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LETTRE DE CHARLOTTE DE PRUSSE — FRAGMENT

Numéro 208g.

796 FEMMES C ErL È B R E S S. x

2087 * DENIS (Marie-Louise Mignot, dame), la nièce de Voltaire, dont elle fut la fidèle compagne, n. 1712, m. 1790. Elle a fait quelques pièces de théâtre.

L. A. S. (à l'avocat Dupont, à Colmar) ; Paris, 9 juillet 1768, 4 p. in-4. Très belle pièce.

Très intéressante lettre sur la donation que lui a faite Voltaire. Cette donation est mal rédigée et se trouve ainsi sans valeur pour elle, et il se pourrait que le duc de Wurtemberg ne la payât pas. « Heureusement vous verez par la consultation qu'il y a de la ressource, si mon oncle veut se prêter. Je ne doute pas qu'il ne le fasse si l'on lui propose. Je connais son cœur et sa façon de penser. Je lui ai les plus grandes obligations. Je suis très sûre qu'il ne voudrait pas me retirer un bienfait pour faire son éritier le duc de Wirtimberg. Malgré cela je ne sçaurais me résoudre à lui en parler et je vous suplie de n'en rien faire. Tant que mon oncle vivera, je suis bien convincue que je ne manquerai de rien. Si j'ai le malheur de le perdre, la perte des biens n'est pas ce qui exiterait mes regrets, et l'on vit à tout prix, ou l'on meurt, ce qui est, tout bien considéré, un fort peti malheur... »

4- 2088 ■* CREQUY (Renée-Caroline de Froullay, marquise de), une des femmes les plus spirituelles de son temps, n. au château de Montflaux, 19 octobre 17 14, m. à Paris, 2 février i8o3. Les Mémoires publiés sous son nom sont apocryphes.

L. A. S. à Guys (Pierre-Augustin, savant hélléniste, voyageur et écrivain, né à Marseille en 1720, mort à Zante en 1799), à Marseille; Paris, 1 1 mars 1776, 2 p. in-4, cachet. Superbe pièce. — P.

Très remarquable lettre où elle le remercie de l'envoi de son Eloge de Madame de Sévignê. — Elle porte ce piquant jugement sur la grande épistolaire : « Madame de Sévigné avoit une jolie plume, mais une petite tête; bourgeoise de qualité, s'honorant d'un regard que César par hasard avoit lancé sur elle. Nulle philosophie et femme de parti pour être, car d'ailleurs elle étoit douce et asservie au public. Ces défauts tiennent à l'envie qu'on a de primer dans l'opinion d'autrui, et le public ingrat ne se doute pas des malheureux qu'il fait. » Son fils est toujours à la cour. Elle lui demandera l'éloge du pauvre maréchal Du Muy (mort à Paris le 10 octobre 1775).— Dans un post-scriptum écrit sur le feuillet de l'adresse, la marquise fait l'éloge du Discours sur l'influence du commerce sur les mœurs, récemment publié par Guys.

* 2089 * CHARLOTTE DE PRUSSE, sœur du grand Frédéric, duchesse de

Brunswick-Wolffenbuttel, femme du duc Charles (1733), protectrice des arts et des

lettres, correspondante et amie de Voltaire, n. i3 mars 171b, m.

L. A. S., en français (à Voltaire); Berlin, 10 décembre. 1/2 p. in-8. Très jolie et rare pièce.

Charmante épître dont voici le texte : « Je ne possède point l'heureux talent de faire des vers. Fautte de cest avantage, j'espère que vous voudrés rescevoir mes remercimens en prose pour votre billet obligent. Je regrette de ne pouvoir profitter de votre conversation. Je suis persuadée qu'elle ce distingue toujours. L'esprit, le sçavoir, l'enjouement et la gayeté sont des dons qui vous sont si naturels qu'ils ne peuvent que contribués au charmes de la société. Ceppandant, Monsieur, si avec toute ces richesses d'esprit il y avoit encore un souhait à faire, ce seroit que votre corps cacochime, comme vous l'appelles, fut plus en état de ce produire et que, jouissant de votre entretien, j'eusse en même temps la satisfaction de vous témoigner combien j'estime vos ouvrages et avec quelle distinction je les admire. »

FEMMES CELEBRES

* 2090 POMPADOUR (Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de), épouse de Le Normant d'Etiolés (1741), maîtresse de Louis XV (1745), non moins célèbre par l'influence qu'elle exerça sur les mœurs et coutumes de son temps que par son rôle politique, protectrice des lettres et des arts, n. à Paris, 29 décembre 1721, m. à Versailles, i5 avril 1764. Elle fit conclure, en 1709, avec l'impératrice Marie-Thérèse, le fameux traité de Versailles, qui nous engagea dans la funeste guerre de Sept ans. On a publié sa correspondance avec son frère le marquis de Marigny.

