‹ Lettres autographes composant la collection de M. Alfred BovetChapitre 2 sur 312 · POUR LES SÉRIES V ET VI · texte numérisé non relu

POUR LES SÉRIES V ET VI

Le second catalogue de la collection d'autographes formée par M. Alfred Bovet comprend les séries suivantes : V. Savants et Explorateurs. — VI. Poètes et Prosateurs. — C'est, sans contredit, la partie la plus précieuse et la plus complète de la collection. Quelle admirable galerie que celle des Savants ! On y trouve, par ordre chronologique de naissance, depuis le grand médecin et chimiste Paracelse jusqu'à Francis Garnier et Savorgnan de Brazza, la plupart des hommes qui se sont illustrés par leurs travaux et par leurs découvertes dans le domaine des sciences mathématiques, physiques et naturelles ou par l'exploration de contrées inconnues. Dans cette série, par exception, il n'y a pas de distinction de nationalité. C'est le merveilleux privilège de la science d'être universelle et de profiter à tous. La postérité ne confond-elle pas dans une même et légitime admiration, sans se préoccuper du pays d'origine, tous ces grands hommes que le présent catalogue fait défiler sous nos yeux: Paracelse, Tycho Brahe, Galilée, Torricelli, Kepler, Newton, Linné, Franklin, Stahl, Buffon, Haller. Priestley, Lagrange, Galvani, Herschel, Lavoisier, Volta, Lamarck, Jussieu, Laplace, Watt, Cuvier, Humboldt, Bichat, Geoffroy Saint-Hilaire, Montgolfier, Jenner, Ampère, Fulton, Stephenson, Humboldt, Arago, Darwin, Claude Bernard. Chaque nation a le droit d'honorer ceux de ses enfants qui l'ont illustrée, mais toutes ont la même gratitude envers ces héroïques explorateurs qui ont reculé les bornes du monde civilisé et qui s'appellent le capitaine Cook et son compagnon Banks, Lapérouse, Vancouver, Jacquemont, Blosseville, Livingstone, Bellot, Speke, Flatters et Francis Garnier. En effet, si cette fraternité, objet des aspirations les plus nobles des philosophes, se rencontre parmi les hommes, n'est-ce pas parmi les savants, qui travaillent depuis des siècles à un même but, le progrès et le bien de l'humanité? Cette fraternité, j'en ai trouvé un exemple touchant dans la lettre de François Arago à Alexandre de Humboldt, et j'ai réuni sur une même page le fac-similé de l'écriture de ces deux illustres' savants comme un témoignage éclatant de la fraternité scientifique.

Les destinataires des lettres sont souvent eux-mêmes des personnages illustres. Ainsi Franklin écrit à Washington, La Condamine et Tronchin à- Voltaire, Buffon à d'Alembert, Haller à Mauper-

PRÉFACE

tuis, Linné, Charles Bonnet, Caldani et Tissot à Haller, Daubenton à Bernardin de Saint-Pierre, etc. La valeur et l'intérêt de ces pièces se trouvent, par cela même, singulièrement augmentés.

Jusqu'ici, dans cette nomenclature, je n'ai cité que des morts, mais M. Bovet n'a pas oublié les vivants, qui sont brillamment représentés dans ce catalogue par Chevreul, l'illustre et vénéré doyen des savants de l'Europe, Ferdinand de Lesseps, Louis Pasteur, Berthelot, Nordenskiold, Robin et Savorgnan de Brazza, le conquérant pacifique du Congo. Il y a peu de jours encore, Jean-Baptiste Dumas, qui vient d'être ravi à la science, figurait le second dans cette pléiade de vivants illustres.

Les Écrivains ont été l'objet de toute la sollicitude de M. Bovet. C'est avec un soin extrême, avec amour et tendresse, je puis le dire, qu'il a choisi les noms et les pièces. Aussi est-ce dans cette série que la délicatesse de son goût et que la sûreté de son jugement éclatent le plus manifestement. On reconnaîtra sans peine les tendances littéraires et les préférences de l'amateur, quoiqu'il se soit fait une règle d'admettre dans sa galerie les représentants de toutes les écoles.

