DELACROIX (Ferdinand-Victor-Eugène
L. A. S. au ministre de l'Intérieur (le comte Adrien-Etienne-Pierre de Gasparin, n. à Orange le 29 juin 1783, m. dans la même ville le 7 septembre 1862); Paris, iSoctobre i838,2 p. in-4. (Coll. B. Fillon.)
Très belle lettre ou il le remercie de l'avoir choisi pour exécuter les peintures qui doivent décorer la bibliothèque de la Chambre des députés. « Voudrez-vous bien recevoir en même temps l'assurance de tout l'empressement que je mettrai à me rendre digne de votre bienveillance par le soin et l'assiduité que je m'efforcerai d'apporter à la conduite et à l'achèvement de travaux aussi importans. » — (Les peintures de la Chambre des députés comptent parmi les chefs-d'œuvre d'Eugène Delacroix.
S. vin GRAVEURS ET ARCHITECTES
* i558 * DELACROIX (Ferdinand-Victor-Eugène).
L. A. S. à Gustave Planche (le célèbre critique), à Naples ; (Paris), 9 août (1842), 3 p. in-4.
Très remarquable lettre où il mande qu'il a souffert d'une affection de la gorge (qui devint chronique et dont il mourut). 11 parle ensuite de Rachel, dont il lui a demandé des nouvelles. Il est son admirateur, quoi qu'en puisse penser Planche. «Je la trouve toujours rarissime. Je n'ai rien vu et ne verrai probablement rien comme cela, ni vous non plus, croyez-moi. » Il est fort en retard pour la décoration de la Chambre des députés et celle de la Chambre des pairs. « Maintenant j'ai repris l'un et l'autre et ne suis pas trop mécontent, mais il y a fort à faire. J'ai trouvé pour le Luxembourg un sujet qui sort un peu de la banalité des Apollon et des Muses. C'est pour une bibliothèque. C'est le moment où le Dante, comme disaient nos pères, et non point Dante, comme disent aujourd'hui les savants qui ne veulent rien faire comme les autres, est présenté par Virgile à Homère et à quelques grands poètes qui se trouvent dans une sorte d'Elysée de la façon du poète, ou ils jouissent d'un bonheur sérieux, à ce qu'il dit. Bref on y voit tous les grands hommes possible se promenant et s'asseyant pour varier leur plaisir. Vous verrez cela: cela a pour moi un très grand attrait, mais la place est des plus fatigantes. »
*- 1 559 * DELACROIX (Ferdinand-Victor-Eugène).
P. A. S.; (Paris, 1-855), 2 p. 3/4 in-4.
Intéressant document. C'est la note des trente et un tableaux qui figurèrent à l'Exposition universelle de 1 85 5, avec la mention des possesseurs. Le dernier tableau de la liste est Les deux Foscari. Delacroix fait, en dix lignes, la description du sujet de cette toile (qui appartient actuellement au duc d'Aumale). En tète de la pièce il donne son adresse : rue Notre-Dame-de-Lorette, 58.
4- i56o* DELACROIX (Ferdinand-Victor-Eugène). L. A. S. (au critique d'art Théophile Silvestre, à Londres); Paris, 3i décembre 1 858, 4 p. pl. in-4.
