LETTRE DE SCHILLER AU LIBRAIRE GOESCHEN
FRAGMENT
S. vi
2° L. A. S. de Christian-Gottlieb Kœrner à Schiller; Dresde, 19 mai 1789, 6 p. in-4. — P.
Réponse à la précédente lettre. Koerner remercie Schiller du jugement flatteur que Wieland et lui ont porté sur son article; il n'a pas découvert d'analogie entre le style de Gibbon et celui de Schiller, sauf peut-être un peu de recherche; mais chez Schiller, c'est une recherche d'un autre genre. — « En voulant écrire d'une manière vivante, il se présente parfois à ton esprit, lui dit-il, des images plus appropriées au style du poète qu'à celui de l'historien. Gibbon cherche, lui, à briller par des considérations philosophiques qui ne valent pas les tiennes et ne sont pas amenées aussi naturellement. » Plus loin, il l'engage à ne pas se laisser aller au découragement : « Tu as déjà accompli de grandes choses pour ton âge et tes progrès sont frappants : compare tes Brigands à ton Carlos, ton style dans le premier morceau de la Thalia et dans le dernier, ou encore mieux dans ton Histoire des Pays-Bas. Combien de temps n'a-t-il pas fallu à Lessing pour arriver du Jeune Savant à sa Minna? » — Il critique ensuite plusieurs des poésies de son ami et en cite quelques'passages qui, selon lui, laissent encore à désirer sous le rapport de la clarté « Du hast mir eine der glûcklichsten Stunden gemacht. Du kennst das seelenerhebende Gefûhl, das Dir bey mir zu Gebote steht, sobald Du Deine Krâfte aufbietest. Ich bin stolz darauf Dich zu verstehen! »
•3- 1042 -* SCHILLER (Johann-Christoph-Friedrich von).
L. A. S. à Frauenholz, marchand d'objets d'art à Nuremberg; Iéna, 26 mai 1794, 4 p. pl. in-4, enveloppe et cachet avec un S. — P.
Superbe lettre. Il remercie Frauenholz de l'envoi des épreuves de son propre portrait ; elles sont excellentes au point de vue artistique, et le portrait est très ressemblant (ce portrait était destiné, ainsi que ceux dont il est question plus loin, à une collection que publiait Frauenholz). Il mentionne également le portrait de Kant par Lips qui a été fait pour la Galette littéraire (Litteraturzeitung) mais qui laisse à désirer; il devrait en faire faire un autre d'après un original très réussi, que possède le professeur Hufeland. Il l'engage à admettre dans sa collection les portraits de Thùmmel, de Fichte, de Voss, de Schlosser, de Klopstock et de Jacobi, qui lui paraissent très dignes d'y figurer. — Schiller se dit très ^^/^
flatté de l'offre que lui a faite son corres- S *r /
pondant de publier une édition de luxe de son Don Carlos, et il serait enchanté de la voir mise à exécution ; il l'engage à faire dessiner les illustrations par le peintre Ramberg, qui a livré des dessins remarquables pour une édition anglaise de Shakespeare, et plus récemment pour les œuvres de Wieland. Grand éloge de Ramberg : « Unter allen neuen Zeichern, kenne ich Keinen der meh'r Génie, Geist und Grazie besitzt, und mehr Anmuth mit Kraft vereinigt. »
± 1043 * SCHILLER (Johann-Christoph-Friedrich von).
L. A. S. de Johann-Kaspar Schiller, capitaine, puis régisseur du château grand-ducal de la Solitude, père du grand écrivain, n. 1723, m. 1796 (au libraire Schwan, h Mannheim) ; Solitude, 8 décembre 1782, 3 p. in-8. Très rare. — P.
