LETTRE DE LACORDAIRE A L'ARCHEVEQUE DE PARIS
Numéro 869.
S, vi
-: 873 MÉRIMÉE (Prosper), un des plus remarquables écrivains de ce siècle, auteur du Théâtre de Clara Ga\ul et de Colomba, membre de l'Académie française (1844), n. à Paris, 18 septembre i8o3, m. à Cannes, 23 septembre 1870.
L. A. S. Charles Cotonet jeune (un des pseudonymes de Stendhal) à Madame Ancelot (célèbre femme de lettres, n. 1792, m. 187S) : mardi (29 décembre i83o), 1 p. in-4, cachet brisé. — P.
Très curieuse épitre où il s'excuse de ne pas être allé la voir, vu qu'il est enrhumé comme dix loups et qu'il a le nez gros comme un concombre, mais d'une couleur bien différente. « Vous avez su probablement comment moi, soixante millième, j'ai sauvé la patrie mercredi dernier de cinq ou six cents gamins, la plupart pâtissiers et bossus, qui voulaient la républicaniser. Pour prix de mon héroïsme, j'ai attrappé ce rhume et ce nez. J'ai reçu hier une lettre de M. de Stendhal. Elle n'est point datée, ce seigneur dédaignant cette attention vulgaire. Au reste il résulte de cette lettre qu'il est à Trieste c et il ne parait pas que l'Empereur (d'Autriche) ait rien fait pour le troubler dans son état. Il s'ennuie, non l'empereur, mais le consul. ]1 vous regrette, mais son orgueil s'en indigne. Il vous supplie de lu' écrire. Il cherche cependant à se consoler, car il m'a demandé une recette du docteur Korcff, fort utile pour préserver du mal d'aimer. Ecrivez-lui par pitié et dites-lui des nouvelles du Rouge et du noir (le célèbre roman de Stendhal). » — (Mérimée fait allusion, dans cette piquante lettre, aux troubles qui eurent lieu à Paris les 21 et 22 décembre i83o. Quant à ce qu'il dit de Beyle. voir la lettre de celui-ci, n° 8t4.)
4 874 ï MÉRIMÉE (Prosper).
Dessin original à la plume, avec cette légende autographe : 0 Paulus Foucher, poeta. Facieba* P. Mérimée anno Domini MCCGLI R. P. (Reipublica;) Gallicanœ autem III; » 1 p. in-4.
Portrait-charge de Paul Foucher (auteur dramatique et romancier, beau-frère de Victor Hugo, né en 1810. mort en 187?.
* MERIMEE (Prosper).
S. à M... ; Saint-Cloud, 2.5 août, 1 p.
1/2 in-8. — P. de Mérimée enfant peint par sa mère.
Belle lettre où il lui mande qu'il a recommandé à Victor Duruy ("alors ministre de l'Instruction publique) le poète Charles Baudelaire, u Je m'estimerais très heureux si mon témoignage pouvait être de quelque utilité a votre pauvre ami dont la position est si déplorable.
l'ai eu quelques ^ ^
relations avec M E aude! :111e dont le
talent m'est connu depuis bien longtemps, et j'ai conservé un souvenir très vif de l'originalité de son ca ractère... »
876 MERIMEE (Prosper).
L. A. S. (au peintre Gérôme) ; Cannes, 28 décembre (1860), 2 p. 3/4 in-8. — P. d'après Devéria.
Très curieuse lettre où il exprime ses regrets du récent échec de Gérôme à l'Académie des Beaux-Arts (Gérôme s'était présenté en remplacement de Hersent et avait été battu par Emile Signol.) « Il ne faut jamais diredcmal des Académies, d'un autre côté il ne faut pas s'en estimer un centime de moins quand on n'a pas le bonheur de leur plaire. Ea vôtre, car vous en •■ère/, a le tort d'aimer les gens d'âge, et vous avez le bonheur d'être jeune. 11 II lui envoie des renseignements sur Vantentum pour les transmettre au capitaine d'artillerie Reffye (depuis général). « J'espère, Monsieur, que la Phryné continue comme elle commençait, c'est-à-dire à merveille. Je lui prédis devant le public français le succès qu'elle a eu devant des juges grecs. Permettez-moi de vous recommander toujours Cléopàtre sortant de son tapis et faisant la révérence à Jules César. » — (Gérôme fut élu à l'Académie des Beaux-Arts le 2 décembre 1 865, à la place de Heim, à l'âge de quarante et un ans.)
877 ;- EONTANEY (Auguste), charmant poète de l'école romantique, auteur des Scènes de la vie castillane, n. i8o3, m. à Paris, 1 1 juin 1837.
Fragment, pièce de vers autographe signée, 1 p. in-4 oblong. Très rare.
I.a voyez-vous marcher doucement, et ses pas « Comme souvenant tristement que les Heurs.