Superbe lettre où il parle des peintres anglais qu'il a connus dans son voyage à Londres (fait en i8î5). De tous ceux qui l'accueillirent alors avec tant de bonté, aucun ne survit. Tels Wilkie, Lawrence, les Fielding, grands artistes, Copley, qui excellait dans le paysage et l'aquarelle, Etty. « Je ne parle pas de Bonington, mort aussi dans sa Heur, qui était mon camarade et avec lequel, ainsi que Poterlet, autre mort prématuré, en qui la peinture a perdu beaucoup (celui-ci était Français), je passais ma vie à Londres au milieu des enchantemens que donnent dans ce pays-là à un jeune homme ardent la réunion de millechefs-d'ceuvre et le spectacle d'une civilisation extraordinaire. Je ne me soucie plus de revoir Londres ; je n'y retrouverais aucun de ces souvenirs-là et surtout je ne m'y trouverais plus le même pour jouir de ce qui s'y voit à présent. L'école même est changée. Peut-être m'y verrais- je forcé de rompre des lances pour Reynolds, pour ce ravissant Gainsborg (Gainsborough) que vous avez bien raison d'aimer. » Il n'est pas cependant l'adversaire de la nouvelle école anglaise qui porte dans l'imitation des primitifs italiens un sentiment infiniment personnel, à l'encontre de ce qui se fait chez nous. Peut-être aussi ses impressions d'autrefois seraient-elles modifiées et trouverait-il dans Lawrence une exagération de moyens d'effets qui sent un peu trop l'école de Reynolds. « Mais sa prodigieuse finesse de dessin, la vie qu'il donne à ses femmes qui ont l'air de vous parler, lui donne, comme peintre de portrait, une sorte de supériorité sur Vandyk lui-même, dont les admirables figures posent tranquillement. L'éclat des yeux, les bouches entr'ouvertes sont rendus admirablement par Laurence. » II parleensuite de David Wilkie, dont l'esquisse de John Knox prêchant l'avait beaucoup frappé. Il définit Constable un homme admirable et une des gloires anglaises. « Lui et Turner sont de véritables réformateurs. Ils sont sortis de l'ornière des paysagistes anciens. Notre école, qui abonde maintenant en hommes de talent dans ce genre, a grandement profité de leur exemple. Géricault était revenu tout étourdi de l'un des grands paysages qu'il nous a envoyés. » Delacroix rappelle qu'il s'est trouve en Angleterre en même temps que Charlet et Géricault. « Charlet est un des plus grands hommes de notre pays ; mais on ne dressera jamais chez nous une statue à un homme qui n'a fait autre chose que de jouer avec un petit bout de crayon pour faire de petites figures. Le Poussin a attendu deux cent cinquante ans cette fameuse souscription à sa statue, laquelle, je crois, n'existe pas encore, grâce à l'insuffisance de fonds. S'il eut seulement brûlé deux villages, il n'eut pas attendu aussi longtemps. » — (Si Charlet n'a jamais eu de statue, Eugène Delacroix aura bientôt la sienne sur une des places de Paris et il ne l'aura pas attendue aussi longtemps que le Poussin. — Cf. sur Charlet la lettre n° 1 562.)
i56i ^ DELACROIX (Ferdinand-Victor-Eugène).
L. A. S. au ministre d'État (Achille Fould); (Paris), 29 juillet 186 1 , 1 p. in-4. Superbe pièce.
Belle lettre dans laquelle il lui mande qu'il vient de terminer à l'église Saint-Sulpice les travaux dont il avait été chargé par le ministère d'Etat. Il serait heureux que le ministre lui fit l'honneur de visiter ses peintures. — On a joint à cette pièce un exemplaire de la lettre imprimée par laquelle Eugène Delacroix invitait la presse et ses amis à venir visiter la décoration de la chapelle des Saints-Anges à Saint-Sulpice.
i i562 -* DELACROIX (Ferdinand-Victor-Eugène).
L. A. S. (au critique d'art Ernest Chesneau); Champrosay, 7 juin 1 863, 3 p. 1/4 in-8.
Très belle lettre où il le remercie de l'envoi de ses études sur les peintres modernes. Il lui exprime son étonnementde ne pas y voir figurer un des peintres les plus remarquables de ce siècle, un homme admirable qu'il place fort haut dans son estime. « Je veux parler de Prudhon, le plus original peut-être de tous ces hommes dont vous êtes occupé, et que la postérité placera, je n'en doute pas, avant plusieurs de ceux qui ont exercé votre plume. » Il voudraitaussi une grosse place pour Charlet. 1 Ce n'est pas un caricaturiste, c'est un homme énorme. Il a peint avec le crayon. » — (Voir sur Charlet la lettre no i56o.)