Il remercie Schwan de l'affection qu'il a témoignée à son fils le docteur Schiller, et le prie de la lui continuer. Recommandations sur la conduite que son fils doit tenir pour rentrer en grâce auprès du grand-duc. (Il s'agit des suites de la fuite secrète de Schiller après la première représentation de son drame des Brigands) : « Ew. Hochedelgeb. haben memen Sohn, den Dr. Schiller, so ausnehmend viele Freundschafft erwiesen, dass ich mich hôchst verbunden achte, Ihnen memen aufnchtigst Dank dafiir abzustatten, mit dem eifrigsten Wunsch und der gehorsamsten Bitte dass es Ihnen gefâlhg seyn mochte, diesen jungen Mann noch fernerhin Ihrer schâtzb. Gewogenheit empfolen seyn zu lassen. Nach erh. desscn letzt. Schreiben vom 27. vor. Mts., ist derselbe durch einen Officier, sehr in Angst gesetzt worden. Es ist aber Gottlob an dem was mein Sohn befiirchtete, nicht das geringste, und der sich nach ihm erkundigte Off. ist ein Freund von îhm gewesen... Ich habe hierin noch nicht das geringste gemerkt, dass S. Herz. Durchl. sich entschliessen sollten memen Sohn aufsuchen u. verfolgen zu lassen... Inzwischen ist es gleichwol nôtig,dass derselbe sich in gehôriger Entfernung halte, und, er sich allschon vorgenommen, in einem nachmal. u. Schreiben an S. H. D. durch Bezeugung seiner u. Dankbarkeit fur die m der Akademie genossene Gnade durch âussernden warhafften Vorsaz, das medicinische Studium vviederum zur Hand zu nehmen... trachten solle die Gnade seines durchl. Landesvaters wiederum zu erlangen. Ich habe ail dièses an ihn selbst... geschrieben, bitte aber recht sehr, ihm solches auch nachdrûklich beizubringen,und wie Sie bisher so rûhmlich gethan haben, diesen jungen Menschenmit Ihrem freundsch. Rath u. Ermahnungen, Trost u. Aufmunterung, fortan gûtig zu unterstûtzen... Er hat durch sein vorzeitiges Weggehen sich selbst wider seiner wahren Freunde Rath, in seine gegenw. Lage gesetzt und es wird
ihm an Leib und Seele gut seyn, wenn er sie empfindet, und dadurch far die JE**®*^/*-™* **~~~*~giT
Zukunft klûger gemacht wird... »
S. vi
*• 1044 s- SCHILLER (Johann-Christoph-Friedrich von).
L. A. S. cI'Elisabeth-Dorothea Kodweiss, mère de Schiller, n. àMarbourg, 1732, m. 1802, à son gendre Reinwald (mari de Frédérike Schiller), 4 p. pet. in-12. Très rare. (Coll. Wagener.) — P.
Cette précieuse lettre est de la fin d'août 1796. Elle regrette l'impossibilité où elle se trouve d'aller voir son gendre, les postes ne marchant plus depuis un mois à cause des Français. Nouvelles de la santé de son mari, toujours gravement malade. Elle a reçu une lettre de son fils (le poète) qui lui annonce la naissance d'un fils (il s'agit de Ernst-Friedrich-Wilhelm, second fils du poète, n. le 11 juillet 1796 à Iéna). Elle n'a appris que le i5 août cet événement arrivé le 11 juillet, toujours à cause de la difficulté des communications postales. Cette lettre est d'un style très curieux; en voici un échantillon : « Liebster Herr Sohn. Es hat mich recht sehr erfreut dass Sie auch wieder an mich geschrieben u. sind Sie versichert dass es ihrer guten Frau ehben so empfindlich felt sich ohne ihren Willen so lange hier aufhalten musste... Es war schon seit ùber einen Monat, der Franzosen wegen, keine fahrende
Post von Stuttgart abgegangen, sie hàtten Schillers Frau & * s j ' J? •
per Extrapost reisen lassen, aber bei ihren grossen Aus- &&e-frfë&v~£ t$JUV**f %^f/J**& cS/T^T—»
gaben war dies nient môglich, nur fur den Koffer hat man <r* w ' ^^H^^^L^^
bis Ntirnberg 12 11. fur d. Centner verlangt, » .S^*****-»-"" *
* 1045-5- SCHILLER (Johann-Christoph-Friedrich von).
