LETTRE DE SIMONDE DE SISMONDI
Numéro 1278.
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S. vi
4- 1280 -c- TROXLER (Paul-Vital-Igriaz), homme politique et penseur original, éminent promoteur de la Suisse nouvelle par ses écrits, n. àBeromunster (canton de Lucerne), 7 avril 1780, m. dans sa maison de campagne, près d'Aarau, (5 mai 1866.
L. A. S. à Heinrich Kurz (savant historien de la littérature allemande et critique, n. à Paris, 28 avril i8o5, m. à Aarau, 24 février 1873), à Saint-Gall ; Berne, 25 juillet i83g, 2 p. 1/2 in-8. — P.
Belle lettre. « Vous m'avez l'air d'être trop inquiet sur votre situation, l'engouement actuel pour la coterie cléricale (Pfaffensippschaft) passera, et Saint- Gall est encore après tout un sol aussi bon que n'importe quel autre de la Suisse. 11 Occupé d'un travail pour la société suisse des sciences naturelles, il prie son correspondant de lui procurer la nomenclature des écrits sur la médecine et les sciences de Joachim Vadian (Joachim de Watt, connu sous le nom latin de Vadianus, célèbre érudit et médecin, n. à Saint-Gall, 3o décembre 1484, m. dans la même ville, 6 avril 1 5 5 1 ). Il aimerait également;! être fixé sur les idées de Theophrastus Paracelse sur ces matières.
-!- 1281 •* GLUTZ BLOZHEIM (Robert), célèbre historien, savant continuateur de Johannes von Millier, n. à Soleure, 3o janvier 1786, m. à Munich, 14 avril 1 818. L. A. S. à Joseph Mozler, antiquaire, à Freisingen ; Soleure, 21 janvier 1809, 1 p. in-4. — P.
Il lui accuse réception de son catalogue et lui donne la liste d'un certain nombre d'ouvrages qu'il a choisis.
4- 1282 * ORELLI (Johann-Kaspar von), célèbre philologue et érudit, commentateur de Cicéron, n. à Zurich, i3 février 1787, m. dans la même ville, 6 janvier 1849.
L. A. S. à la direction de la Galette littéraire universelle, à... ; Coire (où il occupa pendant plusieurs années une place de professeur), 29 novembre 1816, 2 p. in-8. — P.
Très intéressante lettre. Il annonce l'envoi de travaux sur Vico et sur Niebuhr. « Je ne sais, dit-il, jusqu'à quel point la liberté de la presse existe chez vous. J'espère toutefois que la censure ne retranchera rien à mes articles. Ce que je dis de Glutz Blozheim (l'historien) froissera peut-être quelques personnes en Suisse; veuillez néanmoins ne rien adoucir. S'il devait en résulter des ennuis pour vous, mon nom vous servira de garantie, et vous pourrez me désigner aux autorités compétentes, mais non à des individualités sans mandat de Zurich. J'habite un canton (les Grisons) où la liberté existe en plein, et où chacun peut dire et faire ce qui lui plaît, de sorte que c'est même un miracle qu'on ne se donne pas des coups tous les jours. On m'a conféré ici le droit de bourgeoisie, je n'ai donc pas à . me gêner pour dire la vérité, ou du moins, ce qui me parait être la vérité. Il f] règne un marasme si funeste chez notre peuple, que quelques bons coups /. n>/ ne peuvent pas nuire. — Es herrscht so eine unselige Schlaffheit in unserm /y " W(?~fy
Volke, dass einige Hiebe nichts schaden. « f/
•5- 1283 ■* MONNARD (Charles), homme politique et l'un des meilleurs historiens
de la Suisse, n. à Berne, 17 janvier 1790, m. à Bonn (Prusse), 12 janvier i865.
L. A. S. à son neveu Félix Bovet (l'érudit historien); Bonn, 1 février 1861, 4 p. pl. in-8. — P.
Très belle lettre dans laquelle Monnard fait le plus judicieux et le plus délicat éloge des ouvrages de son neveu, l'Histoire de Zin^endorf et le Voyage en Terre Sainte. « La personnalité originale et puissante de Zinzendorf, son activité, quelquefois fiévreuse, il faut en convenir, son esprit d'entreprise et d'organisation, le courage de la foi et en tout la vie du cœur captivent et entraînent. Votre impartialité, votre narration claire, animée, attachante, la transparence et le charme du style rehaussent encore l'intérêt du sujet;
chauffe et ne brille pas... »
•s- 1284 <- PETITSENN (Jean-Antoine), spirituel moraliste et poète, auteur des Binettes et Boutades, n. à Genève, 6 avril 1 792, m. dans la même ville, 10 mars 1870.
