MONUMENT CHOU É CI QUE DE LYSICRATE
LES DÉBRIS
réparer à ses frais, mais elle n’a point revendiqué ses titres. Cette propriété .commune plaît à son amitié pour la Grèce ; elle préfère que le petit monument de Lysicrate appartienne tout ensemble, par une affectueuse entente, à elle qui en est la propriétaire et à Athènes qui le garde. Elle en possédait jadis un moulage en terre cuite que nous avons tous vu sur la terrasse de Saint-Cloud ; on le nommait, je ne sais pourquoi, la lanterne de Déinostliènes ; pendant le siège de l’année terrible il a été démoli par les obus, .l’aimerais qu’il fût reconstruit; les Athéniens de Paris y retrouveraient un souvenir de l’antique rue des Trépieds.
Pausanias, en suivant cette voie, arrive sur le versant sud de l’Acropole et entre dans l’enceinte de Bacchus. Nous l’abandonnerons ici, ayant déjà décrit tout ce qu’il rencontre, le théâtre, l’Asclépiéion, les temples de la Terre et de Cérès; c’est par là qu’il entre dans la citadelle et qu’il arrive aux Propylées. Quand il a achevé cette tournée, son itinéraire est épuisé. Il a vu la ville dans son ensemble, tout le coté nord, du Céramique au Stade, tout le côté sud, de la rue des Trépieds au Parthénon. Il sort alors d’Athènes pour se rendre en pèlerinage à l’académie de Platon.
N’était-ce pas en effet une annexe de la cité que cette route triomphale à travers la campagne où s’élevaient les tombeaux de tant d’hommes illustres, Périclès, Chabrias, Thrasybule, Phormion, Harmodius, Lycurgue l’orateur, Conon et Timothée? Les Athéniens avaient enterré là en outre la plupart des citoyens morts pour la patrie sur terre et sur mer, excepté ceux de Marathon ensevelis sur le terrain même de l’immortelle victoire. Dans l’avenue magnifique qui s’étendait jusqu’aux jardins d’Académus reposaient tous ces combattants obscurs qui avaient versé leur sang sur tant de champs de bataille ; les vainqueurs des luttes primitives contre les Thraces, les auxiliaires thessaliens dans la
guerre du Péloponèse, les victimes du combat de Tanagre, les soldats de l’expédition de Sicile, des batailles livrées par toute la Grèce, à Corinthe, en Eubée, à Chio, et aussi dans les provinces de l’Asie, et ceux de Délium et d’Amphipolis. ceux des victoires de l’Eurymédon, les vaincus de Cliéronée. Ils dormaient là réunis dans les mêmes ossuaires, couchés dans ce sol qu’ils avaient défendu par leur courage et qu’ils avaient aimé jusqu’à la mort. C’est en passant à travers leurs stèles funéraires et sous le regard de leurs intrépides ombres que leurs descendants allaient écouter à l’académie Platon affirmant l’immortalité cjui vaut mieux que la vie, la grandeur des vertus qu’ils avaient préférées aux choses de la terre, les idées dont ils avaient réalisé en eux le type éternel.
Aujourd’hui un petit enclos entouré d’arbres paraît être l’emplacement des jardins d’Académus; on a retrouvé là quelques fragments et quelques bases de colonnes. Tout a péri des portiques où ont été prononcées les plus grandes paroles qui aient précédé l’Évangile. J’erre à travers ces bosquets en fleur où voltigent les abeilles amies de Platon ; le vent seul murmure maintenant sous les branchages, mais les dialogues divins qui se sont envolés d’ici à travers le monde, plus heureux que les hommes .et que les marbres, ont survécu aux promenoirs écroulés. Il semble qu’on les entende encore dans cette campagne paisible où s’entrecroisent toutes les végétations du Midi, les mûriers luisants, les lourdes feuilles des figuiers tordus, les oliviers centenaires et pâles, où l’aloès darde ses pointes aiguës, où les grenadiers font surgir leurs étincelles écarlate, les palmiers leurs panaches aériens, et où s’élancent les tiges flexibles des lauriers-roses. Cette suavité de la nature enveloppée des caresses du ciel sied bien à nos harmonieux souvenirs, puisqu’elle mêlait autrefois ses grâces aux enseignements des
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sages. Fidèle aux traditions de Fart grec qui revêt du prestige de la beauté ses conceptions les plus graves, la philosophie antique expliquée par un poëte s’était entourée ici du charme de l’ombre et des fleurs. Comme une divinité de marbre blanc qui sort des feuillages, elle s’échappait de ces verdoyantes retraites. Les paroles mélodieuses exprimant des pensées austères s’élevaient avec une séduction plus persuasive parmi ces bouquets d’arbres tremblants, parmi les lys des champs et les anémones, au milieu de ces parfums et de ces sourires.