fragments mutilés de l’architecture et de la sculpture des anciens Marseillais, on peut assurer , néanmoins ; que les beaux-arts brillaient chez eux dans tout leur éclat , si l’on en peut ' juger par le style et le goût de leurs médailles. Tous les savants conviennent , en effet , qu’elles ne laissent rien à désirer, ni pour la gravure , ni pour le dessin, et qu’aucune médaille grecque n’offre , sous ces divers rapports autant de perfection. Or, si l’on considère que l’art de frapper les médailles suppose qu’on a déjà cultivé une foule d’autres arts, on jugera, sans peine, combien , dans ces temps reculés , les Marseillais avaient fait de progrès dans leur théorie (2).

Les plus anciennes médailles grecques qui soient parvenues jusqu’à nous, ne remontent qu’au cinquième

(1) Gicer. Acad, quæst. , lib. XIV, cap. XXIX. Acad, des inscrip. tom. XIX. Lalande, Aslron. , tom. X. Strab. , lib. I et II. Senec. , controv. , pag. 146. Gassendi, loin. IV. Papon, Hist. génér. de Prov. , tom. I , pag. 563 et suiv. Polyb. XXXIV. Murray , Dissert, de Pytheâ Massiliensi in act. societ. litte. Goetingen , 1775, tom VL Bayle, Diction. , art. Pylhéas. Gosselin, Géographie des Grecs analysée, pag. 46 et suivantes. De Zach , De l’attract. des montagnes, tom. II, etc.

(2) Sur les médailles de Marseille, voyez Goltzius , Sicil. et mag. Græ., pag. 319.

siècle avant notre ère, c’est-à-dire, à cent ans après la

fondation de Marseille, ce qui pourrait indiquer que celles de cette ville sont, peut-être, les plus anciennes que nous possédions (1 ). .

Quoiqu’il en soit, les médailles de Marseille sont d’une grande beauté , et fort différentes de celles (^ui ont été frappées à cette époque (2). Il est peu de villes anciennes qui en aient mis en circulation une aussi grande quantité; on en rencontre dans presque tous les cabinets , et on en a découvert en Provence, des dépôts considérables, tels que ceux qu’on trouva près de Tourves , dans le \^me giècle, et aux environs d’Aix, en 1771 (3).

' Celui-ci en renfermait 40 marcs de l’argent le plus pur; les orfèvres en ont fondu des masses, parce qu’on ne les payait qu’au poids ; on en voit beaucoup plus en argent qu’en bronze, et on n’en connaît point en or , excepté celle qui est dans le médailler du Roi , et tout le monde sait qu’elle est fausse (4). Cependant , les antiquaires disent que Marseille avait des médailles ou de la monnaie d’or, d’argent et de cuivre (o).

Les diverses collections de médailles d’argent qui se

(1) Papon , Hist. génér. de Prov. , tom. I , pag. 651.

(2) Millin, Voyage dans les départ, du midi de la France, tom. 111 , page 274.

(3) Archiv. de la Chambre des comp. d’Aix, Papon, ibidem.

(4) Millin, ibid. , tom. III.

(5) Vid. Goltzius, op. cit. Bouche, Hist. de Prov. Raymond de deSoliers, antiq. de Marseille. Ruffi, Hist. de Marseille. Guesnay, Ann. Phoc. Papon , op. cit. ,

trouvaient à Marseille dans les établissements publics, et qui devraient, aujourd’hui, faire partie du cabinet qu’on voulut former en 1 803 , ont disparu pendant la révolution. Celles qui restent de ce métal ont la tête de Diane et un lion au revers. On ne sait pas encore pourquoi les Marseillais avaient adopté ce dernier emblème : ces médailles portent le nom des habitants de Marseille, quelquefois en entier, MASSAAIHTQN et plus souvent en abrégé, MASSA ou MA. Outre cette légende, on voit, dans le corps de la médaille, des lettres initiales dont on n’a donné, jusqu’à ce jour, aucune bonne explication.