PEINTRES ET: SCULPTEURS
S. vin
* 1 563 * LEPRINCE (A. -Xavier), peintre de genre, artiste de talent dont le musée du Louvre possède deux remarquables toiles, n. à Paris, 1799, m. à Nice, 1826.
L. A. S. au comte de Forbin ; (Paris), 1 octobre 1824, 1 p. in-4.
Très rare. (Coll. A.
Sensier.) — P. lithographie par lui-même.
Très belle lettre où il accepte le prix de trois mille francs pour son tableau du port de Honttcur, « considérant tout l'avantage qu'il y a pour moi à le voir au Luxembourg. » — (Ce joli tableau est actuellement au musée du Louvre.)
* i56q * DEVÉRIA (Jacques-Jean-Marie-Achille), peintre d'histoire, habile lithographe, un des illustrateurs des ouvrages de l'école romantique, n. à Paris, 6 février 1800, m. à Pau, 23 décembre 1857. Il a exécuté un certain nombre de cartons de vitraux d'église. Il a été conservateur des estampes à la Bibliothèque nationale.
L. A. S. au peintre Claude- Louis Ziegler (né à Langres en 1 804, mort à Dijon le 29 décembre 1 856), « électeur, à Soyers, par Bourbonne-les-Bains »; (Paris), 2 février 1 83 1 , 3 p. in-4. Superbe pièce.
Epitre des plus curieuses où il mande que son frère Eugène n'a pas réussi dans un concours. Nouvelles de leurs amis. " L'Espagne vient de nous rendre Mérime'e qui, l'ayant parcouru seul et en tous sens, ne voit qu'Espagne, Allambra, Grenade. Burgos et combats de taureaux. Il est admirable à entendre conter les mœurs de ces genslà... Eugène (son frère) travaille peu à son tableau et a la bassesse de faire des aquarelles pour le pot au feu : ma sœur fait des airs et des fleurs; Planche (le critique) est insupportable; Hugo corrige les épreuves de son Louis XI ou Notre-Dame de Paris; moi je fais des images pour vendre en couleurs sur les ponts. Vous, vous réalisez des liquidations. Tâchez d'y trouver de l'argent et sachez ne pas le perdre, car c'est une bonne chose, une chose essentielle à l'art et la tranquillité. »
1 565 •* BELLANGÉ (Joseph-Louis-Hippolyte), célèbre peintre de batailles, dont les tableaux, conservés dans les musées de Versailles et de Rouen, ont été popularisés par la lithographie, n. à Paris, 18 février 1800, m. dans la même ville, 10 avril 1866. Ses meilleures toiles sont les Batailles de F leur us, de Wagram et de VAlma.
i° L. A. S. au secrétaire de la Société des amis des arts; ce lundi, 1 p. in-4. P'"^s belle pièce. — P.
Belle lettre dans laquelle Hippolyte Bellangé lui envoie deux petits tableaux ment d'infanterie française, l'autre une jeune cauchoise indiquant le chemin à un soldat allant en congé. Il demande cinq cents francs du premier et trois cents francs du second. — Bellangé indique son adresse, rue de Furstenberg, n° 8 ter.
2° L. A. S. à M. L. de Saint-Vincent, à Paris; Rouen, lundi (10 juillet 1848), 2 p. in-8.
Jolie lettre dans laquelle Hippolyte Bellangé mande qu'il aura à dîner Léon Cogniet qui arrive avec son Tintoret. Il fait des jeux de mots et termine sa lettre par un rébus.
l'un représentant une attaque par un régi-
S. vin
GRAVEURS ET ARCHITECTES
* 1 566-5- JOHANNOT (Charles-Henri-Alfred), peintre d'histoire et graveur, qui
illustra avec un réel talent un grand
nombre de livres de l'école romantique,
n. à Offenbach-sur-le-Mein, 21 mars
1800, m. à Paris, 7 décembre 1837.
i° L. A. S. à un critique d'art, 1 p. in-8.
