‹ Lettres autographes composant la collection de M. Alfred BovetChapitre 202 sur 312 · BOVET — FRAGMENT · texte numérisé non relu

BOVET — FRAGMENT

S. VI

aimer de préférence; mais d'ailleurs excepté ia ou encore rvie viel Stunde nach... ou encore Ich bin ein wenig muhde... du diable si je sais un mot de votre belle langue. J'en suis honteux, et désolé plus encore, surtout quand vous me faites la mauvaise plaisanterie de m' adresser un charmant livre où je ne puis mettre le nez. Mais ma femme pourra, j'espère, le lire d'ici à quelques jours, et autant que possible m'en infuser l'agrément. En attendant, / \y, r, /" )\ recevez tous mes remercîmens pour l'amicale intention qui vous a porté à m'en faire présent.... » Tœpffer parle, en terminant, de lu traduction allemande de ses Voyages en ^ig-^ag.

10 tfôuC

* 1 294 * PICTET (Adolphe), esthéticien et érudit, auteur des Origines indo-européennes, n. à Genève, 1 1 septembre 1799, m. dans la même ville, 20 décembre 1875. L. A. S. (à M. Jules Sandoz, le savant éditeur) ; Genève, 8 décembre 1878, 1 p. in-8.

Jolie lettre relative à une nouvelle édition de son grand ouvrage les Origines indo-européennes ou les Aryas primitifs, essai de paléontologie linguistique. « Ne tardez pas à me répondre, afin que nous puissions mettre la main à l'œuvre ; car elle sera longue et il me tarde d'en être débarrassé pour pouvoir reprendre mes autres travaux. »

-> 1295 * DIDIER (Charles), voyageur, romancier et poète distingué, auteur de Rome souterraine, ami de La Mennais, n. à Genève, i8o5, m. à Paris, i3 mars 1864.

i° L. A. S. de ses initiales (à La Mennais); Paris, 3i mai 1834, 4 p. in-8. Très belle pièce.

Curieuse épitre sur les Paroles d'un croyant. Ce livre a soulevé de grandes rumeurs. « Il a même été question au conseil des ministres de le mettre en jugement. C'est de Rigny (ministre delà marine), dit-on, qui s'y est opposé. Mais vous pouvez

par l'ambassadeur de France. » 11 parle « La lionne cause a besoin de défenseurs, gnoble tyrannie

vous attendre aux censures de Rome; une note à ce sujet a été remise au Pape ensuite d'une lettre bien triste du frère de La Mennais à l'évêque de Rennes et dit car elle est en ce moment sérieusement compromise et nous sommes en pleine et

2° L. A. S. à La Mennais, à Dinan ; Paris, i5 juin 1834, 3 p. in-8.

Belle lettre où il lui mande que Rome a condamné les Paroles d'un croyant. L'encyclique est violente et brutale. Se taira-t-il ou répondra-t-il ? « Je ne crois pas que vous puissiez vous taire, l'encyclique est trop injurieuse. Vous pourriez, ce me semble, faire une réponse provisoire, renvoyant pour le fond à votre grand ouvrage

4 1296 -s- OLIVIER (Juste-Daniel), le plus original des poètes de la Suisse française, n. à Eysins (canton de Vaud), 18 octobre 1807, m. à Genève, 7 janvier 1876. iu L. A. S. à Eugène Rambert, à Zurich; Gryon-sur-Bex, mercredi 21 mai 1873, 4 p. pl. in-8.

n Vos vers pour la cathédrale sont amusants et doucement ironiques. On ne me les avait pas plus envoyés que les miens, dont hier seulement j'ai reçu un exemplaire. Ceux que vous m'adressez sont charmants d'amitié et de poésie. Le moyen de ne pas croire à ce que me dit si doucement la première, quoique la seconde s'y mit bien un peu aussi ! Quant au printemps nouvelet, il est plus que maigrelet cette année. Après la neige et la pluie, il nous donne maintenant ses brouillards: c'est à n'en plus finir. Nous avons cependant nos couches successives de « crocus, de sylvies, de gentianes, de primulas roses (ne croyez pas // r ^ / / /t <■

que jamais je consente à dire: farinosa). J'aime mieux ces couches A^f/Su^w £*- ' JlX*4Z^(f"''^r(*-v'

là que les couches sociales du signor Gambetta » & .» ~-^~^>

2° L. A. S. à M. Georges Berthoud; Gryon-sur-Bex, mercredi soir 28 octobre 1874,4 p. pl. in-8.

