LETTRE DE LEIBNIZ A LIEBEKNECHT
Numéro 995.
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S. VI
* 999 -e- FREDERIC II, roi de Prusse (1740), écrivain et moraliste, ami de Voltaire, protecteur des lettres, n. à Berlin, 24 janvier 171 2, m. à Potsdam, 17 août 1786.
L. A. S., en français, à Voltaire; Remusberg, 6 novembre 1739, 1 p. in-4. Trois lignes de cette lettre ont été raturées. (Coll. Villenave.) — P. de Marais d'après Graff.
Précieuse lettre écrite comme prince royal. Il est heureux de la satisfaction qu'il lui a témoignée de sa préface. « J'en abandonne le stille et le tour à la critique de tout les Zoilles de l'univers ; mais je me persuade en même tems qu'elle se soutiendra puisqu'elle ne contient que des véritez et que tout homme qui pense sera obligé d'en convenir. Cette réfutation de Machiavel à laquelle vous vous intéressez est achevée. Je comence à présent à la reprendre par le premier chapitre pour coriger et pour rendre, si je le puis, cet ouvrage digne de passer jusqu'à la postérité. Pour ne vous point faire atendre, je vous envoyé quelques morseaux de ce marbre brutte qui ne sont pas encore polis. J'ai envoyé il y a huit jours l'avans propos .à la Marquise (Du Chastellet). Vous reseverez tout les chapitres corigez et dans leur ordre, dès qu'ils seront achevez. Quoi que je ne prêterai pas mon nom à cet ouvrage, je voudrais cependant que si le public en soupsonat l'auteur, qu'il ne put point me faire du tord. Je vous prie par cete considération de me faire l'amitié de me dire naturellement ce qu'il y faut coriger. Vous sentez vous-même que votre indulgence en ce cas me seroit préjudiciable et funeste. » On l'avait dissuadé de réfuter Machiavel parce que, disait-on, Amelot de la Houssaye avait, dans ses notes sur Tacite, traité ce sujet. Vérification faite, Amelot n'a réfuté que quelques maximes du Prince et non l'ouvrage tout entier. « Je sai une infinité d'anecdotes sur les cours d'Europe qui auraient à coup sûr divertis mes lecteurs, mais j'aurois composé une satire d'autans plus ofensante qu'elle ut étée vrai, et c'est ce que je ne ferai jamais. Je ne suis point né pour chagriner les princes ; je voudrais plustôt les
rendres sages et heureux Adieu, cher ami, toujours malade et toujours persécuté. Je vous quite pour reprendre mon
ouvrage et noircir le caractère infâme et scélérat de l'avocat
du Prince, de la même plume qui fit l'éloge de l'incompa- rable auteur de la Henriade, mais elle confondra plus faci- <^Uc Uement le corrupteur du genre humain qu elle n a pu louer le S présepteur de l'humanité... » — (Cette lettre du grand Frédéric a été publiée, mais notre texte présente quelques dif- *
férences avec l'imprimé, notamment un post-scriptum de trois lignes qui est inédit.)
* 1000 ■+ RABENER (Gottlieb-Wilhelm), célèbre auteur satirique et moraliste, que ses compatriotes ont comparé à La Bruyère, n. à Wachau, près de Leipzig, 17 septembre 17 14, m. à Leipzig, 22 mars 1771. Sa correspondance a été publiée.
L. A. S. à Brand; Dresde, 21 mars 1757, 1/2 p. pet. in-4. Rare. — P. gravé par Bause d'après la peinture d'Aoton Graff. ^
il lui envoie en communication des lettres dont il le prie de prendre connais- -'*'*'** Y~ sance ; mais pour peu que cela le dérange et sachant que son temps est très limit<! il ne se formalisera pas, dit-il, si elles lui sont retournées sans avoir été lues.