Les médailles de cuivre , qu on regarde comme les plus anciennes , ont toutes la tête d’Apollon et un taureau sur le revers. Elles ont la même légende que celles d’argent, mais elles présentent plus de variétés dans le revers. Celles qui sont ornées d’une tête qu’on croit être celle de Jupiter, sont des raretés.

Parmi les médailles d’argent qui nous restent, on en trouve une grande quantité de fourrées, ce qui prou ve que l’art de plaquer remonte à la plus haute antiquité; et l’on a cru que les faux-monnayeurs devaient être très nombreux à cette époque, vu le grand nombre de moules qu’on a découverts en divers temps, quoique les lois condamnassent à la peine capitale le délinquant (1). M. le comte de Caylus a, pourtant, conservé

(1) Vld. Leg. 1 et 2, Cod. de falsa nionela.

lÆTTllE QUATRIÈ^IE,

Il ;i

la ligure d’un de ces moules, qui, étant visiblement destiné à couler des monnaies de cuivre fort petites, et de peu de prix , semblerait prouver que le gouvernement coulait lui-même ces sortes de monnaies (1), et que les faux-monnayeurs n’auraient pas voulu courir d’aussi grands risques pour un aussi mince profit ; mais comme beaucoup de ces monnaies d’argent qui nous restent de l’ancienne Marseille sont plaquées , et n’étant pas croyable que l’état se rendit coupable de ce délit, il n’y a pas de doute, au moins, que les anciens n’aient connu ce genre de friponnerie (2).

Comme on a pensé que les monnaies de cuivre avaient été frappées les premières , chez les Marseillais, on a cherché à expliquer pourquoi ils avaient adopté le taureau pour être mis sur le revers de leurs médailles. Voici ce qu’on a écrit à ce sujet :

Etienne de Bysance cite un ancien géographe , nommé Apollodore, qui rapporte que le vaisseau destiné à porter la colonie marseillaise qui devait bâtir Taiiroentimi , avait un taureau pour enseigne, ce qui lit donner ce nom à cette ville (3). De là, plusieurs auteurs ont pensé que le taureau était l’enseigne de tous les vaisseaux de Marseille , que ce symbole était celui de la ville , et qii’enfin on l’avait adopté pour

(1) Recueil a’anliq. , toni. 5, pag. 159.

(2) Mém. de l’Acad. des inscrip. , tom. III. Savol , discours sur les médailles, pag. 31. M. le C. deCaylus, Recueil d’anli((. , tom. I. , pag. 286. Papou , op. cil. , ihid.

(3) Steph. Byzant. Fleot lîüXéov. in v“ TaupoEi*;.

être mis sur les monnaies qu’elle faisait frapper; mais comme il est inutile de combattre cette singulière explication, chacun pourra , sur ce sujet, donner celle qui lui conviendra le mieux.

On trouve encore quelques médailles marseillaises avec la tête de Minerve , semblables à celles de Pliocée, mais elles sont plus rares que celles de bronze avec la tête d’Apollon. M. Pelerin, qui possédait une collection considérable de médailles de Marseille, en avait une très précieuse, dont il a donné lui-même la description ; elle avait pour légende le nom du port de Marseille, Lacydon, qu’on ne trouve que dans Pomponius Mêla , et dans le commentaire d’Eustathe sur Denis le géographe, ou le voyageur.

D’après ce qu’on vient de lire, il est donc certain ([ue les Marseillais avaient perfectionné Part de la gravure et du dessin, que l’art statuaire avait fait chez eux de grands progrès, puisqu’ils portaient leurs ouvrages à Ephèse et à Rome , où ils pouvaient être comparés avec les chefs-d’œuvre de l’antiquité , et ({ue le commerce devait naturellement leur fournir les moyens de cultiver ceux qui appartiennent aux richesses et au luxe des nations ; mais les sciences exactes avaient, surtout, acquis chez eux, un très haut degré de perfection.... Euthymènes et Pylhéas, comme nous l’avons déjà indiqué, y firent des pas de géant, llérodofe, qui regardait, sans doute, comme barbare

LETTHE QUATR1E!\IE.