Charmante épitre où il lui demande si on a fait sa provision de vin d'absinthe. Considérations mélancoliques sur la centralisation à outrance qui est à l'ordre du jour en Suisse, au grand détriment des cantons de langue française. — « Nous

allons bien ! La Suisse romande est submergée elle verra bien d'autres naufrages.... nous n'aurons bientôt plus qu'à nous

coucher dans notre hamac et nous laisser sombrer. Les aveugles! qui effacent tout ce qui est Suisse. Alors il ne restera plus de Suisse, c'est clair... Pour nous autres Romands adiè Hans!.... La politique, quelle trompeuse folie, et les hommes sont-ils assez fous de lui donner leur foi et leur cœur! Mon cher ami, il n'y a que l'amitié, la famille, la nature et Dieu. »

S. vi

3° L. A. S. de Caroline Olivier, née Ruchet (femme du précédent, n. à Aigle, i8o3, m. 1 mars 1879, poète d'un rare mérite, qui a inséré divers morceaux de sa composition dans les recueils de poésies de son mari), à M. Philippe Godet, à Neuchâtel ; Genève, 23 décembre 1877, 2 P- in-8.

Jolie lettre. « Cher Monsieur, votre aimable souvenir et votre charmant volume m'ont trouve'e bien émue et bien sensible. Comme toutes choses, ils m'ont fait penser à celui qui n'est plus là pour en jouir avec moi (son mari était mort le 7 janvier de l'année précédente). Soyez-en donc remercié en son nom aussi bien qu'au mien. Vos Récidives (c'est le volume mentionné plus haut) n'ont nullement diminué de verve, d'élan et de fraîcheur ; elles me font grand plaisir. » "^ïy^/^/^^t^f^y

1297 s- ROUGEMONT (Frédéric de), éminent écrivain et érudit auteur de nombreux ouvrages d'histoire, de philosophie, de géographie et d'archéologie, n. à Neuchâtel, 20 juillet 1808, m. dans la même ville, 3 avril 1876.

L. A. S. à Félix Bovet (l'éminent écrivain) ; Neuchâtel, 2 janvier 1861, 2 p. 3/4 in-8. — P.

Belle et intéressante lettre où il parle de l'ouvrage de M. Félix Bovet sur Zinzendorf et de son Voyage en terre sainte. Témoignages d'amitié. Il a envoyé à Quérard l'article bibliographique que celui-ci lui avait demandé.

-: 1298 -s- DESOR (Pierre-Jean-Edouard), célèbre géologue, qui sut approprier l'élégance et la clarté du style aux écrits scientifiques, ami d'Agassiz, n. à Friedrichsdorf, près de Francfort-sur-le-Mein, i3 février 1811, m. à Nice, 23 février 1882. L. A. S. à M. Jules Scholl, à Cheisi ; Neuchâtel (où il professait la géologie), 6 février 1875, 1 p. in-8.

Jolie lettre relative à une conférence qu'il doit donner à Bienne « Le sujet de ma conférence sera donc La Suéde ancienne et moderne a moins que vous ne préfériez un autre sujet un peu plus populaire par exemple les Coutumes orientales. »

* 1299 BERTHOUD (Fritz), gracieux conteur, auteur d'intéressants travaux sur Jean-Jacques Rousseau et son séjour à Môtier-Travers, n. à Fleurier, 7 août 181 2. L. A. S. à M. Philippe Godet, à Neuchâtel; Fleurier, 7 juillet 1881, 2 p. in-12.

Charmante lettre. «Je vous remercie beaucoup des articles que. vous avez consacrés dans la Suisse libérale et dans la Gazette de Lausanne à mon volume (J.-J. Rousseau au Val de Travers). Vous avez fort bien expliqué les causes qui font qu'on ne peut s'occuper de Rousseau sans être pris au cœur d'une sympathie profonde et d'un respect sincère; et en même temps les raisons qui devaient le faire paraître étrange et redoutable à ses contemporains qu'il devançait d'un siècle. 11 n'y a qu'un mot dans votre article de la Gazette qui me semble, si vous me permettez de le dire, un peu excessif : vous dites que le Neuchàtelois est trèsméchant. — Oui, tous les hommes et tous les peuples le sont à l'occasion

— mais le sommes^nous plus que les autres au fond ? J'aime à croire que non. C'est bien assez qu'on nous trouve « vifs, emportés, changeants, prompts à céder à la première impression, à nous enthousiasmer et à nous désenchanter tour à tour avec la même facilité — enfin des têtes mousseuses (citation empruntée à Fréd. de Chambrier) et je crains que vous

n'ayez fait plaisir aux Vaudois et qu'ils ne vous prennent trop à la lettre, n

j 3oo s- GODET (Frédéric-Louis), prédicateur éminent et l'un des plus grands théologiens protestants de notre époque, n. à Neuchâtel, 25 octobre 181 2.

i° P. A. S., 1/2 p. in-8. Belle pensée religieuse écrite pour un ami. — 20 L. A. S. à M. Alfred Bovet, à Valentigney ; Neuchâtel, 6 mars 1877, 2 p. in-18, enveloppe. Belle pièce.