Jolie lettre dans laquelle Alfred Johannot le remercie de l'article qu'il a consacré à son tableau du Salon.
2° L. A. S. de Tony Johannot (frère et collaborateur du précédent, un de nos plus habiles dessinateurs de vignettes, n. à Offenbach, le 9 novembre i8o3, m. à Paris, le 4 août i852) au peintre Jean ,
Gigoux; (Paris, décembre 1837), 3/4 de p. in-8. C /'S,^ %f&t&^M£^^>
Belle lettre où il fait allusion à la mort de son frère Alfred et jf r
où il le remercie des marques de sympathie qu'il lui a données jT ^ ^~
dans d'aussi affreuses circonstances. Intéressants détails. s
-> i567 * GAVARNI (Sulpice-Paul Chevalier, dit), le plus célèbre et le plus remarquable des caricaturistes de notre siècle, n. à Paris, i3 janvier 1801, m. dans la même ville, 23 novembre 1866. Sa biographie a été écrite par Edmond de Goncourt.
i° L. A. S. (à M. Delaunay, directeur de l'Artiste); (Paris), dimanche (vers 1840), 1 p. pl. in-8. (Coll. B. Fillon.) — Les autographes et les dessins de Gavarni sont très recherchés. — P.
Très belle lettre où il recommande Emile Forgues, dit Old-Nick, pour les fonctions de rédacteur en chef de l'Artiste. « Vous voulez, n'est-ce pas, un homme de bon goût, un écrivain élégant et surtout, chose rare, distingué. Old Nick a encore quatre fois plus de savoir qu'il n'en faut pour la littérature qui court et c'est, par dessus le marché, un garçon de cœur et un homme parfaitement convenable en toute chose.... » " '
2° L. A. S. à l'empereur Napoléon III ; Auteuil, 2 avril 1864, 1 p. in-fol. (Coll. B. Fillon.)
Epître des plus curieuses, dont voici le texte : « Sire, il n'est pas possible que votre Majesté sache ce qui se passe, que, par le fait d'un rapport envoyé du cabinet de l'Empereur et que je ne pouvais pas ne pas prendre au sérieux, j'attends depuis sept mois, cloué dans une insuportable incertitude, et qu'enfin, ce soir, on me fait, au nom du préfet (à son insu sans doute) sommation de quitter ma maison dans vingt-quatre heures! L'indemnité, je ne sais laquelle, ayant été, dit-on, déposée à la caisse des consignations. Sire, vous êtes l'Empereur Napoléon. » — (Une consultation lithographiée de Berryer, jointe à la lettre, nous apprend que Gavarni avait des difficultés avec la préfecture de la Seine relativement à l'expropriation de la maison qu'il possédait aux bords de la Seine, avec entrée sur la route de Versailles, n° 49. Gavarni demandait une indemnité de sept cent cinquante mille francs, tandis que le jury ne lui attribuait que cent quatre-vingt-dix mille francs. De là refus par l'artiste de quitter sa maison et menace d'expulsion de la part de l'administration, qui entrait dans la voie d'exécution.)
4- 1 568 •* ROQUEPLAN (Joseph-Étienne-Camille Rocoplan, dit), peintre de genre,
élève du baron Gros, excellent coloriste, un des chefs de l'école romantique, n. à
Malemort (Bouches-du-Rhône), 18 février 1802, m. à Paris, 3o septembre 1 855 .
L. A. S. au comte de Forbin (directeur général des musées) (avant i83o)j 1 p. 1/2 in-8, cachet.
Très curieuse lettre où il se plaint qu'on ait enlevé son tableau du grand salon carré, pour mettre à sa place un tableau du peintre anglais Thomas Lawrence. « Je suis loin d'oser entrer en concurrence avec M. Lawrence, dont j'admire le talent, mais un règlement, fait pour tout le monde, est une garantie qu'on ne doit détruire en faveur de qui que ce soit. » — (Roqueplan a peint des batailles pour le musée de Versailles et des plafonds pour le palais du Luxembourg.)