L. A. S. à « Monsieur de Crébillon le père, à Paris »; samedi (avant 1754) 3/4 de p. in- 18, joli cachet aux trois tours. Jolie et

précieuse pièce. (Coll. d'Estour- A Jo^> /o^^~> mel et Benjamin Fillôn.) — P. JU. Jj^o^.

Charmante épitre adressée au poète ' ,

tragique Crébillon et relative à l'éducation i*>+^> sr Cs~^t~c-?

de sa fille unique (Alexandrine-Jeanne Le Normant d'Etiolés, baptisée à Paris le 10 août 1744). En voici le texte : « Je sçais les soins que vous vous donnés auprès de ma fille. Monsieur, et je vous en fais mes remerciements. Autant je désire qu elle soit instruitte et sache s'occuper, autant je serois affligée qu'elle fit le bel esprit. Nous ne sommes faites, à ce que dit Molière, que pour coudre et filer. Je ne suis pas de son avis, mais je trouve l'air sçavant et le ton décidé on ne peut pas plus ridicule. Je pense comme vous pour madame Laforge et sa sœur et je n'ay pas envie d'introduire aucune personne étrangère dans son éducation. Vous connoissés, Monsieur, mon admiration pour le génie sublime du grand Crébillon et mon estime pour sa personne. » — (La fille unique de Madame de Pompadour mourut à l'âge de dix ans au couvent de l'Assomption le 5 juin 1 754.

Elle fut enterrée dans l'église des Capucines de la place Vendôme, où sa mère voulut reposer auprès d'elle.)

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* 2091 -s- POMPADOUR (Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de).

L. A. au duc de Nivernois (Louis-Jules-Barbon Mancini-Mazarini, né à Paris en 1716, mort en 1798), à Baireuth ; 28 au soir (1755), 1 p. pl. in-8, cachet brisé. Jolie pièce. (Coll. Dubrunfaut.)

Importante lettre politique, dont voici le texte : « Le maréchal (de Richelieu) est arrivé, petit époux. Le courier qui vous rendra ce billet vous instruira de ce qui l'a ramené. Le party est bon et ferme. Il n'y a que ceux là de convenables à un aussi grand roy que le nôtre. Vous sçavés que telle a toujours été ma façon de penser. Vous pouvés en assurer très affirmativement S. M. P. (sa Majesté Prussienne Frédéric II), ainsy que du peu d'intérest que je prends à la banque angloisc, quoy que luy en ait dit son enragé de Chambrier (Charles-Henri, baron de Chambrier, né à Neuchâtel en Suisse en 172S, conseiller et confident du grand Frédéric, conseiller d'Etat de la principauté de Neuchâtel, mort dans sa ville natale en 1769). Ce n'est, en vérité, pas ma faute s'il fesoit aussy souvent de mauvaises digestions, et je ne dois pas en porter la peine. Bonsoir, petit époux. Vous devés autant compter sur M. de Séchelles (contrôleur général des finances, n. à Paris, 1690, m. 1760) que sur ma sincère amitié pour vous. Je ne suis pas en peine de l'établissement de vostre seconde fille, » — Sur le feuillet de l'adresse, on lit ce post-scriptum : « Sy madame la margrave (Wilhelmine de Prusse, sœur du grand Frédéric), qui a demandé à M. de Colvière une de mes gravures, en désire la suite, je seray enchantée de luy en faire ma cour. J'ay remis votre lettre au Roi. » — (Il s'agit du recueil de soixante- trois eaux-fortes gravées par la marquise d'après les dessins de Guay. — Cette lettre de Madame de Pompadour a été publiée par les frères de Concourt et par Poulet-Malassis; ces éditeurs ont mal lu le nom de Chambrier qu'ils ont transformé en chancelier.)

798 FEMMES CÉrLÈBRES S.

* 2092 s- BOUFFLERS (Marie-Charlotte-Hippolyte de Camper-Saujon, comtesse de), la célèbre amie de Jean- Jacques Rousseau et de David Hume, rivale de madame du Deffand et de mademoiselle de Lespinasse, n. à Paris, 1724, m. 1800.

i° L. A. au comte de Schonberg, chambellan du duc d'Orléans, colonel du régiment de Schonberg à l'armée de Soubise; (Paris), 3 janvier i/5(j, 4 p. pl. in-4. Belle pièce. (Coll. Dubrunfaut.)

Lettre des plus curieuses sur la maladie de la duchesse d'Orléans (Louise-Henriette de Bourbon-Conti, femme, en 1743, de Louis-Philippe, duc d'Orléans, mère de Philippe-Egalité). La comtesse de Boufflers raconte que le médecin Petit a fait connaître, le 1 janvier, à la duchesse la gravité de son mal. Elle rapporte les termes de la conversation qui eut lieu à cet effet • La duchesse a accepté bravement cette révélation. Elle a fait venir son mari et s'est entretenu avec lui. Elle a prié ses dames d'honneur de prendre un air plus gai et elle s'est mise à chanter : Pour le peu de bon temps qui nous reste, rien n'est si funeste qu'un noir chagrin. Elle a reçu, le 2 janvier, les sacrements avec beaucoup de pompe, en présence des princes et princesses et de toute sa maison. Elle a donné sa bénédiction à ses enfants, ce qui fut un spectacle très attendrissant. Puis elle s'est levée et a diné de bon appétit. Elle a été très gaie toute la journée et a parfaitement passé la nuit. « Jusqu'à présent l'on s'étoit imaginé que le plus grand effort d'une fermeté stoïque étoit de voir ce moment là avec égalité d'âme. Madame la duchesse d'Orléans fait beaucoup plus; elle le voit avec gayeté, elle trouve matière de plaisanterie dans ce qui effraye les plus courageux et cela sans avoir rien qui puisse la dégoûter de la vie.» — (La duchesse d'Orléans mourut le 9 février 1759.)

