SIGNATURES DES ARTISTES DE LA COMÉDIE FRANÇAISE
ARTISTES "DRAMATIQUES
S. vu
* 1848 ■+ CLAIRON (Glaire-Josèphe-Hippolyte Legris de Latude, dite), grande tragédienne, une des reines de la scène française au dix-huitième siècle, auteur de Mémoires, n. h Saint-Wanon de Gondé (Nord), 1723, m. à Paris, 18 janvier i8o3.
L. A. S. au peintre Doyen (Gabriel-François, né à Paris en 1726, mort à Saint-Pétersbourg le 5 juin 1806); (Paris), 6 septembre 1790, 2 p. in-4, cachet brisé. Superbe pièce. — P. de Littret.
Très curieuse lettre où elle déclare qu'elle cherche en vain ce qui peut l'avoir blessé, « Actions, parolles, intentions m'élèvent égallement à mes yeux au dessu de tout reproche. Expliqués vous donc. Quel est votre sujet de plainte? Je ne le connais pas. Il n'est pas impossible que j'aie des momens d'impatience et de vivacité. Vous m'avés, je l'avoue, exitée longtems à l'un et à l'autre et, comme vous le dites vous-même, Monsieur, trente deux ans de liaison, d'intimité, de considération réciproque, me permettaient de croire que vous auriés plus de condescendence pour mes désirs. Vous ne l'avés pas fait : vous êtes sans doute le maitre de vos talens; je n'ai ni le droit ni la volonté de les forcer, mais j'ai la sensibilité et la réfléxion nécessaire pour apprécier les refus et le menque de cornplaisence, et, s'il est permis d'être blessé d'un menque d'égard, de douter d'une amitié qui six ans de suitte élude toutes ses promesses et qui vous abendonne après comme une chemisse salle, vous avouerés sans doute que c'est à moi de me plaindre et point à vous... » — (Mademoiselle Clairon avait probablement demandé à son vieil ami Doyen de faire son portrait et avait essuyé un refus. — Doyen partit cette même année pour Saint-Pétersbourg, où il mourut.)
* 1349 * BELLECOUR (Jean-Claude-Gille Colson, dit), le célèbre émule et ami de Lekain, n. à Paris, 16 janvier 1725, m. dans la même ville, 19 novembre 1778.
L. A. S. (à Des Entelles?); (Paris, septembre 1777), 7 p. in-4. (Coll. Hervey et Dubrunfaut.)
Importante lettre, la plus remarquable qu'on connaisse de cet artiste. Il se plaint des mauvais procédés de ses camarades, qu'il a signalés au maréchal de Richelieu. Il ne se dissimule pas que son zèle pour la compagnie et ses sacrifices d'amour-propre sont regardés par les autres artistes comme des preuves de faiblesse et d'imbécillité, u Quand je me prête ù faire ce qu'ils ne feroient pas à ma place, c'est par probité que je le fais. Je crois que cent écus de plus à la recepte sont des objets très prétieux pour ceux qui n'ont pas leur part et que c'est un vol que je leur fais lorsque je les prive de ce que cela leur procure. Bête et honnête est un ternie sinonime pour bien des gens. » La place de premier qu'il occupe est un objet d'envie et il voit qu'il est temps de la céder. Il a subi avec philosophie les vicissitudes de la fortune. Ainsi lorsqu'il fit une pièce (Les fausses apparences, représentées le 1 7 août 1 76 1), il ne fut pas approuvé par ses supérieurs ni par ses camarades, tandis que Monvel (qui venait de faire l'Amant bourru) a été encouragé. Il a arrangé une douzaine de pièces, qui sont restées à la scène; il n'en a eu aucun remercîment. Le maréchal de Richelieu lui a commandé d'arranger Les coups de l'amour et de la fortune; il l'en a récompensé en diminuant sa gratification. Il conclut en ces termes : « N'est-il pas tems de finir une carrière parcourue sans bonheur? »
•2- i35o * FAVART (Marie-Justine-Benoit Duronceray), femme du célèbre auteur dramatique, excellente comédienne, qui inspira une vive passion au maréchal de Saxe, n. à Avignon, i5 juin 1727, m. à Belleville (Seine), 22 avril 1772.
L. A. S. à ses chers camarades, 1 p. 3/4 in-4. Déchirure et raccommodage. Rare. (Coll. Chambry.) — P. de Cochin.
Belleetnobleépître où elle leur expose la triste situation d'un de leurs camarades, nommé Sodi, qui est devenu aveugle et qui ne peut, à cause de sa qualité d'étranger, obtenirune placeaux Quinze -Vingts. Elle leur propose donc de donner à ce malheureux unegratification annuelle qui lui permettra de supporter ou de traîner le fardeau de ses jours.
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ARTISTES DRAMATIQUES
S. vu
* 1 35 1 4- LEKAIN (Henri-Louis Caïn, dit), le roi de la tragédie au milieu du dix-huitième siècle, n. à Paris, 3 r mars 1729, m. dans la même ville, 8 février 1778.
L. A. S. (au comte d'Argental?) ; Bagnères-de-Bigorre. 24 août 1769, 2 p. 1/2 in-8. Légères taches.
Lettre des plus curieuses dans laquelle il le remercie de l'épître de Voltaire qu'il lui a envoyée. Elle a été copiée dans une nouvelle édition et elle ne vaut pas, à son goût, la version primitive. « Vous sçavés aussi bien que moy que ce n'est pas la premierre fois que M. de Voltaire a affaibli quelques unes de ses productions, en voulant les corriger; la premierre jettée est souvent plus heureuse et plus bouillante que ce qui est revu avec réflexion et limé par une exactitude trop scrupuleuse. Les Triumvirs en sont la preuve. Est-il vrai que Du Belloy (l'auteur du Siège de Calais) s'emporte contre M. de Voltaire? Je ne conçois pas ce qui peut fonder ses plaintes, car ses ouvrages sont loués dans la préface des Guèbres et la modestie de l'anonyme ne peut être réputée ny suspecte ny satyrique. Il faut convenir que le peuple aulheur est une horde bien difficile à conduire ; si on leur donne de l'encens dans le Mercure, ils crient à la fadeur, si l'on se met au-dessous d'eux dans une préface très bien écrite, ils se plaignent de l'ironie, comend donc faire? Si pour faire sa cour à un vieux. fou, les comédiens sont assés imbéciles pour gâter le cinquième acte àTphigénie, le public s'emporte, hue, el veut tout fracasser; en vérité, d'après cet exemple, je ne conçois pas comend les entrailles de maman Drouin (madame Préville) sont encore à leur place, et par quel miracle la cervelle de Brisard (le célèbre acteur) n'a pas encore sauté. » Il vient d'apprendre que le Père de famille (la célèbre comédie de Diderot) vient d'avoir un succès prodigieux. « Je n'en suis point étonné, car la pièce a dû être beaucoup mieux distribuée que dans sa nouveauté (en 1758, époque à laquelle elle n'obtint aucun succès). »