L. A. au comte Algarotti, avec un post
scriptum autographe de Voltaire ; Cirey, 12 mai 1738,4 p. in-4. Superbe et très intéressante pièce.
Très remarquable épitre où elle le félicite de son ouvrage l'Exposition du système de Newton. « L'ouvrage de M. de V. a paru précisément dans le même tems par le pur hazard et par la précipitation des libraires d'Hollande qui n'ont pas seulement attendu ni les derniers chapitres, ni les corections qu'il devoit leur envoyer. » Elle l'assure de son amitié. — Voltaire joint, en termes charmants, ses félicitations à celles de son amie. « Permettez qu'un Emilien, qui est aussi un des plus tendres Argalotiens, mêle icy ses petits hommages aux marques de souvenir d'Emilia Neutonia. Vous la retrouverez bien digne de votre livre. Vous avez bau suposer une marquise italienne. Croyez moy, la française vous entendra peut-être encor mieux que le cartésien à qui vous dédiez Neuton... »
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FEMMES CELEBRES
2o83 * DU CHASTELLET (Gabrielle-Emilie Le Tonnelier de Breteuil, marq.).
L. A. S. à l'abbé Moussinot (le correspondant financier de Voltaire, à Paris); Bruxelles, 14 février 1744, 2 p. in-4, cachet à l'effigie de Voltaire. (Coll. Lajarriette et Dubranfaut.)
Précieuse lettre relative à un portrait de Voltaire que Moussinot venait d'envoyer à la marquise f ' \
et qui sera parfait avec une demi-heure de retouche sur le modèle. « J'espère qu'à présent que <'#',/ 5
vous ave's le portrait, vous voudrés bien faire travailler à la mignature de ma bague. Je vous I '-' laisse le choix du peintre et je ne le trouverai point cher, quoiqu'il puisse coûter, s'il est bien '*' ' ??y
ressemblant, mais je vous supplie que le visage ne soit point trop grand par proportion à la place i'l!C>~"'î^"""J
et de le faire mettre dans la bague avec une petite glace, de façon qu'il ne puisse plus tomber u^Wiafftf
— (Cette bague est fameuse; c'est celle où le portrait de Voltaire avait remplacé celui du marquis H|fP^
Du Chastellet et ou il fut lui-même remplacé par Saint- Lambert.) ', •' ?"• i.^.W
* 2084 -* DU CHASTELLET (Gabrielle-Emilie Le Tonnelier de Breteuil, marq.).
L. A. à Saint-Lambert, chez M. de Vaux, à Lunéville; Cirey, jeudi à deux heures après minuit, 3 p. in- 18, cachet camée. Très légère déchirure par la rupture du cachet. Précieuse pièce.
Très curieuse épître. « Je crois qu'il est bien imprudent de vous escrire une seconde lettre avant d'avoir reçu de vos nouvelles. J'arive à Cirey après une marche de treize heures. Si je -ne vous escrivois pas aujourd'hui, vous n'auriés pas de mes lettres lundi. Si vous êtes digne que je vous aime, vous partirés mardi et vous serés ici jeudi ou vendredi. Allés à Joinville par Vaucouleurs. On quitte, je crois, la grande route à voie à Joinville. Quand vous y serés, demandés un marchand nommé Laurent et priés le de vous doner un guide pour Cirey. Il vous en donera sûrement un ou bien vous en servira lui-même. [I n'i a que trois lieues de Joinville ici. Mon Dieu, que Cirey me paroitra beau quand vous y serés. Je n'en partirai point que je n'aie perdu l'espérance de vous y voir. Ainsi ce sera votre faute si vous n'i venés pas. J'escris un mot à Madame Bouftiers. Faites semblant de ne pas savoir de mes nouvelles. Voiés-vous le petit papier que j'ay pris afin d'être sûre de vous escrire une petite lettre. Je veux la finir bien vite. Si je permettois à mon cœur de vous parler, il ne finiroit pas sistot et peut être ne mérités vous rien de ce qu'il auroit à vous dire. Nous verons samedi si j'aurai une lettre de vous. Je fais ce qu'il m'est posible pour ne vous aimer qu'autant que je le devrois, mais j'ay bien peur de perdre ma peine et de vous aimer plus que vous ne le mérités... »
* 2o85 s- WILHELMINE DE PRUSSE, sœur du grand Frédéric, margrave de Baireuth, femme du prince Frédéric Guillaume (173 1), princesse spirituelle et lettrée, illustre protectrice de Voltaire, n. 3 juillet 1709, m. septembre 1758.
L. A. S., en français, à Voltaire; 20 avril 1752, 1 p. 1/2 in-4, cachet brisé. Rare. — P.
Très curieuse épitre. « La pénitence que vous vous imposés a achevé de fléchir mon couroux. Je n'avois pu encore oublier votre indifférance. Il ne falloit pas moins qu'un pelérinage à Notre-Dame de Bareith pour effacer votre péché. Frère Voltaire sera pardoné à ce pris. Il sera le bien venu ici et y trouvera des amis empressez à l'obliger et à lui tesmoigner leur estime. Je doute encore de l'accomplissement de vos promesses. Le climat de l'Allemagne a-t-il pu en si peu de tems réformer la légèreté françoise. Le voyage de France et d'Italie réduits en châteaux en Espagne me font craindre le même sort pour cellui-ci. Soyez donc archi-germain dans vos résollutions et procuré moi bientôt le plaisir de vous revoir. Quoiqu'absent vous avez eu la faculté de m'arracher des larmes. J'ai vu hier représanter votre féaux Profète (Mahomet). Les acteurs se sont surpassés et vous avez eu la gloire
d'émouvoir nos cœurs Franconiens qui, d'ailleurs,, res- /\ "Y s f /X/J S /^/VA/O A /V? ✓
semblent assez aux rochers qu'ils habitent... » — (Vol- y Ly (j Z^fa/jy l^C^*/£f jS*^/ S <-\)
taire était alors à Berlin auprès du grand Frédéric.) 1 ' ^~
->- 2086 + LOUISE DOROTHÉE, duchesse de Saxe-Gotha, femme du duc Frédéric III (1729), protectrice de Voltaire, n. 10 août 17 10, m. 11 novembre 1767.
L. A. S. de ses initiales, en français (à Voltaire); 12 décembre 1758, 3 p. 1/2 in-4. Superbe pièce.
Très intéressante lettre où elle explique les motifs de son silence. Elle fait un sombre tableau de la triste situation de son pays. Le pays d'Altenbourg a été rançonné par les Croates. Le duché de Saxe-Gotha vient de fournir son contingent à l'armée de l'Empire. » Le Roi de Prusse a été souvent dans cette guerre au bord du précipice, mais jamais, selon moi, aussi proche que cette anée. D'abord qu'il est entré à Dresden, après avoir délivré cette ville et Neiss, il s'est logé au château et dans l'apartement du roy de Pologne, chose qu'il n'avoit jamais faite auparavant, et il a envoyé tous les ministres de conférences à l'exeption d'un seul en Pologne...» Elle lui demande, en terminant, son opinion sur deux pièces de Diderot, Le Fils naturel et Le Père de famille. « Vous pouvés compter que je n'en abuserai pas. Je vous chéris trop pour être capable de vous causer la moindre peine, et de plus je suis extrêmement discrète de mon naturel. Conservés-moi cette amitié qui fait le charme de ma vie... » — (Voltaire répondit à cette charmante lettre le 25 décembre 1758.)