‹ Lettres autographes composant la collection de M. Alfred BovetChapitre 201 sur 312 · VINET (Alexandre-Rodolphe · texte numérisé non relu

VINET (Alexandre-Rodolphe

L. A. S. à M...; Lausanne, 25 mars 1840, 1 p. 1/2 in-4. Très belle pièce. — P. lithographié par J. Hébert d'après J. Hornung.

Précieuse lettre. « Je ne doute pas que si votre esprit s'est attaché à considérer dans la religion le côté le plus négligé, mais le seul par ou elle lie et soit vraiment religion, le côté de l'obligation et de la loi, vous n'ayez fait bien des pas vers la lumière et la paix. Il faut passer par ce défilé sombre et froid. On ne l'évite pas. Le sentier qui court à côté, celui de la perfection idéale, ne conduit pas au but. Il faut être obligé, responsable envers un autre que soi. Mais le chemin n'est pas le terme; ce chemin étroit mène dans 1 immensité. Tout l'emploi, tout l'essor que demandent nos facultés contemplatives et aimantes, elles le trouvent dans cette religion dont l'abord parait si sévère et si nu. C'est là même seulement que l'humanité respire à l'aise. Un autre, qui aurait mieux que moi respiré à pleine poitrine dans cet air divin, vous en parlerait mieux; vousmême, monsieur, vous sentez, vous voyez mieux que moi ce que je ne sais pas dire : de deux vaisseaux voguant de conserve, le premier du haut duquel est parti ce cri : Terre, terre! n'est pas nécessairement le premier qui abordera. »

-3- 1291 ■* CHERBULIEZ (Antoine-Elisée), célèbre économiste et publiciste, dont

les ouvrages sont classiques, n. à Genève, 29 juillet 1797, m. à Zurich, 7 mars 1869.

L. A. S. à M. Charles Berthoud ; Zurich, 26 novembre 1 8 5 5 , 2 p. 1/2 in-8. Belle pièce.

Très intéressante lettre. « Vous n'avez pas besoin, ou plutôt ne devriez pas avoir besoin de solliciter ma collaboration à votre journal (la Revue suisse), car j'y suis tout porté et je m'en fais un honneur non moins qu'un devoir. Mais l'homme est un animal essentiellement paresseux, et quand j'ai fait consciencieusement tous les travaux qu'exige mon enseignement officiel, je suis dominé par un besoin de repos irrésistible, qui me cloue devant mon feu avec un livre intéressant à la main et un cigare à la bouche. Ni l'ambition de la renommée, ni le noble désir de contribuer à l'instruction de mes contemporains et de la postérité, ni à plus forte raison le sordide amour du gain ne peuvent l'emporter sur cet attrait du far niente. Reste le sentiment, toujours vivace chez moi, d'un devoir sacré à remplir envers notre Suisse romane, d'une lutte à soutenir contre l'invasion du germanisme, du positivisme, de l'indifférentisme, et de tous les autres ennemis en isme qui nous ont déjà fait tant de mal. » 11 serait disposé à faire un travail sur l'utilité générale des connaissances économiques et leur enseignement, question qui, dit-il, ne manque certes pas d'actualité en Suisse, ou les 33/ioo des gens, même bien élevés, savent à peine qu'il existe une science économique, u Je crains seulement de m'éehauffer la bile en parlant de la stupide indifférence des gouvernements et de la société elle-même à l'égard d'un enseignement qui contribuerait plus, s'il devenait populaire, au maintien de l'ordre et de la sécurité, que tous les gendarmes et tous les sermons de la chrétienté. »

* 1292 + TŒPFFER (Rodolphe), un des conteurs les plus célèbres et les plus populaires de notre siècle, auteur des Voyages en \ig\ag, des Nouvelles genevoises et du Presbytère ■, n. à Genève, ^février 1799, m. dans la même ville, 8 juin 1846.

L. A. S. à M. Philippe Bovet, à Boudry ; (Genève), 27 octobre 1828, 3 p. in-4. — P-

Très jolie lettre où il exprime son regret du départ de M. Philippe Bovet. « Vous avez fait un gros vide dans notre maison et nous personnellement nous avons senti bien vivement celui de votre société. Nous sommes infiniment sensibles à ce que vous voulez bien nous dire d'agréable sur le temps que vous avez passé auprès de nous... » Il lui mande que les sociétés de musique ont repris leurs concerts et que « votre personne ne manque pas moins que votre flûte. »

* 1293 * TŒPFFER (Rodolphe).

L. A. S. à Cari Vogt (le naturaliste), à Neuchàtel ; Genève, 10 août 1843, 3 p. in-4, cachet. — P.

Lettre des plus remarquables. « Pourquoi, mon cher monsieur, la Science serait-elle un obstacle au romantisme, je pense que vous voulez dire à la poésie, aux créations fantastiques ou autres qui récréent l'esprit, amusent la pensée, et satisfont à ce besoin d'idéalisation qui est après tout plus naturel à l'homme et tout aussi raisonnable que celui de connaître? Connaître même, si quelque poésie n'intervient dans le désir, c'est une flamme sans lumière comme sans chaleur, et je parierais que ce n'est pas celle-là qui vous réchauffe vous, M. Desor et M. Agassiz, quand vous grelottez des mois durant sur votre glacier de l'Aar, l'un cherchant des puces parmi le Névé, l'autre étudiant les allures de ce grand dragon écaillé qui, pour se faire place, use le granit et pousse devant lui des montagnes. Je parierais qu'à force d'étudier ce sujet, quelque personnification colossale du monstre est la forme générale sous laquelle on finit par se le représenter, et que ses attributs de puissance et de mystère sont ceux par lesquels même les savans sont séduits, attirés, retenus. Eh mais, c'est delà poésie déjà que tout cela, et si elle entre pour un grain seulement dans cette ardeur qui vous pousse à forer des puits dans ces solitudes, c'est assez pour que ma thèse se trouve juste suffisamment. Je comprends donc du reste que vous ayez été conduit à écrire et à imprimer des contes fantastiques, dites-vous, mais que je ne puis pas lire, et c'est là surtout ce que je leur reproche. Mon nom est Allemand, ma figure aussi, je crois, et un tantinet mon tempérament ; en outre je goûte, j'adore Schiller, même en français, et Paul Richter, dont je n'ai pas lu une ligne ni en français, ni en allemand, est un des auteurs que je me figure

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