L. A. S. (à Arsène Houssaye, célèbre littérateur) ; 6 mai i85o, 1 p. 3/4 in-8. — P.
Jolie lettre où il le félicite de sa nomination aux fonctions de directeur du Théâtre-Français et le remercie de la bienveillance avec laquelle il l'a accueilli à l'Artiste. « La publicité que vous avez contribué à donner à mes œuvres est pour beaucoup dans le succès qu'elles obtiennent aujourd'hui. »
S. vi
* 1285 -5- MERLE D'AUBIGNÉ (Jean-Henri), éminent théologien et écrivain, le célèbre auteur de V Histoire de la Réformation au seizième siècle, n. aux Eaux- Vives, faubourg de Genève, 16 août 1794, m. à Genève, 24 octobre 1872.
i° L. A. S. au baron de Kottwitz, à Berlin; Hambourg, i3 novembre 1821, 3 p. in-4. — P.
Intéressante e'pître théologique où il parle de la Société des missions et le prie de s'intéresser au jeune missionnaire Gericke. 11 mande que le jeune comte Kalkreuth est toujours fidèle au Seigneur et avance dans la grâce.
2° L. A. S. (à Ch.WaJdington, historien de Ramus) ; Eaux-Vives, Genève, 1 1 janvier 1862, 3 p. in-8.
Il lui demande l'indi- m cation du passage où Ramus parle de l'hôtesse de Calvin à Bâle.
II désirerait savoir également si Capiton était à Strasbourg ou à Bâle
en juillet, août, sep- ^^j£j£j&A^{ ~&s~7 ' sst^y
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4~ 1286 -* BITZIUS (Albert), dit Jeremias Gotthelf, le romancier populaire de la Suisse allemande, n. à Morat, 4 octobre 1797, m. à Lutzelfluh, 22 octobre 1854. L. A. S. à une dame ; Lutzelfluh, 7 novembre i85o, 5 p. 1/2 in-4. Superbe pièce. — P.
Charmante épitre ou il parle de sa manière de vivre et de ses travaux littéraires, et qui donne l'idée exacte de sa personne et de son sympathique talent. « Je suis pasteur; le pasteur Albert Bitzius, âgé de 53 ans et vivant à Lutzelfluh, dans le canton de Berne. Je mène la vie d'un pasteur et ai les préoccupations d'un pasteur ; c'est bien là ma vocation. Ce n'est qu'à l'occasion et en particulier quand des paroles aussi amicales que les vôtres viennent me trouver dans ma retraite que Jeremias Gotthelf se réveille en moi pour jouir de son existence propre jusqu'à ce qu'il doive céder de nouveau la place au pasteur Albert Bitzius. »
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S. vi
4 1287 <- BITZIUS (Albert), dit Jeremias Gotthelf.
P. A. S. de George Sand (l'illustre romancière) ; (1872), 10 p. in-8. Superbe pièce.
Important autographe. C'est l'original de la préface que George Sand écrivit pour la traduction du volume de Jeremias Gotthelf intitulé Au Village., faite par Max Buchon et publiée en 1872. En voici le texte : « La Suisse a ses romanciers d'une valeur incontestable. En ce moment j'ai sous les yeux le plus célèbre et le plus estimé, Albert Bitpus, connu sous le pseudonyme de Jêrémias Gotthelf. Ses oeuvres écrites en allemand mériteraient fort de nous être révélées par une traduction complète; quelques-unes seulement ont été traduites en français par M. Max Buchon et vont être publiées par MM. Sandoz et Fischbacher, à Neuchâtel et a Paris. J'espère que les éditeurs de tant d'excellents ouvrages ne s'arrêteront pas là, et que nous serons initiés tout à fait à cette littérature vraiment helvétique, dont les premiers spécimens m'avaient déjà charmée. — Cette littérature a-t -elle en effet un caractère particulier? Oui, certainement. J'en ai un peu douté jusqu'ici. Sauf un trop grand nombre de locutions familières, de mots tout faits, d'un caractère démodé, et de tours de phrase un peu lourds, nous n'avions pas vu que la langue des Suisses fut l'expression d'un génie différent du nôtre. Certes M. Victor Cherbuliez trahit, par l'abus des mots tout faits, son origine genevoise, mais en dehors de cette particularité, c'est un esprit aussi bien allemand que français, et, disons-le en passant, c'est un grand esprit, un talent de premier ordre. — La première peinture suisse qui m'ait frappée comme vraiment originale est celle de Gotthelf; elle est paysanne et montagnarde, et elle n'est que cela. Elle ne fait point d'écarts dans le domaine de la fantaisie; elle coule comme une eau qui va à son but; mais c'est une eau puissante, une source toujours pleine; elle reflète toujours les mêmes aspects, mais elle montre, comme dans un miroir, la richesse et la variété des tableaux qu'elle saisit et emporte, etc. » — Voici la fin de cette remarquable préface, dans laquelle George Sand parle de deux romanciers suisses contemporains: « M. A. Revilliod, connu par ses réimpressions d'ouvrages du xvi° siècle, a traduit de l'allemand nombre de nouvelles intéressantes et remarquables, et M. L. Favre en a écrit d'excellentes en français. Le Robinson de la Tène, Huit jours dans la neige, André le graveur, les Nouvelles jurassiennes sont une lecture aussi attachante que n'importe quel récit de Fenimore Cooper ou de Jules Verne: ce n'est pas le génie ferme et sobre de Gotthelf, mais c'est la grâce plus moderne et la description plus complète des hommes et des choses. Si c'est la peinture d'une Helvétie dégénérée à quelques égards, comme le dit l'auteur en maint endroit, c'est encore une Suisse si aimable, si belle et si curieuse, qu'on voudrait, je ne dis pas y vivre, — ce n'est pas quand la France a tant de maux à réparer qu'on peut songer à être heureux loin d'elle, — mais lire souvent ses romanciers, ses historiens et ses poètes. »
1288-:- VULLIEMIN (Louis), littérateur et historien éminent, auteur de l'Histoire de la Confédération suisse, n. à Yverdon, 1797, m. à Lausanne, 9 août 1879.
