LETTRE DE LA MENNAIS AU BARON D'ECKSTEIN — FRAGMENT
Numéro 8 1 i .
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J. ^ Jî
S. vi
j'aie jamais admise. La liberté n'en est qu'une conséquence et elle n'est pour chacun que la pleine jouissance de ce droit égal pour chacun, droit spirituel, droit matériel, droit de penser, de vivre, d'agir et de posséder, sans crainte et sans trouble, ce qui a été acquis légitimement. Je ne veux donc rien niveler, rien abaisser, mais je voudrais élever beaucoup, je voudrois que tous progressivement pussent monter d'échelon en échelon à un état meilleur. Je voudrois qu'au lieu de s'armer pour le riche contre le pauvre, les lois eussent des entrailles pour celui-ci; je voudrois qu'on lui facilitât tous les moyens de sortir de sa misère, non par le pillage, mais par le travail, qu'une instruction bien distribuée rendroit plus fécond; je voudrois qu'on brisât les barrières que, de tous côtés, on élève autour de lui, comme pour l'emprisonner dans une indigence éternelle. Et c'est ici que je dirai ce que j'appelle le peuple. J'appelle peuple cette classe malheureuse, déshéritée en partie des droits communs, cette classe souffrante, qui ne possède rien, et qui ne possédera jamais rien, aussi longtemps que des lois odieuses lui enlèveront toute faculté réelle d'acquérir, de se créer, à la sueur de son front, une propriété ; cette classe méprisée, repoussée des autres et qui forme cependant les quatre-vingt-six centièmes de la race humaine; car telle est partout à peu près la proportion des pauvres aux riches, et j'entends par pauvre celui qui, vivant de son travail, a besoin d'être assisté pendant une partie de sa vie et meurt sans laisser de quoi se faire enterrer... » Il mande ensuite qu'il vient de lire l'article du baron d'Eckstein sur l'ouvrage de Laeordaire ( Considérations sur le système philosophique de M. de La Mennais). « Vous traitez sévèrement ce pauvre jeune homme; je le plains, moi, sincèrement, ne pouvant, quoi qu'il fasse, oublier les relations que nous avons eues ensemble. »
*■ 812 * LA MENNAIS (Hugues-Félicité Robert de). L. A. S. à M. Adrien Benoit, avocat, à Paris ; La Chênaie, 10 août 1 83 5 , 3 p. in-8.
Très curieuse épitre sur l'attentat de Fieschi contre Louis-Philippe (qui avait eu lieu le 28 juillet précédent). « Sur les premiers bruits de l'attentat du boulevard du Temple, je n'ai pas douté que ce ne fut un acte ou de fanatisme individuel ou de vengeance particulière, car l'assassinat est, grâce à Dieu, si peu dans nos mœurs, qu'en acccuser un parti quelconque est une immense folie ou une perversité atroce. Mais les gouvernemens ne manquent jamais de vouloir exploiter ces sortes de crimes, et toujours ils sont dupes de la facilité qu'ils y trouvent au premier moment. Il y a d'abord un mouvement naturel d'horreur qui ôte aux masses la réflexion. Puis, peu de temps après, quand le fait a été réduit à ce qu'il est réellement et que le machiavélisme qui cherche à en profiter aux dépens des droits de tous et des plus importantes libertés du pays, se montre à découvert, il s'opère aussitôt dans l'opinion un retour d'autant plus dangereux pour le pouvoir que, jugé avec raison capable de toutes les hypocrisies, il perd toute confiance et toute force morale... »
4- 81 3 <- MILLEVOYE (Charles-Hubert), célèbre poète élégiaque, n. à Abbeville, 24 décembre 1782, m. à Paris, 26 août 1816.
L. A. S. à Fontanes (le célèbre écrivain) ; Paris, 20 mars 1808, 1 p. in-4. (Coll. B.Fillon.) — P.
Belle lettre où il le félicite de son élévation aux fonctions de grand maître de l'Université et demande s'il peut aspirer à une des places, même subalternes, de la nouvelle organisation.
-y 814 * BEYLE (Marie-Henri), dit Stendhal, célèbre romancier, auteur de Ronge et Noir et de la Chartreuse de Parme, un des initiateurs de l'école réaliste, maître de Mérimée, n. à Grenoble, 23 janvier 1783, m. à Paris, 23 mars 1842.
L. A. S. (au comte d'Argout, ministre du commerce, son compatriote, n. au château de Veyssilieux, 1782, m. 1 858) ; Trieste, 17 mars i83i, 3 p. in-4. — P.
