LETTRE DE GOETHE AU MARÉCHAL DE LA COUR — FRAGMENT
S. vi
« Je suis encore ici, et attendrai probablement la tournure que prendront les événements avant de continuer mon voyage. Les Autrichiens ont de nouveau traversé le Mein et entourent Francfort, peut-être sont-ils déjà aux prises avec les Français. Je ne tiens pas à me trouver au milieu d'une pareille bagarre, connaissant déjà par expérience l'agrément de ce genre de situations (allusion à la guerre que la République française soutenait contre les coalisés. Jourdan et Pichegru, après avoir traversé le Rhin, venaient d'opérer leur jonction dans la vallée du Mein en septembre 1795). J'ai, sans perdre de temps, profité de la tranquillité de mon séjour actuel pour traduire entièrement et modifier parfois Madame de Staël ; sa méthode féminine et la langue française m'ont donné beaucoup de mal, ainsi que sa tendance à se rapprocher de nos idées pour s'en écarter ensuite, sans compter ses éternels Mais. Enfin j'ai terminé, je vais faire copier ce travail et vous l'aurez aussitôt. Peut-être le ferez-vous imprimer en entier et y ajouterez-vous vos observations pour en faire quelque chose de complet. Toutefois, le génie et les circonstances en décideront. J'attends donc de vos nouvelles ; si votre lettre ne me parvenait plus à temps, on la fera suivre. Je vais me mettre immédiatement à mon roman, car, à moins que je ne recherche l'occasion de me distraire, je suis plus tranquille et plus isolé ici que chez moi. Portez-vous bien, peut-être vous reverrai-je plus tôt que nous le pensions. » — (Il s'agit d'un ouvrage de Madame de Staël qui venait de paraître tout récemment, l'Essai sîir les Fictions, et que Goethe avait promis de traduire pour les Heures; il devait y mettre une introduction et il était convenu que Schiller y ajouterait ses commentaires. — (Voir les lettres de Goethe à Schiller des 6 et 10 octobre 1795, etla réponse de ce dernier du 16 octobre où il dit : 0 J'attends l'ouvrage de Madame de Staël avec beaucoup d'impatience. Je tâcherai de mettre votre traduction tout entière dans le même numéro ; la livraison suivante contiendra mes observations, et comme le lecteur aura déjà fait les siennes, il m'écoutera avec beaucoup plus d'intérêt.»)
io32 s- GOETHE (Johann- Wolfgang von).
Pièce de vers autographe signée; Marienbad, 2 3 juillet 1822, 1 p. in-4. (Coll. Boilly.) — P.
Magnifique pièce, écrite et signée en caractères français. Elle est intitulée : Aus dem Neugriechischen (vers empruntés au grec moderne) et commence ainsi : « L'Olympe et le Kissabos (l'Ossa) se querellaient entr'eux ; l'Olympe irrité parle ainsi au Kissabos : « Ne t'élève pas tant, ô Kissabos ! car les Turcs te foulent encore sous leurs pieds. Moi, cependant je suis ce viril Olympe que le monde entier a connu, qui compte soixante-deux sommets et deux cents sources limpides ; mais chaque source a sa flamme, chaque branche a son combat, etc..
« Der Olympos der Kissabos die zwei Berge haderten, Da ergrimmend sprach Olympos also zu dem Kissabos : — Nicht erhebe dich Kissabe ! Tûrken du Getretener, Bin ich doch der Greis Olympos den die ganze Welt vernahm. Zwei und sechzig Gipfel zàhl ich und zweitausend Quellen klar, Jeder Brunn hat seinen Wimpel, seinen Kaempfer jeder Zweig... »
± io33 -s- GOETHE (Johann -Wolfgang von).
P. A. S. de Johann-Kaspar Goethe, conseiller impérial, père du poète, n. 3i juillet 1710, m. 27 mai 1782; Francfort, 3o janvier 1776, 1/2 p. in-4. (Coll. Wagener.) - P. ' -
Quittance signée der Rath Goethe (le conseiller Goethe).