— P. photographié.

Jolie et amicale lettre par laquelle il annonce sa prochaine visite, n Pourrai-je passer avec vous le samedi 10, si Dieu le permet? S'il le permet, vous le voudrez bien aussi ! car je sais que vos coeurs ont été taillés dans le bois de l'amitié. Je viens donc vous demander le grand plaisir de m'asseoir quelques moments ce jour là au milieu de vous. »

S. vi

* i3oi {■ GASPARIN (Valérie Boissier, comtesse de), célèbre femme de lettres, auteur des Horizons prochains et de la Bande du Jura, n. à Genève, i8i3. Les magnificences de style, qui se déroulent sous sa plume savamment agreste, suivant l'expression de Sainte-Beuve, revêtent toujours des pensées élevées et originales.

L. A. S. ; le Rivage, près de Genève, i7 avril 1872, 4 p. pl. in-8, papier à son chiffre. — P. Belle lettre intime, toute imprégnée du souve- y nir de son mari (le comte Agénor de Ga'sparin, ^~<^t2> X \ O / s '

fils du ministre de Louis-Philippe, éloquent écri- ^ /"^CW^e»^ -"^"t" — /

vain et publiciste libéral, le chevaleresque cham- c7 / /Xsyt^ J a^P s "\ ~^

pion de toutes les nobles causes, n. à Orange, Çrvt*-> ££«-a>£ J-^^c^t^j

10 juillet 1810, m. à Genève, 4 mai 1 87 1 .) &

i° L. A. S. aux éditeurs Sandoz et Fischbacher, h. Paris ; (le Rivage, près de Genève), 20 avril 1874, 4 p. pl. in-8, papier de deuil à son chiffre. Superbe pièce.

Remarquable lettre. « Je vous remercie de la proposition que vous voulez bien me faire au sujet d'une réimpression du mariage ( il s'agit de son ouvrage intitulé Le Mariage au point de vue chrétien). Il y a quelques années M. Lévy devait l'exécuter. J'achetai l'ouvrage, que je n'avais pas, j'en tournai les pages et je renonçai à notre projet. Voici pourquoi. — Sauf quelques modifications, toutes dans le sens des droits de la tendresse, des droits de l'individualité, j'aurais signé le livre, d'un bout à l'autre ; mais il aurait fallu le récrire en entier. Ce livre date d'une époque où les âmes, même celles qui passaient pour indépendantes, subissaient le joug d'une coterie, chrétienne sans doute, mais étroite et tyrannique au dernier point. Tout le monde devait y ressembler à tout le monde ; tenue, son de voix, paroles, pensées revêtaient l'uniforme consacré ; on n'osait même penser ce qu'on pensait ; le bon sens et je dirai le sens moral frémissaient bien au dedans, mais cela semblait un frisson diabolique, on s'en accusait comme d'un péché, et vite on remboîtait le pas. Hé bien, l'ouvrage en question porte les marques de cette servitude ; je n'ai pas osé y être ce que j'étais ; d'autant moins que je n'avais pas encore rencontré mon vrai moi; il était ficelé sur le lit de Procuste. — J'écrivis à M. Lévy que mon livre était parfaitement ennuyeux, qu'il me tombait des mains, et que je le laissais là. Mon émancipation a commencé par le Journal d'un voyage au Levant,

elle s'est achevée par Quelques défauts des chrétiens d'aujourd'hui Vous comprenez quel fut l'orage lorsque oppressée,

contrainte par la vérité, disant moi aussi : je ne puis autrement ! j'écrivis et je publiai Quelques défauts ; cette fois les foudres éclatèrent sur ma tète Pour moi j'avais conquis la liberté, au prix du sang.... Depuis, bien des gens, de ceux qui

avaient prononcé l'anathème, m'ont écrit : vous ave% dit vrai ; et la société chrétienne (je ne m'en attribue pas l'honneur) a rompu avec le cant et renoncé au patois de Canaan. »

* i3o2 ^ SECRETAN (Charles), un des philosophes les plus éminents de notre époque, auteur de lu Philosophie de la Liberté, n. à Lausanne, 19 janvier 1 8 1 5 .