2° L. A. au comte de Schonberg; (Paris), ce 29 (janvier 1759), 1 p. 1/2 in-4, cachet brisé.

Jolie lettre ou elle l'engage à modérer son enthousiasme pour une merveilleuse personne qu'elle ne nomme pas. « Je vous avois écrit une lettre de quatre pages pour rabattre un peu des transports de votre admiration, mais comme depuis les traitemens de cette merveilleuse personne pour qui vous vous sentés si attendri, sont venus au point de ne plus permettre de la voir, j'ay craint que vous n'attribuiés au dépit et à la vengeance des réflexions qui, dans tout autre cas, auroient servis à vous prouver que vous vous livrez trop à l'enthousiasme et après lesquels vous auriez peut-être vu avec quelque honte l'excez de louanges où ce caractère vous a conduit. En attendant tout ce que je puis vous dire, c'est que votre comparaison avec Socrate me fait venir ce que nous appelions entre madame de Blot et moy la vilaine peau. Croyés moy, Monsieur le Comte, s'il est des Socrates dans ce siècle, ce n'est pas là qu'il faut les chercher, à moins que ce n'en soit de tels qu'on prétend qu'il étoit par la nature avant que la vertu ne l'eut refforme. » Le duc d'Orléans a été saigné pour un mal de gorge hier matin. La duchesse n'a pas huit jours à vivre. Madame de Barbantane, qui a été fort mal après ses couches, va mieux.

3° L. A. au comte de Schonberg; (Paris), i5 février 1759, 3 p. 3/4 in-4. Superbe pièce.

Très intéressante lettre relative au même sujet que la précédente. Les obsèques de la duchesse d'Orléans ont eu lieu aujourd'hui avec une grande pompe. Le duc d'Orléans a conservé aux dames d'honneur leurs appointements et leurs logements et a donné à madame de Polignac deux mille livres de rente viagère. On a condamné le livre d'Helvétius (De l'Esprit). « Sa personne a pensé être notée d'infamie. L'iinciclopédie sera, je crois, plus ménagée. Des commissaires ont été nommés pour l'examiner. Le discours de M. l'avocat général au sujet des livres condamnés me paroit un peu capucinal. Je n'en puis pourtant pas porter un jugement bien sûr, car je ne l'ay que parcourue, mais en général je pense que pour faire impression sur les esprits et pour protéger la morale et les mœurs il faut employer d'autres armes que celles des théologiens qui n'ont de force que pour les dévots et qui n'en ont point sur ce qu'on appelle les honnestes gens du monde... »

* 2093 -c- EPINAY (Louise-Florence-Pétronille Tardietj d'Esclavelles, marquise d'), la célèbre amie de Jean-Jacques Rousseau, de Diderot et de Grimm, auteur de très curieux Mémoires , n. à Valenciennes (Nord), n mars 1726, m. à Paris, i5 avril 1783.

i° P. A. S.; Paris, 6 avril 1773, 1/2 p. in-4. Jolie pièce. (Coll. Dubrunfaut.)

Intéressant document dans lequel elle déclare avoir reçu de son mari la somme de mille quatrevingt-trois livres six sous huit deniers pour un mois de sa rente viagère de treize mille livres.

20 L. A. à M.-J. Sedaine (le célèbre auteur dramatique); La Briche, 23 avril, 2 p. 1/2 in-4, cachet.

Lettre des plus curieuses où elle le remercie du jugement favorable qu'il a porté sur son ouvrage (probablement le manuscrit de ses Mémoires). Elle l'autorise à communiquer le manuscrit à madame Sedaine, pourvu que celle-ci lui garde le secret. « J'ai plus d'ennemis que je n'en mérite peut-être, car je n'ai jamais fait de mal à personne, et j'aime mieux me tenir tranquilc, ignorée, que d'avoir à plaider ma cause ou d'en donner la peine à mes amis. Cette raison à part, je suis très fort dans vos principes et amais cet ouvrage ne verra le jour. Je redoute toute célébrité et, quand jeserois sûre d'un grand succès, ce qui est toujours douteux, je n'imprimerais pas davantage... » — (On sait que les Mémoires de Madame d'Epinay, si précieux pour l'histoire du dix-huitième siècle, furent publiés a plusieurs éditions.)

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