* 1034 s- GOETHE (Johann-Wolfgang).
L. A. S. de Catharina-Elisabeth Textor, mère de Goethe (n. igfévrier 173 1 , m. i3 septembre 1808), à Unzelmann (l'acteur), à Berlin; 27 mai 1788, 4 p. in-4. Très rare. (Coll. Wagener.)
Superbe et intéressante lettre signée de son prénom. « Cher ami, j'ai le grand défaut de penser plus au temps passé qu'au temps présent et de ne pouvoir bannir entièrement de ma mémoire les idées, les rêves et les châteaux en Espagne que nous nous étions fourrés dans la tête... Il me semble que Berlin doit être la ville où vous trouverez enfin le bonheur. Je vous supplie donc, par tout ce qui vous est cher, de vous en tenir enfin à cette bonne chance ; la fortune n'est pas toujours si bien disposée que lorsqu'une porte se ferme elle en rouvre immédiatement une autre... Ce que j'ai dit des bas de la Bethmann (célèbre actrice) était pour rire ; j'en ai envoyé immédiatement deux nouvelles paires. Quant à moi, ce n'est pas d'une personne comme elle que je voudrais accepter des cadeaux... — Lieber Freund ! Es ist ein grosser Fehler an mir, dass ich mehr an die vergangene Zeit als an die gegenwârtige denke, und dass ich mir die Ideen, Tràume und Mâhrgen die ich mir mit Ihnen in Kopf gesetzt hatte noch nicht gantz aus dem Gedâchtnûss tilgen kan... Eine solche Ehre
hâtten Sie und die Frau Gevatterin hir nicht erlebt, und wenn ihr wie die Engel gespielt hâttet ^-^^gp? /""")
das Kônigliche Hauss liesse sich bedanken! Das hàtte hir der Burgemeister nicht gethan — Ç^T- / /? f* ûberhaupt scheint mir dass Berlin der Ort ist wo Sie endlich ein mahl glûcklich seyn werden. /(^/cc&td^ Ich bitte Ihnen daher um ailes was Sie lieben und Ihnen werth ist, stossen Sie dièses Gluck nicht / wieder von sich-das Schicksahl ist nicht immer so gut gelaunt, dass wenn eine Thûr sich ( 1 schliesst, es gleich wieder eine aufthut.., » >^
S. VI
•j- io35 •* MÙLLER (Friedrich), surnommé Maler Muller (Millier le peintre), peintre médiocre, mais par contre, poète d'une puissante originalité, célèbre par ses Idylles, n. à Kreuznach (Prusse rhénane), 1750, m. à Rome, 23 avril 1825.
L. A. S. au peintre Robert Langer, à Munich; Rome, 29 mai 1822, 2 p. gr. in-4, cachet. Rare. — P. à l'eau-forte dessiné d'après nature et gravé à Rome en 18 16 par L. E. Grimm.
Très belle lettre toute relative à un tableau auquel travaille Langer: La Mise au tombeau du Christ. — Millier fait à ce propos l'historique des principales peintures que ce grand sujet a inspirées ; il cite avec détails Giotto, Daniel de Volterre, Raphaël, etc. Mais il donne la préférence entre tous à Rubens, qui, grâce à sa puissante imagination et à la magie de sa couleur, a su rendre dans une de ses toiles les plus admirables le côté touchant et pathétique de ce sujet.
± io36 + VOSS (Johann-Heinrich), célèbre critique et poète, auteur de la charmante pastorale Louise , que Goethe a imitée dans Hermann et Dorothée, philologue éminent, excellent traducteur d'Homère et des Mille et une Nuits, n. à Sommersdorf (Mecklembourg), 20 février 1 7 5 1 , m. à Heidelberg, 20 mars 1826. L. A. S. à son éditeur; Eutin, 2 mai 1799, 3 p. in-8. — P. de Gottschick.
