‹ Lettres aux Bertin, 1827-1877Chapitre 7 sur 11 · LÉOPOLDINE HUGO · texte numérisé non relu

LÉOPOLDINE HUGO

Écris-moi le plus tôt possible.

A Mademoiselle Louise Berlin, 8, rue de Seine S. -G.

12 février icS?4.

Tremble ! l'e'chafaud te réclame !

Un amour de damné m'enflamme.

Un noir projet couve en mon âme.

L'enfer dans l'ombre m'applaudit.

' François-Viclor Hugo.

Il faudra, Mademoiselle, que vous soyez assez bonne pour modifier ainsi le dernier vers d'Esméralda: Va-t'en démon! Va-t'en maudit ! afin qu'il puisse rimer avec m'applaudit.

Va je t'abhorre 1 Oh! je t'adore

Etc. I Etc.

O nuit d'alarmes!

Nuit de remords !

Pour moi les larmes!

Pour toi la mort!

Dis-moi : Je t'aime ! Pour te sauver!

L'aube suprême Va se lever!

Dans les fers même Je t'ai bravé !

Sois anathème !

Sois re'prouve' !

J'irai causer avec vous un de ces soirs de ce que vous désirez pour le finale, et vous porter p*^ ^

(demain ou après) le scénario. Je n'ai plus que t> '

le cinquième acte à rédiger. Mais je crains bien d'être obligé de laisser en blanc la scène culminante.

Permettez-moi de vous répéter que je vous suis plus acquis et plus dévoué que jamais.

VICTOR

Mademoiselle Louise Berti?î.

Ce dimanche 19 (i832 à 1834').

Mademoiselle,

Votre charmant petit billet à Poupée m'arrive au moment où je termine le récitatif dont nous sommes convenus (sauf meilleure disposition] en tête du duo.

Je me hâte de vous l'envoyer.

Je l'ai fait le plus serré et le plus concis que j'ai pu ; j'ai tâché qu'il entamât la scène vivement. "\'ous le jugerez, et je referai tout ce que vous voudrez.

J'irai vous porter quelques autres brimborions de vers et demander h dîner à votre excellent père un de ces jours. Je m'occupe du scénario. Le dernier tableau m'embarrasse.

Je mets mon embarras et ma stupidité sous la protection de votre indulgence.

Mademoiselle Louise Berlin, (9, î'iie de Seine S. -G.

17 février 1834.

Voici, Mademoiselle, la variante pour Quasimodo :

Je la devine, Je l'entrevois Fille divine, Viens sans effroi!

Je vous accable de vers et de prose et de ports de lettres. Notre-Dame de Paris vous assomme et vous ruine. Mais le jour de la première représentation tout sera compensé, effacé, racheté. Vous serez au septième ciel et moi dans le troisième dessous.

Je me mets humblement à vos pieds comme il convient à la rime devant la note.

Mademoiselle Louise Berlin,

chei M. Berlin l'aîné,

aux Roches, près Bièvre.

Paris, I" mai 1834.

Permettez-moi, Mademoiselle, de répondre pour nos chers petits à vos trois lettres. Il me semble que c'est bien mon tour. A^ous ne vous faites pas une idée de la joie de la nichée en recevant cette manne. Toto ne savait comment s y prendre pour décacheter sa lettre. Il a eu un beau moment.

Vous n'avez pas vous, qui êtes tout heureuse là-bas, seulement un beau moment, vous avez une belle vue. "\"ous avez le printemps, les lilas, les faux ébéniers, la campagne en fleurs ; nous, nous avons Paris pourri.

J'étudie beaucoup, mais je n'appelle pas cela travailler. Travailler, c'est produire.

Je compte sur la sève annuelle de l'été.

Vous, vous pouvez dire que vous travaillez. Vous réalisez chaque jour quelqu'une de vos pensées. Vous avez le don du travail perpétuel. Moi, triste horloge qui peut-être ne marquera bientôt plus l'heure, je vous envie souvent.

Avez-vous des nouvelles de tout le tripotage Véron', Lœwe Weimar et O' ? Qu'est-ce que cela devient, en savez-vous quelque chose?

Je compte aller vous voir un de ces dimanches avec Edouard, et me réchauffer un peu à l'excellente hospitalité des Roches.

Toujours à vos pieds.

Mademoiselle Louise Berlin.

Je vais un peu mieux, Mademoiselle, et vous êtes aussi bonne que j'ai été souffrant. J'ai les plus mauvaises entrailles et les plus

' Directeur de l'Opéra.

mauvais yeux qui aient jamais été donnés par les dieux à un mortel. Je mets toute ma reconnaissance et tous mes respects à vos pieds,

VICTOR H

J'espère pouvoir sortir un peu aujourd'hui. Dès que mes jambes le permettront, j'irai rue de Seine.

Mademoiselle Louise Ber^tin,

che^ M. Berlin l'aîné,

aux Roches, près Bièi>re.

Paris, 2 septembre (de 1834 ou i835).

J'arrive, Mademoiselle, d'une assez longue course, pendant laquelle j'ai écrit à Toto une petite lettre qui, j'espère, lui sera parvenue en ce moment. Permettez-moi de faire maintenant ce que je le priais de faire pour moi dans cette lettre, c'est-à-dire, de vous remercier de vos

bontés si douces et si infinies et si maternelles pour lui. C'est mon petit ange que je vous ai confié. Il est digne, je crois, d'habiter votre ciel.

