‹ Lettres assyriennes et babyloniennes [microform]Chapitre 2 sur 36 · Le neuvieme mois de l'annee babylonienne · texte numérisé non relu

Le neuvieme mois de l'annee babylonienne

2. Litteralement : ' Le bonheur de ses deux coeurs et la sante de ses chairs.

jours le manque de preparation : il est diffus et obscur. On voit qu'ils ri'ont pas pris le temps de condenser leurs idees en quelques phrases claires et precises. lis racontent les faits pele-mele et sans ordre, comme ils se presentent a leur esprit. Eri vrais Semites, ils reviennent yolontiers en arriere, ils n'eprouvent a aucun degre l'horreur des repetitions, et ils s'encombrent de locutions expletives qui n ? ajoutent riena l'expression de lapensee. Seules ou a peu pres, ainsi que nous le verrons, les lettres que j'appellerai les lettres de courtisans echappent en partie a ces critiques.

La langUe est tres differente de celle des textes historiques. Redigees a loisir et avec soin, par des historiographes de profession, verses dans la litterature nationale, les annales des rois sont les classiques de l'Assyrie.. Les auteurs des lettres, eux, ne se piquaient pas de purisme ; ils ont employe le langage qui venait tout naturellement sur leurs levres, le seul qu'ils connaissaient sans doute, le langage populaire. Les formes grammaticales y sont traitees avec sans gene; la vocalisation est des plus arbitraires, elle deconcerte, meme dans unelangue ouelle compte ordinairement . tres peu. Mais, en retour, Tassyriologue y decouvre un assez grand nombre de racines et de derives que les redacteurs des autres textes connus n'ont pas employes. Ces particularity du lexique et de la grammaire des lettres assyriennes leur donnent un reel interet pbilologique. Elles en augmentent aussi la difficulte d'interpretation.

Une troisieme cause d'obscurite et non la moindre, c'est que la plupart de ces lettres ne sont que des reponses aux ordres ou aux demandes du roi. Le souverain centralisait les rapports de ses correspondants, mais il ne parait pas avoir conserve dans les archives des palais royaux les minutes des depeches qu'il expediait parses courriers dans les differentes parties de son empire. Elles sont done ou

detruites ou enfouies un peu partout sous les ruines des localites alors assez importantes pour servir de residence aux fonctioimaires assyriens.

Leur perte est tres regrettable, non seulement parce qu'elles etaient l'oeuvre de scribes officiels plus lettres que des correspondants d'occasion, mais encore parce qu'elles nous auraient donnela clef de beaucoup de passages qui festent une enigme pour nous. Les lettres que nous possedons contiennent, comme toutes les reponses, des allusions et des sous-entendus, tres clairs pour celui qui a demande les renseignements ou qui a donne les ordres dont on annonce 1' execution, mais souvent inintelligibles aux autres.

Leurs auteurs ne nomment meme pas le roi auquel ils s'adressent ; ils se contentent de le qualifier de roi, mon maitre . Ce n'est que par des indices trop clairsemes, rarement par la lecture des noms d'Ashurbanipal, de Shamash-shum-ukin et de leur frere Ashur-mukin-pale-ia, les fils du roi , que nous pouvons eonjecturer qu'un grand nombre etaient adressees a Asarhaddon ou a ses fils. Elles remontent done ala premiere partie du septieme siecle avant notre ere, une des epoques les plus brill antes de l'histoire de l'Assyrie. La plupart sont ecrites en caracteres assyriens ou ninivites ; un tres petit nombre, en caracteres babyloniens.

Ajoutons qu'une partie de ces tablettes nous sont parvenues a l'etat de fragments, si mutiles qu'on ne peut dechiffrer en quelques passages que des mots sans suite, quand ils ne sont pas incomplets. Toutes ces circonstances ne nous permettent de donner qu'une traduction provisoire, jusqu'au jour ou les progres du dechiifrement, la decouverte et 1' etude comparative de documents plus nombre ux dans cet ordre de choses, auront dissipe la plupart des obscurites de ces textes.