C'est la France qui s'offre d'abord à nous. L'ensemble est des plus remarquables et on n'y rencontre que très peu de lacunes importantes, presque impossibles à combler, comme Rabelais, Montaigne et La Bruyère. La plupart des pièces sont des curiosités de premier ordre. Charles d'Orléans et Commynes ouvrent la série. Le seizième siècle nous offre Amyot, Ronsard et Desportes. Le dixseptième est très complet. Voici d'abord une magnifique lettre de Malherbe à Racan, puis saint François de Sales, Descartes, Voiture, Antoine Arnauld, le cardinal de Retz, La Fontaine, Fénelon, Racine. Balzac et La Rochefoucauld écrivent à Mademoiselle de Scudéry, Scarron à Pellisson Fontanier, Madame de Sévigné à la comtesse de Guitaut, Madame de La Fayette à Ménage et Malebranche à Dortous de Mairan. Bossuet invite l'abbé Renaudot à aller visiter avec lui Boileau à Auteuil. Charles Perrault raconte la réception de Boileau à l'Académie. Boileau s'entretient de Racine avec Lamoignon. Enfin je citerai les deux perles de la collection, Pierre Corneille, qui signe un pouvoir avec plusieurs de ses collègues de l'Académie, et Molière, qui répond pour son ami Baron auprès du procureur Rollet, celui-là même que Boileau a immortalisé en le traitant de fripon. Ces deux pièces sont d'un prix inestimable.

Le dix-huitième siècle n'est pas moins riche que le précédent. Massillon, Lesage, une magnifique et très piquante lettre, Regnard, Bayle, Saint-Simon, Marivaux, Montesquieu, l'abbé Prévost, Vauvenargues, le baron d'Holbach, Beaumarchais, Bernardin de Saint- Pierre, Gilbert, Rivarol s'offrent successivement à nous. Voltaire est glorieusement représenté par cinq pièces fort remarquables, dont une pièce de vers écrite en 1719 au château de Vaux-Villars, une magnifique lettre à la margrave de Baireuth, une épître à Titon du Tillet et une lettre à Diderot. D'autre part, plusieurs lettres lui sont adressées par Destouches, Duclos, Tressan, Ecouchard-Le Brun, etc. Jean-Jacques Rousseau se plaint de Diderot à d'Escherny, et Diderot écrit deux précieuses lettres à Voltaire et à Beaumarchais. Enfin je dois citer la magnifique épître d'André Chénier à son père, rareté autographique, provenant de la collection Benjamin Fillon.

La série du dix-neuvième siècle est certainement unique. Joseph de Maistre et madame de Staël l'ouvrent magistralement. Les trois lettres de l'auteur de Corinne sont des curiosités ; quoi de plus remarquable et de plus piquant que l'épître à Alexandre Lameth où les protestations d'amour se mêlent aux considérations politiques. Vient ensuite Chateaubriand avec trois magnifiques lettres à Fontanes, à Joseph de Maistre et à Lamartine. Béranger est représenté par une chanson et par deux épîtres très curieuses à Chamisso et à Mérimée. La Mennais discute avec le baron d'Eckstein dans les termes les plus éloquents. L'étrange Stendhal se croit, comme toujours, entouré d'ennemis.