L. A. S. à Félix Bovet, à Grandchamp ; Lausanne, 22 décembre 1870, 2 p. in-8. — P.

Lettre remarquable, relative à la guerre de 1 870. Nous en extrayons les lignes suivantes : « Je continue à désirer le succès des armes françaises, parce que je trouve que pour le moment l'égalité de forces entre les deux peuples vaut mieux qu'une extrême inégalité, et que relativement aux belligérants eux-mêmes les raisons des Français pour vouloir garder leurs provinces, leur intérêt à les garder, surpassent les raisons des Allemands pour les prendre et leur intérêt à les prendre. — Celui-ci n'étant qu'une déception, une pédanterie historique sans la moindre f y y-.

justice, de la part d'un peuple qui veut bien reprendre ce qu'on lui a pris, mais nulle part rendre ce que lui-même a pris — et un machiavélisme profond de la part du chef, qui a besoin de cette tension, de ces dangers extérieurs, pour étouffer à l'intérieur les aspirations à la liberté et à l'égalité, comme cela devient de jour en jour plus manifeste. »

4 i3o3 DAGUET (Alexandre), le savant et populaire historien de la Suisse, élève, continuateur et biographe du Père Girard, n. à Fribourg, 12 mars 1816. L. A. S. à M. Philippe Godet, à Neuchâtel ; (Neuchâtel), 20 avril 1884, 8 p. in-12. Superbe pièce.

Très intéressante lettre toute relative à l'illustre Père Girard (reproduite en partie à la suite de la lettre de ce dernier, cataloguée sous le numéro 1 275). Il donne de touchants détails sur ses relations d'enfance avec le grand éducateur fribourgeois à l'époque ou celui-ci fut obligé de quitter sa ville natale (i823). (i J'avais sept ans, étant né le 12 mars 1816 à deux pas du couvent, ou j'ai plus d'une fois servi la messe du Père Girard, que ^^^^^-^^^^ .^'^ /^-^ j'ai eu le bonheur d'embrasser souvent et encore sur son lit de mort le 6 mars i85o, à huit heures et demie du matin. »

S. vi

-s i3o4 * NAVILLE (Jules-Ernest), éminent philosophe et publiciste, membre correspondant de l'Institut (i 865), n. à Chancy, près de Genève, i3 décembre 1816.

L. A. S. (à mademoiselle Alice de Chambrier) Grange Gaby, 1 1 août 1882, 2 p. 1/2 in-12. / .1

Très jolie lettre. « Mademoiselle, je vous remercie de votre lettre et de l'envoi des trois poésies, celle delà. Jeannette, jointe à celles que j'avais demandées ayant été la bien venue... Pour faire mon métier de critique, qui n'est point mon métier ordinaire, permettezr-moi de vous recommander d'éviter, en général, les invocations adressées aux êtres abstraits, comme le Progrès. C'est une mythologie qui a moins de grâce et de poésie que celle des Grecs »

* i3o5 * REVILLIOD (Gustave), littérateur et bibliophile distingué, qui s'est fait surtout connaître par des reproductions d'ouvrages du seizième siècle, exécutées avec le concours de l'imprimeur J. -Guillaume Fick, n. à Genève, 8 avril 18 17. L. A. S. (à M. Jules Sandoz, à Paris) ; (Genève), 24 février 1874, 3 p. 1/2 in-8.

« ce Paris qui vous attire et qui ne ne sont pas fort brillantes, ni même

Jolie épitre amicale. Il exprime ses regrets de ne pouvoir aller le rejoindre à Paris m'attire guères ; j'en aurai du moins vos récits. Les nouvelles que m'en a rapporté G. encourageantes, cependant il en est revenu avec le sentiment que depuis qu'on est parvenu à faire croire aux Parisiens que le septennat est une réalité et non pas une chimère, l'esprit public commence à se remonter. On verra quelle sera votre opinion; en attendant G... m'a confirmé ^y^-^ dans mon idée, c'est que le Paris que nous avons connu est mort et enterré; c'est un caravansérail ou un désert cosmopolite , et un désert où la vie est impossible de chèreté. »

i3o6 -e- VOGT (Garl), célèbre naturaliste et homme politique, écrivain plein de verve, Allemand de naissance, naturalisé Suisse, n. à Giessen (Hesse), 5 juillet 1 8 1 7. P. A. S. ; Francfort sur-le-Mein, 18 juillet (1848), 1 p.in-fol.— - P.