îoul honiiiie qui ii’élait pas né dans la Grèce, rapporte sans le nommer, l’opinion du premier sur les causes du déJ3ordement du Nil ; cet historien qui , dans peu de circonstances , se montre injuste envers les étrangers , le réfute avec une sorte de dédain (1). Eutliymènes, cependant, dès le siècle d’Alexandre , s’était rendu célèbre dans la navigation , l’iiistoire naturelle et la géographie (2). La république de Marseille l’avait envoyé pour faire des découvertes dans le sud, comme Pythéas fut expédié vers le nord pour le meme objet, à l’exemple de Carthage, qui avait fait partir Hannon pour faire le tour de l’Afrique, et Imilcon pour visiter la Bretagne (3).

Artémidore cite quelques fragments de la relation des voyages d’Euthymènes , qu’on lit avec le plus vif intérêt. Le voyageur marseillais s’expli([ue en ces termes : « J’ai navigué dans la mer Atlantique ; c’est « de cette mer que le Nil reçoit son accroissement « durant le temps cpie les vents étésiens soufflent; « car alors la mer est poussée au dehors par leurs ef- (( forts-; lors{[u’ils se calment, le Nil reçoit moins de « l’Océan , dont les eaux se retirent et restent dans U leurs limites. Au reste, continue-t-il, les eaux de « cette mer oxtérieuie sont douces , et on v voit de

(1) EuleijKî, liv. II.

(2) (iassciul. üp. oiu. I. II ‘

Ibidem.

« gi;^)s aiiiiDaux semblables à ceux du Nil (1) » que cette physique ne puisse être soutenue de nos jours, on y voit , du moins, déjà, des efforts pour découvrir la vérité encore ensevelie dans d’épaisses ténèbres , et qui ne devait être connue que dans les siècles suivants (2). Gallien prétend qu’Eutliyraène est le premier qui ait reconnu l’influence de la lune sur les marées et la correspondance réglée que celles-ci ont constamment avec cette planète (3). , Plutarque , cependant, qui copie Gallien en cet endroit , fait honneur à Pythéas de cette heureuse découverte; quoiqu'il en soit de l’opinion de ces deux grands philosophes, on voit toujours, ayec plaisir, que c’est un marseillais qui a trouvé la cause d’un phénomène aussi important.

Euthymène avait composé une chronique ; ou histoire des temps , dont Saint Clément d’Alexandrie s’était servi pour fixer l’époque où Homère avait vécu ; il fleurissait au temps d’Hésiode , avait-il dit, il vivait sous Acaste , et il était né à Chio deux cents ans après la ruine de Troye; Archimède était du meme avis (4). Artémidore d’Éphèse dit qu’Euthymène

(1) Senec. Quæst. nat. , lib. IV. Galen. Hist. phil. Plutarq. De placitis philos. , lib. IV.

(2) Ibid. Vid, quoq. Hist. de la Méd. et d’autres sciences naturelles de Marseille ancienne, par M. F. Raymond, Mém. de l’Acad. de Marseille, années 1766 et 1767.

(3) Galien, Hist. philo. ,pag. 16 Plutarq., De placitis philosop. , lib. IV.

(4) Clém. Alexandr. Strom. , lib. I. E’jOa[A£'rr|(; oè, Iv xoTc; ypovixoTc, (prjcji' • juvaxuàcraVTa ilatooto ETTi A/dtTxou ev Xio. . .

avait pul)li6 des ouvrages de géographie. Il avait écrit en grec, suivant l’ancien usage des Marseillais (1).