Importante lettre, inédite. Ayant été nommé consul à Civita-Vecchia, il le prie d'écrire à M. de Sainte-Aulaire, ambassadeur à Rome, pour que celui-ci ne lui fasse pasde mal. Guizot, qui lui était d'abord favorable, lui esttout à coup devenu hostile. Donc il a un ennemi dans la société doctrinaire. « Si nous pouvons obtenir que M. de Sainte-Aulaire ne me fasse pas de mal, ce sera un grand point. Au bout de quelques mois nous pouvons avoir un chargé d'affaires non doctrinaire, non hostile a mon chétif individu. M. de Latour- Maubourg, par exemple, eut été excellent pour moi; il n'est point écrivain et écrivain dans le genre emphatique r •
(allusion au comte de Sainte-Aulaire, qui avait fait une Histoire de la Fronae)...u — (Dans une lettre du même jour, qui a été publiée, Beyle parle de celle qu'il doit écrire au comte d'Argout. — La lettre analysée ci-dessus fut communiquée par le comte d'Argout au célèbre écrivain Mérimée, son chef de cabinet et ami de Beyle.)
S. vi
81 5+ DESBORDES VALMORE (Marceline-Josèphe-Félicité), célèbre femme poète et romancière, dont les œuvres sont empreintes tout à la fois de charme et de mélancolie, n. à Douai, 20 juin 1785, m. à Paris,;23 juillet 1859.
i° L'esclave et l'oiseau, pièce de vers autographe signée, 1 p. in-4. Très belle pièce d'album. (Coll. Gauthier-Lachapelle.) — 20 L. A. S. à Alexandre Dumas père; Paris, i5 août 1837, 2 p. in-8. — P.
Charmante épître, pleine de cœur et de sentiment, dans laquelle elle implore sa protection pour un pauvre orphelin qu'elle a fait entrer à l'Opéra pour jouer des petits ge'nies et des demi-dieux. Elle le prie de recommander cet enfant à Duprez (le célèbre chanteur), qui est tout puissant sur M. Duponchel (alors directeur de l'Opéra).
4-816-6- SOUMET (Alexandre-Louis-Antoine), poète dramatique et didactique, membre de l'Académie française (1824), n . à Castelnaudary (Aude), 8 février 1 786, m. à Paris, 3o mars 1845. Sa fille, madame d'Altenheim, collabora à ses dernières œuvres.
i° Fragment de Sa'ùl (tragédie représentée en 1822), pièce de vers autographe, r p. in-4 oblong. Jolie pièce d'album. — 20 L. A. S. à Alexandre Dumas père, à Florence ; 25 juillet (1841 ?), 1 p. in-4. — P-
Jolie lettre toute relative à la candidatur d'Alexandre Dumas à l'Académie française. . j, ~
conseille d'attendre une autre vacance. « Du- "^pt? S^<— JSS»5HSi<'' val est très malade, très malade, et je crois cette succession plus digne de vous. » — (Alexandre Duval m ourut le 9 janvier 1842.)
4-817-6- RABBE (Alphonse), célèbre publiciste libéral, auteur de la Biographie des Contemporains qui a conservé son nom, ami de Victor Hugo, qui lui a consacré des vers, n. à Riez (Basses-Alpes), 1786, m. à Paris, 1 janvier i83o.
L. A. S., signée aussi par Lhéritier, Armand Carrel, de Boisjoslin, Méry et Barthélémy, au rédacteur du Courrier français ; (mars 1827), 1 p. 1/2 in-4.
Important document historique. C'est une énergique protestation contre la loi sur la police de la presse, votée le 12 mars 1827 par la Chambre des députés, et qui avait assimilé les écrivains qui pourront encourir des condamnations judiciaires aux plus vils brigands en leur infligeant l'outrage de subir la peine des travaux forcés dans une maison de correction. « Nous déclarons, en protestant contre cette disposition atroce, qu'elle ne sera jamais exécutée quant à nous, que nous ne reconnaîtrons jamais à aucune loi, ni à aucun homme, le droit de nous infliger, pour des délits de la presse, des peines de galériens. » — (On sait que cette loi, oeuvre du garde des sceaux Peyronnet, et ironiquement appelée loi d'amour, fut retirée, le 17 avril suivant, par le ministère.)
4-818-6- LETRONNE (Jean-Antoine), illustre critique et écrivain, un des initiateurs de l'archéologie moderne, garde général des archives, membre de l'Académie des Inscriptions, n. à Paris, 2 janvier 1 787, m. dans la même ville, 14 décembre 1848. L. A. S. à un député; Paris, 10 novembre 1848, 3 p. in-8, tête imprimée du Collège de France.
Très intéressante lettre où il le remercie d'avoir pris la défense de nos établissements scientifiques. Il lui donne des renseignements rectificatifs sur l'Ecole des Chartes et son directeur. (Letronne était garde général des Archives depuis 1840 et directeur de l'Ecole des Chartes.) Il proteste contre la réduction du budget de cette école, qui a pris l'accroissement le plus utile. 11 fait observer qu'il ne touche aucun traitement pour les fonctions de directeur; c'est le traitement de garde général des Archives que la commission propose de réduire de douze mille francs à huit mille. Or cette première somme n'avait pas paru trop forte pour l'archiviste de la nation, qui dirige un des premiers établissements de l'État. 0 C'est l'idée qu'on s'en fait en Angleterre où l'archiviste de la Tour de Londres, qui ne contient pas le quart ,^~}
de nos archives nationales, jouit d'un traitement de trois nrlle livres ster- i S
lings, sans compter les droits qu'ilperçoitsurles expéditions. » —(L'École des cf "£^rT^& Chartes, fondée en 1821, avait été réorganisée en 1847 par M. de Salvandy.) s*
S. vi
■j 8ig <- GUIZOT (François-Pierre-Guillaume), illustre historien et homme d'État, auteur de Y Histoire générale de la Civilisation en Europe, membre de l'Académie française (i 836), n. à Nîmes, 4 octobre r 7 8 7 , m. au Val-Richer, 12 octobre 1874.