Curieuse pièce, qui est le texte original d'une interpellation qu'il adresse en qualité de membre du Parlement de Francfort, au ministère de l'Empire, au sujet de diverses mesures prises par les gouvernements de Bavière, de Wurtemberg, de Bade, etc. (Fermeture des cercles démocratiques de Stuttgart et de Heidelberg; perquisitions faites par la police au domicile de certains députés; excès commis par la troupe ; arrestations illégales, etc.)

4- 1307 * AMIEL (Henri-Frédéric), éminent poète et philosophe, penseur profond et original, professeur de philosophie et d'esthétique à la Faculté de Genève, n. à Genève, 27 septembre 182 1, m. dans la même ville, 1 1 mai 188 r.

L. A. S. à Félix Bovet (à Grandchamp, près de Neuchâtel) ; Vernex-Montreux, 3i décembre 1870, 9 heures du soir, 4 p. pl. in-8.

Très belle lettre. « Cher ami, c'est avec vous que je finis cette redoutable année, et cela me l'adoucit. Ce matin en regardant depuis l'église de Montreux passer sous moi comme une flèche ce chapelet lugubre de cercueils que nous appelons expressivement un convoi, je me disais le refrain de Lénore : Les morts vont vite! et j'ajoutais : les vivants aussi! 1870 est mourant, 1871 va naître. Comme l'un court et comme l'autre vole! L'emportement de l'existence vers la destruction et de l'être vers le néant est surtout frappant dans les années d'hécatombes, pareilles à celle-ci. Mais en temps calme, je ne le trouve pas moins étourdissant. Est-ce un signe de sagesse? Est-ce un effet de l'âge? L'éprouvez-vous au même degré que moi? Est-ce un indice de fragilité organique? Toujours est-il que la vie m'apparaît comme une promenade sur le Doubs ou plutôt sur le Niagara: je sens fuir l'esquif vers le gouffre et j'entends grandir le bruit de la cataracte. Je suppose aussi que les célibataires, moins enracinés dans ce monde, ressentent peut-être plus vivement l'ineffable vanité de la vie individuelle, ombre d'un rêve, ondu- | // / ff lation d'une vapeur, courbe d'un zéphir dans l'espace, simulacre d'une • -l apparence, ou tout ce que vous voudrez de plus fantastique et de moins réel. »

S. VI

i3o8 -:- FAVRE (Abraham-Louis), écrivain et romancier populaire, le peintre délicat et fidèle des mœurs et de la nature neuchâteloises, n. à Boudrv, 17 mars 1822.

L. A. S. à M. Philippe Godet, à Neuchâtel ; Neuchâtel, 20 février 1884, 1 p. in-8.

Belle lettre relative à un article nécrologique qu'il venait de faire sur le célèbre géologue et géographe Arnold Guyot (collaborateur d'Agassiz, n. à Hauterive, près de Neuchâtel, 1808, m. à Princeton, Etats-Unis, 1884). Il parle de sa « vieille tendresse » pour Guyot et ajoute: « Les hommes comme A. Guyot, votre père (le célèbre, théologien), etc., nés pendant que nous étions Français (de 1806 à 1814, sous le maréchal Berthier) ont quelque chose de plus que la génération actuelle. Ils ont dû aussi rencontrer dans leurs études de 1822 à i83o des éléments de force et d'énergie que nous ne possédons plus. J'ai été témoin de l'enthousiasme pour la science et les lettres d'Agassiz (le grand naturaliste), de Vogt (éminent naturaliste), de Desor (le géologue), d'A. Guyot, de L. Lesquereux (savant

botaniste), de Ch. Prince (philologue distingué, n. à la Chaux-dc- //L^é^~' Fonds, 1808, m. à Neuchâtel, 1869), de Matile (Georges-Auguste, «=<y ty'd70&cx&—~

savant juriste et archéologue, connu . des spécialistes par ses travaux sur le droit germanique, n. à la Sagne, 1807, m. à Washington, Etats. Unis, 1881), de Du Bois de Montperreux (savant archéologue, n. à Motiers-Travers, 1798, m. i85o); rien ne leur coûtait. A côté d'eux nous sommes des poules mouillées. »

-s i3oq * BOVET (Félix), l'aimable et savant bibliothécaire de Neuchâtel, comme l'appelle Sainte-Beuve, éditeur de morceaux inédits de J.-J. Rousseau, auteur du Comte de Z 'in\endorj "et du Voyage en Terre-Sainte, n. à Neuchâtel, 7 novembre 1 824.