PRÉFACE

Guizot recommande son élève Victor Cousin à un jurisconsulte allemand. La lettre dans laquelle Lamartine offre un refuge dans un de ses châteaux à Charles Nodier, poursuivi par ses créanciers, est certainement des plus honorables pour son auteur. Le grand poète est encore représenté par une pièce de vers composée pour le célèbre chanteur Duprez et par une curieuse lettre à Honoré de Balzac. Victor Cousin s'entretient de philosophie avec La Mennais et l'Allemand Gans. Augustin Thierry est une rareté autographique, car toutes les lettres à lui attribuées sont de la main de ses secrétaires. J'ai pu vérifier l'écriture de celle-ci sur les manuscrits autographes de l'illustre écrivain que conserve pieusement son neveu et continuateur M. Gilbert-Augustin Thierry. Quel plus bel autographe peut-on désirer de Mignet, dont les lettres françaises pleurent la perte récente ? Thiers, qui nous a apparu comme homme d'Etat dans le précédent catalogue, est représenté comme écrivain par deux jolies lettres à Mérimée et à Alexandre Dumas. Alfred de Vigny nous montre sa belle écriture dix-septième siècle. Auguste Comte convie respectueusement La Mennais à assister à l'ouverture de son cours de philosophie positive. Michelet écrit au baron d'Eckstein et adresse à La Mennais un billet admiratif. Honoré de Balzac réclame l'érection du monument destiné à rappeler le meurtre du duc de Berry et il écrit à Frédérick Lemaître. Le grand et bon Littré remercie le comte Walewski d'avoir accordé une pension à la veuve d'Auguste Comte. La lettre de l'évêque d'Orléans Dupanloup est la plus belle et la plus curieuse qui ait jamais figuré dans aucune collection. C'est un véritable dithyrambe en l'honneur du pape Pie IX. Le Père Lacordaire demande à l'archevêque de Paris Affre de souscrire à un poème chrétien, qui doit être l'antidote du Jocelyn de Lamartine. Alexandre Dumas, voyant que Victor Hugo avait forcé, non sans luttes, les portes de l'Académie, veut aller rejoindre son ami et s'ouvre de ce projet à Charles Nodier. L'Académie fit la sourde oreille cette fois et toujours. Mérimée raconte ses prouesses de garde national à madame Ancelot et se moque de Stendhal. Dans une seconde lettre il console le célèbre peintre Gérôme de son échec à l'Académie des Beaux-Arts. Jules Janin informe Chateaubriand de son mariage et lui demande sa bénédiction. George Sand donne quittance à son éditeur du prix de son chef-d'œuvre la Mare au Diable et se plaint à Bocage de l'indifférence du public pour les pièces de théâtre autres que les drames du boulevard. Sainte-Beuve a la part que mérite sa grande personnalité. C'est d'abord une pièce de vers et un joli billet adressés à Victor Hugo, puis trois lettres remarquables à La Mennais, à Philarète Chasles et à Charles Baudelaire. Auguste Barbier envoie une pièce de vers à une dame. Petrus Borel remercie Balzac de l'appui qu'il lui a prêté. Proudhon discute avec une prétendue jeune fille sur le mariage et développe avec éloquence ses théories philosophiques. Hégésippe Moreau est représenté par trois charmantes pièces de vers et Alfred de Musset par la fameuse ballade à la lune et par une lettre au sculpteur Clésinger. Trois numéros sont consacrés à Théophile Gautier, à savoir une curieuse épître à Déjazet et deux magnifiques pièces de vers. La lettre de Louis Veuillot contre la Révolution française est typique. La correspondance de Charles Baudelaire avec Alfred de Vigny constitue un précieux dossier pour l'histoire littéraire. Gustave Flaubert s'indigne qu'on refuse une statue à son ami Bouilhet et termine par cette phrase caractéristique : « Il faut saler les bourgeois. » Les lettres d'Henri Murger contiennent de touchants détails sur son épouvantable misère. Nous assistons avec la lettre d'Henri Rivière aux débuts littéraires du glorieux héros et de l'écrivain de race que la France a perdu. Enfin je dois citer mon vénéré maître Benjamin Fillon, qui méritait, par ses travaux et comme initiateur des catalogues illustrés d'autographes, une place dans celui-ci.

Beaucoup de ces lettres sont adressées à des personnages célèbres parmi lesquels je citerai les sui-

Page 1