LETTRE D'ERNEST MEISSONIER
Numéro 1625.
S. vin
GRAVEURS ET ARCHITECTES
* 1626 -s- BALZE (Jean-Étienne-Paul), peintre d'histoire, élève de Ingres, qui exécuta, avec son frère Raymond, la copie de plusieurs œuvres importantes de Raphaël, n. à Rome, de parents français, 25 août 18 15, m. à Paris, 24 mars 1884.
L. A. S. à M. Souty, doreur, à Paris; Rome, 16 octobre i85o, 2 p. 3/4 in-4. Très belle pièce.
Intéressante lettre dans laquelle il le prie de présenter à l'Exposition un tableau qui lui a été commandé par le ministère de l'Intérieur et qui représente le Christ et Saint Pierre. « Saint Pierre, délivré de prison par l'ange, au lieu de rester à prêcher l'Evangile, s'enfuit de Rome par la voie Appienne. Il aperçoit l'image du Sauveur portant sa croix, et dans son trouble il s'écrie : Où vas-tu, Seigneur; ne sais-tu pas que l'on nous persécute? Je vais à Rome, lui répond le Maître, me faire crucifier une seconde fois, et il disparait. Saint Pierre, rappelé à lui-même par ce reproche de sa conscience, retourne à Rome et reçoit le glorieux martyre. »
^ 1627 -* MILLET (Jean-François), l'illustre et inimitable peintre des mœurs rurales, n. à Gréville (Manche), 4 octobre 1 8 1 5 , m. à Barbison, 20 janvier 1875.
L. A. S. à son ami Lemarquand, employé au bureau des classes de la marine à Cherbourg; (Paris, 1 juin 1 838), 3 p. in-4. Superbe lettre, une des plus anciennes qu'on connaisse de ce grand artiste. — P.
Précieuse lettre où il lui mande qu'il n'a pas réussi au concours de l'école des Beaux-Arts, bien que sa composition fût moins mauvaise que celle de tous ceux qui ont été reçus. Il attribue cet insuccès au fait d'avoir quitté l'atelier de son maître (Paul Delaroche) pour aller dans une école libre, qui lui coûte meilleur marché. « Dans le premier moment je me suis imaginé que c'était une petite vengeance de mon professeur que j'avais quitté depuis longtemps, et que si j'avais été reçu, je n'aurais pas été porté son élève sur le tableau de réception, lui qui avait dit qu'il voulait en avoir au moins cinq reçus (la moitié sur tous les autres ateliers), nécessairement j'aurais pu, moi, lui en ôter un; pour me mettre il aurait fallu une place. Maintenant j'en ai la conviction. Le lendemain du jugement, le professeur est arrivé à son atelier et a commencé par donner commission à tous les élèves de s'enquérir de moi, parce qu'il voulait me voir tout de suite, et que le premier qui me rencontrerait m'envoye chez lui en grande hâte. Aussitôt qu'on m'a fait sa commission, je me suis rendu chez lui, où il m'a
PEINTRES ET SCULPTEURS
S. vin
très bien reçu d'abord ; ensuite il m'a parlé de mon concours. Voici en quels termes : «Je suis bien content de vous voir pour vous parler de votre figure: elle était bien, votre figure, elle a eu des voix, bon nombre de voix même, mais enfin je ne sais pas comment cela se fait, elle n'a pas été reçue. Ah ! autre chose, qu'est-ce que vous faites maintenant? » — Je lui ai répondu que j'allais dans une académie particulière. Alors il m'a dit qu'il ne voulait pas que je reste là, qu'il voulait que je rentre à son atelier, qu'il ferait pour cela tous les sacrifices possibles, qu'il comptait sur moi pour le concours prochain plus que sur tout autre, et que étant aidés l'un par l'autre, nous ferions de bonnes affaires. Il m'a encore demandé pourquoi j'allais dans cette académie plutôt que dans son atelier. Je lui ai dit tout bonnement que c'était moins cher, qu'au lieu de vingt-cinq francs par mois, je n'en payais que huit. — Cela n'est pas une raison, je veux qu'à mon atelier vous ne payiez pas du tout et je crois que ce sera