•} 1001 -5- KLEIST (Ewald-Christian von), célèbre poète élégiaque, auteur du Printemps, n.à Zeblin (Poméranie), 7 mars 1 71 5, m. à Francfort-sur-l'Oder, 24 août 1759, des suites de blessures reçues à la bataille de Kunersdorff le 12 du même mois. Il était major du régiment Hausen et servait dans l'armée du grand Frédéric, sous les ordres du prince Henri, quand il eut la jambe droite fracassée par un coup de canon. L. A. S. à Salomon Gessner; Leipzig, i5 avril 1758, 4 p. pl. in-4. Très rare. — P. de Steinla.
Précieuse lettre. Il remercie Gessner de l'indulgence avec laquelle il a jugé ses poésies et la pièce de théâtre qu'il lui a envoyées, et ajoute : « Vielleicht wenn ich lebe und Zeit habe, mâche ich einmal was besseres von dieser Art !» — Il a bien reçu sa lettre, mais on ne lui a pas encore remis le « poème de la mort d'Abel ; » il se réjouit de lire le chef-d'œuvre de son cher Gessner, car ce sera un chef-d'œuvre, à en juger par ses Idylles. — « Dann werde ich das grosse Vergnùgen haben meines lieben Meister Gessners, Meisterstùck zu lesen. Ich bin versichert dass es ein Meistertûck sein wird da seine Idyllen schon ein so grosses sind. » Il le loue surtout d'avoir cherché à imiter la simplicité des Anciens. — Considérations intéressantes sur le rôle du poète ; louanges et critiques des Idylles de Gessner. — Il parle de Gellert et de Lessing qui le fait saluer. « Herr Lessing macht Ihnen sein grosses compliment. « Il annonce en post-scriptum qu'il vient de recevoir ordre de marche et qu'il va rejoindre le corps du prince Henri. — Gleim est le grenadier qui compose les chants de victoire. « Gleim ist der Grenadier der die Siegeslieder singt. » — Intéressants et piquants détails sur Zacharia; , Bodmer, Gleim, liz. 11 lui demande s'il connait un ouvrage intitulé : l'Orgueil national, dont le style rappelle celui de Montesquieu et de Rousseau.
S. vi
4- 1002 ^ GELLERT (Christian-Furchtegott), célèbre poète, fabuliste populaire, n. à Hainichen (Saxe), 4 juillet 171 5, m. à Leipzig, i3 décembre 1769.
L. A. S. à une dame; Leipzig, 3i mars 1764, 1 p. 1/2 in-4. (Coll. B. Fillon.) — P. gravé par Sichling, d'après la statuette de Knaur; e'preuve avant la lettre.
Superbe lettre, pleine de sentiments religieux : « Je ne pense jamais à la mort du grand Addison sans jalousie chrétienne. Quand il renonçait aux médecins (raconte Young, l'homme le plus consciencieux) et s'était débarrassé de toutes les affaires de ce monde, il fit venir un jeune parent qu'il aimait et qui le méritait. Celui-ci le trouva dans l'inanition la plus absolue, ne pouvant parler : « Vous m'avez fait appeler, dit après une pause longue et respectueuse le jeune parent, et j'espère, cher maitre, que vous aurez à m'ordonner quelque
chose. Quoi que ce soit, je le remplirai re- , / A /)
ligieusement. » — « Non, mon fils, pas de commandement, dit Addison en serrant doucement la main au jeune homme. Voyez dans quelle joie le chrétien meurt. » Quelques minutes après il mourut. O mon Dieu ! si ma fin pouvait être pareille ! » — (Joseph Addison, le célèbre poète anglais, était mort le 17 juin 1 719.)
ioo3 -s- WINCKELMANN (Johann-Joachim), un des plus grands archéologues de son temps, l'illustre auteur de V Histoire de l'art dans l'antiquité et des Monuments antiques inédits, le maître de Visconti et d'Otfried Millier, n. à Stendal (Prusse), 9 décembre 1 7 1 7, m. assassiné à Trieste le 8 juin 1768.
L. A. S., en français, à l'abbé Barthélémy (l'auteur du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce) ; Rome, t3 septembre 1760, 2 p. 1/2 in-4. Déchirure par la rupture du cachet. — P. de R. Mengs.