Mais Pythéas est le plus grand homme que l’Occident ait vu naître dans l’antiquité. Il recula les limites des sciences physiques et mathématiques , de l’astronomie, et principalement de la géographie, de la navigation et de l’histoire naturelle: comme savant, il ne fut au-dessous d’aucun de ceux qui l’avaient devancé , ou qui vivaient de son temps, et comme voyageur, son nom peut être inscrit à côté de ceux des Gaina , des Colomb , des Magellan , des Bougainville, des Cook, etc. Il faut du génie, dit un académicien de Marseille ([ui aurait mérité une plus grande célébrité , pour reculer les limites des sciences de spéculation ; mais les entreprises des mesures de la terre , la découverte de nouvelles régions , les travaux des longues navigations exigent une fermeté et une activité d’âme invincibles et supérieures â tous les obstacles (2). .le ne dois pas m’étendre davantage sur les connaissances de ce grand homme, qui durent avoir une si grande influence, non-seulement sur son siècle, mais encore sur la postérité; j'ai déjà suffisamment indi- ()ué les ouvrages qu’on peut consulter sur ce point, et

je ne puis m’appesantir plus longtemps, sur son mé-

(1) Athæneum Massilicnso, article Euthymène, pag. 9 et 10.

(2) Raymond, ouv. cit. Bougain. , Môm. des iiiscrip., tom XIX. Uassendi , tom. Il, Propor. gnom. ad nmbr. et tom. V , in vif. Peire-se. Rndhcck, Nouv delà rêp. d(>.s lotir. , févr. 1685.

rite, sans sortir des bornes que je me suis prescrites dans ce travail. Au reste, les découvertes de Pythéas se retrouveront toujours dans celles que firent les anciens, sur la terre et dans le ciel (1).

11 n'y a pas de doute qu’à Marseille on eût fait de grands progrès dans la mécanique dès les temps les plus reculés, puisque Pythéas fait, déjà, mention de certains ouvriers en bois (2). Les Marseillais avaient des flottes nombreuses, et, comme nous l’avons observé ailleurs , d’après Strabon , une grande quantité

de machines pour l’attaque et la défense des places (3). Elle avait un collège de dendrophores qui fournissait le bois nécessaire à la construction des vaisseaux et à ('elle des machines de guerre (4). Ce qui suppose que les arts, qui dépendent de la mécanique, y furent cultivés longtemps avant que les Grecs et les Romains eussent eu la pensée de s’y livrer.

Platon, disait que c’était avilir la géométrie que de l’appliquer à des objets matériels (5) , les Grecs livraient les arts mécaniques à des esclaves : Archimède, lui-même, ne consentit à dresser des machines pour la défense de Syracuse, sa patrie, qu’à la prière d’Hiéron , qui en était le roi et son parent (G).

(1) Raym. , opus cil. , pag. 38 et suiv.

(2) Jul. Pollux, lib. VII.

(3) Slrab. Rer. géogr. , lib. IV.

(A) Voyez les inscriptions consacrées aux Dcntlrophores et conservées par Ruffiet Papou, Hist. do Prov, , loin. I , p. 28 et suiv.

(5) Diogène Laër , in Vit. Arcbini.

((>) Plularq. , in Vita Marcell.

Cicéron traita Archimède d'homme de néant, parce qu'il n’était connu des Romains que par la balistique (1 ) , et que la fierté de ceux-ci les avait empêchés de se plier à l’étude des sciences exactes , auxquelles ils ne se livrèrent, ainsi qu’à Inculture des lettres et des arts, que vers le déclin de l’empire. ....

(1) Cic. Tuscal. , lib. IV.

Monsieur ,

Vous aurez déjà remarqué, que Tliistoire politique et littéraire de Marseille présente, partout, des lacunes qu’il est impossible de remplir ; mais vous n’ignorez pas, sans doute, que les villes , les plus célèbres du monde, sont, sous ce rapport, à peu près toutes dans le même cas. L’ignorance des peuples, la négligence des écrivains, la terreur des armes , les ravages du temps ont entraîné ce désordre. Les nations les plus civilisées offrent, comme les anciens Marseillais , des époques obscures et des temps peu connus. L’origine des peuples devient souvent l’objet de nos recherches, mais, semblable à celles de nos autres connaissances , elle se perd , malgré nous , dans l’obscurité la plus profonde , et nos efforts n’ouvrent fréquemment à l’esprit qu’un sentier pénible (pii le conduit à l’erreur. Tel est, en général , le partage de l’homme, il oublie promptement le passé, il connaît peu le présent, il ignore l’avenii'; mais il aime à lonrner sa pens(h^ vers le temps de sa

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