Très curieuse et remarquable lettre à son libraire qui émettait la singulière prétention d'apporter des modifications à une nouvelle édition de sa traduction des œuvres d'Homère. Voss le renvoie purement et simplement à leur traité qui lui interdit tout changement. Il regarde la discussion comme terminée et l'engage spirituellement à ne pas oublier qu'Homère est immortel pour lui aussi. « Ich wiïnschte das sie diesen Nothbehelf unnôthig fânden ; und allein durch den Gedanken, Homer sei auch fur sie unsterblich, sich leiten liessen. » — (La première édition de sa traduction de l'Odyssée date de 178 1 .)
•5- 1037 -s- KLINGER (Friedrich-Maximilian von), auteur dramatique et romancier, dont le drame Orage et Violence, sans grand mérite du reste, eut l'honneur de donner son nom à une période de la littérature allemande (Sturm und Drang Période), n. à Francfort-sur-le-Mein, février 1752, m. à Saint-Pétersbourg, 25 février 1 83 1 . Goethe l'avait appelé un véritable apôtre de l'Evangile delà nature. L. A. S. à un de ses amis; Saint-Pétersbourg, 26 décembre 1818, 4* p. in-4. Rare. — P.
Jolie épitre à un ami. Il le prie de ne plus lui parler à l'avenir de politique dans ses lettres, qui risqueraient fort d'être interceptées en route, et de ne montrer non plus à âme qui vive celles qu'il lui adresse, ses compatriotes ayant la rage de publier dans les journaux tout ce qui leur tombe entre les mains. « Je hais cette publicité^ dit-il ; j'en ai fini avec le public et ne veux plus paraître devant lui, sous n'importe quelle forme. — Ich hasse dièse Publicitât. Ich habe mit dem Publicum geendigt, und will in keiner Gestalt wieder vor ihm erscheinen. »
* io38 -f FORSTER (Johann-Georg-Adam), célèbre écrivain, voyageur et naturaliste, compagnon du capitaine Cook dans son second voyage autour du monde, dont il a donné une intéressante relation, ami de Buffon, de Franklin et d'Alexandre de Humboldt, n. à Nassenhouben, 26 novembre 1754,^1. à Paris, 11 janvier 1794. L. A. S., en français, au citoyen Mayer; (Paris), 16 novembre an 1 (1792), 1 p. in-4. — P-
Très curieuse épitre, dont voici le texte : « Citoyen, je vous prie en frère et sans cérémonie de venir prendre ma soupe aujourd'hui et de m'emmener le citoyen Cotta, à qui j'ai déjà parlé à cet effet dans la salle de notre société. Les citoyens Dorsch et Blau seront encore des nôtres et je vous présenterai ma citoyenne qui est trop patriote pour vous faire des excuses sur l'apprêt laconique de son dîner. » — (Forster, qui avait accueilli avec enthousiasme la Révolution française, occupait un modeste emploi de bibliothécaire à Mayence en 1792, à l'époque où Custine fit son entrée dans cette ville à la tête de l'armée française. Il se lia avec le général républicain. Il ne voulut pas rester fidèle à une cause qui s'était abandonnée elle-même, celle de l'électeur, qui « avait fui, dit-il, avec la caisse des orphelins; celle de la noblesse, qui ayant mis en sûreté tout ce qu'elle possédait, demandait à la bourgeoisie de se sacrifier ; enfin celle du clergé, qui s'était rendu odieux à la population. » Ce langage lui attira la haine des classes privilégiées, qui mirent sa tête à prix. La ville de Mayence chargea Forster de porter à la Convention nationale de Paris le vœu formulé par les Mayençais d'être incorporés à la nation française. En même temps il espérait être nommé député de Mayence ; mais la retraite de Custine et les événements qui suivirent déjouèrent toutes ses espérances, et il dut rester a Paris, où il mourut.)