Lettre des plus intéressantes où il donne de curieux détails sur les débuts de sa carrière, o S'il m'est resté quelque étincelle de goût et de sentiment, c'est presque par miracle, car pendant huit années de ma vie entière (les plus beaux années de ma vie) j'étois obligé, invitâ Minervâ, de lire les vieux Chroniques et les Annales des modernes, les Bollandistes, les autres Vies des Saints, d'examiner les anciens diplômes, confronter leurs dates et ramasser et rédiger en ordre dés matériaux pour l'Histoire de l'Empire dont M. le comte de Bunau a publié quatre tomes in-4 en allemand. Combien de tems perdu ! quelle perte irréparable ! Je restai enfoncé pendant tout ce tems dans la solitude de la campagne, où est la fameuse bibliothèque Bunavienne, après avoir été sept ans maître d'école dans une petite ville du Brandenbourgeois, car ce pais despotique et de l'esclavage est ma patrie. C'étoit alors quand je venois à Rome, que j'entrois, pour ainsi dire, au monde comme un enfant nouvellement né : la longue solitude de quinze années m'avoit rendu presque insociable. C'étoit alors, Monsieur, que je vous ai vu plusieurs fois chez M. le cardinal Passionei, qui après quelque tems me recevoit dans sa confrérie ; mais, devenu
taciturne et craintif, je n'osois vous aborder. Voilà l'idée de ma vie et de moi-même Il exprime ensuite le vif désir de
visiter la Grèce. « L'histoire de l'Art ne peut être éclairci que par des monuments du premier siècle de l'art déterrés dans la Grèce même. Nous n'en avons que des médailles et une ou deux pierres gravées. Les statues du vieux stile, ce beau Apollon au palais Conti, déterré sous le dernier Pape de ce maison au promontoire Circée, et l'autre au Capitole, sont probablement des ouvrages étruscfues. Il ne nous reste des statues grecques faites avant le siècle au sublime de l'art que la Minerve Justinienne. C'en est de même des bas-reliefs, car je tiens le nom de Callimaque sur celui du Capitole une imposture antique, comme c'est le nom de Lysippe à l'Hercule du palais Pitti à Florence, et le nom de Glycon à un autre Hercule qui de Rome est passé à Naples il y a quatre ans. J'en décide avec un peu trop d'hardiesse, mais je m'en tiens convaincu, et j'en porterai si non des preuves, au moins de fortes conjectures à son tems... » Suivent de longues et savantes considérations sur le même sujet. — (C'est en 1748 que Winckelmann était devenu sous-bibliothécaire chez le comte de Bunau à Nœthenitz, près de Dresde. Il ne partit pour l'Italie qu'en 1755 et ne visita jamais la Grèce). ISI ^ sstu*^ „ -,
* 1004^ WINCKELMANN (Johann-Joachim).
L. A. S. à Walther, conseiller de commerce et libraire de S. M. le Roi de Pologne, à Dresde; Rome, 28 janvier 1763, 2 p. in-8.
Belle lettre relative à ses travaux. Il lui renvoie par Gio. Francesco Albani, petit-fils du cardinal Albani (son protecteur, dont il était le bibliothécaire) des épreuves corrigées pour le premier volume * f~ \
de son histoire (l'Histoire de l'Art dans l'Antiquité) et il le prie de lui faire ^Si/L^^t</^^^ ^Àviy yt^^*^^>^
parvenir par la même personne divers ouvrages. Il termine en faisant des Jp*f*/**' * vœux pour la cessation de la guerre (allusion à la guerre de Sept ans, qui //2d^fJ^ st&*jdz<^£X>^- —
prit fin cette même année par la paix d'Hubertsbourg, le i5 février). c>^^Of<^<^-
S. vi
* ioo5 -* GLEIM (Johann- Wilhelm-Ludwig), célèbre poète, surnommé l'Anacréon allemand, auteur du poème Hallada et des Chants populaires (Lieder fur das Volk), n. à Ermsleben, 2 avril 17 19, m. dans la même ville, 18 février i8o3.