L. A. S. à Eugène Rambert(le célèbre critique); (Lausanne), i5 octobre 1876, 3 p. 1/2 in- 12.
Belle lettre relative à son Histoire de la Confédération suisse. « Je viens d'achever mon second volume de l'Histoire suisse; il s'imprime, et j'espère pouvoir vous le présenter dans les premiers jours de décembre. Je corrige encore, mais je sens déjà peser sur moi l'oisiveté, mère des vices et de celui qui me pousse à vous prendre de votre temps. Pourtant je sens une certaine satisfaction d'avoir employé ce qui me restait de bon sens à une oeuvre que je crois bonne. Mes concitoyens l'accueilleront ou non : ce n'est pas mon affaire. Mon affaire était de remplir mon devoir envers eux, et je l'ai fait cordialement, usant y si /.
à l'œuvre ce qu'il me restait de force. Mon tort sera peut-être d'avoir été vrai, de r 1/ (Ji^yC^t,'^ n'avoir fait aucunement œuvre de parti. Je cours les chances de n'en contenter aucun. Pas plus que le pape je ne puis autrement. «
* 1289 -:- VINET (Alexandre-Rodolphe), illustre théologien, écrivain, moraliste et
critique, n. à Ouchy, près de Lausanne, 17 juin 1797, m. à Clarens, 10 mai 1847.
L. A. S. à M. Charié, ingénieur, à Corbigny (Nièvre); Bâle, 3i août i83o, 3 p. pl. in-4.
Lettre des plus remarquables sur la Révolution de juillet. « L'admiration pour cet événement a été si grande dans nos contrées qu'elle vous étonnerait, vous qui les connaissez et à qui n'a pu échapper la tendance libérale des esprits dans ce pays-ci. Il s'est connu, à cette occasion, que les hommes civilisés d'Europe n'ont réellement qu'une patrie, et qu'un grand intérêt ou plutôt une grande affection les unit d'un bout du continent à l'autre. Cependant il y a eu un moment où de nouveau nous nous sommes sentis Suisses : c'est lorsque nous avons vu rentrer dans nos murs les débris de cette garde suisse qui n'a pas eu le bonheur de finir par un dix août. Nous aurions voulu convoquer la diète helvétique et faire défiler devant elle, à sa confusion, ces soldats sans armes et presque sans habits, qui paraîtraient bien allégés, en vérité, si on ne les voyait pas chargés des outrages et de la haine d'une nation qui les chassait depuis si long-temps. Il y a une justice sur les peuples comme sur les particuliers. Mais j'avoue que ce pénible sentiment s'absorbe peu à peu dans l'impression que nous recevons du magnifique spectacle que vous nous avez procuré, et l'idée d'assister au début d'une des grandes ères de 1 humanité donne à tout ce qui se passe le caractère du sublime... » Il porte ensuite un jugement sur Lamartine et Victor Hugo, a En poésie, M. de Lamartine s'est tenu dans des régions tellement éthérées, sa muse a si peu de chose à faire avec les choses d'ici bas qu'il n'aura besoin d'aucune palinodie par le temps qui court; position plus précieuse encore que le talent de retourner son char avec grâce, comme a fait Victor Hugo dans son dithyrambe à la jeune France. Au reste je vous déclare que cette pièce me parait fort belle, l'un des plus beaux fleurons de la couronne poétique a de M. Hugo. Avec cela seul il serait un grand poëte, quand bien même il n'aurait jamais chanté les Djin V "
et les Goules. Le culte qu'il rend aux faux dieux n'est, j'en suis sûr, qu'un accident de son génie. Sa vraie ////lt£d~ pensée, son lui-même est ailleurs... »