L. A. S. à M. Alfred Bovet, à Valentigney ; Grandchamp, 4 décembre 1872, 4 p. in-4. — P.

Très intéressante lettre qui donne des renseignements inédits sur la manière dont M. Félix Bovet a retrouvé la maison que J.-J. Rousseau habitait à Paris. En voici le texte: « Voici, puisque tu veux le savoir, comment je suis arrivé à découvrir la maison de Rousseau, — je veux dire celle qu'il habitait dans la rue de Grenelle-Saint-Honoré avant de s'établir à l'Ermitage en 1756. Elle est particulièrement intéressante, puisque les sept années qu'il y a passées sont celles où il a commencé à se faire connaître. J.-J. Rousseau apprend lui-même dans les Confessions qu'il habitait alors cette rue-là, à l'hôtel du Languedoc. Ou était cet hôtel ? la tradition en est perdue. M. Jos. Richard, qui avait consacré sa vie à étudier celle de Rousseau et dont se souviennent tous ceux qui il y a vingt ou trente ans s'occupaient de ce sujet, avait fait à cet égard des recherches qui étaient demeurées infructueuses ; — et pourtant il était bien placé pour cela, puisqu'il s'était logé dans cette rue même, pour l'amour de Jean-Jacques, cela s'entend ! Quand je parcourus les brouillons de J.-J. R. dont j'ai tiré en 1 853 son Discours sur les Richesses, j'y trouvai le bout de papier dont j'ai donné un fac-similé et qui, comme je l'ai dit dans une préface, m'a servi à déterminer la date probable de ce Discours. Or, en y jetant un coup d'œil, tu verras que l'adresse de J.-J. Rousseau « rue de Grenelle » y est précisée par ces mots « ... vis la rue des deu.. .» — ce qui dans ce cas particulier ne peut évidemment signifier autre chose que: « vis-à-vis la rue des Deux-Écus. » Etant allé à Paris peu après, je courus à la rue des Deux-Ecus, impatient de contempler la maison de la rue de Grenelle que j'aurais en face de moi ! Hélas ! Deux maisons me faisaient face... Comment choisir ? Heureusement qu'en ce temps-là je savais assez bien mon Rousseau — je me rappelai donc que dans la maison dont il habitait le 4», les fenêtres de cet étage-là devaient être assez élevées au-dessus du sol des chambres, puisque pour voir de là les passants et « plonger dans la rue tout en mangeant » il devait, nous dit-il, dans les petits soupers qu'il faisait là avec Thérèse — poser les chaises sur une malle. Il n'y avait donc qu'à constater quelle était celle des deux maisons à laquelle s'appliquait cette particularité, et je fis une enquête qui décida (je crois m'en souvenir) en faveur de celle que je voyais à gauche et qui portait le n» 27. — Juge de l'étonnement et du plaisir de Jos. Richard quand je lui fis part de ma découverte! Ce n» 27 était le sien, — depuis vingt ans il habitait, sans le savoir, la même maison que son héros. Je suis, depuis, allé à Paris assez souvent, mais Rousseau était loin de ma pensée et je n'ai plus, je l'avoue, songé à revoir cette maison. Maintenant, bien des choses ont changé dans ce quartier-là en fait de maisons, de numéros, de rues et de noms de rues ; — je crois cependant qu'avec les indications que je viens de te donner, il ne te sera pas difficile de t'orienter et

que tu pourrasàtontour saluer ce vénérable hôtel du Languedoc où furent composés le Discou rs sur les Sciences, le Discou rssur l'inégalité et le Devin du village ! n

S. vi

*j- i3io * CHERBULIEZ (Charles-Victor), un des plus ce'lèbres romanciers contemporains, critique distingué et auteur dramatique, un des principaux collaborateurs de la Revue des Deux-Mondes, auteur du Comte Kostia et du Roman d'une honnête femme, membre de l'Académie française (i 88 1), n. à Genève, 19 juillet 1829.

La Joconde, pièce autographe signée ; (Genève, 1 1 mai 1 87 1 ), 1 p. in-8.