i° Traduction de l'élégie de Gray sur les cimetières de campagne, pièce de vers autographe signée, 4 p. 1/2 in-4. Superbe pièce. (Coll. L. Veydt.) — 2° L. A. S. à M. Schlichtegroll, secrétaire de l'Académie de Munich; Paris, 11 juillet 181 8, 1 p. 1/2 in-4. — P-
Très curieuse épitre où il lui recommande un de ses élèves, Victor Cousin, qui se rend à Munich pour y rencontrer quelques-uns des hommes les plus distingués de l'Allemagne, n M. Cousin est un des hommes qui promettent de rétablir en France le goût de la bonne et forte philosophie. Je vous prie de l'accueillir comme un ieùne homme digne de tout votre intérêt. »
■j 820 * GUIZOT (François-Pierre-Guillaume).
P. A. S.; mai i852, 1 p. in-8. Jolie pièce d'album.
Très remarquable pièce, qui semble avoir été écrite par Guizot pour un amateur d'autographes. Le grand historien y fait un superbe tableau de l'amour dans Shakespeare. '« Quoi de plus vrai que l'amour de Roméo et de Juliette, cet amour si jeune, si vif, si irréfléchi, plein à la fois de passion physique et de tendresse morale, abandonné sans mesure et pourtant sans grossièreté, parce que les délicatesses du cœur s'unissent partout à l'emportement des sens! Roméo et Juliette est vraiment la tragédie de l'amour, comme Othello celle de la jalousie et Macbeth celle de l'ambition. »
i 821 + GUIRAUD (Pierre-Marie-Jeanne-Alexandre-Thérèse, baron), poète dramatique, membre de l'Académie française (1826), n. à Limoux (Aude), 25 décembre 1788, m. à Paris, 24 février 1847. Son élégie du Petit Savoyard est populaire.
6 L. A. S. de ses initiales à Alfred de Vigny (le grand poète) ; Villemartin, près de Limoux, 20 janvier 1842 au 28 décembre 1843, i3 p. in-8.
Correspondance des plus intéressantes toute relative à la candidature d'Alfred de Vigny à l'Académie française et aux divers échecs essuyés par le poète contre les personnages suivants : le chancelier Pasquier et Ballanche (17 février 1842), Patin (4 mai 1842). — (Vigny échoua encore, le 8 février 1844, contre Saint-Marc Girardin, et, le 14 mars suivant, contre Sainte-Beuve et Mérimée. Il fut enfin élu membre de l'Académie française le 8 mai 1845 en remplacement d'Etienne.)
■} 822 <• VILLEMAIN (Abel-François), célèbre écrivain, qui professa à la Sorbonne un cours d'éloquence avec le plus grand éclat, membre de l'Académie française (1821), dont il devint secrétaire perpétuel (1834), ministre de l'Instruction publique (1839-1844), n. à Paris, 1 1 juin 1790, m. dans la même ville, 8 mai 1870.
i° I..A. S. (à l'intendant de la liste civile) ; Paris, 3i juillet ( 1 835), 1 p. 1/4 in-4, vignette et tête imp. de l'Académie française. (Coll. B. Fillon.) — P. charge à la plume fait en 1 83 5 par le baron Mounier.
Superbe lettre sur la somme de deux mille francs accordée parle Roi pour être répartie entre les descendants de Corneille. " L'Académie a reçu avec une vive et respectueuse reconnoissance cette nouvelle marque de la munificence du roi pour les lettres. Elle est particulièrement honorée d'être l'intermédiaire d'un bienfait de son auguste protecteur, du souverain généreux que tant de causes rendent chaque jour plus cher et plus nécessaire à la France. » — (Il est piquant de rapprocher cette lettre de celles d'Ecouchard Le Brun et de Duclos relatives à l'adoption par Voltaire d'une arrière-petite-cousine du grand Corneille.)
2U L. A. S. (à Jules Favre, le célèbre orateur, reçu à l'Académie en 1867); 28 août 1868,2 p. in-8.
Ti cs belle lettre en réponse aux excuses que lui avait présentées Jules Favre de n'avoir pu assister à une séance de l'Académie. « L'importance des débats législatifs et le devoir de la défense judiciaire devaient souvent priver l'Académie de votre assistance à ses travaux. C'était une condition , attachée en vous, a la supériorité même du talent. Devant de tels intérêts, ma faible voix surtout ne pouvait prétendre fixer votre attention... n