Glisser sur le gazon qu'elle ne courbe pas, u Quelsquc soient leur éclat, leur parfum, leurs couleur
Comme prenant pitié des gouttes de rosée n Dans leur fragilité semblent nous faire entendre
Dont la terre au matin brille et pleure arrosée. ci Un langage profond pour qui sait le comprendre. •
10 ^tt,^
S. vt
-: 878 * GIRARDIN (Delphine Gay), célèbre femme poète et auteur dramatique, épouse du fameux journaliste, Emile de Girardin, auteur de Cléopàtre et de la Joie fait peur, n. à Aix-la-Chapelle, 26 janvier 1804, m. à Paris, 29 juin r 855.
i° Sonnet autographe signé, 1 p. in-4.
Belle pièce. — 2" L. A. S. au comte de Rességuier, 1 p. 1/2 in-8. — P.
Gracieuse lettre par laquelle elle lui annonce sa prochaine visite.
* 879 * JANIN (Jules-Gabriel), célèbre critique dramatique, membre de l'Académie française (1870), n. à Saint-Etienne, 16 février 1804, m. à Paris, 20 juin 1874. i° L. A. S. (à Chateaubriand); 11 octobre 1841, 1 p. in-4.
Curieuse épitre où il lui fait part de son mariage. « Je me marie le 16 de ce mois avec une aimable jeune fille à qui je dois toute ma reconnaissance et tous mes respects. Elle est la fille de M. Huet, avocat à la Cour de cassation. Elle est sérieuse, calme, honnête, dévouée. Elle a pour vous, pour votre génie, une vive et sincère passion. Nous n'osons pas vous prier d'assister à la bénédiction nuptiale, le 16 de ce mois, à l'église de Saint-Sulpice, mais nous vous supplions humblement de nous envoyerde loin votre toutepuissante et bienveillante bénédiction. » — (Adèle Huet, femme de Jules Janin, est morte en septembre 1876.)
2° L. A. S. à Pilorge (secrétaire de Chateaubriand); 6 janvier 1844, 1 p. 1/2 in-8. — P.
Intéressante lettre ou il lui fait part de son désir de dédier à Chateaubriand un livre qu'il écrit en ce moment même sur la Bretagne. 11 le prie de savoir si le maître lui accorderait cette faveur. — (Ce livre eut pour titre la Bretagne historique .)
880 -* SAND (A-mantine-Lucile-Aurore Dupin, dame Dudevant, dite George), l'illustre romancière, n. à Paris, 5 juillet 1804, m. à Nohant (Cher), 8 juin 1876. P. A. S. George Sand Aur. Dupin; 16 février 1846, 1 p. in-8 oblong. — P.
Curieuse et rare pièce. George Sand reconnaît avoir reçu de MM. Giroux et Vialat la somme de deux mille cinq cents francs poui le prix de son roman la Mare au Diable. (La Mare au Diable est généralement considérée comme son chef-d'œuvre.)
-: 881 * SAND (Amantine-Lucile-Aurore Dupin, dame Dudevant, dite George).
L. A. S. George Sand Aurore Dupin au premier président de la cour de Paris; Nohant, 1 5 juin 1847, 3 p. in-8.
Très intéressante lettre ou elle fait appel à sa bienveillance relativement à un procès qu'elle soutient contre le contrefacteur d'un de ses romans. Ce vol lèse beaucoup ses éditeurs, qui ont hâte de voir cette affaire plaidée et terminée.
■* 882 <- SAND (Amantine-Eucile-Aurore Dupin, dame Dudevant, dite George). L. A. S. (au célèbre acteur Bocage); 23 août 1 S 5 g , 2 p. 1/2 in-8.
["rès curieuse épitre ou elle lui explique les raisons de son refus de donner une pièce dans le théâtre qu'il doit diriger. Voyez bien si avec mon peu de popularité dra- S
manque je suis le nom et l'auteur qu'il vousfau- „4 - <T\ à * * ± . / - *
drait dans un théâtre du peuple. J'ai bien été d'avis U*-^ <ô C<-\, 0 f-K^&Ajjub Aji tU i3 <XAj
lans nu tems qu'il fallait donner au populaire ce V que l'on avait de mieux, mais il est bien chang le populaire! Il ne nous connaît plus entai qu'artistes. 11 nous a bien plantés là tous les deu
le populaire ! Il ne nous connaît plus entant ^ sf (~^\
quartistes.il nous a bien plantés là tous les deux (*) f\
pour Molière. Il aime bien mieux les fabricans / h & m . . i C , <J y
d'émotions du boulevard, et j'avoue que je n'en- j £4 «
tends pas la pièce a effets el a charpentes... « 1
4- 883 * SUE (Marie-Joseph-Eugène), romancier populaire, l'auteur des Mystères
de Paris et du Juif errant, n. à Paris, io décembre 1804, m. à Annecy, 3 juillet 1857.
i° L. A. S. à Prosper Mérimée (le célèbre écrivain); (Paris, i832), 1 p. in-8. — P.