J'ai bien souvent pensé à vous dans tout mon voyage, et chaque fois qu'il me prenait un accès de colère devant quelque chose de stupide ou de barbare, le souvenir de la sérénité avec laquelle vous prenez toute la vie me calmait.

Il y a en vous, Mademoiselle, quelque chose de grave et de doux qui nous donne l'exemple à tous. Vous avez la pensée aussi haute que pas un et le cœur bien meilleur que nous.

Souvent aussi j'ai pensé à mon Toto avec tristesse parce qu'il était loin de moi et avec joie parce qu'il était près de vous.

Nous ne tarderons pas à venir le rejoindre aux Roches, si vous voulez toujours de nous. J'étais tenté aujourd'hui de prendre un acompte et d'aller porter de belles images à Toto avec tous mes hommages et tous mes remerciements pour vous.

Faites-en part, je vous prie, à votre excellente mère et dites à M. Bertin que je ne suis ^ dévoué à personne plus qu'à lui si ce n'est à vous — et à Notice Dame ' .

Mademoiselle Louise Bertin, 8, rue de Seine. F. S. -G.

Ce dimanche 14 décembre 1834.

Brodez, Mademoiselle, voici du canevas.

Pauvre poésie, riche musique, il paraît que cela va toujours bien ensemble depuis Quinault et Gluck jusqu'à vous et moi.

Je baise vos mains qui vont transfigurer mon calicot à treize sous l'aune en pourpre de Milet.

' La Esmcralda.

Mademoiselle Louise Bertin.

Ce samedi (de i832 à i835).

Vous nous comblez, Mademoiselle. Vous faites descendre une manne de bijoux et de bonbons sur nos marmots qui vont danser de joie en rentrant de l'école. Je vais m'occuper, moi, de vos vers.

Soyez assez bonne pour remercier en mon nom votre excellent père.

Tous mes respects et tous mes dévouements sont à vous.

VICTOR

Ci-joint la boîte.

Mademoiselle Louise Bertiti, 8 , rue de Seine.

26 janvier i835.

Mademoiselle,

Voici ci-inclus un gribouillage ou scribouillage pour lequel je vous demande grâce. C'est le finale jusqu'à l'entrée d'Esméralda.

J'ai suivi scrupuleusement toutes vos observations. Il va sans dire que je referai tout ce que vous trouverez trop mauvais. Permettezmoi de vous offrir en même temps la tête de notre Chariot. Il nous paraît fort ressemblant, à sa mère et à moi. Nous serons heureux si vous recevez avec quelque plaisir le portrait de ce bon gros joufflu qui vous aime tant.

Votre respectueux et bien profondément dévoué collaborateur.

Mademoiselle Louise Bertin, 8, rue de Seine. F. S. -G.

3i janvier i835.

Voici, Mademoiselle, le finale du quatrième acte. Je Tai retrouvé avec votre indication en marge, et je vous envoie ci-inclus les vers que cette indication réclamait.

Voici donc déjà un finale complet.

Spectacle touchant sur lequel votre regard va se reposer avec satisfaction.

Au moment où je vous écris, Poupée est en train de lire le Prince Sincère, ce qui lui fait faire une moue admirable de silence et d'attention.

Je suis toujours bien en peine de la dernière décoration.

Plaignez-moi donc bien fort.

A vos pieds,

Le Peuple.

O destinée !

C'est le sonneur !

La condamnée Est au Seigneur !

Le gibet tombe Et l'Éternel, Au lieu de tombe, Ouvre l'autel 1 Cette barrière Borne la loi.

Bourreaux, arrière Et gens du roi 1 Bossu, tu changes Tout en ce lieu.

Elle est aux anges !

Elle est à Dieu!

Mademoiselle Louise Berlin, 8, rue de Seine. — Pressée.

5 février i833 à i833.

Tremble ! l'échafaud te réclame.

Sais-tu que je couve en mon àme Des projets de sang et de flamme De l'enfer dans l'ombre applaudis !

Claude.

Détresse extrême !

O nuit d'horreur !

ESMÉRALDA

Monstre sans cœur !

Claude.

Nuit de douleur !

ESMÉRALDA

Nuit de terreur

— C'est une chose affreuse !

— Ce que c'est que de nous !

— La pauvre malheureuse !

— Vous accourez tous !

J'espère, Mademoiselle, que ces petits raccords vous arriveront à temps.

J'irai vous voir pour vous demander oi^i vous placez la cavatine de Phébus, est-ce avant ou après le trio ? et quelle nature d'ide'es avez-vous voulu exprimer par la musique ?

J'ai rédigé les deux premiers actes ou scénarios, et je crois avoir trouvé quelque chose pour la fin. Je crois seulement que ces choses-là ont besoin d'être exécutées pour être comprises et qu'il est toujours malheureux de les livrer à la

facile controverse d'un metteur en scène qui a ses idées et qui y tient. Gardez ceci entre nous et permettez-moi de vous dire à quel point je vous suis dévoué.

Mademoiselle Louise Berlin.

i5 février i835.

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