L. A. S. de Charlotte-Antoinette von Lengefeld, femme du grand écrivain, n. 22 novembre 1766, m. 9 juillet 1826 (au major Knebel); Weimar, 28 mars 1818, 8 p. in-8. — P.
Très belle et précieuse lettre intime. Détails intéressants et circonstanciés sur ses enfants, sur la cour de Weimar et Madame de Stein, et enfin sur Jean-Paul Richter, qui a un coup d'oeil très juste en politique et qui est plus mordant encore qu'il n'en a l'air au premier abord ; aussi n'est-ce pas sans raison qu'on le met de côté. « Aber doch ist dieser (Jean-Paul Richter ) Verfasser 4 noch umsichtiger und hat helleren Blick ûber politische Verhâltnisse. Erist noch viel spitziger als man £^0^ beym ersten Blick ilbersieht und er ist nicht ohne Grand hingeworfen. »
* 1046 -+ SCHILLER (Johann-Christoph-Friedrich von).
i° L. A. S. de Karl-Friedrich-Ludwig von Schiller, fils aîné du grand écrivain, n. à Ludwisgburg, 14 septembre 1793, m. 21 juin 1857; Lorch, 8 septembre 1841, 1 p. 1/2 in-4.
Il regrette de ne pouvoir répondre favorablement au désir du Scliillerverein de Leipzig, qui a fait demander s'il consentirait à donner des manuscrits de son père; il n'en possède pas, le grand poète ayant l'habitude de les brûler aussitôt copies.
20 L. A. S. de Karoline-Friederike-Luise von Schiller, fille aînée de Schiller, femme du conseiller Junot, n. i3 octobre 1799, m. i85o ; à la veuve de Koerner; Rudolstadt, ib octobre 1840, 2 p. in-4.
Jolie lettre. « Bien que je n'aie jamais eu le bonheur de vous voir, je porte dans mon cœur, depuis mon enfance, une affection profonde à la fidèle amie de notre famille. Je sais que le nom de Schiller est en honneur auprès de vous, c'est pourquoi je prends la liberté de vous adresser ces lignes par mon fils aîné, qui va à Berlin pour y continuer ses études, et que je recommande à votre bienveillant accueil. »
3° L. A. S. d'EiviiLiE-FRiEDERiKE-HENRiETTE Schiller, deuxième fille du poète, femme du baron de Gleichen-Russwurm, 11. 25 novembre 1804, m. ib juillet 1872; au baron Alfred de Wolzogen, à Munich; Greifenstein, 22 février 1 85 8, 4 p. in-4, enveloppe et cachet.
Elle parle avec enthousiasme de son père, qui avait pris pour mission d'ennoblir l'humanité parle théâtre. 0 Ich freue mich die Bûhne mit solchen Augen angesehen zu finden, dies war ja Schillers Zweck auch die Menschen durch sie zu veredlen. »
* 1047 •* SCHILLER (Johann-Christoph-Friedrich von).
L. A. S. de Caroline von Wolzogen, née von Lengefeld, belle-sœur de Schiller; Dresde, 6 septembre, 3 p. in-4. — P-
Jolie épitre intime. Détails de famille intéressants. Elle ajoute en post-scriptum qu'elle est heureuse d'apprendre que la célébration de leur fête ait si bien réussi. 0 Schiller s'ën est également réjoui et joint ses vœux aux miens... ».
POÈTES Et PROSATEURS
S. vi
*- 1048* HEBEL (Johann-Peter), poète et conteur populaire, auteur de poésies en dialecte souabe, n. à Bâle, 11 mai 1760, m. à Schwetzingen, 22 septembre 1826.