Très jolie pièce écrite pour un amateur. En voici le texte : « Quel est le sens du sourire de la Joconde, de ce sourire plein d'une indicible ironie et dont le charme mystérieux a déjà traversé trois siècles? Vasari raconte que, pour tromper les ennuis de poses trop prolongées et entretenir son modèle en bonne humeur, Léonard de Vinci entourait Mona Lisa de musiciens, de danseurs et de bouffons. Mais il y a plus que de la gaieté sur le visage de Mona Lisa : sa bouche respire, une malice moqueuse qui ressemble à un défi porté au monde, et ce défi, quel téméraire oserait l'accepter? Apparemment un jour, pendant que Mona Lisa posait, à la troupe joyeuse qui l'environnait s'est mêlé d'aventure un rêveur, un songe creux qui, les yeux levés au ciel, s'est mis à parler d'idéal. Et le sourire de Mona Lisa lui a répondu : Le mot est beau, qui découvrira la chose ? »

* i3ii * RAMBERT (Eugène), écrivain, poète et critique éminent, peintre des Alpes suisses, biographe de Vinet et d'Alexandre Calame, l'un des écrivains les plus remarquables de la Suisse française, n. à Montreux (canton de Vaud), 6 avril i83o.

L. A. S. (au savant et aimable professeur Charles Vulliemin, neveu du célèbre historien, à Lausanne) ; Ouchy, i5 décembre 1 883, 3 p. in-8.

Jolie lettre d'envoi d'une de ses poésies. « Voici enfin sur l'autre feuillet l'objet demandé. Quoique très-flatté de votre insistance et de celle de M. Bovet, j'aurais préféré rester en dehors. — Tenez-moi compte de ma soumission, si peu gracieuse qu'elle soit. » — La pièce de vers en question intitulée Le vieux Léman (c'est le lac de Genève) fut écrite en 1 88 1 lorsque M. Rambert revint à Lausanne après vingt et un ans de séjour à Zurich, où il professait la littérature française à l'Ecole polytechnique. C'est un chant de retour, dit-il dans une note explicative. En voici quelques strophes:

O vieux Léman, toujours le même, Bleu miroir du bleu firmament, Plus on te voit et plus on t'aime,

O vieux Léman !

En vain s'écoulent les années, Sur nos pas semant les débris:

Espoirs déçus, roses fanées; Rêves éteints, boutons flétris ;

Je n'ai rien vu qui te ressemble, Rien qui soit beau de ta beauté.

Qui mêle ainsi, qui fonde ensemble La douceur et la majesté.

Ce désir grandit avec l'âge, Le retour seul peut en guérir; Quand on est né sur ce rivage, Sur ce rivage on veut mourir.

^ i3i2~* BACHELIN (Rodolphe-Auguste), peintre, critique d'art et romancier, d'une

saine et vigoureuse originalité, n. à Marin (près de Neuchàtel), 27 septembre i83o.

i° L. A. S. à M. Philippe Godet, à Neuchàtel ; dimanche 27 novembre 1881,2 p. in-12,

Belle lettre. Il parle de son roman de Jean-Louis (son chef-d'œuvre et un chef-d'œuvre) qui venait de paraitre et que son correspondant allait annoncer dans un journal. « Merci àl'avancede bien vouloir l'étudier.... Il y a un point que j'aimerais voir mis en évidence. La scène se passe non dans un village fictif, mais à Saint-Biaise. La maison de Louise et de Jean- Louis existent, une quantité de faits sont authentiques, les noms sont ceux de la localité, c'est un peu le roman de Saint- Biaise. C'était mon intention de le faire ainsi. »

2° L. A. S. au même, à Neuchàtel; Marin, 10 décembre 1881, 3 p. in-

Remercîments de l'article dont il est question dans la lettre précédente : « Mon cher poète, ma foi! vous me mettez dans un bien grand embarras.... J'en«suis à chercher une périphrase pour vous remercier.... Je me demande si je ne suis pas le jouet d'une illusion en lisant ce que vous dites de mon livre et ce

que l'on m'en écrit chaque jour.... Que de fois j'ai été sur le point — &

de m'arrêter, au moment où l'on composait Jean-Louis, et de faire détruire ce qui était déjà tiré.... J'ai déjà eu bien des explications à donner au sujet de mes personnages, auxquels chacun met un nom. C'est à croire que le public les connaît mieux que moi... J'ai écrit avec l'émotion, la joie ou la tristesse de mes personnages; j'ai souffert leur peine en les étudiant. »

S. vi

•5- 1 3 1 3 + CHAMBRIER (James, baron de), écrivain élégant et facile, auteur d'impressions de voyage, historien de Marie-Antoinette, n. à Neuchàtel, 18 novembre i83o. L. A. S. à messieurs Delachaux et Niestlé, éditeurs, à Neuchàtel ; 20 de'cembre 1 833, 3 p. in-24.