Jolie lettre où il le remercie de ses compliments sur la Salamandre. « Je n'ai pas mis de combats parce que je les réserve pour mon prochain roman qui comprendra nos guerres maritimes dans l'Inde et quelques affaires brillantes de la République. Je tâcherai aussi de me débarrasser du penchant à la grosse horreur. C'est, d'ailleurs, si facile qu'on doit avoir honte de l'espèce de succès que cela obtient sur les nerfs des lecteurs
2° L. A. S. à Alex. Dumas père; Chatenay, lundi, 1 p. in-8.
11 lui demande de vouloir bien lui fixer un rendez-vous pour s'occuper d'une pièce qu'ils doivent faire en collaboration. « Il y a, du reste je le pense, un excellent rôle pour mademoiselle Ida (actrice, qui devint la femme de Dumas). »
4 884 ~s* SUE (Marie-Joseph-Eugène).
Dessin à la plume signé, avec légendes autographes d'HoNORÉ de Balzac; 28 avril 1 836, 1 p. in-4.
Ce dessin représente un cheval, un cavalier et une marine ; il a été fait à Y hôtel des Haricots, un jour qu'Eugène Sue et Balzac y étaient enfermés pour n'avoir pas rempli leur devoir de gardes nationaux. Balzac a écrit en légende : « Fait en prison à l'hôtel Bazancourt, où nous étions punis pour n'avoir pas monté la garde, par arrêt des épiciers de Paris. »
* 885 ■+ SAINTE BEUVE (Charles-Augustin), célèbre poète, notre plus grand critique, auteur des Lundis, historien de Port-Royal, membre de r Académie française(i844), n. à Boulogne-sur-Mer, 23 décembre 1804, m. à Paris, i3 octobre 186g.
A Victor H... Pièce de vers autographe signée; octobre 1829, 1 p. in-4. — P- gravé en 1844. Superbe et précieuse pièce adressée à Victor Hugo. Elle commence ainsi : « Ami, d'où nous viens-tu 'tremblant, pâle, effaré, n
* 886 * SAINTE BEUVE (Charles-Augustin).
L. A. S. à La Mennais, à Rome; 9 décembre i83i, 2 p. in-8. — P. dessiné à la plume et au lavis.
Très curieuse épitre où il lui recommande un de ses bons amis, a M. Brizeux, l'auteur d'un charmant poème appelé Marie, qui vous plairait, si vous le lisiez, mais pas plus que sa personne qui est d'une nature élevée et candide bien rare en ces temps. Il est allé voir l'Italie de compagnie avec son ami M. Barbier (l'auteur des ïambes), que vous avez vu une fois à la maison, et tous deux se font une fête de vous saluer, à leur passage à Rome. J'espère que vous y êtes en
bonne santé et en train de bonne réussite pour vos salu- — -, . ^ • ' X t^2kJ v
taires projets. » Il lui dit en terminant : « Je me recom- £*. { £t <*■*« ' "V >
mande aussi bien vivement à l'amitié de M. Lacordaire. >> C -f—
4 887 + SAINTE BEUVE (Charles-Augustin).
L. A. S. à Victor Hugo ; (Paris), ce vendredi soir (12 septembre i833), 1 p. in-8.
Très jolie lettre : « Mon cher ami, dimanche ou lundi, si vous voulez, je f vous attendrai à cinq heures et demie ou six heures à la Rotonde, et nous ^t, €^ causerons pour tout ce temps qui m'a paru si vide et que vous avez si bien rempli. Je vous dis dimanche ou lundi pour que vous choisissiez le jour qui vous sera le plus commode; pour moi, tous les jours sont à vous et le plus lôt sera le mieux. »
* 888 <- SAINTE BEUVE (Charles-Augustin). L. S., avec la souscription autographe, à Philarète Chasles; (Paris), 29 mars 1 865, 2 p. 3/4 in-8.
Lettre des plus piquantes sur la candidature de Philarète Chasles à l'Académie française. Celui-ci avait, le 12 janvier 1864, parlé dans son cours du collège de France, de Sainte-Beuve, en des termes qui avaient fait rire l'auditoire. Il avait comparé, le suisse Bonstetten « avec l'écrivain ondoyant, le plus ondoyant de notre époque, notre brillant ami M. de Sainte-Beuve, qui sait si bien s'assimiler, prendre toutes les teintes, toutes les doctrines, qui est si fluide, si ondoyant, dis-je, qui s'assimile si admirablement les idées philosophiques, littéraires, politiques aussi... » Sainte-Beuve lui rappelle cette circonstance cl déclare qu'il n'accepte pas de pareils éloges de ses amis. 11 J'ai évité de vous voir depuis ce jour-là ; je l'éviterai encore. J'aurais à vous reprocher d'avoir, ce jour du 12 janvier, manqué a toutes les convenances envers un homme qui appartient nominalement encore au Collège de France et qui est par conséquent votre collègue. »