Les lettres debutent en general par une serie de saluts

et de souhaits adresses au roi en formules plus ou moins delayees, mais dont le cadre protocolaire reste toujours a peu pres invariable. Le n 113 nous offre unmodele assez complet du genre. Recto : Au roi, mon maitre, ton serviteur Arad- i,u Nabu. i . Salut au roi, mon maitre. Que le dieu Ashur, le dieu Sin, le dieu Shamash, le dieu Marduk, la deesse Zarpanitum, le dieu Nabu, la deesse Tashmetum, la deesse Ishtar de Ninive, la deesse Ishtar d'Arbeles, ces grands dieux qui cherissent ta royaute, pendant cent ans fassent vivre le roi, mon maitre; de vieillesse et de progeniture, le roi, mon maitre, qu'ils rassasient; d'accroissement, de prosperity, de vie, le roi, <c mon maitre, qu'ils pourvoienL

Ge premier devoir rempli, le scribe passe a l'expose de 1' affaire qui fait le sujet de sa lettre. Souvent aussi il rappelle d'abord la mission que le roi lui a confiee en citanf les paroles du souverain entre deux ma-a~. Le premier annonce les paroles citees; le deuxieme, la reponse du scribe. Mais dans ce cas, lorsqu'il oublie le deuxieme ma-a, il est assez difficile de determiner le point ou cesse la citation et ou commence la narration du correspondant.

II n'y a pas de formule speciale pour la conclusion des lettres, comme pour le debut. Tantot elles se terminent brusquement, tantot le scribe se contente d'ajouter :

1. Servitenr du dieu. Nabu. Beaucoup de noms propres assyriens sont theophores et se composent meme d'une petite phrase. Je releve (?h et la, dans les lettres, quelques-uns des plus remarquables, v-g. n 119, recto, 1. 2, Arad-akhe-shu, Serviteur de ses freres ; n 129, recto, 1. 1, Mannu-Kl- alu Ninua, Qui est comme Ninive ; n 153, recto, 1. 2, ilu Shamash-taklakku, Je me confie dans le dieu Shamash ; n 167, recto, 1. 2, Ina-pulnkhti-bel-alak, Je marcKe dans la crainte du Seigneur , ou plutot du dieu Bel , car le determinatif du nom divin estomis quelquefois dans les noms propres des lettres.

2. Cette locution repond habituellement a nos deux points. Elle annonce une citation, un discours direct ou une explication.

Que le coeur du roimon maitre, soit heureux (n 153, verso, 1. 17, 18; n 1.57, verso, I. 11, 12). a Le roi, mon maitre le sait (c'est-a-dire est renseigne, n 177, verso, 1. 13) ou encore : Que le roi, mon maitre, agisse comme il l'entendra (n 4'{, verso, 1. 28, 29,) ; et Voila ce que le roi, mon maitre, demande (n 122, verso, 1. 10, 11 ; n 136, verso, 1. 10, 11) ; Voila qu'au roi, mon maitre, j'envoie tout ce que le roi, mon maitre, demande (n 179, verso, 1. 7, 10).

Quelquefois, apres avoir salue le prince, le scribe envoyait un a salut aux gardes du roi (v. g. n 186, recto, 1. 9, 10 ; n 187, verso, 5, 6), c'est-a-dire probablement aux officiers de la garde charges du service de la correspondance ou au moins des affaires qui faisaient le sujet de la lettre. Le souverain d'un empire aussi vaste ne pouvait presider lui-meme a tous les details de V administration.

Bien rares sont les serviteurs qui secouent le joug du protocole et qui se debarrassent des longues formules du debut. Au roi, mon maitre, ton serviteur Gabbu-ana ^Ashur 1 , ecrit un correspondant en commencant toutes ses lettres (n os 121-125) et il entre aussitot en matiere. Mais il a peu d'imitateurs, au moins parmi les scribes dont les osuvres sont reunies dans les deux premiers volumes. Cependant les gens de Darati, gens incultes sans doute et peu familiarises avec l'etiquette, poussent la simplicity plus loin encore. lis ne saluent personne et dans leur lettre, surlaquelle nous reviendrons, nous ne decouvrirons pas la plus vague indication du destinataire.

Le contenu des lettres est tres varie. On peut les ramener a deux categories : les lettres de courtisans et les lettres ^d'affaires.

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