Jolie lettre relative à la publication d'un de ses ouvrages. « Je crains de m'ètre un peu avancé en vous promettant pour le commencement de novembre prochain le quatrième volume de Un peu partout que vous m'avez acheté. Je ferai de mon mieux, mais je ne voudrais pas m'engager absolument, dans la crainte de n'être prêt que pour le mois de février. »

* 1 3 14-5- GODET (Philippe-Ernest), spirituel et charmant écrivain et l'un des poètes les plus originaux de la Suisse française, n. à Neuchàtel, 23 avril i85o. i° L. A. S. à M. Alfred Bovet, à Valentigney ; Neuchàtel, 10 mars 1884, 4 p. pl.

în-

Charmante lettre. « Je ne sais quel droit j'aurais à figurer dans votre galerie ; je n'y ai qu'un titre peut-être: c'est d'avoir renoncé à collectionner les autographes, sur le conseil qu'un homme d'esprit, M. Charles Berthoud, me donnait jadis en ces termes : « Si vous voulez qu'un jour on recueille les vôtres, « Ne perdez pas de temps à chercher ceux des autres. »

n Et voilà qu'en effet on recueille les miens. Mais vous serez bien le seul, et je ferai pauvre figure parmi nos grands hommes. Toutefois, ma vanité, mon bourgeon, me pousse à me montrer obligeant jusqu'à vous adresser une poésie inédite, qui a l'incontestable mérite de la brièveté : quatre vers. C'est un mot de ma blonde fillette, que j'ai trouvé assez drôle pour être enchâssé dans un quatrain. « La famille a le droit de se souvenir», a dit notre maitre Hugo; je note les mots de mes petits mioches, et je les mets en vers : ils reliront cela dans vingt ans et ça leur fera plaisir. Mais si le quatrain vous parait mauvais, jetez-le au panier, et supprimez-moi sans autre. Je vous promets de ne m'étonner point. »

2° Petite mère, pièce de vers autographe signée, annoncée dans la lettre précédente, 1 p. in-8 oblong.

Ce soir, je suis allé l'embrasser dans son lit : De soupirs somnolents sa voix entrecoupée, Très maternellement anxieuse, me dit :

- Fais doucement ! tu vas réveiller ma poupée.

4~ 1 3 1 5 -5- CHAMBRIER (Alice de), jeune fille poète, dont les poésies, d'un sentiment très pur et très élevé, ont été recueillies après sa mort, sous le titre de Au delà, n. à Neuchàtel, 28 septembre 1861, m. dans la même ville, 20 décembre 1882. L. A. S. à M. Philippe Godet ; Bevaix, près de Neuchàtel, 17 août 1882, 2 p. i/2 in-i8,

Aimable lettre par laquelle elle lui demande la permission de lui dédier Belladonna (nouvelle publiée en 1882 et couronnée au concours de l'Institut genevois). « Je vous dois tous mes petits succès et il est bien juste que votre nom figure en tête de la première chose que je publie. » Elle termine en remerciant son correspondant des observations qu'il lui a adressées sur diverses poésies qu'elle lui avait soumises. « J'en ai profité et j'ai déjà corrigé la majeure partie de ce que vous m'aviez signalé. » — Mademoiselle Alice de Chambrier, prématurément enlevée aux lettres, était un poète d'une rare distinction et d'un talent singulièrement élevé. Voici quelques passages d'une lettre que M. Sully-Prudhomme écrivait à M. Philippe Godet, chargé de recueillir et de publier les poésies de cette jeune fille : « Monsieur et cher confrère, pardonnez-moi de vous remercier si tard de votre intéressant envoi.... J'ai lu les poésies de mademoiselle Alice de Chambrier que vous m'avez communiquées, et je ne saurais retenir l'expression de mon étonnement. Il est inconcevable qu'une jeune fille morte à vingt et un ans ait pu, en l'espace de cinq ans, produire tant d'ouvrages différents et des poésies si originales. La facture de ses vers n'est pas molle et banale comme l'est habituellement la versification des jeunes filles. La distinction singulière de ses pensées et de ses sentiments s'estcommuniquéeà son style par un don naturel d'appropriation des mots aux choses, du mouvement delà phrase à l'émotion, qui me surprend vivement... »

S. vi

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