encore meilleur marché que de payer huit francs. — ■ J'ai fait alors un signe de remercîment et j'ai accepté. Ensuite il m'a fait un tas de compliments sur mon premier concours, qu'il a terminés en me disant que l'année prochaine cela irait tout seul. Voilà le seul bon résultat que mon concours m'ait amené, une remise de mes mois d'atelier et, par conséquent, l'appui du professeur pour l'année prochaine. . Ma petite déception de cette année, mon cher Lemarquand, ne me fait pas désespérer qu'une partie de vos rêves et des miens ne puissent se trouver des choses réelles. Dans un premier mouvement j'avais pris la résolution de ne me pas présenter de nouveau, mais j'ai changé d'avis en disant que ce serait une bêtise. Au fait pourquoi renoncer au plaisir d'aller rêver dans ces belles ruines ou nous verrions errer à travers la brume de grandes formes largement drapées venant encore rêver aux affaires du Sénat. Une de ces ombres nous conduirait. » — Cette pensée inspira à Millet le croquis qui est reproduit ci-devant. — (Millet n'était entré qu'à regret dans l'atelier de Paul Delaroche, car il n'aimait pas les tableaux de ce peintre. « Je n'y voyais, dit-il (p. 54 de l'ouvrage d'Alfred Sensier sur Millet), que de grandes vignettes et des effets de théâtre sans véritable émotion, et partout je voyais la pose et la mise en scène. » Une fois admis, il étonna souvent le maître par ses audaces. Tout en le grondant, Delaroche le donnait souvent comme modèle à ses élèves. « Regardez donc celui-là, disait-il en montrant Millet, mais regardez-le donc et voyez comme il a su voir la lumière sur une figure nue! » Millet avait quitté l'atelier de Delaroche, moitié par pauvreté, moitié par dégoût. Il y rentra après la démarehe qu'il raconte dans sa lettre, et il travailla courageusement pour obtenir le prix de Rome, ce rêve tant caressé des jeunes artistes. L'année suivante il concourut, mais Delaroche avait un favori et ne le cacha pas à Millet. Celui-ci, découragé, quitta définitivement l'atelier. Il alla chez Suisse, qui tenait une académie de modèles et lutta contre la misère, tout en travaillant. Il débuta au Salon de 1844 par des sujets de genre, essaya la peinture classique et l'abandonna bientôt pour se livrer à l'étude de la nature et produire ces toiles admirables qui ont placé Jean-François Millet au premier rang des peintres de ce siècle.)
* 1628 + MILLET (Jean- François).
L. A. S. à Théophile Silvestre (le célèbre critique d'art); Barbison, 3 août 1867, 4 p. pl. in-8.
Superbe et noble lettre ou il exprime sa reconnaissance de ce que M. Piétri (le préfet de police) a fait pour lui. Il lui annnonce que Théodore Rousseau a eu dans la nuit de jeudi à vendredi une crise qui a failli l'emporter. « J'ai couru chez lui, comme vous pensez. En arrivant il m'a dit : J'ai vraiment lutté contre la mort. Le voilà un peu remis de sa crise, mais il n'y a pas d'amendement à son état impotent. Le voilà aussi obligé, d'après son médecin, de partir pour la Suisse pour qu'il puisse respirer un air plus vif que celui d'ici. Je lui ai proposé de l'accompagner, si gênant que cela soit pour moi et les miens. Ma femme même, navrée comme moi de le voir en cet état, vient avec nous, car elle pourra lui donner certains soins comme je ne pourrais pas le faire. Je vous assure que nous nous trouvons rudement étreints par les griffes de la nécessité. Nous ne pouvons pas abandonner Rousseau, et il faut que nous abandonnions nos enfants ! Il faut dire comme Abraham : Dieu y pourvoiera. » — (Ce voyage n'eut pas lieu, et dès lors, malgré des moments d'accalmie, Rousseau ne fit que décliner.)